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CHAPITRE IX

Dessins de Hieronymus Bosch. — Croquis de mendiants ; une Fête de Carnaval; Croquis divers; la Barque naviguant; autres Croquis; LA Vierge et Saint Jean au pied de la croix ; la Tentation de Saint Antoine ; la Danse de paysans ; Dessins faussement attribués au maître; Cartons pour les tentures des Délices terrestres, de la Vie de Saint Antoine; Sculptures de la cathédrale de Bois-le-Duc.

Comme il fallait s’y attendre, les dessins de Hieronymus Bosch sont des plus rares, presque tous traités à la plume. Décider de leur parfaite authenticité est difficile, pour ne pas dire plus. A Vienne, la Bibliothèque Albertine renferme trois dessins, à la plume, qui semblent bien être de lui, une feuille de Croquis de mendiants, d’infirmes, de malingreux, d’écloppés, de béquillards, de culs-de-jatte et de drôles, dans toutes les postures, toutes les attitudes, sous tous les aspects ; une Fête de Carnaval où, dans une cuisine brabançonne, des paysans et des paysannes se divertissent : une vieille femme fait cuire des crêpes au feu d’une vaste cheminée surmontée de l’image du hibou voyageur ; un gros bonhomme est assis à ses côtés ; d’autres personnages exécutent une sorte de charivari auquel concourt un guitariste ; un gros bonhomme apparaît à une fenêtre ouverte, soufflant dans une espèce de flageolet pointu à grosse embouchure ronde ; deux autres musiciens s’escriment, l’un avec un soufflet, l’autre, une vieille femme, avec des pincettes qu’elle frappe sur un gril ; à droite, une autre femme, à l’extravagante coiffure, rase un paysan assis sur un panier renversé ; au tout premier plan, un petit chien, le bonnet de fou sur les oreilles, danse en se tenant sur les pattes de derrière. Ce dessin, véritable genèse de la plupart des compositions des petits maîtres flamands et hollandais, a été signé après coup du nom de Bruegel qui l’a d’ailleurs pillé.

Le troisième dessin de la Bibliothèque Albertine représente d’une façon assez sommaire — ce n’est qu’un croquis hâtif — Deux femmes, l’une agenouillée.

frappant à tour de bras, à l’aide de battoirs, un être ou un objet informe placé au-dessous d’elle ; l’autre portant, semble-t-il, un paquet sur l’épaule droite.

A l’Académie des Beaux-Arts se voit un dessin à la plume, attribué à Jérôme Bosch, représentant une Barque occupée par de nombreux passagers, exactement dix. L’un a la tête passée dans le mât, un autre y monte, un autre est pendu à l’avant, trois autres, à gauche, apparaissent dans des flammes, etc.

A Paris on trouve, au musée du Louvre, quatre dessins, à la plume, donnés au maître. Le premier, exécuté sans doute en vue d’une Tentation de Saint Antoine, est une réunion de menus croquis où l’on voit le vieil anachorète, des diables, des personnages fantastiques, des animaux, etc. Des trois autres, le plus important de beaucoup figure une nouvelle Barque pleine de passagers (i), reproduction identique au tableau de la collection Camille Benoit que nous avons décrit plus haut. Au lieu que ce dessin ait été la première idée du tableau, il semblerait plutôt qu’il ait été exécuté d’après lui et très probablement, dans ce cas, ne serait pas du maître. Les deux autres, récemment retrouvés par M. Demont, Conservateur à la grande galerie française, qui a bien voulu nous les faire connaître, se trouvent au recto et au verso de la même feuille et montrent : l’un, un Charlatajî exécutant ses tours d’escamotage devant un public émerveillé, tandis qu’à sa gauche une jeune femme debout tient un chien en laisse et qu’un singe est couché à ses pieds ; l’autre, une sorte de Concert charivarique où une vieille, déjà vue dans la Fête de Carnaval, fait sa partie avec un soufflet ; le haut et les côtés en sont occupés par un chariot et de nombreux casques à visières variées.

Ces deux dessins n’ont beau être que de simples croquis pris en vue de compositions futures, des notations rapides destinées à être utilisées pour des tableaux en projet, ils n’en sont pas moins d’un faire précis et serré.

