‹ Hiérosophie problèmes du temps présentChapitre 31 sur 66 · CE · texte numérisé non relu

CE

nier passage à New-York : « Quand, il y a trente ans, J'ai

commencé à parler de l'évolutionisme dans ma chaire, mes collègues unitaires me regardaient presque comme un hérétique; aujourd'hui, toute la nouvelle génération de nos ministres partage mes vues!, »

Un autre des ministres unitaires les plus estimés, le Rév. John Chadwik, mort en 1904 après quarante ans de pastorat, écrivait en 1894 : « Bien que les unitaires ne croient pas toujours dans les mêmes termes, 1l y a bien plus d’accord entre eux aujourd’hui qu'en 1820 ou en 1840, et certaines de leurs croyances sont si communément acceptées qu'on peut les tenir pour générales, » Parmi ces croyances générales, il énumère les suivantes: 1° le droit et le devoir de penser librement, même dans les problèmes religieux les plus élevés; 20 le droit et le devoir de chercher dans la raison le critérium ultime de la vérité; 3° la supériorité de la morale sur la foi, de la conduite sur la doctrine?.

C'est ce dernier point qui a assuré l'influence des unitaires, peut-être plus encore que le rationalisme de leur théologie. Déjà, en 1882, la Conférence nationale unitaire avait introduit dans ses statuts un article ainsi rédigé : « Tout en estimant que le préambule et les articles de notre constitution représentent convenablement les opinions de nos Eglises, nous désirons affirmer hautement qu'ils ne constituent pas un critérium obligatoire de la doctrine unitaire et qu'ils n'ont pas pour objet d'exelure de notre communion aucun de ceux qui, tout en différant de ces croyances, sont cependant en sympathie générale avec notre objet et notre but pratique. » — Un nombre croissant d'Eglises unitaires repoussent toute autre plate-forme (covenant) que cette déclaration de motifs : « Dans l’amour de la vérité et l'esprit de Jésus, nous nous unissons pour le culte de Dieu

1. Le Rév. Minot J. Savage est l'auteur de nombreux ouvrages fort estimés : The Religion of Evolution. 1876; The Morals of Evolution 4880; Religion for to day1897; The passing and {he permanent in religion, 1901, etc. C’est à lui qu'Herbert Spencer écrivait en 1883 : « Il est grand temps qu'on fasse quelque chose pour montrer aux gens qu'ils n’en sont pas réduits à une négation de leurs précieuses croyances religieuses et morales... J'espère que vos enseignements grouperont un corps défini d'adhérents qui deviendra le germe d’une organisation nouvelle. Voici longtemps que j'aspire au moment où quelque chose de ce genre pourra être fait et il me semble que vous êtes l'homme pour le faire, » Cf. mon Evolution religieuse et contemporaine, p. 274.

2. Why Tam what I am, by fourteen clergymen,i vol. New-York, 1904, pp. 85 et suiv.

et le service de l’homme. » On lit dans un tract publié par le Rév. Joseph Henry Crooker sous les auspices de l'American Unitarian Association : « Bien que nous soyons de grands croyants, nous insistons sur ce point que les croyances sont, au mieux, simplement partielles et secondaires ({hat beliefs are at best only fractional and secondary) et que la religion est dans la façon de vivre!, »

Quelques unitaires voudraient aller plus loin encore. Le président de l'Association unitaire, le Rév. Sam. Eliot, disait, en 1904, dans son rapport annuel : « Le moment n'est-il pas venu où nos libres Eglises pourraient entrer d’une façon plus directe et plus unie dans le domaine de l'éducation, de la charité active, de la justice sociale ?.. Les unitaires ont été les guides de la république dans toutes les réformes progressives. L'unitarisme en corps ne peut-1l maintenant assumer cette direction? »

En dehors de leur participation aux œuvres de réformes, les unitaires se livrent à une propagande intense. Leurs ministres, qui sont en général des esprits de haute culture, publient autant qu'ils prèchent. Au cours de 1905, l'Association unitaire a distribué plus de 300.000 éracts!

Cette libéralisation de l’unitarisme a été secondée par le mouvement de la « religion libre » que représente surtout la Free Religious Association, fondée en 1867 « pour favoriser les intérêts pratiques de la pure religion, accroître les sympathies spirituelles, encourager l'étude scientifique du sentiment religieux et de l’histoire religieuse. » Bien que cette ligue, qui entendait se placer, en dehors même du christianisme, sur le terrain commun à toutes les religions, ait renfermé de tout temps des juifs, des spirites et des libres-penseurs, ce sont surtout les unitaires qui lui ont fourni et qui lui fournissent encore son principal contingent. Après avoir jeté un vif éclat pendant trente ans, elle semble avoir ralenti son activité, peut-être parce que les préoccupations actuelles du mouvement religieux sont moins intellectuelles que sociales.

Cependant on trouve encore à sa tête les survivants du

4. Josepn-Hexry Crooker, The Unitarian Church its history and characterislics. Boston, pp. 17-18.

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