‹ Hiérosophie problèmes du temps présentChapitre 45 sur 66 · III. — évozurion · texte numérisé non relu

III. — évozurion

À. — Dans les limites du catholicisme.

La croyance à la pérennité de l'Eglise appartient à l'essence même du catholicisme. Mais, depuis quelque temps, on a vu grandir, parmi les laïcs, comme du reste, dans une fraction du clergé, la croyance à la possibilité et même à la nécessité d'une évolution catholique dans le domaine intellectuel et social.

M. Marcel Rifaux a récemment adressé à un certain nombre de ses coreligionnaires un questionnaire renfermant les demandes suivantes relatives à la crise actuelle de l'Eglise : « Cette crise intellectuelle est-elle simplement une crise de laborieuse adaptation ou bien est-elle une crise d’épuisement? Dans la première hypothèse, quels sont les moyens à mettre en œuvre pour dénouer cette crise et précipiter le retour au catholicisme ? Dans la seconde hypothèse, que garderons-nous du catholicisme et par quel équivalent pourrons-nous jamais le remplacer? » Les réponses, publiées par M. Rifaux dans un gros volume intitulé : Les conditions du retour au catholicisme, ont suscité des cris d’indignation chez les organes qui se sont donné pour mission de combattre les nouveautés au sein de l'Eglise. Toutefois, cette opposition n'a pas empêché M. Rifaux d'affirmer à nouveau ses convictions dans l'enquête du Mercure :

Des catholiques authentiques sont intimement convaincus qu'ils restent fidèles à l'esprit de l'Eglise en travaillant à alléger l'arbre divin de toutes les végétations parasitaires qui entravent sa croissance. Anthropomorphisme grossier, scholastique archaïque et périmée, légendes parfois ridicules, dévotions puériles, textes inauthentiques, reliques fausses, mercantilisme éhonté de certains sanctuaires, idolàtrie des hommes, respect fétichiste des décorations et des pourpres, abus des titres et des distinctions, esprit non d'autorité mais d’autoritarisme, tels sont en raccourci les points sur lesquels les catholiques progressistes font porter leurs revendications.

Appoint important, un évêque français, Mgr Lacroix, n'hésite pas à écrire dans le Mercure :

Je partage presque toutes les conclusions du D' Rifaux.

Le même sentiment s'affirme courageusement dans les réponses d'un groupe d'écrivains distingués, laïcs ou ecclésiastiques, qui collaborent presque tous aux Annales de philosophie chrétienne de M. l'abbé L. Laberthonnière : M. Georges Fonsegrive : « Tout ce qui paraît hostile à la religion y ramène; » M. l'abbé Klein : « Il importe de noter que la paix ne se cherche plus dans le concordisme, mais dans la démarcation des domaines: » M. Albert Leclère, professeur à l'Université de Berne : « L'avenir religieux du monde paraît être celui-ci : en face d’une science et d’une philosophie également indépendantes, un catholicisme de plus en plus d’accord avec le siècle; » M. Maurice Blondel, professeur à l'université d'Aix : « La crise actuelle est une purification du sens religieux et une intégration de la foi catholique; » M. l'abbé Brémond, lequel constate ce fait suggestif que nous assistons à une rénovation du sentiment religieux, mais que ceci ne s'applique pas à la foule : « Celle-ci, loin de revenir au sentiment religieux me semble s'en déprendre chaque jour davantage ; » M. Antonio Fogazzaro, qui n'hésite pas à conclure, comme on pouvait S'y attendre de la part de l’auteur d’Z! Santo :

Nous allons vers une conception religieuse où le dogme tiendra une très grande place, mais où les relations entre l'intelligence humaine et le dogme seront des relations de foi vivante, dépassant les formules, plongeant dans le mystère, y puisant l’amour, la force, la vie, à traduire en action.

Le R. P. Tyrrel, dont on se rappelle les démélés avec les autorités ecclésiastiques du catholicisme anglais, croit que : « Nonobstant la dissolution de plusieurs institutions religieuses, exigée précisément par la croissance d’un sentiment plus religieux et plus profond, » nous marchons à un réveil de l'idée religieuse.

M. Marc Sangnier, le directeur du Sillon :

La nouvelle génération catholique et, en particulier, le jeune clergé, s’orientent vers la démocratie.

L'abbé Romolo Murri estime que la gravité, la généralité et la violence même du « déséquilibre énorme entre la pensée religieuse des différentes collectivités chrétiennes et la culture scien-

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