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Variations des Eglises protestantes, liv. II

LA LOI DU PROGRÈS DANS LES RELIGIONS Ja

« Personne — dit Protab Chunder Mozoumdar, le célèbre docteur du Brahma Samaj, — ne peut se joindre à vous d'un meilleur cœur que nous autres brahmaïstes, dont la religion est l'harmonie de toutes les religions et dont la communion est la fraternité de tous les peuples. »

« Le grand sage de la Chine — rappelle le représentant du confucianisme, — estimait que le devoir se résume dans le terme d’altruisme (reciprocity), et ce terme reçoit un nouveau sens, ainsi qu'un nouvel éclat, dans la réunion de ce Congrès. »

« Voici quatorze ans, — s'écrie un des chefs du shintoïsme japonais — que j'ai formulé dans mon pays l'espoir d'une réunion sympathique entre les représentants de toutes les religions, et c’est pour moi une grande joie d'assister à cette réalisation de mon espérance. »

Un prêtre bouddhiste de Ceylan, H. Dharmapala, après avoir rappelé qu'il y à vingt-quatre siècles le concile bouddhiste de Patna avait proclamé la tolérance universelle, ajoute : « Allez dans n'importe quel pays bouddhique, vous trouverez ce programme réalisé. Pourquoi suis-je moi-même ici? Parce que j'ai vu dans cette cité nouvelle un lieu où il peut l'être également. »

Enfin, un ascète hindou de Bombay émet le vœu « que la cloche qui a appelé le Congrès à ses travaux ait sonné les funérailles de tout fanatisme, de toute persécution par l'épée et par la plume, de tout sentiment antipathique entre personnes tendant au même but. »

On voit si le Congrès a bien justifié l'espoir de ses promoteurs. « Pendant les dix-sept jours qu'il a duré, — écrit un de ses membres, M. le professeur Bonet-Maury, — il n'y a pas eu un seul conflit, une seule parole agressive, à peine deux ou trois dissonnances dans cette large symphonie de seize religions différentes. »

Sans doute, les tendances qui s'y sont fait jour et dont ce Congrès est lui-même un produit n’ont pas encore gagné toutes les fractions de la société religieuse. Je serais mal venu à soutenir que toutes les Eglises représentées à Chicago aient répudié unanimement l'intolérance dogmatique et même sociale; qu'elles entendent désormais faire du progrès humanitaire leur œuvre essentielle, ou même qu’elles consentent, dans la poursuite de ce

but, à s'allier sans restrictions avec tous les hommes de bonne volonté, quelque opinion philosophique ou religieuse qu'ils professent. Aucun journal catholique de notre pays n’a reproduit les paroles prononcées au Congrès par le cardinal Gibbons et par ses collègues de l’épiscopat'. Même parmi les églises protestantes, le programme et le langage du Congrès n'ont pas passé sans soulever des protestations, à commencer par celle de l’archevêque de Canterbury. Au sein des grandes religions asiatiques il est probable que la masse des fidèles et même du clergé n'est pas encore entamée par les aspirations dont nous avons trouvé l'écho chez quelques-uns de leurs docteurs les plus éclairés. Mais, quand des hommes, comme ceux que je viens de citer, se trouvent d'accord pour formuler une conception particulière du devoir religieux, il est inévitable que cette conception gagnera du terrain dans leurs sectes respectives, surtout si elle se trouve en harmonie avec les besoins généraux de la société contemporaine.

En tout cas, il y a là une manifestation dont on s'est trop peu occupé sur le continent européen et dont je ne crois pas la mention déplacée dans une leçon sur l’évolution du sentiment religieux, ne fut-ce que comme symptôme d’une orientation nouvelle Jusqu'au sein des Eglises en apparence les plus rebelles à la loi du changement.

Si l'on rapproche des conceptions religieuses que je viens d’exposer, les traits qui distinguent la religiosité aux degrés les plus infimes de la culture humaine, il semble qu'entre ces extrêmes on ne puisse établir aucune connexion, aucun rapport.

