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De Givit. Dei, B, 1v, c

attribuait l’absurdité et la grossièreté des mythes à leur caractère de survivance, datant d'une époque où les ancêtres des Grecs vivaient encore en pleine sauvagerie.

L'opinion qui prévalut de plus en plus, c'est que toutes les manifestations religieuses, étrangères à la révélation, étaient des caricatures de la vraie foi, dues à la perversité de l’homme ou aux pièges du diable, et cette condamnation sommaire prédomina pendant près de dix siècles, en dépit de quelques tentatives infructueuses comme celle de Roger Bacon, au xni siècle, pour établir une classification moins arbitraire parmi les croyances des infidèles.

Tandis que l'Europe s’oubliait dans le sommeil du moyen âge, la philosophie et la critique se réfugiaient chez les Arabes sous l'influence des ouvrages d’Aristote trouvés par l’Islam dans les bibliothèques de l'Egypte et de la Syrie. Ernest Renan a tracé un brillant tableau de ce mouvement intellectuel entre le x° et le x1r° siècle, particulièrement chez les Maures d'Espagne. Là enseignait Averroès qui préconisait l'accord de la religion et dela philosophie, en réduisant dans de fortes proportions la part du surnaturel. L'averroïsme ne tarda pas à envahir le monde chrétien où il prit pied jusque dans l’Université de Paris, en Sicile et à la cour de l’empereur Frédéric II. C'est de ce dernier milieu que sortit, d'après la tradition, le célèbre traité De tribus impostoribus. Cet ouvrage, aujourd'hui perdu et historiquement insoutenable mais d’une hardiesse inouie pour l’époque, représentait Moïse, Mahomet et Jésus, comme trois imposteurs qui avaient également trompé le genre humain.

L’averroïsme finit par disparaitre officiellement sous l'effort de l’orthodoxie musulmane et catholique. Mais le libre examen était rentré dans le sang de l’Europe et bientôt sonna l'heure de la Renaissance.

La Renaissance fut une véritable revanche de l’esprit classique sur l’ascétisme chrétien, tout autant que sur la rudesse féodale, et, à ce point de vue, la Réformation se présente plutôt comme une réaction chrétienne entreprise au nom de la Bible que comme une révolte du libre examen. Celui-ci néanmoins était entré dans la place par la substitution de la conscience individuelle à l'autorité de l'Eglise. Si, en eftet, c’est au fidèle qu'appartient le droit

d'interpréter la parole divine, il doit bien s’entourer de toutes les lumières que peuvent fournir la science et la raison. D'où la nécessité d’une exégèse sérieuse et impartiale que rien n’interdisait d'appliquer également à l'étude des autres religions.

Cependant le monde lettré ne possédait guère plus de renseignements que n'en avait compté l'antiquité concernant les cultes étrangers, et cette pauvreté de documentation se prolongea jusque dans la seconde moitié du xvui® siècle. Si on en désire la preuve, on n’a qu'à mettre en regard des récents manuels d'histoire des religions, publiés par C.-P. Tiele ou Chantepie de la Saussaye, les six gros volumes in-folio édités en 1741 par Banier et Picart sous le titre de : Histoire générale des cérémonies, mœurs et coutumes religieuses de tous les peuples du monde. Dans cette compilation, tout serait à refaire, hormis la description de quelques cérémonies chrétiennes et juives.

Pour retracer d’une façon complète l’histoire des découvertes philologiques et archéologiques qui nous ont dévoilé en un siècle la pensée religieuse de presque tous les peuples antiques, 1l faudrait un volume dont le contenu se confondrait en majeure partie avec l’histoire de l'orientalisme. Le premier en date des grands explorateurs en ce domaine fut un élève de l'Ecole des langues orientales de Paris, Anquetil Duperron qui s'engagea en 4754, comme simple soldat, dans les troupes de l'East India Company, en vue de gagner l'Inde et de s'y initier aux langues du pays. Huit ans plus tard, il reparaissait à Paris, chargé de manuscrits précieux, après avoir appris tout au moins la langue des Parsis et obtenu communication de leurs livres sacrés, si bien qu'en 1772, il put publier une traduction française du Zend Avesta. La découverte était si importante qu'on commença par en contester l'authenticité. Il fallut, pour lever les derniers doutes, que Grotefend eut commencé le déchiffrement des inscriptions persépolitaines gravées dans un zend voisin de la langue de l'Avesta, et qu' Eugène Burnouf eût complété les interprétations

