‹ HeureusementChapitre 5 sur 14 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MARTON, M. LISBAN, MADAME LISBAN.

M. LISBAN, à sa femme.

Eh bien ? Quoi ? Qu'est-ce enfin qu'une prompte

[migraine, Qu'un bizarre refus de souper chez Dormène ? Ah ! je vois ce que c'est, et j'en ris de bon cœur. Un peu de jalousie altère ton humeur.

Tu ne sçaurois tenir ton époux en lisière;

[Madame Lisban sourit.) Il faut un peu. ..Tu ris ! Va, ne fais pas la fière. C'est fort bien fait à toi de m'aimer tendrement :

Mais il me faut aimer plus raisonnablement ;

Me laissersans chagrin, sans crainte, sans murmure,

Aller, venir, courir, rôder à l'aventure.

Ne fais donc plus l'enfant, viens souper avec nous.

iMADAME LISBAN, à son mari.

J'irois si j'éprouvois un sentiment jaloux : Mais je suis rassurée.

M. LISBAN. .

Eh I tu braves Dormène ?...

Il faut donc te quitter et croire à ta migraine, Soit... A propos, sçais-tu la nouvelle du jour ?

MADAME LISBAN.

Quoi ?

M. LISBAN.

Tous les Officiers ont ordre de la Cour De joindre leurs drapeaux et de partir sur l'heure.

MADAME LISBAN.

Et Lindor va partir ?

M. LISBAN.

Quoi ! veux-tu qu'il demeure ?

Eh mais ! ce départ-là paroit te chagriner.

MADAME LISBAN.

Je ne le cèle pas : faut-il s'en étonner ? C'est un enfant, monsieur, que vous aimez, que

j'aime...

M. LISBAN.

Oui; mais il faut aimer cet enfant pour lui-même. Et que seroit-ce donc que ton beau désespoir, Si ton époux partoit ?

MàRTON, à M. Lisban,

Eh ! partez pour le voir..

M. LISBAN, à Marton.

Ma foi, qu'elle est heureuse, étant ainsi formée, Marton, de n'avoir pas un mari dans l'armée !

{A sa femme.) Mais, là, console-toi du départ de Lindor; Ce n'est pas un mari que tu perds.

MARTON, à part.

Le butor !

[Haut.)

Si vous partiez, Monsieur ? Jugez mieux de son âme ; Vous ne connoissez pas la force de Madame; L'honneur la soutiendroit. Oh ! nous aurions ici Bonne grâce à trembler pour les jours d'un mari. Des Françoises, morbleu î

M. LISBAN, à Marton.

Quel beau zèle t'enflamme î Marton est un César; ma femme est une femme, Et je te réponds bien de son foible pour nous. [A sa femme.)

Heureusement ij

Adieu, tu reverras bien-tôt ton cher époux. Je ne te donne pas le bon soir, ma petite ; Je te le garde.

Allez, nous vous en tenons quitte.

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