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LES HEURES CHERIES
À ma mère...
J'aurais voulu pour toi composer un poême,
Qui serait de mes chants le plus doux, le plus beau, Le ciseler longtemps et, précieuse gemme,
En faire, pour ton front, un unique joyau.
Mais les grands sentiments ne se peuvent décrire, Les mots sont trop étroits pour loger notre coeur, Mais ton âme de mère en mon âme sait lire, Et c’est là, que pour toi, j'écris avec bonheur.
Comment chanter hélas, par des mots éphémères, Tout ce qui vit en toi d’idéale bonté ?
D'un souffle d’'infini Dieu fit le coeur des mères, Et nous sommes muets devant cette beauté !...
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Oh! ma chère maman, je te dois, de ma vie,
Les meilleurs souvenirs, les moments les plus doux. Tu m'es plus qu’une mère, tu m’es une amie,
Je voudrais publier tes bienfaits à genoux.
Te souviens-tu des jours où nous courions la grève, Toi, ma petite soeur et moi — tu t'apportais Un livre, mais souvent Ô vision de rêve,
Pour nous faire plaisir à nos jeux tu jouais.
Nous ramassions pour toi des coquillages roses, Et des gerbes de fleurs que nous venions t'offrir, Tu souriais à tout et ces petites choses, Toujours, nous disais-tu, te faisaient grand plaisir.
Quand le soir dépliait la brume de son voile,
Nous revenions chez-nous, notre main dans ta main, ... Pour nos âmes toujours tu fus la douce étoile, Dont les rayons discrets éclairent le chemin.
Maman, tu m'as donné l’amour de la nature, Et l’amour de Celui que l’on appelle Dieu.
Qui de fleurs étoila les tapis de verdure, Et qui fleurit d'étoiles le firmament bleu.
Mon âme te bénit et t'aime pour la vie,
Qui palpite en mon coeur et qui vient de ton sang, Pour ton grand dévouement, pour la joie infinie, Que je ressens de vivre et d’être ton enfant.
Jamais je ne pourrai hélas en ma misère,
M'acquitter dignement de ces dettes d'amour,
Mais je demande au Dieu qui fit ton coeur de mère, De te bénir pour moi de son divin séjour.
Mars 1925
LES HEURES CHERIES
ÂAirs anciens
J'aime ces airs anciens pleins de mélancolie,
Les airs que vous jouez parfois, maman chérie, Les pavanes et les menuets gracieux,
Tous ces vieux airs jolis au rythme harmonieux.
Le thème est toujours lent, plein de mystère, tendre,
Ils sont jeunes de vie et j'aime les entendre,
Lorsque c’est vous maman qui les chantez pour nous.
Ils sont alors plus beaux, infiniment plus doux,
Puisque leur chère voix, nous livre un peu votre âme,
Un peu de la douceur de votre esprit de femme.
.. Par le rêve de votre coeur qui se souvient, C’est un peu, ces vieux airs, le passé qui revient, Charmer de sa beauté pure notre jeunesse,
Et qui passe sur nous doux comme une caresse.
Mars 1925
Retour
à ma chère mama
Je rêve bien souvent chérie — oh! si souvent —
AÀ ce jour qui viendra nous réunir encore |
Par quel doux soir d'azur, par quelle blonde aurore, Aurai-je ce bonheur de te revoir, maman ?..
Que de mots n'est-ce pas nous aurons à nous dire : Mots où l’âme et le coeur se cachent tour à tour, Ces petits mots qui sont les gestes de l’amour,
Qui nés dans un baiser meurent dans un sourire. Mais si mon coeur trop lourd ne sais plus que t'aimer, Ne te dis que maman, ne t'offre que des larmes,
Je bénirai je crois ces subites alarmes,
Qui vaudront à mon front ton coeur pour s'appuyer...
Et, plus tard, lorsqu'à deux dans quelque solitude, Nous reprendrons enfin notre vieille habitude,
De se dire notre âme avec des mots à nous;
Lorsque je cacherai mon front sur tes genoux,
Que de tes chères mains je sentirai le geste,
Que mon coeur chantera: “Pour toujours je te reste”...
