‹ Heureuse Intervention de l'Érysipèle sur Certaines Lésions Chirurgicales Liées à des États ConstitutionnelsChapitre 10 sur 16 · DD · texte numérisé non relu

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Dans la série d’érysipéles que nous avons énumérés jusqu'ici, nous avons vu quelquefois l’érysipèle se développer chez des sujets exempts de toute solution de continuité apparente.

Cela peut-il se faire? Pouvons-nous admettre l’évolution de cette maladie sans qu'il y ait une plaie par où ait pénétré l’agent contagieux ?

Puisque nous regardons l’érysipéle comme une maladie générale, la question de son origine traumatique se ramène à ceci. Le contage érysipélateux ne peut-il pénétrer que par innoculation ? Ce serait l’opinion la plus généralement acceptée, car la plupart des auteurs considèrent l'érysipèle comme d’origine traumatique dans la presque universalité des cas.

Trousseau, Piorry, quoique forcés d’avouer que dans quelques faits ils n’ont pu trouver de solution de continuité, semblent peu disposés à admettre l’origine spontanée. Trousseau, après avoir cité quelques exemples favorables en apparence à cette manière de voir, s’empresse de faire remarquer qu’un examen plus approfondi, qu'un interrogatoire plus serré, ont permis de découvrir qu’il existait, ou avait existé quelques jours auparavant, une lésion chirurgicale plus où moins insignifiante, par où avait pénétré le virus, en un mot, par où s'était faite l’inoculation. Comme on le voit, ce n’est qu'avec la plus grande restriction que ce clinicien avoue que l’érysipèle n’est pas toujours d'origine traumatique.

Maurice Raynaud ! soutient que la plupart du temps

! Dic. de Mél. el Chirurg., t. XEV, p. 3%.

et

une solution de continuité, qu'il faut souvent chercher avec la loupe, est le point par lequel a pénétré l'agent contagieux. La face est quelquefois indemne, et c’est dans les fosses nasales, ou le pharynx, qu’il faut rechercher les ulcérations, souvent presque imperceptibles.

Velpeau, Gosselin, Després, quoique.en contradiction sur l’origine et la nature de l’érysipèle, reconnaissent son origine traumatique. Gosselin admet toutefois, mais avec restriction, l’érysipèle spontané. Quelques faits existent, il est vrai, où l’on n’a pu observer de lésion apparente, et ces faits, si peu nombreux qu’ils soient, sont indéniables et méritent une interprétation différente.

Où siège le plus souvent ce dernier genre d’érysipèle ?

À la face ou sur les muqueuses.

Quelles sont les personnes le plus fréquemment affectées ?

Les jeunes gens et les femmes.

Du siège de l'affection, des sujets qui en sont atteints, nous pouvons conclure que la finesse, la vascularité, la délicatesse de la peau de la face, plus exposée que toute autre partie du corps aux influences extérieures, aux variations atmosphériques, peuvent beaucoup favoriser la pénétration du virus.

Les muqueuses, par leur rôle absorbant, n’ont pas besoin d'être lésées pour permettre au virus d’envahir l'organisme; la barrière épithéliale est souvent impuissante à s'opposer à son introduction. Et Dieu sait si les érysipèles du pharynx sont fréquents.

« Nous sommes ouverts de partout aux influences am-

tte — biantes. L'économie vivante plonge par tous ses besoins, et pour le libre exercice de ses manifestations dans le sein du monde extérieur; elle ne peut échapper à la pression de ce monde, favorable ou hostile, et elle le subit nécessairement.

« Favorable, elle en use pour le plein développement de son activité; hostile, elle lui résiste pour marcher à Sas ne

« La vie peut-elle se soustraire aux milieux qui l’entourent, peut-elle éviter les occasions hostiles, et lorsqu'elle les rencontre, peut-elle ne pas les subir? Le froid, l'humidité, le sec, les émanations miasmatiques, les effets du régime ne nous enveloppent-ils pas de toutes parts !? » D’après les paroles de cet illustre professeur, nous voyons qu'il n’est pas indispensable qu'il y ait solution de continuité des muqueuses ou des téguments, pour que le virus pénètre dans l’économie : il suffit que le sujet soit en opportunité morbide; que, d’une constitution débile ou débilitée par la cachexie, il ne puisse résister à l’intensité du poison. Nous pouvons conclure de là que, quelquefois, l’érysipèle est spontané, mais c’est l’exception : la plupart du temps, presque toujours il est d’origine traumatique et se propage par inoculation. Mais si cette assertion est exacte, s’il est vrai qu'il existe un virus qui pénètre par une plaie, si l’érysipèle est une maladie virulente, on doit pouvoir l'inoculer expérimentalement.

