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Bannows. Parliament of Religions, t. II, p

fonctions pastorales. Cette congrégation eut des débuts assez tourmentés; cependant, en 1894, le nombre de ses membres s'élait tellement accru que, l’année suivante, mistress Eddy put s'installer dans un temple de granit qui avait coûté à la générosité des fidèles plus d’un milion de francs!

Déclinant les fonctions de ministre, elle se contenta désormais du titre de « pasteur émérite, » ajoutant que les seuls ministres de son Eglise seraient la Bible, spirituellement interprétée, et son propre traité (parvenu aujourd'hui à son trois cent onzième mille) : Science et Santé avec clef des Ecritures’. En ce moment, la secte, comptait déjà 36 branches locales, avec 214 lieux de culte. En 1904, elle possédait 819 branches et 850 lieux de culte. Le chiffre de ses membres dépasse 80.000 et s'accroît tous les jours. Ils se recrutent dans tous les rangs de la société, mais surtout au sein des classes aisées et, en particulier, parmi les femmes*. Il n’y a plus, aux Etats-Unis, de ville quelque peu importante qui ne possède son temple scientiste, et souvent ce sanctuaire figure parmi les plus beaux édifices religieux de la localité. A Boston même la « Première Eglise » se voit déjà forcée de se construire un nouveau local qui, d’après le projet, doit coûter deux millions de dollars (10 millions de francs). « Désormais, a pu s'écrier mistress Eddy, nous ne sommes plus seulement l'Eglise militante, mais l'Eglise triomphante! »

Mistress Eddy est aujourd'hui une vieille dame de plus de quatre-vingts ans, toujours en possession des facultés intellectuelles et organisatrices qui ont assuré le succès de son œuvre. Sa photographie nous présente une physionomie ouverte, avenante, éveillée, où la douceur du sourire corrige l'énergie du regard. Ses adhérents ne prononcent son nom qu'avec vénération ; ses moindres remarques sont recueillies comme paroles d'évangile. Certains enthousiastes ont voulu la traiter comme une seconde incarnalion du Christ, honneur qu'elle a eu le bon sens de

1. Manx Baken G. Enpy. Science and Health wilh Key lo the Scriplures. Boston. 190%, | vol. in-8 de 700 pages.

2, Le christianisme scientiste déclare sans ambages que la femme est supérieure à l'homme, d'abord parce qu’elle a été créée après lui et qu'elle n'a pas été façonnée avec la poussière de la terre, ensuite parce que la mère du Christ était une femme et que la révélatrice du christianisme scientiste en est une également.

décliner, bien qu'en général elle accepte assez facilement les hommages enthousiastes de ses fidèles.

L'ouvrage qui renferme l'essence de sa doctrine est très diversement apprécié. Elle assure elle-même, sur la foi de nombreux témoignages, que la simple lecture de ce traité a guéri « nombre d’affections chroniques et aiguës, qui avaient défié les soins médicaux. » — Je n'ai été guéri d'aucune affection chronique ou aiguë — peut-être parce que je n'en avais point; — cependant je ne puis pas non plus partager l'avis de ceux qui traitent ce livre de vulgaire logomachie. On y trouve tout au moins le sujet d’une étude intéressante sur les conditions de ce qu'on peut nommer les mind-cures, les guérisons par suggestion psychique. Je me bornerai ici à dire quelques mots de la base doctrinale sur laquelle la fondatrice du christianisme scientiste a assis tout son système.