D'une part, nous trouvons la notion d'un ordre divin se révélant par le règne de la loi dans le monde moral comme dans le monde physique; d'autre part, l'attribution de la personnalité humaine à toutes les sources de vie ou de mouvement et, par

1. Les catholiques romains d'Europe se sont généralement abstenus. Je ne vois même à signaler parmi eux qu’un seul nom, celui de Mgr Ch. de Harlez, de l'université de Louvain, qui a envoyé au Congrès un mémoire sur l’étude comparée des religions.

conséquent, la croyance à l'arbitraire absolu des puissances surhumaines.

À un bout de l'échelle, nous pouvons constater la conviction croissante que le seul moyen de satisfaire La divinité est de servir l'humanité; à l'autre bout, nous n'apercevons qu’une recherche incessante des moyens les plus propres à séduire les êtres surhumains, à les écarter ou même à les asservir.

En haut, c’est l'altruisme qui prévaut dans les mobiles du culte — la religion devenant un frein et un correctif des appétits individuels ; — en bas, c'est l’égoïsme — la religion restant une arme dans la lutte pour l'existence ou pour la domination.

Ici, les puériles et malfaisantes extravagances du naturisme hottentot, de la nécrolâtrie cafre, du fétichisme nègre, de la zoolâtrie américaine, du shamanisme sibérien, qui semblent perpétuer, à travers les siècles, les superstitions incohérentes du sauvage préhistorique. Là, la religion de l'amour ou du devoir, prêchée par un Jésus, un Bouddha, un Socrate, un Confucius, un Kant, un Channing, sans même que l’évolution des croyances doive s'en tenir aux vérités proclamées par ces grands réformateurs en avance sur la théologie de leur temps.

On comprend en vérité, que, devant ce contraste, certains esprits, refusant le titre de religion à des phénomènes qu'ils en jugent indignes, revendiquent pour les plus hautes expressions de la spiritualité religieuse une origine et une nature spéciales, alors que d’autres, au contraire, mettant l’essence de la religion dans les illusions du sauvage et dans leurs survivances, s'en autorisent pour envelopper toutes les manifestations du sentiment religieux dans une commune réprobation.

Observons cependant les faits de plus près.

On prête au cardinal Newman cette parole remarquable qu'aucune religion n’est fausse, de quelque quantité d'erreurs qu'elle puisse être mélangée'. Telle est exactement la conclusion d'Herbert Spencer, quand il aflirme que dans les superstitions, même les plus grossières, se découvre à soul of truth, « un germe de vérité. »

Prenez les croyances au surnaturel dans l’état le plus rudimen-

1, Cf. Religious Systems of the World, p. 511.

taire où nous puissions les atteindre. Si vous les ramenez à leurs éléments psychologiques, vous y trouverez d'abord la vague croyance à une force supérieure — mystérieuse en son essence, mais reconnaissable dans les manifestations apparentes de la vie et du mouvement — avec laquelle il importe à l'homme de marcher d'accord; ensuite, la notion grossière d'une identité entre les formes que cette force revêt dans la nature extérieure et la forme par laquelle elle se manifeste directement à la conscience. Sans doute, de ces deux concepts, le premier ne fera, au début, qu'engendrer la multitude des êtres fantastiques et cruels entre lesquels se partage le culte des non civilisés; le second ne mènera qu'à se figurer ces êtres sur le modèle de la personnalité humaine, et surtout de la personnalité sauvage. Mais ils n’en renferment pas moins les germes de ce qui, de généralisation en généralisation, nous sera présenté, dans la prédication d'un saint Paul ou sous la plume d’un Herbert Spencer, comme le dernier mot de la religion et de la science, — ici l'aflirmation d’une « énergie infinie et incessante d'où tout procède » — là la définition, à laquelle se sont abreuvées tant d'’âmes mystiques, de « l'Etre en qui nous vivons, nous nous mouvons et nous avons notre essence. »

De même, dans un certain sens, on peut affirmer qu'il n'y a pas de religion absolument malfaisante, quelque somme de maux qu'elle ait engendrée.

Le sentiment religieux est, sans contredit, un des facteurs qui ont le plus contribué à la consolidation sinon à la formation des liens sociaux.

En premier lieu, il tend à développer l'esprit de sacrifice, c'està-dire l'habitude de préférer un bien éloigné et indirect à une satisfaction immédiate et directe, mais moins importante. Or, sans cet esprit, il ne peut y avoir de progrès individuel ni de dévouement à la communauté.

