‹ Hiérosophie problèmes du temps présentChapitre 27 sur 66 · LIL · texte numérisé non relu

LIL

séparé en processus successifs les deux faces parallèles d’une même opération mentale. Du moment où l’homme a entrevu des puissances mystérieuses derrière les phénomènes de la nature, il a regardé ces êtres surhumains comme bons ou mauvais, suivant qu'il en attendait du bien ou du mal, et souvent ce double caractère apparaissait chez le même dieu. De là deux ordres d'impressions si bien décrits par Albert Réville dans ses Prolégomènes et qui se rattachent l’un à la crainte, l’autre à l'espérance, en se réunissant pour former la double gamme de la vénération.

L'auteur ne nous parait pas avoir mieux réussi dans sa tentative d'expliquer par l'instinct de conservation l’origine du culte mortuaire : « L'homme, écrit-il, ne veut pas mourir; il se rattache à tout pour se cramponner à la vie et, lorsque le corps se décompose, il veut que l'élément spirituel, qu'on ne voit pas se décomposer, survive; de là la distinction entre l'âme et le corps. » — Combien plus logique et plus plausible paraît la thèse qui place dans les conclusions tirées des rêves la principale source de la croyance à l'existence d’une âme distincte du corps et à la possibilité d'une vie physique persistant après la mort!

La conclusion générale de l’auteur est-elle aussi négative que le ferait supposer son insistance à voir dans la religion un phénomène d'origine purement psychologique. Chose étrange, 1l arrive presque, par des voies différentes, aux mêmes conclusions que M. John Fiske sur la possibilité d'une réalité objective correspondant aux postulats subjectifs du sentiment religieux : « On allègue la nécessité d’une vie future pour donner place à la réalisation de la justice. L’argument n’est pas sans réplique. Il faut supposer d'abord que la justice se fera, ce qui n’est pas certain. C'est comme si l’on prétendait que la faim prouve l'existence de la nourriture. Cependant le subjectif n’est peut-être qu’une image de l'objectif et, s'il n'y avait jamais eu de nourriture, il n’y aurait Jamais eu de faim. » De mème, pour ce qui concerne l'existence objective de la Divinité, il montre qu’on ne peut plus, comme autrefois, tirer de l’idée de Dieu la preuve de sa réalité. Mais il ajoute aussitôt que cet argument n'est pas sans valeur, si l’on suppose que le subjectif et l'objectif ont une certaine concordance et il fait observer que le sentiment de la réalité des objets est fondé tout entier sur cette hypothèse vérifiée en plus d'un point.

SOCIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DES RELIGIONS 2èt

En résumé, ce volume, sans avoir la haute originalité qui caractérise l'ouvrage du même auteur sur les aspects sociologiques de la religion, se recommande par les mêmes qualités d’indépendance de pensée et de finesse d'analyse. Nous n'avons guère relevé que les passages sujets à critique; il ne faudrait pas que ces observations donnent le change sur les mérites qui font des deux traités de M. de La Grasserie une publication importante dans l’histoire de la philosophie religieuse contemporaine.

Le protestantisme libéral, ses origines, sa nalure, sa mission, par JEAN Révize, professeur adjoint à la faculté de théologie protestante de l’université de Paris. — Paris Fischbacher, 1903, 1 vol. in-12 de x-182 pages (Prier fr #50tc))

Voici un petit livre bien pensé et bien écrit, où une plume autorisée renseigne le public sur un sujet dont on n’a trop souvent que des idées assez vagues. L'auteur fait ressortir les inconvénients graves du dilemme contemporain entre des orthodoxies, tant protestantes que catholiques, qui sont en conflit manifeste avec les affirmations les plus justifiées de la science et un indifférentisme qui laisse sans direction spirituelle notre vie affective et familiale. Si la religion est, comme il la définit, la conscience intime de nos rapports avec l'univers, il y a là un ordre de sentiments que la science est impuissante à satisfaire (Certains esprits croient échapper à la difficulté en se créant artificiellement deux cases séparées comme par une cloison étanche : l'une où ils se laissent exclusivement guider par des préoccupations scientifiques ; l’autre où ils acceptent les injonctions d'une autorité dogmatique. M. Réville s'élève avec force contre cette solution qu'il qualifie à juste titre d'illogique et même d'immorale. Dès lors, que reste-t-il? La religion de l'humanité? L'auteur la considère comme un christianisme ou plutôt un théisme incomplet, parce qu'elle oublie une face de la vie religieuse, son côté cosmique, le sentiment de notre dépendance à l'égard de l'ordre universel.

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