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BarGy, Religion aux Etats-Unis, p

2, Barrows, Parliament of Religions, p. 1486.

Il y a quelques années, les méthodistes avaient imaginé de fonder des espèces de cités modèles où les habitants et même les voyageurs de passage étaient soumis à une discipline assez dépourvue de gaîté. Telle était Ocean Grove sur la côte de l'Atlantique, dans l'Etat de New-Jersey. Ce fut d’abord un de ces campements temporaires dans lesquels les membres de presque toutes les Eglises américaines aiment à se retrouver, pendant plusieurs semaines de l'été, pour y mener sous la tente, une vie simple et édifiante, la plus rapprochée possible de la nature. En 1869, l'Ocean Grove Camp Meeting Association décida d'organiser une colonie permanente qui eut bientôt ses villas, ses hôtels, ses magasins, ses bains de mer et sa promenade en planches sur le rivage. L'emplacement était admirablement choisi pour se défendre contre l'intrusion des profanes; c’est une sorte de presqu'ile entièrement isolée par la mer, un lac, un fossé et une palissade; on n'y communique que par des ponts avec les cités balnéaires voisines, Long Branch et Asbury, plages populaires où règne une grande liberté de mœurs et d’allures pendant toute la saison d'été. Encore en 1903, le passage des ponts était interdit, à partir de 10 heures du soir, jusqu'au lever du soleil, ainsi que pendant trente-six heures, du samedi soir au lundi matin. La vente des liqueurs et même du tabac y reste absolument prohibée — comme aussi les représentations théâtrales — bien qu'on y fasse énormément de musique. Le dimanche, il est défendu de se baigner ainsi que de circuler en voiture ou à bieyclette; seules sont autorisées les voitures d'enfants. La compagnie de chemin de fer qui dessert la côte a dû prendre l'engagement de ne pas ouvrir sa gare le jour du Seigneur. En revanche, les services religieux, très simples d’ailleurs, s'y succèdent sans désemparer jusqu’au soir, Tel est le régime auquel se soumettent chaque année pour leurs vacances 20.000 à 25.000 visiteurs, à la vérité, presque tous méthodistes!.

Je dois déclarer que, quand je visitai Ocean Grove au commencement de septembre 1904, cette rigueur commençait à se relâcher. Bien que ce fût dimanche, je n’eus aucune difficulté à

!. Ocean Grove. 3K* Annual Report of the Ocean Grove Camp Meeling Associalion, 1903.

pénétrer l'après-midi dans la cité naguère interdite aux excursionnistes dominicaux, et, en franchissant le pont qui y donnait accès de Long Branch, je croisai de nombreux couples qui se rendaient vers la plage fashionable, revêtus de leurs plus beaux atours. Tandis que la jeunesse méthodiste prenait ainsi sa volée, je m’en allai, moi profane, assister au service religieux dans le grand Auditorium, un immense amphithéâtre de fer et de bois avec des sièges très confortables en sapin vernis. On calcule que 10.000 auditeurs peuvent s’y asseoir et je trouvai presque tous les sièges occupés. IL faisait très chaud au dehors et assez frais à l'intérieur, ce qui n'empêchait pas l'élément féminin, en cheveux et en robes claires, de jouer sans interruption de l'éventail et du mouchoir. De là un singulier papillotement qui contrastait avec l'impression de recueillement et de paix engendrée tant par le silence absolu de cette vaste assistance que par le calme du site entrevu à travers les larges baies de l'édifice : des bouquets d'arbres coupés par une route déserte et ensoleillée, puis, au delà, l'Atlantique bleu où glissaient quelques voiles.

A l'intérieur, on n'aperçoit aucun emblême religieux; mais, au fond de la salle, une vaste estrade où se trouve l’orgue, les sièges des choristes et la tribune du ministre encadrée d'un massif de fleurs que domine un immense drapeau des Etats- Unis. Après la récitation d’un hymne, le prédicateur, se tournant vers l'assistance, prononça en excellents termes une allocution sur un thème favori des méthodistes : « Les expériences intérieures du chrétien. » Il exposa que le royaume de Dieu n’est pas seulement dans la prière, mais encore dans les réformes morales et même hygiéniques. Les auditeurs éclatèrent en applaudissements profanes, lorsqu'en langage éloquent il dénonça « l’intempérance comme le principal ennemi de Dieu. » C'était la un excellent type des sermons méthodistes dans les auditoires recrutés surtout parmi la classe moyenne. Les « terreurs de l'enfer » sont de moins en moins utilisées pour convertir les pécheurs.