A Londres, le British Muséum (2) possède un dessin, à la plume, de la Femme rasant un paysan assis sur un panier renversé avec, à sa droite, cette autre femme frappant à l’aide de pincettes sur un gril et, à sa gauche, le paysan se montrant à une fenêtre, soufflant dans une sorte de flageolet recourbé à grosse embouchure, épisode de la Fête de Carnaval de l’Albertine de Vienne. Dans l’ancienne collection C. Fairfax Murray, appartenant aujourd’hui à la galerie Pierpont Morgan, se trouve une Réunion de dix figures sur une même feuille signée : « Bosch » ; à l’Université d’Oxford, deux feuilles renfermant trente-six croquis, exécutés à la plume, de Personnages grotesques, de miséreux, de bancals, d’estropiés, d’êtres fantastiques, de têtes fichées sur des jambes, sur des pattes d’oiseaux, sur des membres d’insectes, d’animaux plus ou moins réels.

(1) Cette feuille de dessins provient de la seconde vente du marquis de Valori effectuée par l’expert Loys Delteil en février igo8. Elle était cataloguée sous le nom de Langel ?

(2) Dr Waagen. Galleries and Cabinets of Art in Great Britain. London, iSSy, t. IV, p. 40.

il. i. /; iAjj'f

Le Cabinet des Estampes de Dresde a recueilli trois dessins attribués à Hieronymus Bosch, deux à la plume : une Vierge et Saint Jean au pied de la croix et Deux Jigures fantastiques ; l’une, à gauche, consiste en une tête barbue couverte d’un voile, juchée sur une patte de lion et une patte d’oiseau ; l’autre, en une tête d’homme montée sur un corps de volatile que chevauche une sorte de belette à bras humains; enfin, un croquis au crayon àç. Deux personnages féminins affrontés, certainement une esquisse de vitrail. La Pinacothèque de Munich possède une Vierge en vêtements de religieuse, longue figure émaciée appuyée sur Saint Jean, assis au-dessus d’elle, regardant du côté opposé, probablement vers la croix, car ces deux figures semblent avoir été dessinées en vue d’une Crticifixion.

Au Cabinet des Estampes de Berlin, provenant de la collection Suermont, figurent, à la plume, une Tentation de Samt Antoine où, au milieu de la feuille, dont le haut est occupé par un village enfoui dans la verdure, le vieil anachorète est assis et bénit de la main droite, entouré de ses tourmenteurs ordinaires, et une Danse de Paysans(i) signée Jer. Bosch. Ce dernier dessin est d’une vérité d’expression et d’un naturel saisissants. La scène a été rendue telle que son auteur l’a vue, un jour de fête, dans un village des environs de Bois-le-Duc, avec ses villageois et villageoises dansant devant leurs chaumières au son de la cornemuse et du tambourin ; d’autres paysans se pressent à la porte d’un cabaret ou sont assis sur des futailles contre ses murs ; un couple devise au pied d’un chêne ; deux femmes aident à marcher un ivrogne aux pas chancelants ; une autre femme soutient par le dos un second ivrogne, qu’une nécessité pressante a forcé à s’arrêter contre un arbre. Le paysage, avec ses fermes, le clocher de son église à droite, un canal à gauche, est gai, reposant, chose rare dans l’œuvre du maître ; comme la Fête de Carnaval, ce dessin a tracé la voie aux Ostade, à Deniers, à Jean Steen, etc. (2).

D’autres dessins, en assez grand nombre, sont attribués à Hieronymus Bosch ; mais la plupart de ces derniers sortent très probablement de l’atelier de Bruegel ou de l’officine de Jérôme Cock.

Arrivons à une suite de tapisseries faisant partie de la collection de la Couronne d’Espagne, conservée au Palais royal de Madrid, dont les sujets, tout au moins, appartiennent à Jérôme Bosch.

(1) Il convient de rapprocher ce dessin des Danses de paysans gravées par Beham et des Danses de boiteux peintes par Cornelis Metsys qui n’en sont que la contrefaçon. — Voir : R. van Bastelaer. Ouv. cit., p. i6.

(2) A l’Institut Jovellanos, à Gijon, en Espagne, se trouvent deux dessins catalogués sous le nom de Jérôme Bosch : une Femme avec un enfant dans les bras et un Saint Paul ermite ; mais ni l’un ni l’autre ne sont de lui, ni même de son école.

Pour le soi-disant portrait à!Alart du Hameel portant l’inscription : « Ætatis 55, anno i5o4, Meester Alart du Hameel landmeester van der Bosch. Jeronimus Bosch fecit », retrouvé, paraît-il, il y a quelques années, au vieux château de Heeswyck, près de Bois-le-Duc, propriété du baron van den Bogaede van ter Brugge, il est manifestement faux.

Ces tentures sont au nombre de quatre.

