‹ Hiérosophie problèmes du temps présentChapitre 24 sur 66 · Lettre du 7 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 7 janvier

on

faculté de réagir contre la fatalité des événements. Parmi les nations et les sociétés, plus encore que chez les individus, la partie n'est perdue que pour qui s’abandonne.

Sans doute, comme l'écrit M. Brunetière, avant de philosopher, il faut vivre, mais ce serait, par soif de la vie, perdre la raison de vivre que de chercher un refuge dans les bras du despotisme religieux ou politique avant d'avoir épuisé les ressources de la liberté. Or, toutes ces ressources ont-elles été essayées? Avonsnous tenté, si, sans porter atteinte aux droits des individus, sans compromettre l’essor d'une civilisation où nous voudrions faire une part de plus en plus grande aux libres initiatives, nous ne pouvons pas découvrir des moyens de remédier aux abus qui se sont introduits sous le couvert de la liberté? Cette recherche est le premier des devoirs qui s'imposent à nous. Le second, c'est de travailler à rétablir, parmi les classes supérieures, le sentiment que les avantages de la richesse et de l'instruction créent à ceux qui les possèdent, des obligations morales vis-à-vis de la société et, parmi les classes inférieures, la conviction que de tous les régimes possibles, la liberté est encore le plus propre à servir leurs vrais intérêts, parce qu'elle est la condition même de notre avilisation. Tant qu'il nous reste quelque espérance d'accomplir cette double tâche, nous n'avons pas le droit de déserter le champ de bataille. Et si même, pour croire à l'avenir et y faire croire les autres, il nous faut un effort de volonté, effort pour effort, mieux vaut que ce soit au service et au prolit de la science et de la hberté.

Joux Fisxe. Through Nature to God, 1 vol. in-12 de 193 pages; Boston, 1890.

Ce petit volume relève de la philosophie, plus que de l’histoire des religions. Mais il offre une tendance religieuse si accentuée, qu'il rentre certainement dans l'étude objective de la religiosité contemporaine. L'auteur est un disciple intégral d’Herbert Spencer, dont il a beaucoup contribué à introduire la philosophie aux Etats-Unis. Dès 1874, il publiait, sous le titre de Outlines of Cosmic Philosophy, un ouvrage qui fit sensation, où il établissait la possibilité de concilier les principes fondamentaux du théisme avec l'adoption de la doctrine évolutionniste. Dans la préface de son dernier ouvrage, il n’hésite pas à dater de l’apparition des Principes de Psychologie, publiés par Spencer en 1855, le commencement de la réaction grandissante contre le matérialisme aujourd’hui démodé de d'Holbach et d'Helvétius, voire de Buchner et de Moleschott. Dans ce nouveau traité, il se borne à compléter certaines démonstrations de ses écrits antérieurs, relativement au problème du mal, aux origines de la morale et à la réalité de la religion; mais il le fait avec une simplicité, une clarté et une méthode qui lui conquièrent d'emblée les sympathies du lecteur.

M. Fiske est un optimiste comme tous ses compatriotes et la plupart des évolutionnistes en général. Ce n'est pas qu'il nie l'existence du mal physique et moral, mais il estime qu’on peut en expliquer la présence sans se laisser enfermer dans le dilemme

Page 1