C'est une sorte d’idéalisme transcendantal qui s'occupe surtout du problème du mal, mais qui l’aborde exclusivement du côté métaphysique. À entendre mistress Eddy, l'unique réalité est l'Esprit absolu dont l'esprit humain est une parcelle et un reflet. Cet esprit suprême auquel on donne le nom de Dieu se confond avec la bonté, la vérité, la vie, la justice, l'amour. Son existence ne peut dès lors se concilier avec la réalité du mal, pas plus qu'avec la réalité de la matière. Le péché et la maladie sont des simples erreurs de l'esprit humain, due à l’action illusionnante des sens. Pour s’en débarrasser, c’est donc sur l'esprit qu'il faut agir, en dissipant ses illusions. Tel est le but essentiel de la religion, qui vise ainsi à devenir une science, — je dirais plus volontiers une gnose, si le scientisme chrétien ne se désintéressait de tous ses antécédents historiques, en dehors de la vague exégèse par laquelle il s'efforce d'interpréter les évangiles.

Les chrétiens scientistes acceptent Jésus comme une incarnation divine. Mais, en insistant surtout sur les guérisons miraculeuses qui lui sont attribuées, ils nient que ce soient là des miracles proprement dits : Jésus n'a fait qu'appliquer les lois générales de la nature spirituelle. Ces lois, il les a enseignées à ses disciples. Malheureusement l'Eglise les a laissées se perdre, et c'est mistress Eddy qui les a retrouvées.

Même la résurrection du Christ n'est qu'un fait naturel; elle

ne diffère de ses autres guérisons qu'en degré et non en nature. Mistress Eddy ne va pas jusqu'à promettre à ses adeptes l’immortalité dans l'existence présente. Cependant elle n'hésite pas à déclarer que sa méthode peut considérablement prolonger la vie : « Depuis 1887, écrivait-elle en 1904, je n'ai constaté que 14 décès dans les rangs de mes 5.000 étudiants. Les recensements officiels, depuis la publication de mon livre, établissent que la longévité s’est accrue'. » On peut se demander si une bonne part de ce résultat n’est pas attribuable aux progrès de la médecine, de l'hygiène et de la sociologie, qui inspirent tant de dédain à mistress Eddy. Cependant je ne prétendrai pas qu'ellemême n’y est pour rien, si, comme elle le dit, ses recrues lui viennent « plutôt des cimetières que des églises, » allusion aux convertis qu'elle a gagnés par leur guérison même.

Il serait trop long de résumer les méthodes curatives des Chrislian scientists, que mistress Eddy, décrit dans son traité. Elles partent de ce principe que toute maladie provient d’une crainte et d'une croyance. Détruisez celles-ci et vous aurez détruit la maladie. Démontrez donc à votre patient qu'il ne peut pas être malade, parce que la maladie n'existe pas et quand il sera suffisamment édifié, enseignez-lui la doctrine scientiste qui achèvera sa guérison. Parmi les catégories d'affections qui ont été ainsi traitées avec succès, à en juger par les certificats reproduits en appendice, je relève particulièrement les suivantes : rhumatisme, névralgie, sciatique, scrofule, herpès, déformation des os, maladie de la moelle épinière, épilepsie, maux de tête, attaques bilieuses, goutte, maladies du cœur, phtisie, myopie, gastrite, anémie, prostration nerveuse, tumeurs, diverses espèces de fièvre, etc.

Pour qui se rend compte de l'influence que la volonté exerce sur l'organisme, particulièrement dans les maladies nerveuses, ces succès du christianisme scientiste n'ont rien d’invraisemblable. C'est, du reste, la contre-partie de ce qui se passe à Lourdes et encore ailleurs. Peut-être plus remarquables, et pourtant plus faciles encore à expliquer, sont les cures morales dont nos scientistes se font gloire. Des personnes dignes de foi, étran-

1. Many Baker G. Enpx. Miscellaneous writings, 1 vol. Boston, 1904, p. 29.

gères à la secte, m'ont cité personnellement des cas où quelques semaines de traitement avaient amené une réforme persistante chez des joueurs, des débauchés, des alcooliques et même des. fumeurs. Faut-il s'étonner si du coup non seulement le malade, conscient de son changement intérieur, mais encore sa famille, ont été gagnés à la religion qui avait réalisé ce miracle par des procédés naturels ?