En second lieu, il renforce le pouvoir de ceux qui, sorciers ou chefs, se donnent pour les interprètes des êtres surhumains. En d’autres termes, il fortifie le principe d'autorité, et ce principe est indispensable dans les sociétés primitives pour empêcher les aggrégats naissants de se dissoudre sous la pression des convoitises et des passions individuelles,

C’est surtout le culte des morts qui a dû constituer de bonne heure un lien solide, tant entre les membres de la tribu qu'entre les générations successives. Ce culte, dont on constate partout la présence depuis les temps quaternaires de l’âge du mammouth, repose sur l'idée que le défunt reste en relation avec les vivants; qu'il conserve dans la tombe ses besoins, ses affections et ses haines; que, s’il est convenablement honoré et servi, il continue sa protection à ses descendants, avec des pouvoirs considérablement augmentés par son passage à l’état d’esprit.

Tout d'abord, on suppose quil profitera de cette nouvelle puissance pour se venger de ses injures. Schoolcraft rapporte que, chez certaines peuplades de l'Amérique septentrionale, la crainte des revenants empêche les meurtres, ni plus ni moins que la crainte de la potence chez les non civilisés. Dans l'Inde, on à vu des indigènes arracher le payement d’une dette à un créancier de mauvaise foi, en le menaçant de se suicider pour devenir mieux à même de le punir.

En second lieu, on croit que le défunt s'efforce de maintenir un peu d'ordre dans la famille, ou, si c'est un chef, dans la tribu, comme 1l le faisait de son vivant. A cet effet, il exigera particulièrement le maintien des règles qu'il avait établies dans son entourage. Telle est même, suivant Herbert Spencer, l’origine générale des coutumest. On n’a pas jusqu'ici rencontré de peuplade qui ne possédât des coutumes, c’est-à-dire un certain nombre d’usages et de cérémonies auxquels les individus doivent se soumettre, sous peine de discrédit ou d'excommunication sociale. C’est probablement par là que la notion de l'obligation morale est entrée dans la conscience humaine, ou du moins telle est la première forme que cette notion y a revêtue, I1 faut remarquer qu'en dehors même de leurs relations avec le culte des ancêtres, les coutumes ont généralement une portée religieuse, en ce quelles tendent à faire intervenir les êtres surhumains dans les principaux événements de la vie — la naissance, le mariage, la mort, la chasse, la guerre, le retour des occupations périodiques, etc.

D'autre part, la communauté de culte entraîne forcément une

1. Institutions ecclésiastiques (6° partie de la Sociologie), $ 529.

certaine solidarité entre ceux qui y participent, même quand il ne s’agit plus d’un ancêtre commun, mais d'un esprit quelconque élevé à la dignité de patron collectif — que ce soit un fétiche de village comme chez les nègres, où un animal fantastique comme chez les Peaux-Rouges et les Australiens. Ces dieux embryonnaires poursuivent naturellement — ne fut-ce que dans leur propre intérêt — le bien de la communauté, soit en luttant contre les attaques du dehors, soit en réprimant certains attentats de l'intérieur, tels que la trahison, la lâcheté, etc.

De la protection ainsi accordée à tous les membres de la tribu découle cette conséquence que chacun, s'il peut compter sur le dieu pour faire respecter ses droits, doit à son tour respecter les droits équivalents de ses compagnons, sous peine de se heurter à la même répression, et cette première application de la maxime : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit » représente certainement une des voies par lesquelles la morale, telle que nous l'entendons, s’est introduite dans la religion.

Les ordalies ou « jugements de Dieu » semblent le produit d’une théologie relativement avancée. Cependant, on les rencontre déjà parmi des populations aussi arriérées que les Aïnos du Japon, les Polynésiens, les Peaux-Rouges et les nègres. C'est que, une fois admise la nécessité sociale de découvrir les coupables de certains actes, on ne pouvait mieux s'adresser dans ce but qu'a des êtres dont la clairvoyance, comme le pouvoir, dépassent les facultés des simples humains. De même, le serment religieux, qui se retrouve déjà fréquemment à ce niveau inférieur, est fondé sur la croyance que les dieux, pris à témoin, vengeront leur propre injure en cas de fausse déclaration ou de promesse inconsidérée. Toutefois, les dieux, ainsi accoutumés à punir le mensonge et le crime dans les affaires où ils sont personnellement intéressés, en viennent bientôt à acquérir la réputation d'aimer la vérité et la justice en elles-mêmes.