La première est une interprétation d’une exactitude à peu près absolue du triptyque des Délices terrestres du monastère de l’Escurial avec ses deux volets de la Création de r homme et de la femme et de \ Enfer.

Les trois suivantes représentent des Episodes de la vie de Saint Antoine.

La seconde tapisserie, le Départ de Saint Antoine pour la retraite, montre au milieu de la composition l’anachorète à cheval, sortant d’une ville dont il vient de franchir la porte, assailli par une foule d’estropiés, de bancals, de béquillards, de gueux de toutes espèces qui crient, gesticulent, rampent à terre, lui demandant . l’aumône et essayant de l’empêcher de passer, ce dont il ne semble guère s’inquiéter, tandis que plus loin, au second plan, à gauche, dans une sorte d’arène, des hommes armés luttent contre un sanglier colossal attaché par une corde à une patte, qui les culbute, aux applaudissements des spectateurs. A droite, dans la salle d’un château, des gens attablés font ripaille, boivent, mangent, d’autres i défoncent des tonneaux, roulent à terre, se battent, tandis que, de l’extérieur, une foule essaie d’entrer de force.

La troisième tapisserie. Saint Antoine tenté par les démons, ainsi désignée I quoique le cénobite n’y semble pas figurer, rappelle jusqu’à un certain point le Char de foin de l’Escurial. On y voit une voiture chargée de foin dont le sommet est occupé par de répugnants et d’horribles êtres qui n’ont rien d’humain, attelée de deux chevaux, l’un monté par son conducteur. De tous côtés se déroulent de nombreux épisodes : des religieux avoisinent le char ; des rois à cheval (i) s’avancent à la tête d’une armée; un prêtre tient un calice qu’une multitude i vénère ; des voleurs pillent des marchands ; des estropiés courent s’aidant de leurs j béquilles; la mort perce d’une flèche un malheureux à terre, etc. Ces scènes se | trouvent circonscrites dans une sorte d’écran en forme de cercle — sans doute une figuration du monde (2) — dont le manche, consistant en une croix autour de laquelle volètent trois anges, occupe l’angle supérieur droit d’un carré représentant la mer ou l’embouchure d’un fleuve et un bout de ciel. De cette eau surgissent des poissons fantastiques. L’un de ceux-ci, de sa gueule ouverte, lance, au milieu de flammes, une nuée d’oiseaux ; en bas du cercle terrestre, à droite, un monstre marin, aux yeux phosphorescents, tire par les jambes un gros bour-

(1) Derrière les rois, un écuyer également à cheval tient un fanion timbré de l’aigle à deux têtes de la Maison de Bourgogne, ce qui donnerait à supposer que la tenture a été tissée pour un membre de cette famille.

(2) Il convient de rapprocher cette pièce du tableau de l’école de Joachim Patenier : Comment doit-on traverser le monde, faisant partie de la galerie du prince de Salm-Salm, dont les figures sont empruntées a Albert Durer, où le globe du monde, surmonté de la croix, est traversé, à gauche, par un jeune homme, qui en sort, à droite, parvenu à l’âge mur.

geois endormi ; à gauche, des diables saisissent et emportent dans une barque, qui contient déjà un moine, d’autres malheureux.

La quatrième tenture représente Saint Antoine en prière au mont Colzin, agenouillé, au milieu de la scène, les mains jointes, les yeux levés vers le ciel, tandis qu’autour de lui, en des proportions réduites, s’agitent, grouillent, gesticulent et se contorsionnent, sans qu’il s’en émeuve le moins du monde, ses tortionnaires ordinaires : femmes nues, démons, animaux, monstres hybrides, etc. Au second plan coule une rivière bordée de prairies, de rochers abrupts, que franchit un pont ; dans cette rivière, des femmes se baignent ; sur ses rives, des gens sont paresseusement couchés, auprès d’une table chargée de victuailles ; un moine lutine une commère; sur le pont, des gens portent des fardeaux et se battent, etc. Au dernier plan s’étend une riche campagne plantée d’arbres et parsemée de chaumières. Notons que le vêtement du Saint est marqué sur l’épaule du T énigmatique (i) que nous avons déjà signalé sur le capuchon du Saint Antoine de la Tentation du musée du Prado, à Madrid, sur celui de cette autre Tentation, propriété, à Paris, de M. Ch. Brunner, sur d’autres encore.