Je visita, un dimanche matin, le principal temple que les chrétiens scientistes de New-York ont élevé au coin de la 96° rue, en face du Central Park. C'est un bel et spacieux édifice de marbre, construit avec tous les perfectionnements modernes. Au rez-de-chaussée se trouve un grand hall, éclairé par des vitraux qui laissent passer un demi-jour mystérieux et pourvu d'un des ergues les plus harmonieux qu'il m'ait été donné d'entendre. Le service qui s’y célèbre reproduit le type ordinaire des offices protestants avec son alternance d’hymnes, de prières et de lectures, coupée par un sermon'. L'intérêt était plutôt au premier étage, que j'atteignis à l’aide d'un ascenseur. On y trouve les cure-rooms, ou cabinets de guérison, véritables boudoirs qu’ornentf, tous les raflinements de l'élégance féminine.

C'est là que les patients séjournent à tour de rôle, quelquefois pendant plusieurs heures, pour se soumettre à des cures mentales qui n'impliquent aucun procédé d’hypnotisme, mais seulement des conversations, des méditations et des lectures. J’ai vu entrer dans un de ces cabinets un bébé maladif que sa mère portait sur les bras. Dans ce cas, on prétend agir sur l'enfant à travers les parents! C’est la mère qui fait la cure; c’est l’enfant qui en profite.

Contrairement à ce qui se passe d'ordinaire en Amérique pour les sectes fondées par de puissantes individualités, j'incline à croire que même la disparition de la Mère n'entraînera pas la disparition de son Eglise. Le christianisme scientiste a conquis une place à part parmi les communions américaines; 1] est probable qu'il la gardera et il est certain qu'il y rend quelques services. Toutefois, il me paraît se tenir à l'écart de la direction

4. Chaque congrégation a deux lecteurs, un homme et une femme, qui doivent invariablement emprunter leurs textes à la Bible et au traité de mistress Eddy (Church Manual of the First Church of Christian Scientists. Boston, 1904, p. 31).

sociale dans laquelle nous avons vu nettement s'engager les courants religieux des Etats-Unis. Non qu'il se désintéresse des questions sociologiques, mais en prétendant appliquer aux maux de la société la même panacée qu'aux maladies des individus, il se met autant en contradiction avec les enseignements rationnels de la sociologie qu'avec les découvertes de la médecine et de l'hygiène. C’est une erreur, à l’en croire, de chercher la cause principale du malaise économique dahs l'inégalité des conditions, le paupérisme, la concentration des capitaux, l'exagération de la concurrence et le développement excessif de l’invidualisme. « Le vrai remède, dit-il, est dans le sentiment de l'irréalité de la matière, lequel élèvera les hommes au-dessus des appétits matériels, dans la conscience de leur unité substantielle en Dieu, qui les amènera à se regarder comme frères. »

Que de philosophies et même de religions ont déjà tenu ce langage !

Les Réveils.

Tout le monde a entendu parler des revivals qui secouent périodiquement les peuples anglo-saxons. L'Amérique a connu cinq de ces contagions qui exaltent jusqu’au sacrifice les sentiments religieux latents dans la conscience des individus, groupent les multitudes autour de prophètes improvisés, emplissent les églises vides, réforment les mœurs et engendrent des sectes nouvelles. Le premier réveil, qui remonte au milieu du xvine siècle, fut le « retour au Christ » qui, sous l’impulsion de Wesley, se cristallisa dans le méthodisme. Le second, qui marque la fin du même siècle, mit en vedette l'idée de l'omnipotence divine, mais il fut en même temps une réaction contre le formalisme religieux. Le troisième (1830-1840) releva la valeur de l'individu écrasé sous le sombre dogme de la prédestination calviniste; il contribua peut-être indirectement au développement du libéralisme religieux. Le quatrième (1857-1860) fut surtout une campagne contre la mondanité, le goût du luxe et

