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ER ER

Tes roses

A ma petite amie Annette S.

“Une rose d'automne est plus qu'une autre exquise. ..’

Agrippa d'Aubigne.

Les roses que tu m'as données,

Petite, sont déjà fanées.

Comme des larmes satinées,

Leurs pétales aux tons charmants, D'aurores roses, de couchants,

Ont pleuré sur mes doigts tremblants...

Petite est-il plus triste chose,

Que voir s'effeuiller une rose,

Par un jour où le ciel morose,

Met des larmes dans notre coeur ?...

J'ai voulu baiser chaque pleur, Echappé d’une âme de fleur !...

Je n'ai plus tes roses, petite, Vois-tu, la beauté s'éteint vite,

Et toujours l'automne s'invite,

Au premier déclin de l'été !...

... Mon coeur que le rêve a quitté, Chante encor de l'avoir goûté.

as Cruces, Nov. 1925

Tableau

à M. et Mme Arthur Savard,

amicalemet

Est-il rien de plus doux de plus pur dans la vie, Est-il dans l'univers plus fraîche poésie

Qu’une mère rêvant près d’un frèle berceau ?

Est-il pour nos regards plus ravissant tableau ?

Ce nid qu’elle a paré de façon si jolie,

Par son amour est plein d’une joyeuse vie.

Ce berceau pour son coeur est plus que l’univers, Les rires de l'enfant lui valent des concerts.

Ces petits êtres blonds gazouillant dans leurs langes, Se souviennent encor des cantiques des anges;

Le reflet lumineux et si pur de leurs yeux

N'est-il pas un rayon de la clarté des cieux ?

Pour l'enfant nouveau-né le berceau c’est la terre, Il a son horizon, dans les yeux de sa mère,

C’est la vie et l'espoir, c’est l’amour de demain, Ce berceau balancé par une douce main.

C’est, entre les draps blancs festonnés de dentelle, La fleur d'un doux amour qui doucement sommeille, Et c’est, ce blanc berceau si ravissant à voir,

- Un peu d'amour, de rêves, et beaucoup d’espoir !...

Le moulin

à M. Lorenzo Auger, architec

Le vieux moulin dormait parmi les trèfles roses,

Il sommeillait sans bruit: comme dorment les choses, Le vieux moulin dormait.

Et son rêve longtemps bercé par le murmure,

De la chüûte qui chante à travers la verdure, Le vieux moulin dormait.

Le moulin ne dort plus seul penché sur la grève, Un poète est venu l’éveiller de son rêve, Le moulin ne dort plus.

Il chante maintenant souriant à la vie, Tout brodé de soleil, de fleurs, de poésie, Le moulin ne dort plus.

Au Moulin de Vincennes, Juillet 1925

Faire des vers

à Jovette, hommage confraternel.

Faire des vers !... Pouvoir fixer en un poème, Les contours indécis d’un lointain souvenir, Draper de poésie un être que l’on aime,

Et d’immortalité ceux que l’on voit partir;

Faire des vers !... Chanter, en un sonnet suprème, La grâce d’une fleur qu’on regarde mourir,

En des accents voilés, livrer son âme même,

Le charme des espoirs qu’en soi l’on sent fleurir ;

Faire des vers d'amour, de beaux vers romantiques ; Sur le clavier divin qui vibre en notre coeur, Chanter tous nos désirs, notre soif de bonheur ;

Où mariant un soir en des strophes lyriques, L'infini de l’azur et l'infini des mers, Donner son coeur d'amour, en écrivant des vers...

Juin 1925

Illusions.

A ceux qui n'aiment pas la vie.

Qu'il est bon de savoir, que l’on est jeune et libre, D'être dans la nature une corde qui vibre, Sous la touche de Dieu; De se sentir émue à la mort d’une rose, D'’aimer tout ce qui vit, et de chanter sans cause, Sous un ciel pur et bleu.

Oh! ne m'en veuillez pas de tant aimer la vie,

De vouloir étancher la soif inassouvie, Qui tourmente mon coeur.

Oh! n'allez pas briser la beauté de mes rêves,

La jeunesse est si courte, et les heures sont brèves, Où l’on croit au bonheur !...