La protection des dieux ne s'étend pas seulement aux personnes, mais encore aux choses qu'on leur consacre. Chez nombre de peuplades, l'unique moyen que l'individu possède, en dehors de la force brutale, pour faire respecter sa propriété, c'est soit de la mettre sous l'égide des êtres surhumains par une cérémonie

symbolique, comme parmi les Balondas du Congo et les Santals de l'Inde, soit de l’offrir aux dieux en s’en réservant la jouissance, comme parmi les Polynésiens, chez qui un objet, ainsi passé à l'état de {abou, ne pouvait plus être touché par personne, sauf par le propriétaire. Cette même institution du fabou était appliquée comme nos lois protectrices de la pèche pour empêcher temporairement la capture du poisson dans les baies où il menaçait de s’épuiser.

C'est devenu un lieu commun d'attribuer au sacerdoce antique l'origine des arts et des lettres, ainsi que la préservation des plus anciennes traditions humaines. Mais, en dehors même des sacerdoces organisés, on voit déjà le sorcier des peuplades barbares se faire l'historiographe de la tribu, le sculpteur de ses premiers fétiches, l'architecte de ses temples, le compositeur de ses premiers hymnes, et il le fait sous l'empire d’un mobile religieux, — qu'il s’agisse de conserver les traditions du culte, de donner aux êtres surhumains une forme et une demeure qui leur conviennent ou de s'approprier leur pouvoir par des incantations eflicaces. — La science, à son tour, peut se rattacher aux mêmes sources, non seulement parce qu'elle s'est développée, comme on l'a souvent dit, à l'ombre des sanctuaires, mais encore parce que les personnifications fantasques, en qui le sauvage croit trouver le secret des phénomènes, représentent le fruit d’un premier effort pour s'expliquer l'univers. Il à fallu longtemps à la science pour se dégager de l’animisme universel; elle n'y a réussi que par l'extension graduelle de l’idée de loi, et encore peut-on soutenir que cette idée elle-même est de provenance religieuse — soit qu avec Otto Pfleiderer, on la fasse sortir de l’obéissance aux coutumes, soit qu'avec Max Muller on l'attribue aux réflexions engendrées par la récurrence périodique et le cours régulier des phénomènes personnifiés.

Ces faits, sur lesquels il est inutile d'insister en ce moment, suflisent à établir la valeur sociologique des cultes même les plus rudimentaires, ou du moins à montrer qu'ils offrent, — à côté des éléments magiques et ritualistes, mythiques et dogmatiques largement étalés à l'avant-plan, — le germe des facteurs sociaux et moraux qui s’'épanouissent, avec une importance croissante, au sein des religions plus avancées.

D'autre part, on peut observer, jusque dans les cultes qui se célèbrent sous nos yeux, — à côté d’une éthique épurée et de plus en plus prépondérante, — des éléments qui se relient aux formes les plus basses de l'idée religieuse dans les sociétés inférieures.

Je ne parlerai pas du folklore, qui atteste, parmi nos classes les moins éclairées, la persistance de la foi aux revenants, aux esprits de la nature et aux pratiques de la sorcellerie, ces trois caractères généraux des religions inférieures. On pourrait m'objecter que, loin d'admettre ces superstitions, toutes les Eglises actuelles les découragent et les proscrivent. Mais elles ont beau les traiter en ennemi, voici longtemps que l’ennemi est dans la place — ou plutôt il n’en est jamais sorti.

