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LA NOTION DU DIVIN

méthodes spéciales, fondées sur l'autonomie de la pensée : « Psychologie, s’écrie-t-il, les lois de l'habitude et de la mémoire qu'impliquent les survivances ; psychologie, l'intention créatrice qui intervient dans toute évolution ; psychologie, ces notions de mieux ou de parfait, ce jugement de valeur que, diversement symbolisés, l'analyse décèle dans les croyances religieuses... Aux observations historiques, ethnographiques, physiologiques, doit donc se joindre l'observation psychologique. »

Qui donc le conteste, s’il s’agit, bien entendu, d'une psychologie basée sur l'observation à la fois interne et externe? Les interprètes les plus autorisés de l'évolutionnisme n'ont jamais cessé de soutenir que, simple généralisation scientifique relative à l'ordre des phénomènes dans le temps, la théorie de l'évolution peut se concilier avec toutes les hypothèses philosophiques sur l'origine et le fonctionnement de l'univers, à l'exception des systèmes qui admettent soit un développement du monde dans le sens d’une imperfection croissante, soit une série de créations brusques et arbitraires'. Aussi Darwin n'hésite pas à déclarer qu'il considère la théorie de l’évolution comme parfaitement compatible avec la croyance en Dieu; seulement, ment d'a-propos, — « on doit se souvenir que chacun possède une définition différente de ce qu'il entend par Dieu. » — Je n hésite pas à affirmer, d’après ma propre expérience, que plus d'un esprit, devenu indifférent aux anciennes croyances, à dû aux Premiers Principes d'Herbert Spencer la fin de ses doutes relatifs à l'existence de Dieu, au but de la vie et à l'ordre du monde. Or, le Dieu dont la conception s'accorde avec la théorie de l'évolution, c’est une Energie infinie, à la fois cause permanente et but final de l'univers, c'est-à-dire précisément une Activité ordonnatrice, comme celle que M. Hébert nous présente sous la dénomination du Divin.

Il n'est pas sans opportunité de rappeler à ce propos les déclarations d'Herbert Spencer lui-même : l'absolu, dans son raisonnement, c'est ce qui demeure, après que, par la pensée, on a supprimé toutes les limitations du temps et de l’espace. « Bien

ajoute-t-il avec infini-

1. Voir, dans l’Encyclopædia brilannica, l'article Evolution par James Sully et Huxley.

que l'Absolu, écrit-il dans les Premiers Principes, ne puisse être connu en aucune façon ni à aucun degré, dans le sens strict du mot connaître, nous voyons que son existence positive est une donnée nécessaire de la conscience; que, tant que la conscience dure, nous ne pouvons nous débarrasser un seul instant de cette donnée et qu'ainsi la croyance qui en résulte possède une certitude supérieure à toute autre. » À cet Inconnaissable (que j'appellerai plus volontiers l'Indéfinissable), il attribue non seulement la réalité, mais encore l'unité, l'immanence, la persistance sans limites ; il lui donne pour modes d'action les lois de la nature; il y place la source « infinie et éternelle » de l'Energie, ce pouvoir mystérieux et protéiforme qui joue dans l’évolutionnisme le rôle du Démiurge; enfin, s'il lui refuse la personnalité, il le fait en des termes que ne désavouera pas M. Hébert : « C'est une erreur de prétendre que l'alternative soit entre une personnalité et quelque chose de moins qu'une personnalité, alors que le choix est entre la personnalité et quelque chose de supérieur. Il est vrai que nous sommes lotalement incapables de concevoir un pareil mode d'existence, Mais ce n'est pas une raison de le révoquer en doute; c'est plutôt le contraire'. »

Dire que le rythme de l’évolution tend à mettre plus d'ordre dans la nature et dans la société, c'est évidemment assigner une fin à la réalité mystérieusedont ce rythme est la manifestation, et ainsi la finalité retrouve sa place parmi les motifs qui agissent sur la conduite : l'homme se sent incité à seconder l’œuvre divine du progrès universel. — « Les points de vue téléologique et mécanique de la nature, constate Huxley (j'emprunte cette citation à M. Hébert lui-même, ne s'excluent pas mutuellement d'une façon nécessaire, Au contraire, plus celui qui fait des hypothèses est un mécanicien pur... et plus il sera complètement à la merci du téléologiste. »

Là n'est donc pas la vraie difficulté. Celle-ci réside — et M. Hébert l'a senti — dans la conciliation de la finalité avec la liberté. Au fond, ce que l’auteur critique principalement dans l'évolutionnisme, c'est son caractère téléologique. Il lui reproche, en effet, de présenter comme l’ordre nécessaire du développement

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