‹ Heures du soir: livre des femmesChapitre 7 sur 14 · MADAME SOPHIE PANNIER · texte numérisé non relu

MADAME SOPHIE PANNIER

VRAGMBIIS DBS MEMOIRES D'IJH NOBLE ESPAGNOL.

Marié !... Je suis marié!... Il j a dans ces mots quelque chose qui résonoe à mon oreille comme le son de la cloche d'alarme^ comme le bruit lointain de l'orage y comme les mugissemens de la mer en furie I Quoi !

je suis marié !.... Quoi ! j'ai commis à une autre mon repos ^ mon honneur; et cet autre est une femme, et cette femme est

IVançaise!,,. Malédiction !••• Que de terreur dans cette vérité ! Un être faible , imprudent, léger, peut flétrir mon nom, peut déverser sur moi le ridicule et Tinfamie , sans que moi , moi , Don Salvator de Lostervos, j'aie cessé de me conduire en noble Espagnol! ah ! c*estune pensée à rendre fou!

Gomment cela s'est-il fait ? A peine je le sais. C'est comme un des délires de la fièvre qui me dévorait alors.

Nous arrivions à Bayonne ; je n'avais rien promis. ... Je veux la voir, avais-}e répondu aux instances de mon père. A son sourire, je devinai qu'elle était belle. C'était bien cela qui m'occupait ! . . .

Nous arrivions donc ; c'était le soir. Fatigué du voyage, mon père s'était couché.

Quant à moi, trop agité pour prendre du repos , j'allai promener mes inquiétudes dans la ville endormie.

J'errais au hasard, amassant dans mon esprit mille argumens contre ce mariage ,

quand, du fond d'une allée obscure des cris perçans arrivent jusqu'à moi. Je cours....

Des torrens de fumée s*échappaient d'une maison , et devant l'incendie un groupe d'êtres compatissans entourait une femme à demi nue.

— Mon père ! criait-elle avec un accent

brisé qui remue les entrailles ; et elle s'efforçait de rompre le cercle pour pénétrer dans ce foyer qui fut sa maison.

— Il est trop tard, lui disait-on de toutes parts.

— Mon père ! répétait-elle en forçant les obstacles qu'on lui opposait». • Elle allait s'élancer !...

— Et tes enfans^ Marguerite! s'écria un homme du peuple, en poussant vers elle trois petits iânocens qui s'attachèrent à ses bras, qui se suspendirent à ses vétènlens...

I^ choc était trop fort : la jeune femme laissa échapper un gémîssenient, et.je la vis lombef à la renverse.

Jamais 9 non jamais cette scène ne s'effacera de ma mémoire ! 'Cet le fille qui ne pou vait se dévouer parce qu'elle était mère ; cet élan de la nature paralysé par la nature elle-même m'offrait le combat le plus affreux qui puisse déchirer un cœur de femme.

Poussé par un de ces instincts auxqueb on ne résiste pas :

— Où est-il? demandai-je; oxjl est son père ?

— Au' second; sur lé devant !...

M'élancer, francbir les degrés, courir sur des poutres brûlantes^ tout cela fut l'affaire d'un instant. Parvenu au second

étage, un râlement de mort me guida

Le vieillard s'était réfugié à l'extrémité de la chambre , dans le seul cOîn qui ne fût

pas encore la proie des flammes Pour

arriver a lui, il faillit traverser ifn volcan/ Mes vêlemens s'allumèrent ; je sentît nia

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peau: se sédiar^ se. tendre , puis se gonfler sur mon visage et sur mes mains ; mes cheveux grésillaient ; ma cervelle bouillait ; je respirais du feu ; mais exalté par la grandeur du péril , je sentais en moi des forces immense^.

Parvenu jusqu'au vieillard , je l'enlève comme une plume, je traverse les flammes, je franchis encore une fois les poutres ardentes.. •• Tout allait bien, quand j'^enten* dis un craquement..., puis un bruit hor-

rible C'était la charpente, c'étaient

les murs qui s'écroulaieut.f.... Placé en équilibre sur une solive, je restai un instant suspendu au-de$sus du cratère' qui alongeait vers moi ses langues de feu*., • Je yis une femme à genoux; j'eotendis comme un cri uniquçy le cri de cent voix; puis. la $q^ live mapqua sou^ mes pieds, et je tombai saps lâcher ^lop (jàvdeiv^.