Laissez-moi croire encore à la bonté des hommes,

Et ne me dites pas que la terre où nous sommes, Est un lieu vil et bas.

Je voudrais tant trouver à chaque âme des ailes,

Lui faisant mépriser les jouissances mortelles,

Que l’on goûte ici-bas.

Si ma soif de beauté vous paraissait frivole, N'allez pas effeuiller la vibrante corolle, De ma jeunesse en fleur.

N'allez pas, en riant, éteindre cette flamme, Laissez-moi la chanter, car elle est de mon âme, La vie et la chaleur.

Et laissez-moi rêver d'un amour impossible ; Que de vos traits moqueurs je ne sois point la cible, Où l’on vise à plaisir !...

Mon coeur est délicat, si d’une main méchante Vous alliez étouffer le rêve qui l’enchante, Il pourrait en mourir.

tévrier 1925

5e HEURES EFFEUILLÉES

Dernier billet

A Mère Saint-Claude, Ursuline

J'aime un sentier charmant perdu dans les feuillages, Où dans la paix des soirs, j'allais rêver de toi.

Oh! rien n’est beau, vois-tu, comme ces paysages Où dans l'âme des fleurs on laisse un peu de soi.

Là, pour me consoler de te savoir partie,

De toi, j'irai causer à l'oreille des fleurs;

Je leur dirai souvent que ma plus chère amie,

À laissé nos sentiers pour des sommets meilleurs.

Ft je sais que les fleurs, les oiseaux, la nature, Me consoleront tous de leurs petites voix,

Et j'entendrai souvent comme un pieux murmure, Ton doux nom palpiter dans le souffle des bois.

Chants d'oiseaux

A Soeur S. Flavien, R. de Ste-Croix.

Les oiseaux cette année ont des chansons nouvelles,

Leurs petits nids cachés dans les frèles dentelles, De nos érables verts,

Sont tout pleins d'harmonie et de joyeuses gammes,

Ils ont pour cet été, changé tous les programmes

| De leurs joyeux concerts.

Un merle près de moi gazouille une romance;

Il s'exerce, je crois, car souvent recommence Son thème langoureux.

Mais bientôt tous les nids lui répondent ensemble,

Et c’est, dans les replis du feuillage qui tremble, Comme un envol d'aveux.

...Les oiseaux cette année ont vraiment l’âme tendre. Romantiques, charmants, ils ne font plus entendre, Que des refrains d'amour !...

Et jamais leurs chansons ne m'ont semblé si belles... Chantez, petits oiseaux, vos romances nouvelles, Chantez les tout le jour.

Mai 1925

L'âme de la forêt

À Paul S.…

L'âme de la forêt est une grande harpe,

Que le vent fait chanter et pleurer tour à tour, Que l’azur du beau ciel revêt comme une écharpe Et qui vibre sans trève, et la nuit et le jour.

L'âme de la forêt est pleine de mystère,

Avec ses recoins d'ombre et ses arbres moussus, Ses morceaux de ciel bleu, ses tapis de lumière, Si beaux, que l’on voudrait ne pas marcher dessus.

L'âme de la forêt... elle est un peu notre âme, Avec tout son mystère et tout son infini;

Et quand le soir descend sur son beau char de flamme, Elle pleure avec nous la beauté qui finit...

Chelsea, août 1924.

Les flots

À M. et Mad. Jean Lemieux.

Les flots sont les baisers de l’âme de la mer. Lorsqu'ils viennent sans bruit, à l’heure calme et brève, Toucher avec amour les sables de la grève,

Les flots sont les baisers de l’âme de la mer.

Les flots sont les soupirs de l’âme de la mer,

Quand murmurant tout-bas, lorsque vient l'heure exquise, Ils mêlent leurs aveux aux souffles de la brise...

Les flots sont les soupirs de l’âme de la mer.

Les flots sont les sanglots de l’âäme de la mer, Lorsque, voyant des nuits la tristesse infinie,

Ils pleurent des couchants la céleste harmonie... Les flots sont les sanglots de l’âme de la mer.