d’Anquetil à l’aide d'une traduction sanscrite du Yaçna, due aux Parsis du xvit siècle.

Après la Perse ce fut le tour de l’Inde. La langue sacrée des brahmanes était lettre morte pour l’Europe, lorsque, dans le dernier quart du xvin* siècle, des savants anglais publièrent les premiers textes des Védas. Dès 1784, Willam Jones avait suggéré une communauté d’origine entre les divinités grecques et hindoues. Mais ce furent les Allemands Schlegel (1808) et Bopp (1816) qui arrivèrent à établir, par l'étude philologique des Védas, la parenté originaire sur le terrain religieux, aussi bien que linguistique, des différentes branches de la race indo-européenne. Il serait impossible de citer dans ce résumé les nombreux savants qui ont marché sur leurs traces en s’attaquant aux diverses périodes d'une littérature échelonnée sur près de trois mille ans.

Cependant les cultes védique et brahmanique ne sont pas les seuls systèmes religieux qu’ait engendrés l’Hindoustan. Jusqu'au xix° siècle on ne se douta pas que le bouddhisme était originaire de l'Inde, le seul pays d’Asie où on ne le trouvait point. Un sinologue célèbre, Abel de Rémusat, étant tombé sur des relations de voyage dans l'Inde, écrites par des pèlerins chinois du v° au vu siècle de notre ère, constata que, à cette époque, le bouddhisme régnait encore dans les bassins du Gange et de l'Indus. D'autre part un résident anglais près de la cour du Népaul, B.-H. Hodgson, y découvrit en 1828 les versions sanscrites des ouvrages qui exposaient en chinois la légende et la doctrine du Bouddha. En même temps que par le nord, l'étude du bouddhisme était attaquée par le sud, dans l'île de Ceylan, et bientôt les Ecritures du bouddhisme méridional, collationnées par Turnour en 1837, permirent à Eugène Burnouf de publier en 1844 sa magistrale Introduction à l’histoire du Bouddhisme indien qui fit époque dans la science. Burnouf a en quelque sorte tracé le cadre des études bouddhiques qui depuis lors se sont poursuivies sans Interruption tant à l’aide du sanscrit que d'une autre langue morte, le päli, tandis que les sinologues continuaient à explorer les diverses sources chinoises et thibétaines. Il faut ajouter que ces travaux philologiques ont été secondés et contrôlés par les découvertes de l'archéologie sur le sol de l'Inde et des régions avoisinantes, à

Ceylan, dans l'Insulinde, au Cambodge et jusqu'au Turkestan. III, — 23

Dirigeons-nous maintenant sur le bassin du Nil.

Les principaux monuments de l'Egypte étaient plus ou moins connus de nos érudits depuis la Renaissance; mais l'écriture égyptienne restait indéchiffrable, lorsque, en 1825, Champollion, opérant sur l'inscription bilingue déterrée par l’expédition de Bonaparte sous les murs de Damiette, trouva la clef des hiéroglyphes qui allait nous initier à tous les secrets de l'empire des vieux Pharaons. Grâce aux fouilles qui n’ont pas cessé sous l’habile direction de Mariette Pacha, Brugsch, Maspero, Flinders Petrie, de Morgan, etc., on est arrivé à reconstituer l'histoire religieuse aussi bien que politique de la civilisation égyptienne, en remontant jusqu’au fabuleux Ménês et même au delà, en plein âge préhistorique.