1. Cf. un article de M. Reuben Pogson. Christian Science and Economic Reform, dans le Christian Science Journal d'août 1904.

l'esprit de lucre. Le cinquième (1880-1887) coïncida avec l’invasion de l'Armée du salut, qui compte aujourd'hui aux Etat-Unis une trentaine de mille membres, y possède des biens-fonds pour plus de 10 millions, avec un budget annuel dont les dépenses dépassent 2 millions de francs. Elle poursuit non seulement la conversion des pécheurs, mais encore leur relèvement par là coopération et le travail. A cet effet elle a fondé un peu partout des crèches, des orphelinats, des asiles, des auberges, des sanatoria, des bureaux de placement, des colonies agricoles: elle fournit même à ses membres leurs denrées et leur charbon au prix de revient.

Un sixième réveil a commencé en 1904 par l'apparition des « évangélistes aggressifs; » il est dirigé surtout contre les « salons, » les débitants de liqueurs, les maisons de jeu et de débauche. A en croire un article de M. L. de Norvins dans /a Revue, il a déjà produit des résultats merveilleux dans plusieurs grands centres industriels et même sur certaines plages populaires.

On remarquera que l’objet de ces réveils s’est de plus en plus élargi dans le sens de la moralité. Un caractère particulier des évangélistes agressifs, c’est qu'au lieu d’agir isolément comme leurs prédécesseurs, ils réclament le concours de toutes les confessions : « C’est, à tout prendre, écrit M. de Norvins, une coopérative religieuse. Ainsi, à Schenectady, il y a dix-neuf Eglises diflérentes : les méthodistes, les baptistes, les congrégationalistes, les presbytériens, les unitaires, les réformés hollandais, les méthodistes africains, les luthériens anglais, les catholiques, ete., et chacune de ces Eglises détache des représentants dans les rangs des « évangélistes aggressifs. »

Leurs procédés, qui impliquent l'assaut spirituel des bars, sont des plus pittoresques; mais cette description me ferait sortir de mon cadre, et je ne puis que renvoyer au curieux article de M. de Norvins ceux qui voudraient approfondir le sujet”.

4. L. ne Nonvins. Le Réveil religieux aux Etats-Unis, dans la Revue (ancienne Revue des Revues) de mai 1905, p. 175.

La Fédération des Eglises.

A côté de ces mouvements sporadiques et forcément transitoires, il y a les institutions permanentes qui représentent la même tendance d’une façon plus systématique et plus durable.

La force centrifuge du protestantisme a multiplié les sectes dans tout le cours du xix° siècle; il semblait que les Eglises sorties de la Réforme fussent condamnées à s’émietter dans l’individualisme. Mais il s’est produit, durant les dernières décades, un mouvement en sens contraire, qui a amené les variétés de chaque confession à se fédérer ou du moins à se rapprocher dans de véritables assises œcuméniques qui se tiennent de plus en plus à intervalles réguliers. Telles ont été les conférences pananglicanes, pan-méthodistes, pan-presbytériennes'. Depuis quelques années, de confessionnel ce mouvement tend à devenir interconfessionnel, créant ainsi des organismes d’un type nouveau.

La plus ancienne de ces institutions est l’Alliance évangélique ouverte à tous ceux qui admettent la divinité de Christ. Elle fut organisée en 1846, à Londres, « pour manifester et fortifier l'unité chrétienne, favoriser la liberté et l'entente religieuses dans les œuvres chrétiennes. » On l’a vue intervenir tour à tour pour la défense des catholiques scandinaves, des juifs russes et des nestoriens perses, aussi bien qu'en faveur des protestants persécutés par certains gouvernements catholiques. Dans ses assises périodiques, les questions de coopérations sociale entre les sectes ont pris une part de plus en plus importante, comme on peut s’en assurer par le programme discuté dans sa réunion de Chicago en 1893, où l'on s'est efforcé de montrer « comment les vastes ressources des diverses confessions peuvent être appliquées à résoudre les grands problèmes de la civilisation moderne*. »

