L.V DESTINEE DE JEAN MORENAS. 1 4D
augmentait l'obscurité et favorisait Jean Morénas. De l'autre côté de la rade, la presqu'île de Saint-Mandrier disparaissait dans les ténèbres.
Lorsque l'Arsenal l'ut désert, Jean sortit de sa cachette et, rampant prudemment, se dirigea du coté des bassins de carénage. Quelques adjudants erraient encore qà et là. Jean faisait halte parfois et s'aplatissait sur le sol. Heureusement, il avait pu rompre ses fers, ce qui lui permettait de se mouvoir sans bruit.
Il parvint enfin au bord de l'eau, sur un quai de la Darse Neuve, non loin de l'ouverture donnant accès dans la rade. Son espèce de bonnet de bois à la main, il s'affala le long d'une corde et s'enfonça sous les flots.
Quand il revint à la surface, il se couvrit prestement la tète de cette coiffure bizarre et disparut ainsi à tous les regards. Les trous pratiqués d'avance lui permettaient de se diriger. On l'eût pris pour une bouée en dérive.
Soudain, un coup de canon retentit.
« C'est la fermeture du port, ^) pensa Jean Morénas.
Un deuxième coup, puis un troisième éclatèrent.
Il n'y avait pas à s'y tromper, c'était le canon d'alarme. Jean comprit que sa fuite était découverte.
Evitant avec soin l'approche des navires
et les chaînes des ancres, il s'avança dans la petite rade, du côté de la poudrière de Millau. La mer était un peu dure, mais le vigoureux nageur se sentait de force à la vaincre. Ses habits, gênant sa marche, furent abandonnés à la dérive, et il ne conserva que la bourse d'or attachée sur sa poitrine.
Il arriva sans encombre jusqu'au milieu de la petite rade. Là, s'appuyant sur une de ces bouées de fer appelées corps morts, il ôta avec précaution le bonnet qui le protégeait et reprit haleine.
« Ouf! se dit-il, cette promenade n'est qu'une partie de plaisir auprès de ce qui me reste à faire. En pleine mer, je n'aurai pas de rencontres à craindre, mais il faut passer le goulet, et, là, bon nombre d'embarcations vont de la Grosse Tour au Fort de l'Aiguillette. Ce sera bien le diable si je leur échappe... En attendant, orientonsnous, et n'allons pas nous jeter bêtement dans la gueule du loup. »
Jean, par la poudrière de Lagoubran et le fort Saint-Louis, releva sa position exacte, puis il se remit à l'eau.
La tête abritée sous son appareil, il nageait avec prudence. Le bruit du vent qui fraîchissait pouvant l'empêcher d'entendre d'autres bruits plus dangereux, il se tenait sur ses gardes, et, quelque important qu'il fût pour lui d'être sorti de la petite rade, il n'avançait que lentement, alîn de ne pas