Restait la Mésopotamie, probablement le foyer de la plus ancienne civilisation connue. On y avait recueilli depuis longtemps des cachets et des tablettes gravés de caractères cunéiformes, mais on discutait encore s’il y avait là un système d’écriture, une reproduction de signes magiques ou une simple fantaisie d'ornemaniste. Ce fut seulement en 1835, que grâce, ici encore, à une inscription bilingue, gravée sur un rocher du Behistan,

on put déchiffrer ces textes mis au service d’une langue qu'on

reconnut appartenir au groupe sémitique. En même temps les fouilles commencées par Botta éventraient les monticules de débris qui cachaient les villes mortes de la Mésopotamie. En 1848, l'Anglais Layard fut assez heureux pour mettre ainsi la main sur les débris de la bibliothèque du roi Assourbanipal. Ces ouvrages, reconstitués et déchiffrés par les assyriologues européens, conduisirent d’abord à reculer prodigieusement les commencements de la religion assyrienne et à les placer plus au sud, en pleine Chaldée; ensuite à en dégager des éléments dus à un peuple non sémitique, peut-être touranien, cette race encore mystérieuse qui habitait le pays d’Accad et de Soumir aux origines de l’histoire.

Parallèlement à ces conquêtes dans les bassins du Tigre et de l'Euphrate, l’épigraphie a relevé les croyances propres aux autres branches de la race sémitique parmi les Arabes, les Phéniciens, les Cananéens, à l’époque où les Israélites professaient encore un culte analogue à celui de leurs voisins et de leurs rivaux. — Deux nouvelles civilisations ont même été exhumées par l’ar-

chéologie dans cette région du monde : l’une, l'empire oublié, fondé par les Hettéens, qui domina plusieurs siècles en Asie Mineure; l’autre, le royaume légendaire du roi Minos, dans l'ile de Crête, ce point de rencontre entre les influences de l'Asie, de l'Egypte et de la Grèce, qui semble avoir exercé une action notable sur les commencements de l’art et de la religion grecque aux temps préhomériques. |

Même en ce qui concerne le domaine de l'hellénisme, nous devons constater que jusqu'au second quart du xix° siècle, l'étude du paganisme classique resta viciée par la prétention à peu près générale de découvrir, dans toute la mythologie, soit des récits historiques, soit des allégories ou des symboles. Ce fut Ottfried Muller qui, vers 1825, se fit le rénovateur de cette étude, en enseignant que, pour trouver l’origine et la signification des mythes, 1l fallait s'adresser aux circonstances de temps et de milieu dans lesquelles ils s'étaient formés. La tâche fructueuse de ses successeurs a consisté surtout à faire la part des lieux et des époques dans les manifestations religieuses décrites par les auteurs anciens, — à séparer des éléments nés sur le sol de la Grèce ou communs à toutes les sociétés primitives, l'héritage des croyances indo-européennes et l'apport des influences orientales, — enfin à étudier parallèlement l’évolution des rites, des sacerdoces, des institutions, des croyances et des sentiments religieux. Ils ont eu, pour s’aider dans cette tâche, les découvertes incessantes de l’épigraphie et de l'archéologie, qui, dans aucun domaine, n'ont été plus abondantes ni plus fructueuses.

La mythologie latine était restée longtemps confondue avec la mythologie grecque; la première fournissait le nom des divinités et la seconde leur histoire. C’est Hartung qui, en 1836, commença à étudier séparément les cultes de la Grèce et de l'Italie.

Ici encore, la reconstitution des monuments et la lecture des inscriptions ont éclairé d’un jour tout nouveau Îles renseignements plus ou moins maigres que quelques auteurs tels que Varron nous avaient laissés sur les cultes et les sacerdoces de la République romaine. Quant à la période si importante et si mouvementée où la religion de l'Empire tendit à un vaste syncrétisme, embrassant toutes les religions alors connues, elle a particulièrement trouvé ses historiens avec Duruy, Gaston Boissier,

Ernest Renan, Jean Réville, Franz Cumont, et de nombreux érudits allemands.

