‹ Heures du soir: livre des femmesChapitre 5 sur 14 · V. ^ lo · texte numérisé non relu

V. ^ lo

— LE LITHB DBS FKHMBS.

elle était pour lui comme une secondé conscience : cette i<îée , si Minnale savait! retenait souvent le comte / alors même que k fougue de la jeunesse ou de la passion allait rentraîner hors des bornes de cette modération qu'elle lui recommandait avec tant d'idststnces , 'et il se sentait devenir meilleur. Si Minna le savait! disait-il encore , quand il avait r a s'applaudir d'une bonh^ action, oti d'une victoire remportée sur lui-même» ''

Herniinie le reconnaissait à peine ; plus

de reproches sur sa légèreté , sur sa toquetterie ; plus de défiances outrageantes , mais quelquefois fôndées^eC Herminie elle* même y cédant sans le savoir à la douée influence de Minna \ prenait moins souvent plaisir à exaspérer ce cœur rempH d'une passion si vraie. Elle commençait à trouver Léopold réellement aimable , et après les homniages;; k <^our et le monde > il était ce qu'elle aimait le mieu^. Mais une sembla-

— UNE AUTISME. —

ble affection pouvait-elle suffire à un cœur tel qtie celui de Léopold ?

— ^ Elle ne me comprend pas , et pourtant je l'aime! disait-il à Minna qtii arait son secret.

Minnà soupirait et ne répondait rien ; ou bien elle disait : -— Peut-être raimeriezvous liioins ci sa passion égalait la vôtre.

Une femme qui aimé , ne sait qu'aimer ; une femmelégèFe et coquette, n'étant point préoccupée par un sentiment unique , conserve tous ses moyens de plaire et d'angmenter une tendresse qu'elle ne partage pas , au même degré du moins. Mon pauvre ami, vous voulez être heureux par l'amour!... AmQui* et bonheur ne vont poittt ensemble!

— Comment? cette union de deux âmes,

cet accord de seiitimens, de pensées. . /.

— N'est point de râmour, repartît Minna : c*est de l*âmitié , c'est-à-dire Cette affection basée sur Pestmie, qu'aucun orage

ne vient olj^urcir y et qui , toujours égale en son cours y finit par lasser des âmes coaime la votre»

— Lasser ! On peyt ise lasser d'être heureux !

— Qui, mon ami; je' le sais«.« et... je l'éprouve en cet instaiit même.

^-^ Vous , Minna !

*— Moi > mon frère,

Léopold surpris la regardait attentivement. Minna détournait la tête , et, d'un air distrait , elle mêlait des couleurs sur sa palette*

— lie croiriez - vous ! dit- elle avec un triste sourire, je regrette presque le t^n^ps où je mç trouvais si malheureuse!... En ce temps-là, mon ami, j'étais peintre et poète. «• Maintenant... je ne suis plus rien !

— Vous ti'êtes plus rien !.•. Ah ! demandez à tous ceux qui vous connaissent...

— Ëh ! que m'importent de vaiQ3 suffrages!... Je n'ai plus d'inspiration. .. parce

que je n'ai plus de ces momèns de délire causés par une passion insensée.. • Ce sont les souffrances de l'amour que je regrette. . • Ces sonfirances donnent à l'imagination une activité^ à l'âme une énergie, qui créent à leur tour des chefs-d'œuvre!...

Je voudrais.... oui... je voudrais... vous aimer d'amour.

Léopold fit un mouvement qui excita un sourire moins triste sur les lèvres de Minna.

— Ne craignez rien, dit -elle avec une douce gaité, je n'en suis point là.

— Pouvez - vous , reprit Léopold , plaisanter en ce moment ! en ce moment où je vois que vous n'êtes pas heureuse ! où je le vois avec douleur !

. — Non , je ne vous aime pas d'amour , répondit Minna; et j'en ai du regret...

pour moi , du moins. Mon ami , pour l'art que je cultive, il faut des passions, je vous l'ai déjà dit, ou Ton ne fait rien de

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boa. Le temps de$ passions est passé , et...

encore >une fpis , je ne suis {dus rien'!

Il y avait dans ce que disait Minna y et da«Eis sa^oianièfe de le dire> quelque chose de si original par son étrange naïveté , que le comte étonné ne savait que répondre et que penser.

