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Parfois confondus dans l'opinion avec les spirites, mais en réalité absolument distincts dans leur doctrine et leur organisation, se trouvent les adhérents de la Société théosophique qui, d'après son principal organe, le Theosophic Messenger, compte aux Etats-Unis 70 cercles ou branches en activité. Son quartier général est dans l'Inde, à Adyar, où réside son président, le colonel Olcoit. « La société, disent ses statuts de 1879, m'a aucun rapport avec la politique, les règles de caste et les observances sociales; elle est non-sectaire (un-sectarian); elle ne réclame de ses membres l'adhésion à aucune formule de croyance. » Elle a cependant plusieurs objets positifs qu’elle énumère de la sorte : « 1° Former un noyau de fraternité umiverselle entre les hommes, sans distinction de croyance, de sexe, de caste ou de couleur ; 2° encourager l'étude comparée des religions, des philosophies et des sciences; 3° investiguer les lois inexpliquées de la nature et les pouvoirs latents dans l'homme. »
En réalité, les théosophes possèdent une doctrine philosophique qui repose sur la loi du Karma et sur l'hypothèse des réincarnations. Ils regardent l’univers comme l'évolution d'un principe mystérieux qui arrive à prendre conscience de lui-même dans l’homme, grâce aux révélations de quelques esprits en possession d'une sagesse supérieure. La vie de chaque individu est une succession d'existences où les conditions sont chaque fois rigoureusement déterminées par les actes posés dans l'existence. antérieure. C'est-à-dire que nous nous trouvons là en présence d'un véritable néo-bouddhisme qui, du reste, ne répudie pas ses origines orientales!,
Il est incontestable qu'ici encore l'influence est plutôt moralisante : « Quand on a réalisé le fondement de la fraternité universelle, dit un tract récemment publié à Chicago; quand chacun à appris qu'en faisant du tort à son frère, il se nuit à luimême; quand le Karma et la réincarnation ont généralisé la
1. Ce néo-bouddhisme n'est pas la seule religion orientale qui ait trouvé des prosélytes en Amérique. D'après un récent article de M. Carus, publié dans l'Open Court, le babisme de là Perse compterait à Chicago plusieurs milliers d'adhérents groupés sous la dénomination des Béhaïstes, d'après le nom de Beha Ullah, le successeur de Bab; qui aurait donné à la secte une doctrine plus cosmopolite tendant à fusionner les trois grandes religions monothéistes : l'islam, le judaïsme et le christianisme, |
conviction que tout acte antifraternel se retourne finalement contre son auteur, dans cette vie ou dans une autre, la tendance à l'égoïsme s'en trouve paralysée et l'âge d’or n’est pas loin, » — Les théosophes, toutefois, comme les méthodistes, s'attachent plus au perfectionnement individuel qu'au progrès social, avec cette différence que les méthodistes agissent surtout par le sentiment, tandis que la théosophie rappelle plutôt l'attitude prise Jadis par les gnostiques sur la frontière du christianisme.
Chrétiens scientifiques.
M. Boney, le distingué organisateur des congrès auxiliaires, à l'exposition de Chicago, disait, en y installant le congrès particulier des Christian Scientists : « Il ne s'est produit, en ces derniers temps, aucune manifestation de la Providence dans les affaires humaines plus évidentes que le succès du groupe connu sous le nom de Chrétiens scientistes, appelés à proclamer la véritable harmonie entre la religion et la science! » Sans partager cet enthousiasme, je dois reconnaître que l’histoire religieuse de la fin du xix° siècle offre peu de phénomènes plus extraordinaires.
En 1866, la veuve d'un colonel américain se figura avoir été guérie d'une maladie grave par le seul jeu de ses facultés mentales. C'était mistress Mary Baker, la « Mère, » comme l'intitulent ses fidèles — le « Guide » (Leader) comme elle préfère s'entendre dénommer, — la « Révélatrice et Fondatrice de la science chrétienne. » Après plusieurs années, passées à approfondir et à développer sa découverte, elle créa, en 1876, avec le concours de six adeptes, la première Christian Scientist association.
Parmi ces six fidèles figurait le docteur Eddy, qu'en 1876 elle épousa en secondes noces, mais qu'elle perdit en 1882. En 1879, ayant porté à 27 le chiffre de ses adhérents, elle avait fondé à Boston une congrégation indépendante, sans credo formel, qu'elle intitula | « Eglise scientiste du Christ, » où elle assuma les