Quelques expériences nouvelles semblent confirmer

1 Chauffard, Principes de Palhologie générale, p. A37T.

cette manière de voir. Nous en avons déjà signalé un exemple en rapportant l'observation de l'hôpital de Rostock, où les lapins inoculés avec un extrait du liquide provenant du lavage des coussins de la salle d'opération, furent atteints d’une maladie semblable à l'érysipèle.

Willan dit avoir pu inoculer le liquide des phlyctènes érysipélateuses.

Chalvet renouvela les mêmes expériences sur un chien, et l'animal eut un érysipèle.

Ponfick a injecté le contenu des phlyctènes érysipélateuses sous la peau de deux lapins; ces animaux moururent l’un au troisième, l’autre au septième jour avec des phénomènes d'infection.

Coze et Fells, de Strasbourg, disent avoir essayé à plusieurs reprises d’inoculer le sang des érysipélateux et avoir constamment échoué.

Tillmanns, de Leipsig, 1879, fit quelques expériences à ce sujet. Sur vingt-cinq tentatives ayant pour but de donner l’érysipèle, cinq eurent un résultat favorable. C'était toujours le liquide des phlyctènes, ou le pus des abcès érysipélateux qui avait été inoculé. C’est, en effet, dans les phlyctènes ou le pus des abcès que se trouve contenu le virus, les inoculations faites avec le sang de ces maladies n'ayant jamais donné des résultats heureux.

Quoique peu démonstratif, ce dernier genre de contagion doit être tenu en considération, et ces faits, peu nombreux il est vrai, peuvent nous autoriser à ranger l’érysipèle au nombre des maladies virulentes. La scar-

Re

latine, dont l’inoculation a toujours échoué, n'est-elle pas rangée parmi ces pyrexies? A-t-on pu isoler l’agent contagieux ? Connaït-on sa nature? Gosselin a étudié le sang des érysipélateux, et, sauf la différence, n’a retrouvé aucune particularité ; aussi, traitant ce sujet, s’écrie-t-il : « Mais à quoi, encore une fois, cette affection est-elle due? Je crois certainement aux poisons pathologiques à la surface des plaies par la décomposition du sang, des matières organiques sous l'influence de Pair, qui donnent naissance à des produits pathologiques, lesquels se répandent dans l’économie. J'y crois, mais je ne puis le prouver. Aujourd’hui, un certain nombre de médecins sont disposés à croire que ce quelque chose atmosphérique est constituë par des êtres organiques, microscopiques, auxquels on a donné le nom de microbes. C'est ainsi que M. Pasteur a parlé des germes de l'atmosphère qui devenaient des vibrions à la surface des plaies. On croit même que ce sont ces microbes qui

pénètrent dans le torrent circulatoire et infectent l’organisme. »

Comme on le voit, nous sommes forcés de nous contenter d’hypothèses sur la nature de l’érysipêle, qui nous est absolument inconnue. L'état actuel de la science sur ce sujet, l’opinion très hardie de la théorie parasitaire de l’érysipèle semble avoir été établie par Hortht, que des expériences minutieuses ont conduit aux conclusions suivantes : |

1” L’érysipèle traumatique, épidémique, est causé par

1 Arch. fur experiment. palhol. u. pharn. B. 4.

un poison existant dans le sang aussi bien que dans les sécrétions de la partie affectée.

2% Ces sécrétions sont capables de produire l'érysipèle par inoculation.

3 Les bactéries naissent part passus avec le dévelop pement de l’érysipèle.

40 Les bactéries sont en relation étroites avec la cause spécifique de l’érysipèle, car ses symptômes caractéristiques peuvent être produits par des bactéries cultivées artificiellement.

5° Mais les bactéries ne sont pas la cause indirecte de la maladie, puisqu'elles ne se forment pas en quantité dans le sang des animaux infectés, et qu'on peut les faire disparaître sans détruire entièrement l’activité du liquide infectant,.

6° Les bactéries paraissent appartenir aux microbes et aux Schizamycètes.

70 Il est probable que dans les différentes formes de la maladie, il existe différents micro-organismes, mais cette proposition manque de preuves.

Gosselin prétend avoir recherché des bactéries dans le sang des érysipelateux et n'avoir jamais pu y découvrir la moindre trace de microbes.

Aussi est-il peu partisan de cette théorie parasitaire.