Gomment je fus retiré de' cet enfer, à l'aide d'un crochet de fer, la chose est lort

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iodifféreûte. Le vieillard aussi fut sauvé :

cela me console un peu den'étre pas mort.

J'allais périr : les laédecins le disaient ; et moi; pauvre brûlé^ qui sentais Tincendie dans mes entrailles ^ je le croyais. Quoique jeune , je n'ai jamais été enivré de la vie ; d'ailleurs , j'aimais assez celte manière de la quitter. Mais mon père^ mon pauvre père allait rester seul ï Cette pensée me navrait le- cœur. Un projet bizarre, enfanté sans doute par la fièvre, sourit à mon esprit malade.

Ce mariage qu'il voulait me faire ' contracter, c'était, disait-il, une dette d'honneur. Le père de Clara sauva jadis la vie du mien : il était mort, laissant dans Une position embarrassée sa veuve et sa fille. Les enrichir sans blesser leur délicatesse, tel était le but de mon père lorsqu'il ine suppliait d'épouser Clara d'Aubigneux.

— UW IT VN FOlfT UN. — Îl7

Le mariage m'a toujours inspire une terreur que je suis tenté de prendre pour un pressentiment. Si j'eusse cru vivre , cette union ne se fût pas accomplie ; mais dans rétat où j'étais^ qu'importaient mes répugnances? Souscrire aux désirs de mon père, le retenir au monde en lui donnant une fille à la place du fils qu'il allait perdre, telle fut mon intention quand d'une voix.mourante je lui dis : Je veux épouser mademoiselle .

d'Aubigneux ! . . . .

Ce fut un triste hymen : point de fieurs, point de chants, point d'amour. ... Tout le monde pleurait.... Enveloppé dans un linceul , l'époux vit s'avancer vers son lit de douleur une blanche figure de femme dont ses yeux brûlés, ne pouvaient distinguer les traits ; une petite main fraîche et douce fut placée dans sa main ardente ; il jura fidélité éternelle, en songeant que la

su — LB UVhE BKS FKMlttS. —

m<H*t allait venir. De son côté^ la jeune épouse crut proHiettre une fidélité d'un jour... Tous deux se trouvèrent enchaînés pour une longue. vie.

Qu'il fut pénible le combat que ma jeuneâse eut à livrer avec la mort ! On voulait épargner à Clara le spectacle de mon agonie : -elle eirt le courage de résister; pendant huit jours elle resta près de mon chevet , interrogeant sans cesse les battemens de mon cœur. . . • peut-être pour savoir si elle était veu ve • . . •

Enfin ^ le neuvième jour^ le médecin dit :

Il est sauvé ! Alors Clara se précipita dans les bras de mon père, et, pour la première fois, il lui donna le doux nom de fille. ••• C'est par lui que j'ai su ces détails. Insensible encore à ce qui se. passait

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autour de moi; je ne vojais, je n'entendais rien. Le vague souvenir d'une voix douce qui pleurait , celui d'une ombfe légère au souffle caressant qui se penchait souvent vers' moi, voilà tout ce fc[ue le mariage m'a donné de plaisirs.

Lorsque je répris connaissance, mon premier soin fut' d'exiger que Clara retournât chez sa mère. Je ne pouvais supporter ridée du dégoût que ma figure devait lui inspirer , et je déclarai à mon père que je ne voulais pas me réunir à elle avant Wia parfaite guérison.

Trois moiss'écoulèrent, au bout desquels les médecins se félicitèrent d'avoir opéré sur moi une cure admirable. Il est certain que je ne souffrais plus ; mais toute ma personne portait encore les horribles stigmates de l'incendie. Mes cheveux , mes sourcils n'étaient point revenus ; mon visage était

couvert de larges taches violettes et blanches; mes yeux éraillés ne pouvaient supporter qu'un demi-jour; ma peau s'enlevait par écailles : j'étais hideux, et mon père fut forcé de convenir que je ne devais pas me montrer à ma jeune épouse dans cet état.