... Alors, je te dirai que ton cher souvenir,
LES HEURES CHERIES
Seul, a su consoler ma vie, et la fleurir,
Et, — mon regard levé vers ton calme visage, — Tu liras dans mes yeux comme en un paysage;
Tu verras mon amour pour toi, mes jours sereins, Tous mes instants de joie et mes instants chagrins... Tu trouveras sur tout comme une ombre lointaine, Qui tachaït de beauté, mon bonheur... ou ma peine, Et... cette ombre c’est Toi. C’est ton cher souvenir, Qui me suit en tout lieu comme pour me bénir;
Et cette ombre toujours qui plane sur mon ombre, Qui drape de soleil mon heure la plus sombre,
Je l’aime comme on aime et comme l’on bénit,
Une étoile qui brille au front de l'infini,
Alors que seul, un soir où nul rayon n'’éclaire,
On aperçoit enfin sourire sa lumière.
Je parlerai longtemps à ton coeur qui comprend; Je sais que bien des fois je te dirai “maman”... Car, vois-tu, ce seul mot est si lourd de tendresse, N'est-il pas, de l’amour, la plus douce caresse ?... Il est tout un poème et c’est le premier. chant, Que la vie harmonise aux lèvres d’un enfant...
Et, tu seras si près que nous pourrons entendre, Nos coeurs battre bien fort, et tous deux se comprendre; ...Je serai ta petite, et toi tu seras là Sous mes lèvres..... ; Maman ! Que je veux ce jour-là...
[ouveau-Mexique, Février 1926
Intimité.…
Viens, entrons toutes deux, amie, en ma chambrette. Donne-moi le plaisir d’un intime causette,
Oh! depuis si longtemps je voulais te revoir,
Il semble que je fais un doux rêve ce soir !
Laisse-moi dénouer ton écharpe en dentelle, Donne-moi ton chapeau, ta mante, ton ombrelle, Laïisse-moi dans tes bras te regarder un peu,
Puis allons nous asseoir là-bas, au coin du feu.
ce
Et maintenant dis-moi, ta vie est-elle heureuse ?
As-tu connu l'amour ? Es-tu triste ou joyeuse ? As-tu beaucoup pleuré depuis ce dernier soir, Lorsqu'entre deux baisers tu m'as dit: “Au revoir” ? Ou bien tes jours sont-ils comme un panier de roses ? Oh! parle-moi beaucoup, dis ces petites choses,
Qui font voir tout de suite les replis du coeur !..
Mais que vois-je en tes yeux? Des larmes? de bonheur
LES HEURES CHERIES
Oh! tant mieux j'avais peur de trouver, ma chérie, Dans ton regard l’écho des douleurs de ta vie :
Je t'aime tant vois-tu, que je ne voudrais pas Savoir que la tristesse accompagne tes pas.
En regardant mourir, ici, les cendres roses Révons, si tu le veux, de nos enfances closes, Rappellons-nous nos jeux, nos innocents plaisirs, Et tisonnons un peu nos jeunes souvenirs.
Lettre à l’ami lointain
Amicalement à Jean Len
Que je voudrais parfois être un oiseau léger,
Vous me verriez alors bien vite voltiger,
Vers votre beau pays, votre si douce France !
Je suis triste parfois de la grande distance,
Qui, si cruellement, nous sépare, ami Jean...
Si j'étais un oiseau, que j'irais donc souvent, Gazouiller, le matin, près de votre fenêtre, Curieux de me voir vous ouvririez peut-être,
Je vous dirais mon nom! oh! ce serait charmant... Je vous suivrais partout dans votre régiment,
En seriez-vous grondé ? Ce n’est pas la consigne ? Il faudrait bien qu’alors tout-bas je me résigne,
A vous voir seulement le matin et le soir !...
Ce serait tout de même amusant de se voir...
LES HEURES CHERIES 93
Oh! mais j'aime encor mieux rester en ma chambrette, Et ne pas devenir où mésange ou fauvette ;
J'aime mieux renoncer au plaisir de vous voir,
Pour vous écrire encor et surtout recevoir,
Vos billets doux tracés d’une plume charmante;
Si j'étais un oiseau qui voltige et qui chante,
Qui trace des méandres dans un ciel d’azur,
Je ne vous dirais plus !... Oh! ce serait trop dur.
Mais qui sait cher ami peut-être quelque fée, Posera-t-elle un jour sa baguette enchantée, Sur le désir si grand que j'aurais de pouvoir, Dans le pays de France, ami, vous aller voir...
rs 1925
Vain rêve ! …
Oh! pouvoir me pencher sur son front qui sommeille, Le baiser doucement sans qu'il n’en sache rien, Et sans que mon amour indiscret ne l’éveille,
Le voir longtemps sourire à son rêve incertain.
Et, lui sourire aussi de toute ma tendresse,
Lui parler bas, tout-bas, en lui disant mon coeur, Oh! pouvoir prolonger de mes yeux la caresse, Puis partir... oubliant sur sa main une fleur !...
