‹ Hier, aujourd'hui, demain [microforme]Chapitre 8 sur 14 · LES · texte numérisé non relu

LES

CONSÉQUENCES DE NOTRE INTERVENTION 95 cutés pour des fins politiques et nullement justifiés par un trafic où un rendement quelconque qui assure, directement où indirectement, le paiement des intérêts et le remboursement du eapital affecté à leur exécution, Tels encore les industries improfitables, le défrichement ou la mise en culture de terres à peu près stériles, ete. ete. Si tout l'argent emprunté et emplové à ces entreprises improductives s'est dépensé au pays et ail y est reslé, le mal porte compensation pourvu qu'aucune perturbation grave ne vienne interrompre le paiement des intérêts et le remboursement du capital indüment affecté à ces fins: car, ces paiements d'intéréts et de capital, il faut les tirer d'autres sources,

Reste la proportion purement onéreuse de notre detie. Elle est énorme, Tout ce qui a été dépensé en pure perte dans l'exécution de travaux, mème utiles: l'effrovable coulage des entreprises d'Etat (fédéral. provincial ou municipal): Les sommes fabuleuses englouties en pots-de-vin, en vrais vols, en travaux Mal exécutés qu'il à fallu reprendre; fout ce que nous avons acheté inutilement en dehors du pays: les gages pavés à des

travailleurs étrangers Italiens, Austro-Hongrois, Russes, Japonais, Chinois, ete. ele, — qui ont envoyé dans leur pays

natal la majeure partie de l'argent #agné au Canada: tout ce que les agioteurs canadiens ont calé dans les spéculations hasardeuses, finalement soldées à la Bourse de New-York ou dans les banques de Londres : - Voilà quelques-uns des éléments de notre dette purement oncreuse,

Tant que la roue de fortune à tourné à notre avantage, tout allait bien, Nous Ceuvrions chaque échéance par de nouveaux EMPFUNISS nous pasions nos intérèts avec des emprunts: nous soldions le compte de nos orgies avec des emprunts. En Vrais fils de parvenus, afotés par létalage de faux luxe du päpa, nous faisions danser les ceus.. des autres, nous faisions la no 0 aux dépens de nos créanriers,

Le jous de Ja dégriserie et de la liquidation est venu. 1 serait venu, méme sans li guerre, La perturbation générale eau

sée par la guerre dans le monde de la finance nous a saisis à la

#orge, en pleine bouslifaille. Elle nous aurait de toute facon

mis sur la paille. Notre intervention, poussée au degré de folie OÙ noS * sauveurs d'Empire *, bleus et rouges, l'ont voulu, nous mène tout droit à la banqueroute, Du reste, c'est le mot d'ordre du patriotisme à rebours qui régne aujourd'hui.

! Les économistes les mieux avertis prévoyaient, depuis ouelques années déjà, le désastge financier que Mménagenient au Canada Ia folie des emprunts excessifs 6t inutiles et Ja dispropertion croissante entre les importations et les exportations.

96 HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN $1,000,000,000 pour la guerre

Evidemment, dès la guerre déclarée, même si nous n'y avions pris aucune part, l’importation des capitaux européens aurait cessé et nos créanciers auraient commencé à réclamer leur dû. Il eût fallu faire taire les rebecs et rentrer les violons: la noce était finie. Ce n’est pas ce qui pouvait nous arriver de pire.

Mais en nous jetant tête baissée dans le brasier, nous avons brûlé, en quelques mois, plus de deux cents millions de “ belle argent ” — comme dirait Son Honneur le Maire de la métropole commerciale du Canada. A la fin de l’année courante, nous aurons ajouté un demi-milliard à notre dette purement onéreuse et improductive. Si la guerre dure toute l’année prochaine, un autre demi-milliard ira rejoindre le premier. Le seul paiement des indemnités et pensions aux soldats va représenter, durant ide longues années à venir, l'équivalent de l'intérêt sur un troisième demi-milliard. Chaque contribuable va donc être appelé, à brève échéance, à payer l'intérêt d'au moins 8200, soit, de $1,000 pour une famille de cinq, sur la seule dette additionnelle et directe de la guerre. Ajoutez à cela et répartissez sur la masse des contribuables les dettes accumulées, du fait de notre participation à la guerre, par ies provinces et les municipalités; les dons publics et privés au Fonds Patriotique, à la CroixRouge et aux multiples œuvres de guerre; et vous commencerez à vous faire une idée de ce que notre intervention nous coûte, au delà du lourd prix qu’il nous aurait fallu payer, comme toutes les autres nations belligérantes ou neutres, pour notre part contributive du délire sanguinaire de l’Europe.