Pour échapper aux prières de Clara > qui chaque j.our refaisait demander quand elle pourrait m'aider à supporter l'ennui de ma convalescence , ' je me fis ordonner Fair natal , et je partis pour Madrid^ après avoir écrit à ma femme que je désirais qu'elle vécût loin du monde et près de sa mère jusqu'au jour où je vienc^^raîs la chercher. • . • Elle devait habiter pendant mon absence un vieux castel, dernier débris de la fortune de son père. J'eusr soin de le faire orner par tout ce qui pouvait lui rendre sa retraite agréable. De son côté, mon père avait agi noblement envers la veuve de son ami.

Nous partiales. Le temps , secondé par la douce chaleur de nos climats , effaça jus* qu'à la moindre trace de mes cicatrices ; mes cheveux repoussèrent, et bientôt je crus voir dans les regards de nos jolies promeneuses du Prado que mon aspect n'avait plus rien de repoussant. Souvent mon père me demandait quand je comptais retourner à Bayonne , et il soupirait quand, d'un air dégagé; je lui répondais : Je ne sais. Tu peux compter avec l'avenir , me disait-il ; mais moi.... Hélas! c'était un pressentiment. Je l'ai perdu celui pour qui je m'étais sacrifié ; je Tai perdu ! il n'a point eu ]e bonheur de bénir la fille qu'il s'était choisie ; mais avant de mourir il m'a faitpromettre de me réunir à ma jeune épouse ! • . •

J'irai. .. Depuis un an Clara m'attend, et pendant cet intervalle |(as • une plainte n'est venue me dire que son cœur a besoin

de moi.... Peut-être m*accuse-t-elle aussi d'indifférence y peut-être , dan$ la solitude où j^i relégué sa jeunesse, ses yeux appellent-ils un consolateur , un amant ! ... À oe penser ; je sens le feu me monter au visage.... et pourtant je ne l'aime pas!

Non , mais elle est ma fenune ; ce n'est pas mon cœur qui est jaloux , c'est mon orgueil !...

En présence-d'un époux tout se tait, tout se régularise, les regards^ les désirs; les pensées coupables rentrent au fond de Tâme d'une femme*. • Gomment saurai-je si mes droits ont été sacrés^ si mon honneur est resté inttact ? Une idée m'est venue ; elle sourit à mon imagination. Clara n'a épousé qu'un homme défiguré , une plaie vivante ; elle ne saurait me reconnaître : c'est sous un nom supposé , c'est à l'aide d'une lettre écriite par son époux, que je veux m'introduire près d'elle. En France, l'ami du mari est certain d'être bien reçu : ^râce à cette

absurde coutume , j*épierâi ses actioûs^ ses regards ; ses moindres mots ; je fouille-^ rai dans ,son âme avec ma pensée, et je saurai bientôt si je dois ratifier dans la vie ces liens qui ont été contractés dans la mort.

Une mission de mion gouvernement près la cour de France seconde mes projets.

Je pars demain ; quand je reviendrai ^ mon sort sera décidé. Le mariage est une chaîne indissoluble. Soit; mais ]e peux retendre de telle sorte, qu'un des bouts sera fixé au fond des Pyrénées et l'autre à Madrid. . .

Quels èteres que ces Français! Le soleil du Midi, quiJbiHinit nos visages, passe jusqu'à nos âmes; il y fait naître les nobles sentimens, les grandes actions, les payions

ardentes. Mais eux ! • • . leurs sentimeus sont tièiies comme leur atmosphère. Bien de profond > Tien d'énergique ne peut germer sous ces mines blafardes. Ils soupirent Pamôur, balbutieiitia vengeance^ et parlent de rhonneur sans changer de visage. L'honneur ! . . . Savent-ils ce que c'est que l'ho0neur?... Savent-ils qu'un mot^ uq regard^ un souf&e qui l'atteint ^ se lave avec du sang?. . . Oh ! combien je vois en France de gens blessés sans le sentir! combien portent le ridicule comme une parure et l'infamie comme une sinécure... On rit ici de ce qui tue chez nous...

...Les affaires qui m'ont amené à Paris traînent en longueur. Mon secrétaire peut me remplacer, je vais partir ! . . . partir pour le château d'Aubigneux. Fernando m'écrira lorsque tout sera disposé; je viendrai terminer, et alors... aSors je saurai si je

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dois bénir mon sort, ou traîner toute ma ▼ie des chaînes abhorrées. . .

