‹ Hiérosophie problèmes du temps présentChapitre 37 sur 66 · Bruneniëne, article cité, p · texte numérisé non relu

Bruneniëne, article cité, p

3. Tarnivez. Silualion religieuse aux Etats-Unis, p. 56. 4. Tannive, id., p. 171 el suiv.

Quelque temps après la mort du P. Hecker, parut un récit de sa vie, dû à la plume d’un de ses disciples, le P. Elliot. L'ouvrage, que précédait une préface de Mgr Ireland, contenait une apologie très nette de l’américanisme. Dès que la traduction française par l’abbé Klein eut paru à Paris, en 1898, elle fut prise à parti par différents membres de la Société de Jésus, notamment par le P. Delattre et le P. Maignen. Le pamphlet de ce dernier contenait detelles attaques contre l'épiscopat américain que l’archevêque de Paris refusa l’imprimatur, mais l’auteur fut plus heureux à Rome même. Sur la plainte de Mgr Ireland, Léon XIIT commença par déclarer confidentiellement qu'il n’y était pour rien et qu'il désapprouvait l'octroi de l'imprimatur; mais, quelques semaines plus tard, paraissait une lettre du Pape au cardinal Gibbons où Sa Sainteté déclarait réprouver « ces opinions dont l'ensemble est désigné par plusieurs sous le nom d’américanisme, » notamment les propositions suivantes : 1° que l'Eglise, pour mieux sympathiser avec le siècle, devait laisser dans l’ombre certains points de sa doctrine; 2° qu'après la définition de l’infaillibilité papale, il doit être permis à chaque fidèle de développer son initiative et son activité; 30 que l'Esprit saint inspire les fidèles sans intermédiaire nécessaire; 4° qu'il faut préférer les vertus naturelles aux vertus surnaturelles ; 5° qu'il y aurait des vertus actives et des vertus passives, ces dernières convenant mieux aux

siècles passés; 6° que les vœux de certains ordres religieux sont .

contraires au génie de notre époque, en ce qu'ils restreignent trop les limites de la liberté humaine.

Mgr Ireland, sommé de se prononcer, déclara accepter sans réserve le jugement pontifical; mais il ajouta que l'américanisme ainsi défini n'était pas celui dont il s'était fait l'apologiste. Nous n'avons pas à intervenir dans la querelle; il n'en est pas moins vrai que cette lettre papale a porté un coup sensible aux velléités émancipatrices du catholicisme américain, et, en particulier, à l’ordre des Paulistes, — bien qu’à vrai dire elle n’ait guère arrêté ceux-ci dans l'organisation de leur prosélytisme pratique. — Les auteurs de la Vie du P. Hecker durent s'engager à retirer les exemplaires encore dans le commerce. Le fondateur des Paulistes attendra longtemps sa canonisalion.

Ce qui augmente la gravité de la crise, c'est que le catholicisme

n'a pas réalisé aux Etats-Unis les conquêtes numériques sur lesquelles 1l se croyait en droit de compter. Il est très vrai qu’en un siècle et demi 1l s'est élevé de 40.000 ou 10.000 fidèles à environ 10 milhons'? Mais presque tous les écrivains catholiques sont d'accord pour reconnaître que les conversions protestantes ont été presque nulles ; que l'augmentation du nombre des fidèles est due exclusivement aux émigrants d'Europe, et même que si l'Eglise n avait vu une partie de ses ouailles lui échapper, elle devrait être aujourd'hui deux ou trois fois plus nombreuse. Suivant les uns, la faute en est à la neutralité de l’école publique, à l'influence des sociétés secrètes, au manque de prêtres, à la dispersion des familles, enfin à l'ambiance, la « terrible ambiance » de l’esprit américain?. Suivant les autres, l’origine du mal serait, au contraire, dans les hésitations de l'Eglise, à devenir franchement, comme l’écrivait le P. Hecker, « une religion dont les limites se confondent avec celles de notre territoire et dont l'esprit s'harmonise avec celui de nos institutions libres*. » — J’estime qu'il y a du vrai dans les deux explications.

Où est le remède? C’est ici que s’accentue l’antagonisme des deux écoles. Suivant les américanistes, il faudrait accepter les conditions de la liberté et conquérir l'opinion par le dévouement aux œuvres sociales. Aux yeux des autres, « les Allemands et les Jésuites, » comme les qualifie Mgr Ireland, il faudrait, au contraire, retarder par tous les moyens possibles l'assimilation américaine des nouveaux débarqués; développer dans l'Eglise les exercices de piété; multiplier les couvents; accentuer la discipline; surtout imposer aux familles la fréquentation de l'école cléricale; au besoin, constituer, sur le terrain politique, un parti confessionnel dirigé par l'épiscopat, lui-même étroitement soumis à J'autorité romaine.

Quel parti finira par l'emporter? Ce n'est pas seulement l’avenir de l'Eglise catholique aux Etats-Unis qui se trouve en jeu, mais encore — ce qui est plus grave à notre point de vue — ce

1. Cette évaluation serait trop élevée de 2 millions 1/2, d’après la statistique reproduite plus haut; cependant le chiffre de 10 millions me parait plus vraisemblable.

2, M. Tardivel qualifie cette ambiance de « malaria morale, » Situation religieuse aux Elats-Unis, p. 268.

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