Dans un travail lu en 1905 à Genève devant le 3° Congrès international du christianisme libéral et progressif, un membre bien connu de l'Eglise unitaire, l'honorable Samuel J. Barrows, rendait justice en ces termes à l'influence émancipatrice du

méthodisme : « Il en est de la damnation des païens comme de la damnation des enfants morts sans baptême. C'était un dogme pour toutes les confessions catholiques et protestantes : hors de l'Eglise point de salut, et si nous en croyons Calvin, il n’y avait de salut assuré que pour les élus... En Angleterre et en Amérique l'apparition du méthodisme, qui n'était pas un mouvement intellectuel mais une interprétation plus humaine et plus vivante du christianisme, a puissamment contribué à l'abandon des idées calvinistes !. »

C'est un fait reconnu que les procès en hérésie, les expulsions de pasteurs et de fidèles, peut-être même les scissions pour motifs doctrinaux, deviennent de plus en plus rares parmi les sectes protestantes des Etats-Unis, et pourtant jamais les opinions n’ont été plus divergentes sur les points de la théologie chrétienne regardés autrefois comme essentiels. L'intérêt religieux est ailleurs.

Cette observation ne s'applique pas seulement aux méthodistes, mais encore aux baptistes, aux luthériens, aux presbytériens, surtout aux quakers, qui de tout temps ont manifesté leur activité dans les mouvements pour la réforme des prisons, la protection de l'enfance, les progrès de l'arbitrage, etc. Le même phénomène se remarque jusque dans les organisations religieuses les plus attachées à la tradition ecclésiastique, telles que l'Eglise épiscopale, branche américaine de l'anglicanisme.

Cette Eglise se présente, en concurrence avec l'Eglise romaine, comme l'héritière légitime et la continuatrice ininterrompue de la Grande Eglise des premiers siècles. Voici peut-être une centaine d'années que la branche américaine a laissé tomber les clauses du symbole d'Athanase qui vouent les hérétiques à la damnation éternelle. Bien qu’elle renferme encore des congrégations très orthodoxes et qu’elle reproduise dans son sein presque toutes les nuances de l’anglicanisme, depuis le ritualisme de l'Eglise haute jusqu’à la bibliolâtrie de l'Eglise basse, elle a surtout évolué dans la direction de l'Eglise large, non seulement en ce que, désormais elle supporte, jusque dans ses chaires, les affirmations

1. Actes du III* Congrès du christianisme libéral el progressif. Genève, 1906, pp. 149 et suiv.

les plus hardies de l’exégèse et de la philosophie contemporaines, mais encore en ce que, sans cesser d'être la plus fashionable des Eglises américaines, elle s'occupe avant tout d'œuvres pratiques. Les Eglises épiscopales les plus riches de New-York ont même refusé de suivre leurs paroissiens dans l’émigration qui entraîne graduellement les classes aisées vers le nord de la ville, et cela afin de rester en contact avec les éléments populaires.

M. Bargy trace un intéressant tableau des œuvres organisées par une de ces congrégations épiscopales, Saint-Barthélemy : on y trouve une école du dimanche, une crèche, une école industrielle, un gymnase, des cours commerciaux, un elub d'hommes, un club de femmes, un cercle musical, un cerele littéraire, des réunions périodiques de femmes mariées, une classe de cuisine, une classe de danse pour les deux sexes; un jardin suspendu où l'on cultive des légumes et des fleurs sur le toit d’un sky-scraper; une pension pour ouvrières, un atelier de secours, une maison de vacances, etc. Ajoutez-y un bureau de placement dont le budget annuel dépasse 25.000 francs en recettes et en dépenses ; enfin, une association de prêts qui, en sept mois, avait prêté plus de 400.000 francs sur des principes rigoureusement commerciaux. Ainsi se trouve évité le péril que le recteur de Saint-Barthélemy dénonçait en ces termes dans son rapport de 1899 : « La religion est une force spirituelle. Mais une force spirituelle qui se borne aux choses spirituelles est une force spirituelle avortée, qui cessera un jour et d'être spirituelle et d’être une force'. »

L'Eglise épiscopale et les diverses confessions qui suivent son exemple tendent ainsi à devenir ce que représente chez nous la conception de l’université populaire. Cependant, pour constituer et soutenir toutes ces institutions, il faut de l'argent dans les sept paroisses épiscopales de New-York, les quêtes dans ce but produisent annuellement plus de 5 millions de francs! Il est à remarquer — et c’est encore le rapport de Saint-Barthélemy qui le constate — que l’assiduité des fidèles se porte plutôt sur l'école dominicale que sur l'office proprement dit ; il est vrai que le pasteur a introduit, dans cette classe, des lectures, des hymnes et une allocution, ce qui en fait un service divin d'un nouveau genre.

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