— Ce sont de drôles de geqs^ que les artktes ^ dit-elle encore après un nioment de silence. Ne le trou ve« - vous pas ? et ne trouvez-vous pas au moins aussi étrange que je me mêle de vous donner des leçons ?

C'est l'histoire du fou qui vend la.sagease.

• Mais toute folle que je sofc , je peux -cependant vous aider à devenir «âge. Mon ami, crojez-moi; portez sur des objets utiles et sérieux cette activité d'ân^ qui vous dévorera > si vous ne lai donnez point d'aliment. Vous êtes d'un rang élevé , vous êtes riche : au lieu de vous livrer uniquement aux lettres et aux arts, travaillez à devenir utile à votre pays. Occupez -vous^

— UBIE ARTI8TS. — l^ï

de politique : npn de cette politique fausse et rétrécie qu'on cultiva à la cour; mais recherchez dans l'histoire les causes de la décadence des empires , dé la misère de$ peuples , de cette misère que des lois sages peuvent adoucir. Plus la fortune a fait pour vous , plus vous devez faire pour /^^ ceux qu'elle maltraite. Les soulager pari vos dons ne suffit pas ; comme citoyen vous avez une tâche plus grande à remplir. Le prince vous aimej une belle carrière est ouverte devant vous... Préparez- vous à la parcourir avec honneur. Léopold, vivre pour soi n'est pas digne d'un grand cœur , lorsqu'on pent vivre pour le bonheur de tout un peuple*. Vos richesses vous^mettent à ra}>ri An soupçon de cupidité; votre rang est asse?; élevé pour qu'on ne puisse vous accuser d'ambition.... Mais dussiez- Tous être maljcompris et mal jugé, vous vous en consolerez^ car vous aurez pour vous votre conscience et Minna.

— Tu as raison , noble amie , dit Léopold avec fëu. Oui, le but que tu ofl&es à la plus louable des ambitions , est digne de tous les deux. Ta grande âme agrandit la mienne* Oui, je veux qu'un jour le nom de Léopold arrive jusqu'à toi, accompagné, des bénédictions de tout un peuple. •.

Minna, tu viens de me montrer la route où je dois entrer... rien ne. pourra m'en détourner.

Léopold tendit la main à son amie ; elle lui donna la sienne avec un regard où brillait une douce fierté , et , entraînés par la même impulsion , ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre.

Soumis au plus doux des empires, à * l'empire d'une affection sincère et désintéressée, le comte aimait à sentir l'influence de Minna sur sop esprit ; il sdmait à reconnaître cette supériorité que voilait a tous les yeux une aimable modestie ; il aimait à faire dépendre d'elle son bonheur

et sa volonté, jusqu'à cette volonté, que, si long-4emps , personne n'avait pu ^ojer à la. sienne.

— Sans toi, disait-il souvent, que seraisje devenu? J'alirais vogué comme un insensé au milieu des flots si changeans d'une mer inconnue. Tu m'as montré un but ; tu as éveillé en moi les nobles sentimens qui font le cilèjen, tu m'as fait comprendre ma dignité d'homme.,. Minna, tu es ma boussole , mon guide ; j'aime à sentir que si je suis quelque chose, je le suis par toi.

Ces paroles exaltaient encore l'afFection de Minna pour Léopold. Chez elle, l'amitié avait tous les caractères de l'amour; elle ne pouvait aimer faiblement quand elle aimait ; mais le sentiment qu'elle éprouvait, plus vif, plus tendre que l'amitié, avait une pureté, une générosité,, qui n'accompagnent pas toujours l'amour. Le Lonheur de son ami était l'unique objet de ses pen-

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sées ; elle souffrait des peines que lui don-^ nait tine passioct qui n'était point partagée^ et elle partageait la joie que faisaient naître àes espéraaces ou un raccommodement inattaidus* Ce dévouement si profond^ cette rare abnégation de soi-même excitaient dans Léopold une reconnaissanccf passionnée.

u — N'est-;ce pas /lui disail-il souvent, n'est-ce pas que si tu étais elle^ tu m'aimerais ? n'estK^e pas que tu <ne prendrais pas plaisir à torturer mon cœur^ à changer pour lui en amertumes les plus pures jouisr sancès; et à l'abreuver ainsi de douleur?

