LES SAISONS
AU doux soleil de mai naissent les primevères ; Les champs pleins de parfums se couvrent de gazons, Et Toiseau déserteur de nos climats sévères Arrive par essaims des lointains horizons.
Ainsi quand dans les cœurs la jeunesse palpite Elle y fait à l'instant éclore les amours ; Uessaim des doux espoirs les fait battre plus vite, Emportant plus vite leurs jours.
Au chaud soleil d'Août tombent les blondes gerbes. Adieu la marguerite aux calices penchants !
De plus robustes fleurs vont émailler les herbes, De plus acres parfums vont embaumer les champs. A l'été de la vie ainsi le temps dévore Des espoirs nés d'hier et mûris à moitié.
L'amour frêle se fane et le cœur voit éclore lj3i forte fleur de l'amitié.
Sur le ciel gris d'Octobre on voit l'épais bocage Secouer à regret son feuillage jauni.
Sous les vents déjà froids qui soufflent avec rage Le fruit tombe de Tarbre et la plume du nid.
Ainsi quand l'homme arrive à sa saison d'automne Il voit se disperser tous ses espoirs flétris, Et l'hiver dans son cœur que la vieillesse étonne N'entassera que des débris !
Quand Décembre grelotte on voit Torme qui plie Sous la neige tombée en flocons miroitants, Et sous son froid linceul la plaine ensevelie, Frileuse, se dérobe aux baisers des autans.
Ainsi l'homme qui touche au terme de sa course En vain veut se raidir sous le poids lourd des ans ; Heureux encor si Dieu lui dérobe la source OU sont les souvenirs cuisants !
La Nature du moins revient à sa jeunesse Et reprend ses oiseaux, ses chants et ses gazons, Tandis que Thomme, lui, courant vers la vieillesse, Ne passe qu'une fois par ses quatre saisons I Le gazon se refait, la fleur se renouvelle.
Tout sous le grand ciel bleu chante : resurrexit ! La jeunesse qui fuit malgré qu'on la rappelle Jamais deux fois ne refleurit I