Est-ce que les rites d’exorcisme ne sont pas une forme généralement répandue de la sorcellerie? Les processions pour amener la pluie et le beau temps n'offrent-elles pas une survivance des âges où l’on recourait, dans le même but, aux pratiques du personnage que les Cafres appellent encore aujourd’hui « le faiseur de pluie? » Qu'est-ce que le culte des reliques et l’usage de l’eau bénite, sinon du vrai fétichisme? L’adoration des saints vaut sans doute mieux que la crainte des revenants ou même le culte des ancêtres, tel que celui-ci est pratiqué par tous les peuples barbares, avec son cortège de sacrifices sanglants ; mais il procède du même principe et aboutit aux mêmes déductions. Le dualisme mythologique de la lumière et de l'ombre ne se perpétue pas seulement dans les métaphores de nos rituels; il se retrouve encore dans l'opposition entre les milices célestes et l'armée des ténèbres. Les anciennes divinités de la nature, là où elles n’ont pas été enrèlées de force dans les cohortes infernales, ont été reçues dans les rangs des anges et des saints. Il n’est pas jusqu'aux vieilles idoles qui n'aient parfois gardé une place officielle dans le culte; elles n ont fait que changer de nom et de sanctuaire — et encore pas toujours — pour continuer le cours de leurs miracles.

Telle madone qui passe pour avoir été découverte, il y a des siècles, au bord d'une source où les croyants vont chercher la guérison, a directement succédé à quelque icône agreste du paganisme classique, laquelle à son tour n'avait fait qu’hériter des hommages précédemment adressés à la source elle-même. Telle

autre, suspendue aux branches d’un arbre, a simplement rempur l’arbre lui même dans la vénération populaire.

« Une chose qui doit nous paraître étr ange, écrit naïvement Éhutsur d'un petit ouvrage sur les Vierges miraculeuses de la Belgique, publié, il y a une quarantaine d’années, avec le concours de plusieurs ecclésiastiques et l'approbation de l'autorité épiscopale, — c’est que plusieurs statues de la Vierge auxquelles on a attribué une vertu miraculeuse ont été trouvées sur des arbres. Ilsemble que le Tout-Puissant ait voulu ainsi prouver aux hommes qu'il avait pour agréable de voir adorer sa sainte mère dans les mêmes lieux où les païens adoraient leurs divinités!. »

J'ai déjà eu, ailleurs, l’occasion de montrer comment, parmi les rites des églises chrétiennes, il en est qui ont survécu à plusieurs révolutions religieuses et qui nous reportent en pleine mythologie des temps préhistoriques, par exemple la rénovation de feu ?.

A la vérité, la plupart de ces vieilles cérémonies païennes n'ont plus aujourd’hui qu’une acception symbolique. « Nous solennisons le dimanche, disait déjà saint Augustin, non à cause du Soleil, comme les infidèles, mais à cause de Celui qui a fait le soleil. » Cependant à côté de ces rites, qui ont été en quelque sorte vidés de leur signification naturiste, il en est d’autres qui ont toujours une portée magique, en ce sens qu'on les suppose

4. Les Vierges miraculeuses de la Belgique, par A. D. R. (DE RENwe). Bruxelles, 1856, p. 95. Parlant de la Vierge miraculeuse de Duffel, l'auteur rapporte (page 99) que lorsqu'on reconstruisit l'oratoire bâti autour du saule où celte statue avait été découverte, on fabriqua avec des branches de l'arbre des statuettes de la Vierge; celles-ci furent transportées dans diverses localités, du pays flamand, à Bruges, à Deinze, à Lierre, à Alost, où elles acquirent bientôt la même réputation. « Notre-Dame, ajoute-t-il, leur donnait toujours une vertu qui était pour les croyants une source de consolations. » — Veut-on voir à quel point se répète l’histoire religieuse? Pausanias parle de deux statues de Bacchus en bois que les Corinthiens vénéraient sur leur place publique ; la tradition rapportait qu'elles avaient été taillées dans le bois d'un arbre qui av ait autrefois reçu des honneurs divinssur l’ordre de Bacchus lui-même (Pausanias, liv.Il, chap. un, 7). Voici encore un autre fait non moins significatif : M. de Castren relate que les Ostiaques, rendant un culte à un mélèze de leurs forêts, suspendaient à ses branches les dépouilles d'animaux tués à la chasse. Comme ces fourrures étaient fréquemment enlevées par des voyageurs, ils taillèrent dans l'arbre un bloc qu'ils mirent en lieu sûr et auquel ils transférèrent leurs hommages. — C'est toujours l'idée fétichique qu’un objet matériel est habité par un esprit et que cet esprit le suit dans toutes ses transformations.

2. Voyez Gourer D'ALviELLA, Hisloire religieuse du Feu, pp. 68 et suiv.

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