. Michel, 1924

62 HEURES EÉFFEUILLEES

Le bord des eaux

J'aime le bord des eaux où l’on rêve à sa guise,

Où l'air est pur et fort, où la joyeuse brise, Nous mêle les cheveux;

Le bord des eaux, semé de roses coquillages,

Et le vol des oiseaux dont les riants plumages, Sont des traits lumineux.

J'aime à bercer mon rêve aux accords de la vague, À murmurer des vers, au rythme étrange et vague, Près du fleuve, le soir...

Sur le rocher qui garde en un pli — vaste amphore — Une vague oubliée et que le soleil dore; J'aime à venir m'asseoir.

J'aime à voir s’effeuiller quelque fleurette pâle, Dans ce lac si petit, luisant comme une opale, Aux changeantes couleurs...

Et quand le soir descend avec son voile d'ombre, J'adore, me penchant sur ce visage sombre:

V voir couler mes pleurs !...

St-Michel, 1925

Paysage

A Louise Savard.

C’est un endroit exquis tout près d’une chapelle

Où parfois, doucement la brise nous appelle, Dans la tiédeur du soir;

On y voit de très haut, la prairie et la grève,

Et l’on entend les flots qui murmurent sans trève, Leur doux rêve d'espoir.

De vieux bouleaux très vieux tamisent la lumière ; Un gazon frais et vert couvre toute la terre,

De son tapis brodé.

Des nids qu’on ne voit pas chantent dans le feuillage Troublant seuls le silence où le clair paysage

Est toujours absorbé.

| | Je me rends très souvent en ce coin solitaire,

Pour lire, pour rêver, ou chanter, l'âme fière, Les beautés du pays.

Et, j'en reviens toujours l’âme un peu plus joyeuse. ...Si vivre c’est aimer, prier et être heureuse, C'est bien là que je vis.

t- Michel, 1925

Contentement

Affectueusement à Tante Mina.

Que je me plais nature à t'aimer à ma guise,

A t'aimer par les jours où ton soleil me grise, Lorsque je vais gaiement m'appuyer sur ton coeur, Parmi les trèfles verts et parmi l'herbe tendre !... Que j'aime à te parler, et que j’aime à t’entendre, Puisant dans notre amour ma portion de bonheur.

Quand près de mon sourire une fleurette rêve, Ma lèvre la caresse et mon âme fait trève, En lui parlant d'amour à tout autre entretien. J'aime tes fleurs nature: elles sont ton sourire, Elles disent les mots que tu ne peux me dire, Et”leurs tout petits coeurs interprètent le tien.

Oh! que j'aime à rêver dans l'herbe chaude et blonde, Voyant beaucoup de ciel et rien qu'un peu du monde; Et priant l’Infini, dire des vers tout-bas !

Puis, me laissant bercer par le murmure même,

Qui monte tendrement de la terre... que j'aime Nature à m'endormir heureuse entre tes bras.

Las Cruces, Nov. 1925

Le vent

J'aime le vent léger, prodigue de caresses,

Qui d’un souffle très doux mêle les blondes tresses, Des longs épis mouvants;

Qui met sur les étangs des vagues très petites,

Le vent qui baise au front les grandes marguerites, Ces étoiles des champs;

- Le vent qui fait ouvrir les corolles mi-closes,

Et vient troubler d'aveux le coeur aimant des roses, Qu'il adore en secret. !

Le vent mutin qui rit et dans sa course folle,

Est tout plein des accords de la harpe d’Eole, Et d’un parfum discret.

Je n'aime pas le vent qui gémit et qui pleure, Le vent qui d’un doigt lourd frappe à notre demeure Qu'il fait trembler souvent; Le vent qui sur la mer, souffle et gronde avec rage, Et peut, dans sa fureur susciter un naufrage, Par son souffle puissant ; Je n'aime pas le vent, vagabond ivre.et triste, Cet affreux destructeur qui d’un geste sinistre, Renverse les moissons, Le vent qui sans pitié pour la beauté des choses, Continue à clamer, en effeuillant les roses, Ses lugubres chansons.

St-Michel, 1925

Une violette

À Mère Marie de Lourdes, Ursuline.

J'ai cueilli ce matin la première fleurette, Le premier sourire de Mai; C'était au bord d’un champ, une humble violette, Au coeur timide et parfumé.