Minna souriait d'un air mélancolique ^ et répondait : L'ancàour vit de troublé et de déchiremens; plus il fait verser de larmes ^ plus il excite d'orages , plus son empire est- grand. Pour aimer ayec délire , il faul^ peut-être que la raison fasse sentir combiea l'être que nous chérissons est peu digne de notre amour ; il faut encore que

— UWB AUTISTE. —

la jalousie fasse siffler ses serpens. ... il faut enfin haïr et adorer toat ensemble. Et l'on se marie par amour ! et Ton prend pour compagne ou pour compagnon de toute sa vie^ un être que la raison nous a montré comme ne méritant ni notre confiance ni notre estime !... .

Minna s'interrompait brusquement^ et Léopold détournait l'entretien , ou bien il se levait et la quittait : alors Minna sentait son cœur se serrer.

Que j'aurais été heureuse , se disait-elle, si j'avais pu être aimée comtae il l'aime!

Pour bannir des pensées importunes , elle allait visiter une famille dont elle était le seul appui, et que des infortunes non méritées avaient fait tomber dans la misère.

Grâce aux soins de Minna, qui s'était montrée généreuse bien long-temps avant l'époque où elle avait pu se croire riche enfin, M. de Wolfberg avait obtenu tine petite place : elle espérait faire entrer le fils dans

l'un des collèges fondés par le prince : en attendant y elle était Tinstitutrice de cet enfant et de sa sœur Amélie , qu'elle aimait d'un amour de mère.

Dans cette maison y comme partout où elle était connue , Minnà exerçait l'influence que donne toujours , non la raison froide et sèche d'un cœur insensible , mais cette raison éclairée , solide, aimable et douce, qui s'est développée au sein du malheur , et qye d'amères expériences ont fortifiée.

A la seule apparition de Minna , toutes les figures s'épanouissaient.

— Voilà ma bonne amie ! s'écriait le jeune Frédéric , en courant étourdiment à sa rencontre.

— Ma bonne amie , ma bonne amie ! disait Amélie avec, l'accent le plus tendre ; et elle l'embrassait afiectueusement.

— Soyez la bien- venue , mademoiselle Wilhelmine, disait à son tour M. de Wolf-

berg qui lui tendait amicalement la main, en mettant de côté sa pipe chérie.

— Bonsoir y Minna , disait madame de Wblfberg d'un air plein de douceur et de cordialité.

Minnas'assejaità sa place accoutumée; on causait un moment •

— J'ai bien travaillé , ma bonne; amie I s*écriait soudain Frédéric , impatient d'attirer son attention.

— Et moi aussi ! ajoutait Amélie.

— Voyons cela , répondait Minna.

A l'instant la table était couverte de cahiers de toutes les grandeurs , de livres y de plumes y de crayons. Avec une patience dont on ne l'aurait pas crue capable, Minna donnait des explications jusqu'à -ce qu'on l'eût bien comprise ; elle répondait complaisamment aux objections ; elle encourageait les questions et permettait les commentaires : aussi ses leçons étaient-eUes , pour le frère et la sœur ^ un doux passe-

• temps ; et Dieu sait quelle joie brillait dans les regards quand on avait obtenu Vapprobation dé Minna !

M* et madame de Wolfberg auraient souhaité qu'elle travaillât plus spécialement développer les dispositions hetireuses que montrait leur fille pour la peinture et la musique : mais Minna s'occupait au contraire d'exciter che^ son élève le goût des études sérieuses , et elle engageait madame de Wdtfberg à ne point souflFrîr qu'Anaélie s'ac<!;outumât à être remplacée par elle dans les soins pénibles du ménage*

— Groyéz-inoi , disait-elle , l'existence des artistes est^ pour une femme surtout; la plus misérable de toutes les existences.

Sang' parler des dangers auxquels sont chaque jour exposées les femmes peintres ou musiciennes^ n'est-ce pas quelque chose de redoutable que cet état d'exaltation où les entretient l'exercice seul de leur art?