Je Tai vue ! . • . Elle ne possède pas la grâce légère, le teint chaud ; le regard auré de nos piquantes Espagnoles. C'est une vérî* table fille de la Gaule, une vierge d'Ossîan toute formée de brouillards. Elle est belle pourtant*. • Mais je n -ai point aperçu dans ses yeux Péclair que jette une âme forte; je n'ai point vu ^ur son visage les traces profondes delà pensée.: ses jeux brillent, mais c'est comme un rayon de soleil dans un jour froid. Rien qu'à la voir , cette faible femme ne me comprendra pas!.«.

J'avais passé deux jours entiers dans une chaumière située à peu de distance du vieux castel , explorant les montagnes , ou plutôt reculant comme un faiUe enfant

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devant la destinée. • . Le donieatique q^e )'ài prisàBayonne ne me connaît queaous le nom d'Alvar de Mochado. C'est Alvar de Mochado qui a fait demander à madame d'Anbignéox la permission de se présenter ckez elle. Cette permission obtemie, il a falUi me rendre au diâteau. Madame d'Au* bignenx était seule^ et son accueil fut assez froid y jusqu'au moment où je déclarai, en rougissant, que j'étais Tami de Salvalor de Lostervos, envoyé par lui et chargé de ses . commissions. Alors ca été des cris de surprise, des transports de joie,- dès acclamation» sans fin : les femmes n^ont pmnt de niésure ; elles font trop ou trop peu pour leur dignité.

— Soyez le bienvenu , monsieur !... et mon gendre !... comment se porte mon geDdre?;rJ ou est^il?... que fait^il?. .. quand v]endra<4*^il?w«. Et chaque qoestio» était interrompue par un coup de sbnnetteqiit ine dispensait de répondre.

— im BT UN FOMT IW. — MT

Un domestique est entré.

-*• Dites à ma fille^ à madame de Loster^ pas, que je k prie de descendre au salon*

J'ai tressaiUi ! mon nom appliqué à «ne autre ! U me semblait que c'était un vol ^ une sorte d'usurpation. .. Hélas! il est trop vrai f elle s'appelle madame de Lostervos. . • Mais qu'elle 7 prenne gardé , ce nom est une charge bien lourde ; si elle ne sait pas le porter^ elle sera écrasée par lui*

Clara est entrée. Une taille élancée^ des cheveux couleur d'or, des traits à demi formés, des yeux bleus qui regardent sou* vent le ciel. J'aurai de la peine à m'accoutan^r à ce genre de beautés

Je me suis avancé vers elle ; j'ai dit que don-Salvator, ^ue mon ami^ sachant que^ç comptais faire quelque séjouir dans les Pj^ renées., m'avait autorisé à lui offrir me^ faommagesv Elle a.rougi; sa main trem^ blait en prenant la lettre que je lui présent tais. De mon côté, j'étais ému , vivement

ému« C'était donc là ma femme; elle était devant moi celle qui doit exercer tant d'influence sur mon bonheur ^ celle qqi m*a juré amour > obéissance^ et fidélité !.. *

En dépit du soin que j'ai pris de re-*commander dans mes lettres qu'on fit à mon ami un accueil distingué^ Clara n'a point encore quitté le ton de froide politesse avec lequel elle m*a reçu. Sa mère paraît s'être chargée e^tclusivement de me faire les honneurs du château. Grâce à son intervention, j'ai trouvé asile chez un vieux voisin qui ne se lasse pas de s'étonner de Tabsence de don Sâlvator, et de me répéter que Clara est un ange. Pour échapper à la censure indirecte de ce brave homme, je passe mes matinées à courir lé pays, et mes soirées à étudier le caractère indéchif-

frable de Clara.