La Young Men's Christian Associalion est une autre institu-

1. Des tentatives s'ébauchent actuellement pour réunir les méthodistes et les baptistes, qui formeraient ensemble l'Eglise la plus nombreuse des Etats-Unis. 2. Barrows. Parliament of Religions, t. IT, p. 1#4. |

tion générale dont le nom indique suffisamment l’objet. Ce sont des véritables clubs de tempérance qui s’ouvrent aussi bien aux libres-penseurs qu'aux orthodoxes de toutes les confessions: mais, pour exercer les droits de membre actif, il faut faire profession de christianisme.

Parmi les organisations essentiellement américaines de création récente figure en première ligne la Fédération des Eglises, c'est-à-dire les groupements locaux d’Eglises, appartenant à toutes les dénominations chrétiennes, sous la direction générale d’un conseil fédératif national, la National Federation of Churches and Christian Workers. Dans chaque localité importante, les diverses Eglises sont invitées à constituer un comité auquel elles délèguent le soin de diriger leurs œuvres ou leurs entreprises parallèles, en vue à la fois d’attester l'unité de la religion et d'éviter les gaspillages de ressources. « La Fédération des Eglises, dit le président de la Fédération nationale, M. Alfred Tyler Perry, repose fondamentalement sur le grand fait que tous les chrétiens sont unis en Christ. On peut contester cette unité, on ne peut pas la détruire. Il est de plus en plus reconnu que les chrétiens, malgré leurs différences, attachent plus d'importance à ce qui les unit qu'à ce qui les divise... Parallèlement à ce sentiment d'unité grandissant, les Eglises ont pris conscience de la nécessité de leur coopération, si elles veulent conquérir le monde... Un des principaux avantages de la Fédération, c’est qu'elle reste indépendante de toute complication confessionnelle..…. L'Eglise qui entre dans la Fédération ne renonce à aucune de ses affiliations ou de ses obligations confessionnelles ; elle. entreprend simplement, avec le concours d'Eglises voisines, de poursuivre plus efficacement l’œuvre du Christ... L'objet de la Fédération est double : sa tâche principale est l’évangélisation. A chaque Eglise est assigné un certain territoire; elle doit s’y assurer si tous les habitants appartiennent à une Eglise et, dans la négative, engager les indifférents à entrer dans une Eglise de leur choix. Son second objet se rattache à la réforme sociale. La bonne cause, dans toutes nos cités, réclame la constitution d'un organe qui exprime le sentiment unanime de la commu nauté chrétienne dans toutes les questions d'importance morale. »

Il faut reconnaître que cette idée d'amener les diverses confes-

sions non seulement à s'entr'aider, mais encore à faire de la propagande les unes pour les autres, ne manque pas d'originalité. Cependant, il paraît que l'œuvre a parfaitement pris pied dans toutes les localités où elle a été sérieusement tentée.

Voici, d’après le comité local de Hartford, les principaux avantages de cette organisation :

« 1° Elle est un moyen de dégager l'unité essentielle qui se constate sous toutes les distinctions confessionnelles ;

2° Elle est permanente et non transitoire. Le terrain conquis une année peut être conservé l’année suivante et servir de base à une nouvelle marche en avant ;

3° Elle réunit toutes les Eglises dans un effort commun. Leurs activités, combinées, peuvent s’aider et s’assister les unes les autres ;

4° Elle n'intervient pas dans les questions confessionnelles, mais reconnait simplement la responsabilité commune des Eglises locales dans l’accomplissement des devoirs chrétiens ;

5° Ce n'est pas un organisme ecclésiastique. Elle n’exerce aucun contrôle sur les Eglises ;

6° Elle ne peut pas entraîner les Eglises à des dépenses exagérées. Elle n'entreprend que les œuvres approuvées par les délégués et, avant de tenter une nouvelle entreprise, elle doit d’abord se procurer les fonds nécessaires. »

La Fédération nationale publie un bulletin périodique, la Federation Chronicle.