Les motifs de ces tapisseries — nous l’avons dit — appartiennent incontestablement à Jérôme Bosch. La première, inutile d’y revenir, est identique au triptyque des Délices terrestres. Les trois autres, consacrées à des Episodes de la vie de Saint Antoine, sont-elles des reproductions d’œuvres perdues du maître ou seulement des imitations ou des adaptations de son style et de sa manière ? Il serait peut-être imprudent de se prononcer. Si nous nous en rapportions à la fidélité de rendu du triptyque et jugions que les autres aient été exécutées de même, nous ne pourrions guère en douter. Remarquons, en passant, que celles-ci ont été inversées et qu’il n’en a pas été de même pour les Délices terrestres. Dans cette tapisserie, l’ouvrier ne s’est pas donné la peine de mettre son ouvrage à l’envers sur le métier, mais s’est contenté de reproduire directement son modèle, tel qu’il lui avait été remis, ce qui fait que les personnages accomplissent, de la main gauche, les actions qu’ils exécutent de la main droite dans le tableau. Rien de semblable dans les Episodes de la vie de Saint Antoine.

Ces pièces dont la hauteur moyenne est de 2“8o sur une largeur également moyenne de 3“8o, à part celle des Délices terrestres qui mesure 4”^8o de largeur sur la même hauteur, sont encadrées dans une riche bordure en forme de portique j dont l’entablement est agrémenté de fleurs et de fruits et dont les deux colonnes 1 d’angle, à chapiteaux corinthiens et à fûts carrés, montrent également des

(i) En ce T faut-il voir une figuration du Tau, le signe de l’absolution et de la rédemption chez les Hébreux, les Chaldéens, les Grecs, que l’on retrouve sur les hiéroglyphes égyptiens, jusque sur les bords du Gange ?

guirlandes de fleurs et de fruits reposant sur une base classique. Au delà des colonnes, d’autres feuillages ont été placés. Disons encore que le portique de la pièce des Délices terrestres présente, en plus, deux colonnes cylindriques cannelées, séparant la partie centrale du triptyque de ses volets.

Ces tentures sortent incontestablement d’un atelier flamand, probablement d’un atelier bruxellois de la seconde moitié du XVP siècle, comme leur décoration architectonique en fait foi. Le tapissier, fidèle observateur des règles de son art, qui demande, en plus d’une ornementation toujours riche et brillante, de ne point laisser vide un seul coin de la tenture, toutes les fois qu’il en a trouvé l’occasion, a diapré de couleurs variées et éclatantes les plantes et les fleurs qu’il y a semées à profusion, enjolivé de broderies et de fioritures les étoffes qui s’y rencontrent.

Il conviendrait maintenant de dire quelques mots des sculptures de la cathédrale de la ville natale de Jérôme Bosch, dont on pense assez généralement qu’il fut l’initiateur.

La cathédrale de Bois-le-Duc, construite sur l’emplacement d’une église collégiale plus ancienne, a été commencée en 1418, alors que la plupart des églises des Pays-Bas méridionaux étaient achevées (i).

Quoiqu’elle n’ait pas de façade principale, que son clocher dressé en 1629 ait été, un peu plus de soixante ans plus tard, en 1584, détruit par un incendie, elle n’en reste pas moins un des plus beaux édifices gothiques de la Hollande. Elle présente cinq nefs, dont celle du milieu est beaucoup plus élevée que les autres. Son chœur, des plus vastes, est entouré de chapelles rayonnantes (2).

Les travaux d’achèvement de ce superbe monument battaient leur plein à l’époque de Jérôme Bosch. Nous savons la part qu’il prit à sa décoration comme peintre. On veut, en outre — nous venons de le dire — découvrir son influence dans les sculptures qui la décorent.

Il convient d’abord et avant tout, pour déblayer le terrain, de constater qu’il n’a rien à revendiquer dans les stalles du chœur, achevées au moment de sa prime jeunesse, quand il n’était encore qu’un enfant. Sur ces boiseries sont placées : à leur sommet, à mi-hauteur sur des chapiteaux de colonnettes, à leur base, sous des arcatures, des statuettes d’apôtres, de saints et de saintes, au nombre desquelles celles de la Vierge, l’Enfant Jésus dans les bras, de Saint Pierre, Saint Jacques, Saint Jean l' Evangéliste, Saint IVillebrord, l’apôtre d’Utrecht, Sainte Hélène, Sainte Agnès, Sainte Barbe, etc. ; puis, dans des enrou-

(1) La cathédrale de Bois-le-Duc, pillée et ravagée par les Réformés en i566, occupée par eux en 1629, tut, le 8 décembre 1810, mise par Napoléon Rr à la disposition des Jansénistes qui en prirent possession.