— UN ET tîtf FOUT WN. — 229

Hier, j*ai fait transporter au château une cassette toute remplie de brillans hochets (jfue mon ami m'a chargé d'offrir à ces dames. Soit dissimulation , soit indifférence^ Clara m-a paru attacher peu de prix aux dons de son époux. Cependant un éclair de joie a brillé dans ses yeux lorsqu'eHe a vu sur un cachet^ formé d'une pierre précieuse > les armes des Lôstervos réunies à celles des d'Aubigneux. Semblable à ces jeunes épousées qui aiment à se parer d'un titre ^ ClarsL se souvenait sans doute en ce moment qu'elle était la femme d'un grand d'Espagne; mais ce souvenir de vanité n'a pas été jusqu'à son cœur. Ce n'est pas eHe quia dit : quand viendra-t-il? Ce n'est pas elle qui s'est informée de la position , des goûts, des habitudes de son époux. Dis^ traite et rêveuse^ elle paraissait, écouter à peine tes réponses qu^ j'adressais à sa mère, et cependant je parlais de la faveur. dont Salvator jouit à la cour; je parlais de Thon-

neur, de Téclat qui entoure ce nom. . • Décidément cette jeune femme est un Uoc de mâfi^re, une statue d'albâtre. .. . cela n*a poinft d^ânie.

Tous les jours je la vois «t ne suis pas plus aTanoé que le premier jour ; Tdlwer^ vation B*a point de prise sur Clara : c'est une énigme t{ui n'a point de mot. Jamaûl l'amour, 'jamais la douce inliibité ne pourra s'établir entre moi et elle. Je crois qu'elle

me hak.... par instinct peut-être WLe

est toujours prête à sortir quand j'arrive ; elle pftlit sous mon regard ; elle évite de me parler, de me répondre... Rien d'elle à moi , rien qui m'amiODoe qu'dAe soit ca* pable d'exaltation, d'enthousiasme , de éé^ vouement. O mes aïeux \ est-^ce donc là la mère que je dois donner à vos descen* dans?

r Je me trompais ; son cddur est ai**

mant. Hier > au scnrtir de taJbk , sa mère a été frappée d'irne faussé apofdexie* Jamais je n'ai vu d'inquiétude plus vive et de kr* mes plus belies que celles de Glara« A ge-r uoufc près du lit où on atait déposé madame d' AttbigDêux , elle disait qu'elle vou* lait mourit si elle perdait son seul appiii , sofk unique aiaie**. Ah ! je le vois , toutes ses affections sont conceutrées datis uu seul sentiment ^ et quelquefois il me semble que les choses sont bien ainsi* Les fleurs se fanent aux orages : mon amour la tuerait.

Cependant Télat de outdame d'Aubi*^ gïaeux se prolongeant , Clara s'est écriée avec toute l'énergie du désespoir :

— JUn médecin ! un médecin ! «« • • Je don* rais ma vie pour avoir un médecin. <•

Sa entendant sortir potir la prraâère fois des paroles passionnées de oeUe bouche si tinûde, j'di frémir.. Mais ne voulant confier à personne l'accompUssement du premier

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désir T.'dle . «primé d.,«. moi, j. me suis précipité hors du chftteau , et prenant pour guide le premier Tenu, j'ai couru, j'ai volé chez le docteur. Il demeure à une demi-lieue. En allant, la crainte de ne pas le trouver chez lui ; en revenant , celle d'ar-* river trop tard, oppressait mon cœur et précipitait mes pas. En vain le docteur es-« soufflé me demandait grâce ; je le priais , je Tentralnais ; jel'aurais porté plutôt que de lui accorder un instant de repos. Enfin nous sommes arrivés épuisés, haletans, couverts de sueur. Du plus loin qu'elle nous a vus , Clara est accourue.

— Venez , docteur ; ma mère a repriis connaissance, mais je tremble encore. •• Si c'était une maladie... une maladie dangereuse!... Oh! mon Dieuf... Et ses mains jointes , ses yeux levés au ciel, traduisaient la plus ardente prière.

Le médecin est entré avec elle dans la chambre de la malade. Au bout d'un quart

-— vif BT VK FOÏIT BW . — 233

d'heure ils sont revenus. Le visage de Glarm rayonnait de joie. Oh! comme le bonheur lui sied bien ! qu'elle était belle !

— Vous pouvez être tranquille^ disait le docteur^ cet accident n'aura point desuites:

je vais la saigner , et demain elle sera tout? à-Jisdt rétablie.

En entaidant ces niots^ je me suis avancé^ et prenant la main du docteur^ je l'ai serrée avec émotion.

— Monsieur, m'a dit cet excellent homme, je n'ai pas l'honneur de vous connaître ; mais je vous estime , parce que je suis sûr que vous êtes bon... Si vous saviez, a-^t-il ajouté en «'adressant à Clara, de quel train il m'a fait aller ! Sa mère , sa pi'op^e mère eût été en danger^ qu'il n'eût pas montré plus d'inquiétude.

