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LA NOTION DU DIVIN ET LA MÉTHODE DE L'ÉVOLUTION

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie un volume récemment publié par M. Marcel Hébert dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, sous le titre de Le Divin, expériences el hypothèses, études psychologiques, 1 vol. gr. in-8° de 316 pages, Paris, Alcan, 1907). Le résumé ni l'analyse n'en sont aisés, parce que la plus grande partie de l'ouvrage est consacrée à discuter les opinions courantes sur le même sujet, et c'est de ces critiques qu il faut extraire les thèses personnelles à l'auteur ainsi que la filière de ses raisonnements. Mais le lecteur qui ne se laisse pas rebuter par cette difficulté en est récompensé par l'originalité et la largeur des vues qu'il rencontre.

M. Hébert reprend et développe sa conclusion antérieure, que le point important, dans le sentiment religieux, c'est la croyance à la réalité du divin et non à la personnalité de Dieu. Etudiant tour à tourles manifestations du sentiment religieux au point de vue émotf, intellectuel et actif, il s'attache à établir : 1° que le mysticisme dépasse les limitations de la personnalité dans l'aspiration vers quelque chose de parfait à aimer et à imiter; 2° que l'expérience intérieure valide la croyance à la réalité du Divin, mais non d'un Dieu personnel, « cette dernière idole anthropomorphique; » 3° que la religion ne peut résoudre le problème du mal, aussi longtemps qu’elle ne substitue pas, dans sa conception de l’activité divine, l’idée de finalité à celle de création.

Ici se présente la question : qu'est-ce le Divin ? Il semble bien

1. Bull. de l'Acad. roy. de Belgique (Classe des lettres, elc.), n° #, pp. 95-102,

que l’auteur entende par là la catégorie de la Perfection ou de l’Idéal, regardée comme correspondant à une réalité objective qui exerce sur l'esprit humain une sorte d'attraction et dont seule l'existence justifie nos jugements de valeur morale. La serence positive, ajoute-{-il, est souveraine dans le domaine des perceptions extérieures ; elle peut même nous donner l’idée du mieux, mais elle est impuissante à nous fournir l’idée du parfait; il y a entre ces deux notions la même différence que, dans un autre ordre d'idées, entre l'étendue et l'espace. De même, la morale ou, si l'on préfère, la sociologie, peut nous procurer les préceptes d'une éthique basée sur l'observation ; elle ne sera jamais qu'une science descriptive des mœurs, sans le sentiment de l'obligation, que seule la religion peut nous fournir.

L'auteur, qui est passé maître en dialectique, met à la fois de la profondeur et de la finesse dans son analyse des causes qui font, suivant les individus et les époques, tantôt admettre et tantôt rejeter la doctrine de la personnalité divine. En réalité, pour qu'il y ait activité religieuse, il suflit, écrit-1l, à la suite du psychologue américain William James, que la partie la plus élevée de notre nature se sente en rapport intime avec un élément supérieur d’où lui vienne un accroissement de vie. Cet élément est le prolongement inconscient ou subconscient de notre vie consciente. Nous ne prenons conscience que d'une portion restreinte de notre vie psychique, mais cette « prise de conscience » peut s'enrichir sans cesse, La notion du Divin résiderait donc dans l'inconscient, et leconscient pourrait alors en être regardé comme l'organe.

Si disposé que je sois à sympathiser avec les conclusions générales de l’auteur, j'aurais cependant à formuler une critique assez sérieuse. Pourquoi, évolutionniste lui-même dans toute la force du terme, cherche-t-1l querelle à la méthode de l’évolutionnisme? Il lui reproche notamment de négliger, dans l'explication des phénomènes psychiques, le rôle de la spontanéité humaine. « Lorsque, écrit-il, on a mis l'étiquette évolution sur un ensemble de phénomènes religieux, on a constaté, décrit, classifié, situé historiquement ; on n'a pas vraiment expliqué. Les éléments de survivance, qu'implique l’évolution ou le milieu, ne sont, en effet, que des conditions, non la cause. » Cette cause, il réserve exclusivement à la psychologie le droit de la rechercher à l’aide de

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