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Evolution religieuse contemporaine, p

comme le fait très bien ressortir M. Bargy dans son récent volume sur la religion aux Etats-Unis, où il expose successivement le but social et le caractère pratique assumés, dès l'origine de la colonisation, par les principales Eglises américaines", Cette double tendance m'avait également frappé au cours de mon précédent voyage. Mais, depuis lors, elle a pris une telle extension que les autres traits des religions américaines s'en trouvent, pour ainsi dire, relégués au second rang. Son accentuation me semble due aux causes suivantes :

1° L'importance grandissante que les problèmes sociologiques ont assumée aux Etats-Unis, plus encore qu'ailleurs ;

20 La réaction morale contre les abus de l’individualisme et de la concurrence ;

3° La perception de plus en plus nette du rôle social des religlons ;

4° L'impossibilité de trouver un meilleur terrain pour satisfaire l'aspiration croissante à une entente entre les diverses communions ;

5° L'influence exercée par le Congrès des religions tenu à Chicago en 1893.

Nulle part, on le sait, la lutte pour l'existence et la richesse n'est poussée plus loin qu'aux Etats-Unis; nulle part, l'initiative privée n'engendre plus de prodiges ; nulle part, l'individu n'est plus exposé à connaître successivement les extrêmes de l'opulence et de la misère. Le même contraste se manifeste dans la vie publique, où une liberté portée aux dernières limites marche de pair avec l'omnipotence des politiciens et où les pratiques de la démocratie absolue aboutissent trop souvent aux pires excès de la corruption politique. Par une réaction naturelle, on à vu se développer, chez l'individu, le besoin de se soustraire à cette atniosphère fiévreuse, et, parmi le public, le désir de mettre un peu d’ordre dans cette anarchie des institutions. En même temps, les classes éclairées, l'élément intellectuel qui se recrute surtout dans le professorat et dans le pastorat, ont commencé à se rendre compte que la direction de la société est avant tout une science, mais que cette science aura beau aboutir à des conclusions posi-

1. Henry Barcy. La religion dans la sosiélé aux Elals-Unis, 1 vol. Paris, 1902.

tives, qu'elle restera impuissante à dominer les intérêts et les passions hostiles, si elle ne trouve moyen d’enrèôler à son service les instincts de solidàrité et d’altruisme latents dans l’âme humaine, Or, c'est ici qu'apparaît le rôle de la religion.

Le Parlement des Religions.

Telle fut bien la pensée directrice qui inspira, lors de l'Exposition internationale de Chicago, l’idée de réunir, à côté des conférences séparément organisées par les diverses confessions, un congrès où seraient invités les représentants les plus autorisés non seulement de toutes les Eglises chrétiennes, mais encore des cultes étrangers au christianisme, dans le double but de faire ressortir ce que toutes les religions ont en commun et de rechercher comment elles pourraient le mieux coopérer au progrès.

Les questions dont s'occupa le Congrès se rattachaient : À) la religion en soi; B) la religion dans ses rapports avec les domaines suivants : 1° la famille ; 2° les sciences, les arts et les lettres; 3° la morale: 4° les problèmes sociaux ; 5° l'humanité 6° la justice internationale et l'arbitrage ; C) la situation actuelle des religions. — Possibilités d'actions communes.

De ces trois subdivisions, c’est la seconde qui reçut le plus de

développement, et, si les représentants des divers cultes ne furent

pas d'accord pour admettre, avec certains orateurs, que les systèmes religieux ont une valeur purement relative, tous semblent avoir été de cœur avec le cardinal Gibbons, quand ce prélat leur tint ce langage assez extraordinaire dans la bouche d'un dignitaire papal : « Nous ne pouvons refaire les miracles du Christ... Mais il n’y a d’autres miracles, bien plus utiles pour nous, que tous nous pouvons accomplir au cours de la vie; ce sont les miracles de la charité, de la pitié, de l'amour pour autrui. »

En Europe, le Congrès des religions n'a guère provoqué qu'un intérêt de curiosité. Presque toutes les Eglises établies lui firent grise mine. En Angleterre même, l'Eglise anglicane s'y était montré carrément hostile. L'Eglise romaine organisa autour de ses travaux la conspiration du silence, et, lorsqu'un

groupe de catholiques à esprit plus large parla d'organiser à Paris, pendant l'Exposition de 1900, une nouvelle session du Congrès, elle mit violemment fin à leur initiative'. Quant aux libres-penseurs, ils n’eurent guère que du dédain pour ces manifestations exotiques du sentiment religieux.

Il en fut tout autrement aux Etats-Unis, où le compte rendu

officiel du Congrès, rédigé par un des principaux promoteurs, le ministre presbytérien John Barrows, — deux gros volumes in-8 — se vendit en quelques mois à plus de 30.000 exemplaires?. On peut dire que les discours dont avait retenti cette tribune eurent un écho dans toutes les chaires de l'Amérique et y engendrèrent une véritable littérature.

A Le parlement des religions avait pour objet de provoquer un mouvement d'idées, plutôt que de fonder directement des institutions. Cependant, il laissa derrière lui une organisation permanente, la Word's Fair Religious Parliament Extension, qui s'est assigné les buts suivants :

1° Favoriser des relations cordiales, ainsi qu'une entente réciproque (4 nmutual understanding) entre les adhérents des divers cultes ;

2° Eveiller un intérêt actif à l'égard des problèmes religieux ;

3° Faciliter particulièrement la réalisation et la mise en pratique de la vérité religieuse.