La Fraternité du Royaume.

Plus large, bien qu'opérant dans les limites du christianisme positif, se présente l’organisation connue sous le nom de Brotherhood of the Kingdom. Il y a une quinzaine d'années, trois pasteurs baptistes, persuadés que la fondation du royaume de Dieu sur terre constituait la doctrine centrale et la principale originahté de l'enseignement de Jésus, résolurent de créer un ordre « visant à réaliser les principes éthiques et spirituels de Jésus dans leurs aspects individuels et sociaux, sans se lier à aucune confession de foi. » De là sortit en 1893 la Fraternité du royaume

«en vue de raviver l'idée du royaume de Dieu dans la pensée de l'Eglise et d’aider à le réaliser pratiquement sur terre. »

Qu'entendaient par royaume de Dieu les auteurs de cette tentative? Pour eux, cette conception n'avait rien d’apocalyptique, ni même de miraculeux ou de supra-terrestre; ce n'était pas davantage une métaphore pour désigner la régénération intérieure : « Si la régénération commence dans le cœur, elle ne doit pas s'arrêter là, mais se porter au dehors. » En réalité, le royaume de Dieu consiste à réaliser librement par amour la volonté divine, en menant une vie pure et en pratiquant la Justice envers ses semblables, afin de préparer l'avènement d'une cité idéale sur terre.

Les membres souscrivent chacun les engagements suivants :

1° Donner, par leur propre vie, l'exemple de l’obéissance à la morale de Jésus ;

2° Propager les enseignements de Jésus dans la conversation, la correspondance, la chaire, la tribune, la presse.

3° Mettre en lumière les aspirations sociales du christianisme et inculquer au sein des Eglises les enseignements du Christ relatifs à l'emploi des richesses ;

4° Se tenir en contact avec les classes populaires et infuser l'esprit religieux dans les tentatives de réforme sociale ;

5° Etendre l’action de la fraternité par des meetings, des conférences, des articles ;

6° Faire des rapports périodiques sur les résultats de leur activité individuelle ;

1° Se procurer les uns aux autres les moyens d'exercer leur propagande.

« Ce programme, écrit le secrétaire de la Fraternité, le Rév. Leighton Williams!, » nous conduit à développer l'aspect éthique plutôt que théologique des questions et à insister plutôt sur la correction des sentiments et des volontés que sur l'uniformité des opinions. Nous ne nous enquérons même pas autant si un homme assume une position unitaire ou trinitaire par rapport % la personne de Jésus que s'il accepte Jésus comme son maître et s'il s'efforce réellement de vivre selon la règle de Jésus. Bien plus,

1. The Brotherhood of the Kingdom and its work. Leaflet, n° 10, p. 7.

ce point de vue nous a naturellement amenés, non seulement à prendre un intérêt chaleureux dans toutes les tentatives d'union chrétienne et particulièrement d'union entre les Eglises, pour autant que ce soit praticable, mais encore à assumer une attitude sympathique envers tout mouvement dans la voie de l'unité éthique et spirituelle parmi les hommes. »

On peut dire que les Frères du royaume sont les Paulistes du protestantisme, avec la vie conventuelle en moins et l'esprit de liberté en plus.

La Conférence religieuse de l'Etat de New-York.