Clara m'a remercié par un risgard> pais d'une voix émue :

. -—Monsieur de Mochado, il faut vous retirer, m'a-t-elle dît; vous avez besoin

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de repos... Demada^ dès le maÛQ, }e yod»

enverrai des nouvelleâ de ma mère.

Je voulais ailendre Teffet de la sàigaée.*.

£Ue s'éçt montrée inflexible. Pourquoi rester ? disait-^^le> le docteur n'a-'t^il pas dît cpie nous pouvions être tranqidlles ?

Nous... Pour la première ioi$, elle là'âfr* sociait à elie dans sa passée; pour la première fois aussi il mfa semblé que je popr-^ raisraimer>. ^

. Clara ne me fuit plus ; Tintérèt qéé j'ai prii» à Findispositiou de aa mère a rompu la glace que sa réserve avait jdacée entre nous. Maîntenant elle ose peitser , eilé o^ palier devant niéti je n'avais paÀ l'idée d'une telle innocence. Femnie et vierge à U fo&^ son ânke art aussi puve qu'eUe^mêmei. Un Toile de pudeur lui cache les devoirset lés pbisifs du' màrlagie^ Souibise sans efforts , cAe attend un époux comme on attend un

ami absent; elle est prête à le suivre^ à Taiiiier., • Sa pensée ne va pas au- delà« G*eftt fort bien ; mais qui m*assure que ce cœur qui s'ignore oe s'animera pas pour un autre!., un autre Dieu du ciel!. .ua autre!.. fifoD , mais pour moi ! pour moi , qu'elfe doit craindre et fuir. . . pour moi qui suis un homme» un jeune homnoie! Déjà ses regards s'adoucissent, ses manières deviennent plus accueillantes. Hier elle m^'a grondé d'élre yedu plus tard qu'à l'ordinaire*. • Se pour*^ rait«-il qu'oubliant ^es sermeos... Oh ! mon esprit , vous êtes aussi trop ombrageux !

Clara est femme; je suis un accident dans sa vie monotone; mon admiration la fait jouir de sa beauté : voilà tant.

Citait hier la fête de miadame d'Avbiiffneax t j*ai profité de cette occasion pour fùre ttaMporter au diftteau des arbustes de toute espèoe. L'innocente joie de Clara m'a

236 — LE LIVBB DBB FEMACKS. —

charmé ; il était facile de voir qu'efle ne s'attribuait nullement cet hommage. En revanche; madame d'Aubignenx. n'a point douté qu'elle n'en fôt l'objet. Fiez-vous aux belles-mères ! Confiez-leur votre honneur! elles vous en rendront bon compte. Celle-ci voit en moi l'ami de son gendre ; mais ce titre est-il donc une sauvegarde ?•.. M'empêche-t-il d'avoir des yeux?

£mpéche-t-il Clara d'avoir un cœur ?••• Et lors même qu'elle croirait à la loyauté d'un noble Espagnol , doit-^elle exposer le repos de sa fille?

• • . • Qu'elle était aimable ce soir! Assise sur un tabouret; elle tenait une des mains de sa mëre^ et la passait sur ses joues rosées comme un enfant avide de caresses ) puis elle la baisait ; puis elle penchait sa jolie tète sur les genoux de madame d'Aubi-^ gneux y en attachant sur elle des regards

pléinâi de tendresse... Je ne sais pourquoi^ mais cette petite scène me faisait mal.

— Vous aimez trop votre mère ^ lui ai»

je dit ; Salvator en sera jaloux! . • .

Elle a souri. — Salvator jaloux!... oh!

je ne suis pas si heureuse !

— Il n*a donc. point un cœur comme le mien... Si j'aimais ma femme, je voudrais ses regards y ses pensées y sa vie tout en^ tière!;..

Elle m'a regardé d'un air étonné* — Je sais, ai-je continué avec un rire amer, je sais que l'aniour des Français est moins exigeant ;. mais en Espagne nous ne concevons pas là passion sans jalousie.

Madame d' Aubigneux s'est récriée ; elle a entassé force lieux communs sur l'estime, sur la confiance , qui fait le bonheur des époux. Je n'ai pas pris la peine de com^* battre son opinion. Clara était rêveuse. ...