Entre mes doigts, soudain, elle devint très triste, Et sur ma main je vis un pleur,

J'eus peur de voir tomber sa corolle améthyste, Et mourir son âme de fleur.

Elle pleurait, je crois, la grande solitude De son petit, tout petit coeur ; Ou son âme pensait avec sollicitude, À quelque violette soeur.

Je la plaçai dans l'eau, et tout près d’une glace Où la fleurette pouvait voir

Une autre fleur... Soudain, d’un geste plein de grace, Je la vis sourire au miroir...

Michel, mai 1925

Lorsque mon âme a froid...

Lorsque mon âme a froid, triste en sa solitude,

Je laisse quelque temps mes livres, mon étude, Je vais courir les bois;

J'y sens respirer Dieu, dans le souffle des brises ;

Sous les feuillages verts mes heures sont moins grises Et moins longues parfois.

De grands chènes pensifs me tiennent compagnie,

Les oiseaux, gentiment, me versent l’harmonie De leurs naïfs concerts;

Je ne suis jamais seule en la forêt sauvage,

Et pour mes yeux amis ses arceaux de feuillage, Ne sont jamais déserts.

Des fleurettes, tout-bas, me content leur idylle;

Dans un endroit caché j'ai toute une famille D'anémones en fleur;

Je n'ose pas cueillir les aubépines blanches

Et les entends parfois chuchoter dans les branches : “Bonjour, petite soeur”.

St-Michel, 1925

Emoi

La nature est pour moi plus tendre qu’une amie; Dans nos effusions je la nomme ma mie,

Mais je l'aime souvent comme on aime une soeur. Je comprends les secrets que me dit son silence, Et je sais que parfois elle sent ma souffrance

De ne pouvoir vraiment lui causer coeur à coeur.

Chaque souffle embaumé me donne une caresse,

Les oiseaux de doux chants, chaque vie une ivresse, Chaque étoile un rayon, toute rose un aveu;

La fleur m'offre un baiser et le jour un sourire, J'entends les mots divins que Dieu seul peut nous dire Dans l’or d'un matin blond ou l’azur d’un soir bleu.

Et je ne connais pas de bonheur comparable A celui de pouvoir, par ut soir adorable,

Me sentir seule avec la nature et son Roi !

Prier, chanter des vers dans un beau paysage, Et sentir tout-à-coup glisser sur mon visage Des larmes qui tout-bas traduisent mon émoi.

as Cruces, 1925

Je crois. -

Oui, je crois au bonheur, je crois qu’il est sur terre Des moments enchanteurs, des jours faits de soleil, De beauté, de repos, d'amour et de lumière

... À l’horizon vermeil.

Oui, je crois que la vie est bonne, qu'à son heure

Elle sait nous donner des plaisirs vrais et doux;

Que malgré la souffrance, une paix qui demeure, Peut résider en nous.

Et je crois à l’amour,... Car je sens que mon être Est capable d'aimer, de vivre et de souffrir Pour l’âme qui saurait mon amour reconnaître

Et mon coeur découvrir.

Août 1924

Les yeux que j'aime...

J'aime l’égarement des yeux chargés de rêves, Dont le regard glissant sur toutes les beautés, Voudrait revivre un peu les jouissances trop brèves, Des moments de bonheur aux douces voluptés.

J'aime le grave attrait des yeux lourds de pensées, De ces yeux toujours beaux par leurs reflets profonds. Ils gardent le cachet des souffrances passées

Et scrutent l'infini des vastes horizons.

J'aime les yeux qui prient; j'aime les tristes charmes De ceux qui de la vie ont connu la douleur ;

Les yeux dont le regard est tout perlé de larmes, De ceux où l’on peut lire au fond d’un tendre coeur.

St-Michel, 1925

Les lettres

A Jules S.

Les lettres sont des ponts aériens, jolis,

Que le coeur sait bâtir pour combler la distance. Ils unissent d’un jet les plus lointains pays,

Et ce lien délicat rend moins lourde l’absence.