Dans la Gazette des Hôpitaux, même numéro, prenant pour exemple un malade qu'il a dans sa salle, il dit : « Nous avons un malade chez lequel, autour d’un bubon inguinal qui a êté ouvert, il s’est formé un érysipèle. Dès le début, il y a eu des frissons, de la fièvre,

D des nausées, de l’inappétence, de telle sorte que s’il y

a eu des bactéries, celles-ci ont passé dans le torrent circulatoire.

« Mais il y a trois jours, cet homme a été pris de fièvre plus vive, de dyspepsie intense; on lui applique des ventouses ; y-a-t-il là obstruction de la circulation par des microbes ?

« J'avoue que j'ai peine à le croire. Trente-six heures plus tard, nous constatâmes une pleurésie aiguë avec épanchement et peut-être un peu de pneumonie. Or, d’après la théorie des microbes, ceux-ci auraient dû être entrainés jusques dans les capillaires de la plèvre et du poumon.

« Peut-on réellement leur accorder une importance aussi grande? Quant à moi, je suis disposé à admettre vraiment autre chose que ce que nous pouvons voir dans cet ordre de faits, même avec le microscope. »

Si tant il est vrai que, quoique peu acceptées, les expériences de Horth sont démonstratives; si l’origine parasitaire de l’érysipèle est admise, elle nous conduit à supprimer la dénomination de miasme érysipèlateux en tant qu'opposé au contage.

Il n’y aurait plus qu'une cause : le microbe, qui pourrait être cultivé en dehors de l’organisme et renaître sous l'influence des conditions atmosphériques (froid humide, atmosphère chargée d'électricité).

Il pourrait - alors envahir l'organisme directement (miasme), comme cela se fait pendant les épidémies ou dans certaines régions.

Connor prétend que le sol de la Pologne est particuliè-

22 AUDE ment favorable à l’éclosion de ce parasite, lorsqu'il affirme

que c’est en Pologne que l’on observe le plus grand nombre d’érysipèles spontanës.

Bajon ! nous apprend que, dans les pays chauds, où le pian et la lèpre sont des maladies attachées au climat, les inflammations, les mêmes que dans les pays froids, sont rarement idiopathiques, et que lorsqu'elles existent, elles sont érysipélateuses. Ces pays offriraient, d’après ces auteurs, des conditions favorables à l'éclosion de ce microbe.

Mais ce mode de propagation du microbe est le plus rare.

C’est le plus souvent après culture nouvelle dans un autre organisme (contage) que ce varasite se développe ; c'est le mode de propagation observé en clinique. Le microbe se cultive dans un autre organisme ; mais il exige presque toujours, pour pénétrer dans un nouvel organisme, une brèche extérieure. Ce mode de contagion, cette nècessité d’une solution de continuité pour le passage du microbe, expliquerait l’origine presque toujours traumatique de l’érysipèle.

Mais il ne suffit pas que les téguments soient lésés pour que le parasite se développe; il faut des conditions de terrain favorables, telles que le mal de Bright et la débilité constitutionnelle. Mais que d’inconnu dans ces conditions exigées pour le développement du microbe ; pas plus que l'origine spontanée de ce parasite, nous ne pouvons les

{ Paris, 1778, Mémoire pour servir à l'hisloire de Cayenne et des Guyanes francaises.

Us — expliquer. Nous nous contentons d'étudier les circonstances dans lesquelles se développe l’exanthème.

Gosselin, au point de vue chirurgical, divise les causes de l’érysipèle en occasionnelles et prédisposantes :

1° Les premières sont toutes Les solutions de continuité, mais surtout celles qui sont faites avec le bistouri sur les parties du corps les plus vasculaires.

Viennent ensuite les plaies faites à l’aide d’instruments contondants, surtout lorsqu'elles doivent suppurer, qu'elles sont petites et anfractueuses.

2° Les secondes sont la misère, les privations, les cachexies et toutes les causes qui peuvent débiliter nn organisme et l'empêcher de lutter contre les influences extérieures qui sont singulièrement activées par le froid humide.

D’après l'étude de la symptomatologie du mode de propagation de la matière de l’érysipèle, nous le rangeons parmi les maladies générales infectieuses, et nous devons retrouver, comme le plus efficace, un traitement qui soit en harmonie avec cette manière de voir.

C’est ce qui arrive. En effet, les nombreux traitements qui s’adressaient à la lésion locale seulement ont êté repoussés comme impuissants, inefficaces. Les seuls traitements qui aient paru enrayer l’action du virus sont les médications antiseptiques, comme topiques ; le sulfate de quinine, l’aconit, comme antiputrides, ont seuls donné des résultats favorables.

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