Les émotions fortes leur sont nécessâi-

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res y et les émotions fortes épuisent l'âoie: alors y quand est passé Tâge des passions y quand il faut ret<Hnber dans la classe des gens paisibles ou raisonnables, elles cbeiv chent vainement à remplir le vide qu'elles senfejit autour d'elles et en elles ; ^^saçcojutuinées des travaux de leur sexe y elles ne savent que faire de leurs loisirs^.. Non, non ! si je le peux , votre Amélie ne «sera point artiste. Luxe et indigence , tel serait son partage. Les richesses de son génie lui rendraient pli>s amers les mille détaib dont se compose une pauvreté réelle , cette pauvreté qui l'obligerait à quitter une occupation chérie, pour descendre aux ^ins misérables de lapljus misérable vie!.. Ah!

gardons-nous de faire une artiste de votre Amélie ! Je peux et je veux la mettre ei;ii état de devenir institutrice dans quelque famille opulente; c'est le moyen , je crois, de lui procurer un jour un bon établissement. Une artiste ne peut être ni épouse ,

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ni mère de famille , ou bien elle n*est plus artiste. •• Et notre Amélie n'est point faite pour l'isolement dans lequel je suis condamnée à vivre.

Depuis que Minna avait été nommée prenader peintre de la cour, elle avait pu modifier ses projets pour le bonheur de son Amélie; déjà elle les mettait à e^técution en s'imposant bien des privations , afin de lui former une dot du fruit de ses économies ; et elle travaillait avec une ardeur nouvelle. Lorsque le jeune comte lui reprochait de ne pas ménager assez sa santé affaiblie par le chagrin, elle répondait avec le sourire du contentement : Moi aussi , j'ai trouvé un but à mes travaux ; et ces travaux me deviennent plus faciles et plus doux que jamais.

. — Quel est donc ce but ? demandait Léopold.

— Celui de faire un peu de bien.

— ims AKTWTK. -^ lêf

-*-Ne pomrîes-TQus pas lae mettre die moitié dans vos bonnes actions ?

— Non pas dans celle que je projette.

Cependant. •• vous m'y faites s<Hïger«...

J*aî un protégé à tous recomnmnddr • .« ^ Et Mînna , pour la premièrè fms j parla 4é M. de Wolfberg ; elle fit valoir ses titres à la bienveillance de tous les honnêtes gens , avec cette chaleur que don-^ nent une convicticKi intime et la véritar ble amitié. Peu de jours après , M. de Woliberg était nommé secrétaire particu^ lier du cfibinetdu premier ministre*

-^Ge que c'est ^ dif^elle avec.gaîlé lorsqu'elle apprit cette nouvelle, que d'avoir un ami tout puissant, à la cour! Léopold, vous me rendez bien heureusej Demain je vous présenterai mon pmtégé. ». Si yé, ne savais que votre présence embarrasserait une modeste famille y je vous engagerais à venir avicic midi jouir 4e la joie que cette nomi-eatic^ inattendue va causer. ••

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: ' -N- Dispensez-^D^enau-cobtranie^ je vous en prie , et veuillez même ne point me ûàmmefé , ' •

—-Comniô il VOUS plaira, répondit Mnnâ.

EUett'àvait pas lé plus léger désir de faire i^orinaitre L'éo^old à son Amélie* Mifma savait combien ^romptemeùt Pidiatginatiôii s'exalte à cet %et Teteès de la recônridissatice de cette panvi'e enfant était à craindre pour un bienfaiteur doué de toïié les avantages extérieurs qdi produisent le plus d*eflfet' sur les fernmes , et elle sedisait en souriant devant son miroir : Ne sais* je pas Ivien , totite vieille que jef suisT > qu'un moment f ai cm petrr de Taiinler uft peu plad que laiaison hè lé piet*iAéttait? Cette crainte était mal fondée ; mais si j'avtds éti ^eh ques aiméesi dé moins... Dieti sait Oùn^àtt-^ raient entraînée* peuùétre et nia tét^ét'moti eèenvl' -' ?• ...♦-•• : , ' " j " :' '■-" ^'

Gihemitt'fattafiat ^^Mii^bâr^'Cciiamedafiâ^Mâ jeune temps ,- se livra au plaisir de laisser

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