Les lettres sont parfois des miettes de bonheur ; Il faut prendre bien garde en dépliant la feuille, De ne pas échapper les parcelles de coeur

Qu'un bon ami lointain en notre honneur effeuille.

Mes lettres sont l’objet d’un culte très pieux Pour mon coeur encore plein d’une ardente jeunesse, Et dans mon souvenir rien n’est plus précieux, Que l'endroit où revit leur sincère tendresse.

Février 1925

Idéal...

A Fernande Page.

Avoir vingt ans, brüler d’une flamme divine, Sentir battre son coeur bien fort dans sa poitrine, Etre épris de beauté; Croire à l’amour, vouloir aller de par le monde Faisant du bien à tous, être une âme féconde, En noble charité.

Au ciel de l’Idéal toujours battre des ailes, Scruter d’un oeil croyant les sphères éternelles, La voûte du ciel bleu; Dans le chant du ruisseau, dans la calme nature, Dans tout ce qui le soir, sous les grands bois murmure, Entendre parler Dieu !...

Sentir monter en soi — telle au printemps la sève Qui féconde les bois — un adorable rêve, Que l’on forme tout bas; Vouloir vivre sa vie en la rendant puissante, Aimer tout ce qui pleure, aimer tout ce qui chante, Tous ceux qu’on n'aime pas !

Et fier d’être chrétien, garder son âme pure, Voulant la préserver contre toute blessure,

Prier le ciel, toujours; Tenir son front bien haut dans la pleine lumière, Et, fixant son regard au-dessus de la terre,

En paix, vivre ses jours....

St-Michel, 1925

Impuissance

J'ai le coeur plein d’accents que je ne sais pas dire, J'ai dans l’âme des vers que je ne sais écrire; Les mots sont la prison, Où je ne puis fixer de mon âme inquiète Tous les élans secrets, et je reste muette, Et je tais ma chanson...

Chaque âme porte en elle un sublime poème.

C’est par lui que l’on prie et par lui que l’on aime, Lui que l’on veut chanter ; Mais pour le murmurer la tentative est vaine Et jamais, non, jamais notre parole humaine Ne pourra l'enfanter.

Mais n’allons pas pourtant éteindre dans notre âme,

D'un geste indifférent ‘cette mystique flamme Dont on voit les lueurs;

Laissons-la doucement purifier notre être:

Poète, elle est en toi la source où pourront naître Les fécondes douleurs !...

St-Michel, 1925

Maturité

Mon âme est comme un fruit trop lourd et trop vermeil, Il a müri trop vite aux rayons du soleil

Des saisons achevées ; Je le voudrais plus vert, je le voudrais moins mür, Car il tremble parfois, son abri n’est plus sur

Sous les branches ployées.

Des rayons trop haâtifs l’ont paré de couleurs. Il a bu le nectar de la rosée en pleurs; Déjà son coeur frissonne, En voyant apparaître sa maturité !

Il a vu le printemps: sans connaitre l'été, Il sent venir l'automne.

Près de lui le feuillage est vert et jeune encor, Le soleil, radieux, met un grand tapis d’or Sur les champs qu'il éclaire.

Mais mon âme pourtant est un fruit mür et lourd, Que je tremble de voir, bientôt par un beau jour, Tomber... dans la lumière.

Mars 1925

Grandeur et faiblesse

Écrit au lendemain du tremblement de terre.

Que sommes-nous, faibles habitants de la terre ? Que sommes-nous devant votre infini, Seigneur ? La vie est à nos coeurs un angoissant mystère, Nous comblant tour à tour, de joie et de douleur.

Nous sommes une vague inconnue, éphémère,

Perdue en l’océan des astres et des temps,

Nous sommes un atôme en votre main de père,

Et... vous daignez Seigneur, nous nommer vos enfants.

Nous sommes le néant: Vous êtes la puissance, Qui d’un geste pourrait détruire l’univers,

Vous savez tout mon Dieu: nous sommes l'ignorance, Et nos yeux sont toujours de ténèbres couverts.

Et malgré l'infini de nos pauvres faiblesses,

Et malgré l'infini de toutes vos grandeurs,

Vous répandez sur nous le flot de vos tendresses, Quand Vous voyez, pour Vous, un soupir en nos coeurs.