(2) Dr Xavier Smits. De Kathedraal van ’s Hertogenbosch, ouv. cit., p. 2o3-2o5. — Hezenmans. De St. Janskerk te ’s Hertogenbosch en hare geschiedenis, ouv. cit., p. 62-1 15.

lements de volutes, sont représentés, d’un ciseau neuf et savant à la fois, divers épisodes tirés de X Apocalypse et de X Ancien et du Noiiveatt Testament : la Mort d’Ephèse ressuscité, le Calice empoisonné, le Jugement dernier avec les élus entrant au Ciel et les damnés précipités dans l’Enfer, X Ivresse de Noé, la Confession et la Rémission des péchés, etc. Ces stalles, au lieu d’avoir été inspirées par Jérôme Bosch, ont dû, tout au contraire, l’avoir plus ou moins fortement influencé.

A l’extérieur du monument, les gargouilles de sa galerie tréflée, les figures, en haut relief, placées à l’extrémité de ses arcs-boutants, représentant des personnages étranges, dont un homme sauvage, des chevaliers, l’un portant l’écu de Lorraine, taillés tout au moins à l’époque où Alart du Hameel et Jean Heyns étaient « maîtres des oeuvres de la cathédrale », c’est-à-dire à la fin du XV® siècle, pourraient — à la rigueur — avoir été exécutées d’après des dessins de Jérôme Bosch. Il en est de même de X Ante-Christ à tête d’ours et des attributs des faux prophètes du linteau de la double porte du côté sud de l’église, représentant des scènes de la Vie de Saint Jean et des épisodes du Jugement dernier (i).

Il semble, comme l’écrit le D’' X. Smits, que ces sculptures répondent, les unes, à la description des jeux et des cortèges qui eurent lieu à Bois-le-Duc, le i8 mai 1481, à l’occasion du Chapitre de la Toison d’or, les autres, à des drames religieux se rapportant aux deux grands cycles liturgiques de l’année ; la Nativité et la Passion du Christ.

Pour les fonts baptismaux, en cuivre jaune, fondus en 1492, par Aert de Maestricht, d’après des modèles de Alart du Hameel, ils consistent en une cuve à couvercle, surmontée d’une pyramide ajourée, agrémentée de figurines, accrochée à un support également en métal à décors évidés, attenant au mur de la chapelle où ils se trouvent, reposant sur un pied. Le sommet de la pyramide montre le pélican symbolique, puis successivement, sous des arcades superposées : Dieu le Père, assis sur un trône, la Vierge, F Enjant Jésus dans les bras, entre Saint Jean V Evangéliste et Saint Laurent ; plus bas, le Baptême du Christ. Les quatre E.vangélistes sont figurés sur le couvercle de la cuve dont le fond est soutenu par une solide colonne, accompagnée de colonnettes, présentant, entre elles, des statuettes de personnages qui s’appuient sur un bâton. S’agit-il des malades, des lépreux et des estropiés de la fontaine de Bethsaïda (2) ? C’est, à l’avis de M. van Puyvelde, aller chercher le symbolisme un peu loin.

(1) Voir : Dr Xavier Smits. De Kathedraal van ’s Hertogenbosch, ouv. cit. — Note relative à l’iconographie sculpturale de la cathédrale de Bois-le-Duc. Annales du XX’’ Congrès de la Fédération archéologique et historique de Belgique. Gand, 1907.

(2) Voir : J. Destrée. Exposition de dinanderie à Dinant (igo3). L’Art flamand et hollandais, i5 février 1905. — Catalogua der nat. Tentoonstelling van oude kerkelijke kunst te ’s-Hertogenbosch. Juni- September igiS. Druk en uitgave van C. N. Tenlings, ’s-Hertogenbosch.

Il n’y aurait pas d’impossibilité à ce que Jérôme Bosch — qui était alors comme nous savons à Bois-le-Duc, qu’il ne quitta guère sans doute — ait plus ou moins collaboré à cet ouvrage ; néanmoins, jusqu’à présent nous n’en avons aucune preuve. Il ne faut pas oublier, aussi bien pour les sculptures des arcsboutants et des linteaux des portes que pour les fonts baptismaux, que si ces différents ouvrages ont certains rapports avec les compositions du maître, ils peuvent très bien les tenir, si l’on peut s’exprimer ainsi, de l’air ambiant. Toutes les œuvres d’art d’une même époque, quel que soit leur genre, ont inévitablement et fatalement des rapports d’expression et de caractère communs. Elles appartiennent au même cycle, font partie d’un ensemble ; ces rapports s’accentuent encore quand leurs auteurs ont eu entre eux des relations de camaraderie et d’amitié.

COCK EXCV

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