Etait-ce à son époux qu'elle pensait?..»

Sans doute ; n'a-t-elle pas dit t Je. ne suis

^38 — LB VïïVmE BU EBICKU. —

pas si heureuse !... La jdiousie de Salratxxr un bonbèur. . • Ah! Ghra^ leciel te préserve <ie l^èxjcitBT jamais !

Sa mère^ son aveugle mère, semble se plaire à exposer sa verta. Ne s'est-ellepas avisée^ce matin de me prier de donner à Clara des leçons de guitare! M. de Lostervos; a-t-elle dit pour me déterminer, sera bien agréablement surpris de trouver chez sa femme ce talent cher à tout Espagnol.

Oh ! certainement ! donner pour mattre de musique à une femme de vingt ans un jeune homme qui a le droit de tenir, de poser les doigts de son écolière sur des cordes sonores > de chanter avec elle des paroles d'amour, et d'émouvoir son &me par lés charmes de l'harmonie, c'est préparer à un mari des surprises bien agrëablesU.»

J'étais dSine humeur !••; Cependant )*ai prrnnis...' Avant de lui donner ma vie à

tikttimr ^ mon cœur à ^ briser , ti'est^il pas pmàettt d'essayer ses forces» et de mé faire à moi-même tout le mal qu'un autre pour^ ràit me faire?...

Je ne soupçonnais pas Pempîre que peut exercer sur une âme fortement trem*pée, une créature douce et timide. Une Espagnole ne saurait se résoudre à cacher ses attraits ; on la connaît dès qu'on la voit. Oh ! qu'il j a bien plus de charme à découvrir chaque jour un lalent, i|nç grâce, une beauté nouvelle!... Quelle scif^ce , quçl pays inconnu peut offrir à l'homme de plus riches explorations , qpiç le, cœur d'une Française avec ses mill?

nuances, ses mille délicatesses qui viennent Yoq$ surprendre, et qui vous enchaloep^ par.dçs liens imperceptibles? Ah! c'est en vain que je voulais conserve? moR ind^ pendance; tu. as vaincu , CUra : je t'^io^...

tS40 — JsR LIVRK BB» FBIOUE8. —

ti^i , je t'aime de toates les puissances de mon ftme ! • • . Mais plas j'apprécie le trésof que je possède , plus je le veux intact.

Pour que tu sois Torgueil et la joie de ma vie , il faut que tu tombes dans mes bras aussi pure^ aussi innocente, que lorsque ta mère te reçut pour la première fois dans les siens^

Elle sait que j'attends des nouvelles qui doivent me conduire îi Paris, Hier, en

nous promenant dans Pallée de tilleuls qui sert d'avenue au château, je parlais tristement de mon départ.

— Nous vous verrons au retour, m'a-telle dit en soupirant ; puis elle a ajouté :

c'est singulier , avant que vous vinssiez ici , j'étais heureuse , il ne me manquait rien ; et quand vous n'y serez plus , je sens qu'il me manquera quelque chose,. • On s'accoutume si facilement à la présence d'unàmi!

Tandis qu'elle parlait ainsi , je la con*

— Uîf'BT UN FONT UJ«. — 141

temjdais en silence , et je ne sais quelle fièvre d*amour faisait battre mon cœur. • .

Cette taille, ces bras, ces mains , tout cela est pourtant à moi 9 pensais-je. • . et dans nn transport de tendresse , j'allais la seirer dans mes bras/ quand un jardinier est venu lui .présenter des ifeurs. Grâce à cette in* terruption , mon secret est resté dans mon sein ; il n'en doit pas sortir encore. Ses regards, ses accens, m'avaient enivré : mais à cette heure où je ne subis plus l'empire de sa beauté, a cette heure où cbàque jour ma jalousie demande a ma mémoire tout ce que mon amour lui a confié , je tremble à me ressouvenir de ces paroles qui m'enchantèrent ad moment où elles furent prononcées. •. « Avant (fue vous vinssiez ici , // ne nie manquait rien!... « Quoi î rièrt... pas ménie la présence de son époux!...

« Quand vous n^y serez plus, Je sens qu^il me manquera quelque chose. . . » Ainsi l'étranger est déjà plus nécessaire que le

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