Une forte partie de ces milliands va se dépenser en Europe et ne nous sera jamais remboursée.

La seule compensation économique de nos folies, c’est ce qui entre au pays pour solder le prix des munitions de guerre fournies aux nations alliées de l’Angléterre : la France et la Russie. Il ne faut pas compter les munitions fournies à l’Angleterre: le prix en sera plus que couvert par les sommes que nous verserons dans le trésor impérial pour la solde de nos troupes, leur transport, leur équipement, le renouvellement de teurs armes et de leurs munitions, etc., etc.

Du faible pourcentage de commandes de guerre exécutées au Canada pour le compte des gouvernements étrangers, il faut déduire ce que nous dépensons pour achat à l’étranger de la matière première. De plus, la prospérité factice créée par cette industrie éphémère ne compensera guère la perturba-

tion causée par l’immobilisation de capitaux qui retrouveront difficilement, une fois la paix rétablie, le chemin des industries permanentes, paralysées par la guerre.

* Lorsque les conditions normales du monde se rétabliront, le Canada se trouvera donc dans cette situation peu enviable : sa dette sera triplée, probablement quadruplée; son crédit sera ébranlé, ses contribuables surchargés d'impôts; et cependant, s’il veut réparer les ruines de ses folies et donner une nouvelle et puissante impulsion à ses industries et à son commerce, afin de participer à la restauration économique du monde, il aura plus que jamais besoin de capitaux étrangers.

$500,000,000 pour travaux publics urgents—$250,000,000 de cautionnements à payer — Réfection de notre marine marchande

Dès 1913, M. MonKk, fort des constatations soigneusement 3 faites durant son court passage au ministère des Travaux publics, estimait à $8500,000,000 le coût des grandes entreprises que l'Etat fédéral devrait exécuter sans délai pour consolider l’armature économique du pays, embrayer les pièces encore éparses de son mécanisme — tronçons.de chemin de fer, canaux, ports, etc., — et empêcher les Américains d’accaparer, avec Îles voies de transport du Canada, la majeure partie de son commerce extérieur, et même intérieur1.

A la fin de cette année, le Canada aura emprunté et consacré au “ salut ” de l'Empire, de la France et de la démocratie européenne, d’exacte somme que M. MoxK jugeait nécessaire de dépenser en dix ans pour sauver le Canada. Que sera-ce si la guerre se prolonge? Tant que la guerre durera, — nos ministres ont pris le soin de nous en avertir — pas un sou ne sera dépensé pour les besoins extraordinaires du pays; et les chefs de l'opposition libérale reprochent au ministère d’en faire encore trop pour les Canadiens et pas assez pour l’étranger2.

Pourtant, ces besoins subsistent ; leur urgence s’accroit avec chaque jour de retard. A la fin de la guerre, l'arriéré sera énorme. De plus, des besoins entièrement nouveaux s'y seront ajoutés.

Prenez la seule liquidation des cautionnements que l'Etat fédéral et la plupart des Provinces ont accordés à maintes compagnies de chemin de fer, afin de stimuler des entreprises plus

1 L'inventaire dressé par M. Moxx a paru dans le Devoir du 14 janvier 2 À Québec, le leader de l’opposition conservatrice, M. CousiINEAU, a pris la même attitude antinationale.

ou moins justifiées. Tant qu'a duré la danse aux millions, et la prospérité factice qui en résultait, les gouvernements n'ont pas

‘ pris garde à ces dettes indirectes. Aujourd'hui que les cheë mins de fer sont réduits à leurs ressources normales et que les " créanciers se font plus exigeants, la banqueroute les menace. Ê Et l'Etat, pour sauver sa signature, constate que, pour les na- É tions comme pour les individus, “ qui cautionne paie ”.

À Je serais fort étonné si, «le ce seul chef, la dette nationale : de l'Etat ne s'élevait pas brusquement d'un bon quart “le mil- 3 liird, réparti entre le gouvernement fédéral et les provinces. ÿ De plus, les gouvernements seront forcés d'exploiter eux-mêmes é plusieurs de ces chemins de fer : et l’on sait ce que représente, E en piastres et en sous, grâce à l'influence bienfaisante et salu-

taire de la “liberté démocratique ”, l'administration des services publics par l'Etat !