Oh! ce n’est qu’un désir chimérique, un vain rêve, Un amour que je brise et qui ne vivra pas !...
Mais, je sens dans mon coeur un bonheur qui s'achève, Quelque chose qui souffre et sanglotte tout-bas !...
LES HEURES CHERIES 95
- Promenade
Viens, donne-moi la main, allons dans la vallée, À l'endroit où la fleur est par l’ombre voilée, Une mystique paix, Nous enveloppera dans une même ivresse, Et nous écouterons chanter notre jeunesse, Sous les arbres épais.
Pour moi, tu cueilleras les marguerites pâles, Nous en effeuillerons si tu veux les pétales, Qui s’en iront au vent; Ou bien, coiffeur charmant fouillant ma chevelure, Tu pourras en fleurir les plis de ma coiffure, Dans un geste tremblant...
Et puis, nous parlerons, ami, de notre enfance, Ou bien nous garderons si tu veux le silence, Ce langage du coeur !
Nous marcherons longtemps, mon âme dans la tienne, Nous irons... ignorant et le doute et la peine, Enivrés de bonheur !...
Quand tombera le jour, par la sente fleurie,
Nous reviendrons tous deux. le coeur plein d'harmonie, Et de pure gaieté...
Nous serons, dans le soir dont la douceur enivre,
Heureux d’avoir vingt ans, d’être ensemble, et de vivre, Sous le soleil d'été...
S. Michel, 1925
Michel, 1926
LES HEURES CHERIES 97
Gazouillis
Je t’apporte mon rire en fleur,
Et mes regards et ma tendresse,
Viens, je t'en ferai du bonheur, Plein ta jeunesse.
Je t'arrive avec le printemps,
Avec mon amour qui flamboie,
Je t’arrive avec mes vingt ans, Tissés de joie...
Je ne sais pas, divinement,
Chanter mon coeur dans un poème,
Car je t'aime... tout simplement, Comme l’on aime.
Ta romance
Veux-tu jouer pour moi ta suave romance ?
La jouer pour moi seule, et troubler le silence,
Par des accords qui sont presque des mots d’aveux... Je serai si joyeuse, ami, si tu le veux !...
Vois-tu lorsque les sons se perdent dans l’espace,
Je crois toujours sentir quelque chose qui passe,
En baisant mes cheveux... et qui s'échappe au loin. ...Ce souffle que toujours je veux saisir en vain,
Qui pour mon coeur vaut mieux que le plus doux poème, Serait-il un accord qui veut dire: “Je t'aime” ?...
Avril 1925
LES HEURES CHERIES 99
Mai ce soir «a tant mis de tendresse en mon âme...
Le vent met sur mon front des caresses qui chantent, Sur ma lèvre et mes yeux de longs baisers qui sentent Un peu toutes les fleurs; Le soleil au bord de l’azur rit et flamboie, Mais sa lumière est tiède à côté de ma joie, Tiède, auprès de nos coeurs.
Mai, ce soir a jeté sur mes lèvres décloses,
Ses chauds rayons d'espoir, ses couronnes de roses, Et ses gerbes d'amour !...
Mai, ce soir a tant mis de tendresse en mon âme
Que j'ai compris enfin le bonheur d’être femme, Pour t'aimer, mon amour !...
Bouquet
Je vous offre très cher, un bouquet de printemps : Mon amour, ma jeunesse et mon rire et ma joie, Et les plus belles fleurs aux pétales de soie...
Je vous offre ce soir un bouquet de printemps.
Et je vous offre aussi les baisers de la brise, Tous les aveux d'amour échangés dans les nids, Les bosquets de soleil dont les prés sont garnis... Je vous offre très cher, les baisers de la brise.
Je vous offre tous les parfums et la douceur,
Qui font, des soirs de Mai un éternel poème,
Je vous offre ces vers, et,... puisque je vous aime, Pour finir mon bouquet... je vous offre mon coeur !...
Mai 1926
LES HEURES CHERIES 101
Ce qu'est mon amour...
Mon amour est plus doux que la plus douce chose, Il est plus délicat qu’un pétale de rose,
Il est plus parfumé qu'une nuit de printemps,
Et plus harmonieux que le plus doux des chants.
Mon amour est plus fort que la force elle-même,
Il est plus enchanteur que le plus beau poème,
Plus profond que le ciel et les eaux de la mer !... ... Et, c’est cet amour-là que je vous offre, Ô cher !...