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BarGx. Religion aux Etats-Unis, pp. 228 et suiv

Il est intéressant de constater que, aux Etats-Unis, même les catholiques ne sont pas restés étrangers au rapprochement des Eglises. Sans doute, ils ont généralement soutenu la liberté religieuse, quand ils étaient en minorité et particulièrement au sein des peuples protestants. Toutefois, en Amérique, ils ont été plus loin et, par leur franche attitude dans les questions sociales aussi bien que religieuses, ils ont réellement constitué une variété américaine du catholicisme romain.

L'Eglise catholique.

Le premier trait du catholicisme américain, ou — si on préfère cette expression — de l'américanisme catholique, c'est le désir de s'entendre avec les autres confessions religieuses pour la réalisation des objets communs à toutes les religions, — ce qui implique une tolérance et même des égards réciproques. — Sans remonter aux colonisateurs catholiques du Maryland qui, dès 1649, proclamaient la liberté de toutes les Eglises chrétiennes « afin, disait leur charte, d'assurer les bienfaits de la liberté et de la charité réciproques parmi les habitants, » il est certain que les prêtres américains ont entretenu de tout temps des relations confraternelles avec les ministres des autres sectes. C'est ainsi qu'en 1830, lors de l’ordination de Ezra Stiles Gannett dans une église unitaire de Boston, nous voyons un ministre catholique assister officiellement à la cérémonie, présidée par Channing!. Cette tendance a atteint son point culminant au congrès de Chicago, où le cardinal Gibbons n’a pas hésité à saluer en ces termes les ministres protestants, juifs, mahométans, bouddhistes et même païens présents à l'ouverture des travaux : « Si nous ne pouvons nous accorder sur les matières de foi, je rends grâce à Dieu qu'il y a du moins un terrain sur lequel nous pouvons nous trouver unis : celui de la charité, de l'humanité et de la bienveillance réciproques?. » Et, dans la dernière séance, l'ancien président de l’université catholique de Washington, Mgr Keane,

1. W. C. Gaxxerr. Ezra Sliles Gannell, a Memoir. Boston, 1875, p. T4. 2. Bannows. World's Parliament of Religions, t. I, p. 80.

en dissertant sur la religion de l’avenir, disait à son tour : « En nous regardant les uns les autres dans les yeux, nous avons reconnu que la condition indispensable pour réaliser l'unité dans la vérité, c’est d’écarter tout esprit d’hostilité et de suspicion, afin de nous rencontrer sur une base de sincérité et de charité réciproques! »

Un second trait, après la tolérance, c’est le patriotisme, l’acceptation nette et sincère des principes qui sont à la racine de la Constitution américaine, v compris la séparation de l'Etat et des Eglises?. Dès l’origine, l'Eglise catholique s’est attribué la mission d’'américaniser les émigrants de sa confession, quelles que fussent leur langue et leur race. « J'ai appelé l'Amérique — disait l'archevêque de Saint-Paul, Monseigneur Ireland — la nation providentielle. Comme je crois que Dieu règne sur les hommes et les nations, je crois aussi que la République des Etats-Unis a une mission divine à remplir. Cette mission consiste à préparer le monde par l'exemple et l'influence morale au règne de la liberté humaine et des droits de l'homme®, » — « Le gouvernement des Etats-Unis, disait de son côté le P, Hecker, est préférable, pour les catholiques, à toutes les autres formes, »

Un troisième trait c’est l'importance primordiale attachée à l'action présentée comme la forme supérieure de la piété : « Notre siècle, écrivait Mgr Ireland, n'est pas un siècle de martyrs, d’'ermites, de moines. Ce ne seront vraisemblablement plus les types de la perfection chrétienne. — Le sermon par excellence que les catholiques doivent prêcher aujourd'hui est le sermon de l'action laïqueÿ. »

Rien de plus instructif que le discours prononcé au Congrès de Chicago par Mgr Keane contre la pauvreté : « Je voudrais tracer une distinction entre la pauvreté et le dénuement. Le Christ a dit : « Heureux les pauvres, » mais il n'aurait jamais qualifié ainsi des gens dénués de tout5. » Le vénérable prélat disait

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