Une autre entreprise qui va s'imposer dès avant la fin de la guerre, c'est la réfection de notre marine marchande, sacrifice, elle aussi, au salut. de l'Erupire, LoRD SHAUGHNESSY déclarait, l'autre jour, que pour transporter 130,000 soldats en Europe, il fawdrait quatorze mois à ce qui nous reste se navires de commercet, Des millions de boisseaux de blé pourrissent sur la prairie, faute de moyens de transport. Et notez que le gouvernement impérial, maître de “ notre ” marine marchande, favorise le transport des troupes, des armes, des munitions de guerre et du blé, de préférence à tout autre commerce. Après la guerre, si nous voulons profiter de la renaissance de l'Europe, du mouvement économique qui va reprendre, il nous faudra avoir comblé d'avance les avaries et les vides opérés par la guerre dans “ notre” marine de commerce, L'Etat devra apporter à l'initiative privée le stimulant de son crédit et de ses subsides. Quelques bonnes dizaines de millions y passeront.

$500,000,000 pour la défense nationale

Dans le seul ordre des dépenses militaires. nous aurons à faire face à des exigences nouvelles et énormes. Je ne parle pas ici, notez-le bien, des milliards engloutis dans la guerre actuelle, ni des charges permanentes et directes qui en résulteront. Il y a autre chose, et pire. Si vous vous imaginez qu'après la guerre, nous pourrons, comme les Romains ru temps de CINCINNATUS, retourner tout tranquillement à nos charrues. vous vous leurfez de l'espoir le plus fallacieux peutêtre que les endormeurs de la conscience nationale nous aient

Mt ie mures

1 Discours prononcé à une réunion du Board of Trade de Montréal, le 9 mars. ct rapporté dans les Journaux du lendemain.

APP NRE:

laissé entrevoir, Le Canada à pris, à la face du monde, l'attitude d'une nation belliqueuse, Sans Y être tenu par aucun lien moral, par aucune obligation légale, Dar aucun iraité, il s'est jeté dans ‘le gouffre du militarisme européen". Nullement provoqué, il a pris parti dans la guerre de sauvages qui se poursuit à mille lieues de chez lui. Cette guerre, Si celle $se termine par un triomphe éclatant, d'un coté où de autre, si la nob'e et juste pensée du Pape ne se réalise pas, laissera iles. rière elle une longue trainée de rancunes etre haines. De cette semence de mort, nous récolterons notre part ; et nous l'aurons d'autant plus mérité que nous ne pourrons invoquer aucune des excuses que les nalions européennes, de l'une ou de l'autre coalition, peuvent prétexter : provocation imédiate ou lointaine, nécessité, salut national, ete,

Nous avons voulu jouer à la guerre, pour le plaisir de la guerre; nous allons nous apercevoir que c'est un jeu coûteux qui dure longtemps. I va falloir nous mettre en mesure de proté- 8er notre propre territoire contre les vengeances futures. La révolution impérialiste n'a pas tellement renversé l'ordre naturel et traditionnel, que le devoir de défendre le Canada ne reste pas, j'imagine, au moins l'un de nos devoirs nationaux. Autrefois, c'était le seul. On V à ajouté celui de nous battre pour l'Ai.gleterre chaque fois qu'elle est en guerre, et celui de sauver la France... quand elle protège l'Angleterre, On n'ira sans doute pas jusqu'au point de prétendre que, dans notre abnégation, nous devrons laisser le Canada en proie à toutes les attaques possibles, probables Maintenant, des ennemis que la “ solidarité impériale ” et le néo-colonialisme français vont nous valoir, Si nous attendons que l'Angleterre et la France viennent nous Sauver, nous attendrons longtemps !

I va donc falloir nous armer de toutes pièces, couvrir nos côtes et nos frontières de travaux de défense, protéger nos ports et nos cstuaires ct entretenir en permanence une forte armée de réserve,

De ce qu'il en résultera dans l'ordre social et politique, nous Île verrons à l'instant. Mans l'ordre économique, vous pouvez ajouter du coup, por: rganisation de la défense, au moins un demi-milliard au ard de la guerre, au demimilliard exigé par les travaux publics différés, et au demimilliard absorbé par les entreprises nouvelles et le paicment de nos cautionnements au Grand-Tronc-Pacifique, à MACKENZIE et Max et autre menu fretin d'Empire, Ces chiffres, soyez-en persuadés; sont plus que modérés, Pour ne pas les dépasser, notre * démocratie ”, ses pontifes et ses profiteurs, devront revenir à des notions autrement saines d’économie et de probité que celles qui dominent aujourd’hui,

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