1. Le seul ecclésiastique européen qui ait adhéré au Congrès est le célèbre philologue de l'Université de Louvain, Mgr de Harlez, esprit d’ailleurs large et éclairé. Il avait envoyé au Congrès un essai sur l’utilité de l'histoire comparée des religions, qui mériterait d'êlre traduit en entier. « L'étude comparée des religions, y disait-il, mieux qu'aucune autre étude, enseigne quelles idées constituent le patrimoine commun de l'humanité et par conséquent sont conformes à la réalité, car ce qui appartient à la nature humaine est la réalité. » Il concluait ainsi : « O, mes frères dans la foi à notre commun Créateur et Père, vous qui m'écou- Lez, nous sommes éloignés les uns des autres par la diversité de nos croyances. Eh bien! rapprochons-nous du moins en ce moment par cette affection fraternelle qui est d'ordre divin. » On assure que l’éminent écrivain fut quelque peu pris à partie en haut lieu pour ses audaces de plume. — Quelque temps après la publication des travaux du Congrès, l'auditeur général de l’armée belge dinait au palais avec l'archevêque de Malines. L'éminent magistrat — encore aujourd'hui jeune de cœur et d'imagination malgré ses quatre-vingts ans sonnés — tâcha de convertir le cardinal à son propre enthousiasme pour le parlement des religions; Mgr Goossens se borna à lui répondre assez froidement que c'était le premier mot qu'il en entendait!

2. 1he World's Parliament of Religions, an illustrated and popular story of the World's first Parliament of Religions, edited by John H Barrows, 2 vol. ensemble 1.600 pages. Londres,1893.

« L'Extension du parlement des religions » — porte son manifeste initial — « est instituée pour les libéraux aussi bien que pour les orthodoxes, à la fois pour les chrétiens et les juifs de lOccident, les brahmanes et les bouddhistes de l'Orient. Elle sera assez large pour comprendre toutes les nuances d'opinion sans demander n1 abdication ni compromis. » Actuellement présidée par M. Paul Carus, un écrivain américain qui a fait ses preuves comme littérateur et comme philosophe, elle continue à grouper des esprits distingués, appartenant aux principales communions religieuses. Elle s'est surtout appliquée à populariser l'œuvre du Congrès par des conférences et des publications; elle a aussi organisé des cours sur l’histoire des religions et publié, en 1898, un aperçu historique des principales religions présentes et passées, auquel on m'a bien voulu demander de collaborer par un article sur les Rapports entre le christianisme et les autres religions". Toutefois, sa sphère d'action est restée surtout intellectuelle, et c'est directement que l'influence du Congrès s'est fait sentir sur les Eglises des Etats-Unis.

Statistique des Confessions.

D'après le rencensement de 1890, il y avait aux Etats-Unis cent quarante-trois organismes religieux indépendants les uns des autres. Si toutefois on groupe ensemble les variétés de chaque Eglise, ce chiffre peut être ramené à une cinquantaine. Voici quelles étaient, à cette époque, les forces respectives des principales sectes, sur une population d'environ 63 millions d'habitants :

Catholiques: + :; 548,18 MONNIER

Méthodistes.».. 20 SOON EURE Baptistes , NN, CT RS Presbytérniens.s 4579 ON TR SRE Luthériens 04 0400 do DORE Diseiples-du Christie eee, 641,051 Épiscopaux TN NI nn 0: 540,509 Congrégationalistes . . . . . .:.., . 512,771

l. Universal Religions. Chicago, 1898. — Voir plus haut, page 147.

MUITOPON S ANR SO oO . . 67,149 Universalistes, quakers et autres sectes COCHON . 1,221,571 St, , 130,496 Autres religions non chrétiennes. , . . 330,000 Derel=ion inconnue. d. 0. « : . . . , 4à5 millions

On comptait, à la même époque, 111.000 ministres, 162.250 congrégations et 142.600 lieux de culte. La valeur des biens affectés à des services religieux était évaluée à environ 680 millions de dollars soit 3 milliards 400 millions de francs’. Ce sont d’assez jolis chiffres pour un pays où les Eglises séparées de l'Etat dépendent exclusivement de la générosité de leurs adhérents, sans autre privilège que l’exemption fiscale des bâtiments consacrés au culte.

Le recensement de 1900 ne s’est pas occupé des religions ; mais on trouve, dans le Sfatesman's Year Book pour 1904, le tableau suivant, dressé en 1900, par le journal The Independent d’après une statistique très minutieuse :

Catholiques. ... . . 8,447,801 Quakers . . . . . . 118,897 Méthodistes. . . . . 5,809,516 Chrétiens . . . . . 112,414 Baptistes. . . . . . 4,443,698 Dunkards (baptistes Puthériens. 1. 1575,7118 allemands) . . . . 108,694 Presbytériens. . . . 1,560,847 Adventistes. . . . . 89,452 Disciples du Christ . 1,118,396 Chrétiens scientistes 80,000 0, - 1,043,800 Unitaires, . . . . . 75,000 Épiscopaux. . . . . 709,325 Memnonites. . . . . 57,948 Congrégalionalistes . 628,284 Universalistes. . . . 46,000 MADOPMÉSS 5 0. , OO OMS DITER NN. 0 00 , 45,000 Monnons.--u.. … , . 343,000 Armée du Salut. . . 40,000 Fréres-Unis. . , . . 264,980 Eglise de Dieu . . . 38,000 Évangéliques alle- …

TEO ES MSN 238,000 , Association évangé- Autres sectes. . . . 171,129

RU à 177,453 D

On remarquera que presque toutes les Eglises se sont développées dans une proportion correspondante à l'augmentation générale de la population. Celle-ci, en effet, a passé de 63.069.756 en 1890 à 76.303.387 en 1900. Les principales confessions gar-

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