Mars 1925

Esquisse

Les monts Laurentiens sont d’un bleu de pastel, Et l'Ile d'Orléans se regarde, coquette,

Dans le beau Saint-Laurent qui paisible reflète, Les contours de sa rive et ceux de Saint-Michel.

Le ciel est calme et pur comme un regard d'enfant, Il mêle son azur à l’azur du grand fleuve:

On dirait que la terre a fait toilette neuve,

Pour recevoir Avril, Avril qu’elle aime tant.

Et mon regard toujours se pose avec bonheur, Sur la douce beauté de ce cher paysage;

Depuis vingt ans mes yeux contemplent son visage, Son profil se dessine aux parois de mon coeur.

St-Michel, 1925

À mon pays...

A mon père.

Je ne sais pas les mots d’éternelle jeunesse,

Les accents par lesquels, on donne avec ivresse, Notre âme dans un chant;

Je ne sais pas chanter mon pays que je t'aime,

Mais je sais tant t'aimer que je t'offre quand même,

Mon amour impuissant.

Je t'aime le printemps, quand une ardente sève

S'éveille dans le coeur de la forêt qui rêve, Aux caresses de Mai,

Quand l'été de nouveau décore la nature,

Enveloppe les champs d’un manteau de verdure, Tout de fleurs parsemé.

Et je t'aime surtout beau pays quand l’automne, Des feuilles de nos bois te tresse une couronne, De pourpre et d’or vermeil,

Je t'aime aussi l'hiver quand la brillante neige, Te couvre avec tendresse et toujours te protège, Pendant ton long sommeil.

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Je t'aime Ô Canada pour ta belle jeunesse,

Pour ton fleuve géant, pour l'immense richesse De tes grands bois épais,

Pour la solennité de tes beaux paysages,

Pour avoir conservé, fort, à travers les âges, Un vrai coeur de Français !...

St-Michel, 1925

Evocation

À la mère de ma mère.

Me voici loin de toi mon pays, mes amours,

Loin de ton ciel si bleu, de tes grands paysages, De ton cher Saint-Laurent que j'adore toujours, Et loin de ma maison qui rêve en tes feuillages.

Oui je suis loin de toi, mais va, je t'aime encor, Je t'aime même plus, car je sens comme est belle, Ta terre mon pays, ta langue au timbre fort, Et de tes bois épais l’ondoyante dentelle.

Je me penche souvent aux parois de mon coeur, —Car j'y garde avec soin ton image adorable— Pour y voir frissonner, quel délicat bonheur,

Quelques épis de blé, quelques feuilles d'érable !

Ta langue est la plus belle, et ce soir à genoux, Je voudrais te chanter avec mon âme même

Je ne prierai jamais qu'en français de chez-nous, Et, lorsque j'aimerai, je veux dire: “Je t'aime”.

louveau-Mexique, 1925

Quand donc ma poésie aura-t-elle des ailes

Quand donc ma poésie aura-t-elle des ailes ?

Quand sera-t-elle assez forte dans sa douceur,

Pour que l’on puisse entendre y palpiter mon coeur ? Mon coeur caché souvent dans ces frèles dentelles...

Quand mes vers auront-ils tout le parfum du soir, Seront-ils assez grands pour contenir mon âme ? Et pourront-ils un jour devenir cette flamme, Dont la lumière apporte et l’amour et l'espoir.

Et quand pourrai-je enfin t'offrir, à Poésie, De ces vers que je rêve de chanter pour toi, Musique qui soupire et qui murmure en moi, Accents où je voudrais mettre un peu de ma vie ?

J'espère en l’avenir et peut-être qu’un jour, Je saurai dignement ciseler de mes vers

Une urne à contenir la voix de l’univers....

..J'essaierai ce jour-là, d'y loger mon amour...

Nouveau-Mexique, 1926

IT

LES HEURES CHRIES

“Je voudrais avoir le génie

“Pour publier les mots en mon âme enfermés “Exalter la bonté de ceux qui, dans ma vie

“Ont parfois sur mon front, posé leur main bémie, “Et pour rendre immortels ceux que j'ai tant aimés.”

LYA BERGER.

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