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UNE APPLICATION PRATIQUE DU SYNCRÉTISME RELIGIEUX EN ANGLETERRE

Il existe à Londres une chapelle dont l’histoire résume bien l'évolution de la fraction la plus radicale du protestantisme anglosaxon. C’est le petit édifice occupé à South Place, dans le quartier de Finsbury, par une congrégation qui, après avoir passé de l'orthodoxie protestante à l’unitarisme, suivit, il y a une quarantaine d'années, son ministre, le célèbre prédicateur religieux et orateur politique, William Fox, sur le terrain d’un théisme ne conservant de chrétien que le nom. Devenue, après la mort de Fox, la « Société religieuse de South Place, » elle choisit pour ministre un Américain de talent, M. Moncure Conway, qui, après lui avoir fait rompre tout lien, même nominal, avec le christianisme, l'amena du théisme pur et simple à une sorte de religion libre, fondée sur la communauté du sentiment religieux et non plus sur la profession d'une croyance quelconque, fût-ce même la foi à l'existence de Dieu.

Dans ces conditions, elle était à point pour se rallier au mouvement de la « culture éthique » qui a pris corps aux Etats-Unis, il y a quatorze ans, sous l'inspiration de M. Félix Adler. Le but de ce mouvement est de donner exclusivement pour objet à la religion la morale, et surtout la morale « pratique, » ou plutôt la pratique de la morale au sens le plus élevé, et cela à l'exclusion de toute théorie sur la nature de la divinité ou même sur la destinée de l’homme. A cet effet, ses adeptes se groupent dans des associations locales qui se proposent de concourir directement à

4. Revue de l'Histoire des Religions, t. XXII, pp. 87 et suiv.

l'amélioration matérielle et morale de la société humaine par une série d'œuvres philanthropiques et éducatrices. Ils peuvent pratiquer n'importe quel culte et professer n'importe quelles opinions. Toutefois les Sociétés pour la culture éthique ont pris — ou gardé — l'usage de célébrer, chaque dimanche, un véritable « office, » avec musique, chant et allocution d’un prédicateur en titre sur un sujet de morale ou d'histoire religieuse.

C'est ainsi que la South Place Religious Society, -— devenue, depuis trois ans, la South Place Ethical Society, sous la direction d'un philanthrope américain, ancien coadjuteur de M. Félix Adler à New-York, M. Stanton Coit, durant les deux dernières années, une série de conférences destinées, sous le titre général de « Centres d'activité spirituelle » et de « Phases du développement religieux, » à vulgariser les connaissances des principaux systèmes religieux anciens et modernes. particulièrement dans leurs rapports avec la conduite de la vie. Les comptes-rendus de ces conférences ont été réunis, au nombre de quarante, dans un volume de 573 pages, intitulé Aeligious Systems of the World, a collection of addresses delivered at South Place Institute in 1888-1889.

En elle-même cette tentative a plus d'importance qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord. Sans doute, les conférences Hibbert, et d'autres institutions analogues, ont, depuis longtemps, habyué le public anglais à voir des hommes compétents se succéder dans la même chaire, pour exposer, à tour de rôle, l’histoire des mouvements religieux qu'à raison de leurs études spéciales ils étaient le plus à même de décrire. Mais ce qui faisait l'originalité de la combinaison projetée à South Place, c’est qu'il s'agissait non seulement de faire appel à des savants pour en obtenir un résumé scientifique des religions éteintes, mais encore de confier le soin de faire la description de leur propre religion à des représentants autorisés, ou du moins à des adeptes distingués des principaux groupes religieux ou philosophiques.

Ensuite les organisateurs ne se proposaient pas seulement de vulgariser la connaissance des principaux systèmes religieux, mais encore — ainsi que nous l'apprend la préface du volume,

a organisé, le dimanche,

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