La Fédération des Eglises a un caractère exclusivement chrétien et même orthodoxe ou du moins trinitaire, puisqu'elle exclut les trinitaires aussi bien que les juifs et les autres religions étrangères. Bien autrement large est la Conférence religieuse de l'Etat de New-York (New York State Conference of religion) qui s’est constituée dans le même but en 1899, mais qui repousse les barrières confessionnelles pour embrasser dans une même organisation tous les groupes religieux, Jusques et y compris les sociétés de culture éthique. Sa devise est : « Les Religions sont nombreuses, mais la Religion est une. » On lit dans son programme : « Constatant de graves symptômes de détérioration : dans la société américaine, cette Conférence affirme la suprématie des intérêts moraux dans la religion — l'obligation pour tous les esprits religieux de s’associer religieusement en vue de ces intérêts; — l'unité de l'esprit religieux dont doivent s'inspirer dans cette coopération les adhérents des diverses confessions. En conséquence elle”vise à concentrer toutes les forces religieuses de la population pour les progrès de la morale et de la justice sociale. » La Conférence a fait un pas de plus, en publiant, sous le nom de Book of Common Worship, un manuel d’hymnes et de textes, voire toute une liturgie qui peut être utilisée dans n’importe quelle assemblée mixte d'esprits religieux. ,

Pour faire ressortir la largeur d'idées qui préside à toute cette conception, je ne puis mieux faire que de citer ce passage de la belle et profonde allocution qu'un ministre épiscopal, le Rév.

Heber Newton, l'ancien chapelain de Stanford University, prononça en 1903 devant l'assemblée générale de la Conférence tenue à Ithaca : « Toutes les religions de la chrétienté ne sont que des variétés de la même religion chrétienne. Ceci s'applique également au christianisme et aux autres religions. La vraie religion est une, elle se révèle partout où l’âme humaine, s’efforçant de découvrir son origine cosmique, d'obéir à sa loi cosmique, d'atteindre sa fin cosmique, regarde vers Dieu avec espoir et confiance, vers l’homme avec amour. Lesinstitutions ecclésiastiques, les rites, les croyances, la vie religieuse, qui sont communs à toutes les variétés du christianisme, le sont aussi aux différentes religions de l’humanité. A travers toutes les divergences produites par la variabilité des traditions et des milieux apparaît une seule religion : la vie divine dans le cœur de l’homme. En présence de cette dernière révélation — due pour la plus grande partie à ces anges suspects qui se nomment la science, la religion comparée et la critique supérieure (Æigher Criticism), — nous voyons clairement la folie et la perversité de maintenir les Eglises à l'écart les unes des autres dans leur prétention au monopole de la vérité et de la vie, cet héritage commun des enfants de Dieu, au lieu de les considérer comme des groupements d'affinités spirituelles, prêts aux échanges et aux coopérations exigées par leurs intérêts récipoques!. »

La Conférence religieuse de New-York a peut-être devant elle un plus grand avenir que la Fédération des Eglises ; mais la largeur même de son attitude lui crée des obstacles que sa concurrente ne rencontre pas sur sa route. M. Félix Adler m'a dit avoir plus d’une fois, en sa qualité d'agent local de la Conférence, consciencieusement envoyé des mécréants irlandais à l'Eglise catholique. Je doute que celle-ci lui rende jamais la pareille, si véritablement religieuse que soit l'atmosphère où se meut le mouvement de la culture éthique.

Le progrès est considérable, quand les individus et les Eglises s avisent de regarder le devoir religieux comme comportant en premier ordre le service de l'humanité. La conséquence de ce

1. Addresses before the New York State Conference of Religion. June, 1904, pp. 1-19.

point de vue, c'est, non pas forcément que les conceptions théologiques perdent leur valeur, mais que leurs divergences ne sont point un obstacle à la mission essentielle de la religion. Le lien religieux se relâche ainsi sur le terrain du dogme, au grand profit de la liberté intellectuelle, et il se reforme sur le terrain des œuvres, au grand profit de la solidarité sociale. Si la religion, malgré sa crise actuelle, doit rester un facteur de la culture morale et continuer son concours au perfectionnement de l’humanité, c’est vers ce type qu'elle est destinée à évoluer. Or, nulle part il ne semble mieux en voie de se réaliser qu'aux Etat-Unis, et les institutions que je viens de décrire représentent les premières tentatives pour lui en fournir les moyens.

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