Arrivons aux deux religions qui nous touchent de plus près : le judaïsme et le christianisme.

Alors même qu'on avait commencé à admettre les droits de la critique verbale ou littéraire dans l'interprétation des Ecritures, on s’y tint pendant longtemps à deux méthodes d’exégèse absolument impuissantes : l'interprétation rationaliste qui prétendait trouver à n'importe quel prix une explication rationnelle de tous les passages de la Bible et l'interprétation allégorique qui voulait y voir partout des allégories voilant de profonds enseignements religieux et moraux.

Ce fut seulement vers le milieu du dernier siècle que les écoles successives de Graf et de Wellhausen — s’engageant dans les voies préparées par la critique sagace de Valcke (1835) et d'Ewald (1842), — introduisirent, d'une main respectueuse mais résolue, dans l'étude de l’ancien Testament les méthodes philologiques et historiques appliquées sans hésitation aux Ecritures sacrées des autres peuples. Cette analyse interne des textes, que le hollandais Kuenen a portée si loin, a été complétée par les renseignements qui n’ont pas manqué d'être fournis sur les origines, les relations et les modifications de la religion israélite par les découvertes archéologiques réalisées dans tout le domaine de la race sémitique.

En ce qui concerne le nouveau Testament c’est Christian Baur et son école de Tubingue qui, vers la même époque, inaugurèrent l'ère de la critique scientifique par une analyse pénétrante des Evangiles et des autres écrits de l'âge apostolique, ouvrant ainsi les voies aux travaux des Renan, des Harnack et des Loisy. — Quelques savants tels que Jean Réville, Havet, Hatch, Dieterich, se sont particulièrement appliqués à déterminer parmi les facteurs du christianisme orthodoxe la part du judaïsme et celle de l'hellénisme. Enfin il serait injuste de ne pas rappeler ici les services rendus par les écrivains ecclésiastiques, soit dans leurs études du rituel chrétien, soit dans leurs éditions critiques des Pères, soit dans leurs tentatives méritoires pour émonder quelque peu l’hagiographie de la Légende dorée.

Chemin faisant, les arabisants ont rectifié notre connaissance

de la religion islamique dont le moyen âge chrétien s’est tant occupé, mais qu'il a généralement ignorée et travestie. — Plus loin, dans l’Extrême-Orient, nous nous sommes familiarisés avec les trois grandes religions de la Chine, non moins qu'avec la vieille religion nationale du Japon, le Shinto, absolument inconnue de nos savants jusqu à la révolution de 1868 qui a restauré le pouvoir de son chef, le Mikado. — Les anciens cultes de l'Amérique centrale sont venus à leur tour se ranger dans le cercle de nos connaissances, grâce aux explorations et aux travaux des Américanistes.

Dans nos vieux pays d'Europe, les linguistes, les érudits, les traditionnalistes se sont associés pour reconstituer sur des données scientifiques les religions des Celtes, des Germains et des Slaves. Enfin les voyageurs, les missionnaires, les résidents ont patiemment rassemblé les croyances, les coutumes, les cérémonies encore vivantes ou en voie de s’éteindre parmi les populations formant le domaine chaque jour plus rétréci de la sauvagerie. Il n'est pas jusqu'aux moindres survivances populaires qui n'aient été recueillies par la nombreuse tribu des folkloristes, ajoutant ainsi un chapitre qui n’est point parmi les moins curieux ni les moins suggestifs de l'hiérographie.

Tous ces renseignements sont venus se concentrer dans d'innombrables foyers d’études : bibliothèques, universités, instituts, académies, dont le moindre renferme aujourd'hui plus de documents que n’en possédaient aux jours de leur splendeur Babylone, Rome et Alexandrie.

Des galeries ont été consacrées, dans presque tous les musées nationaux, aux symboles, aux inscriptions, aux représentations figurées et aux créations artistiques du sentiment religieux, pa rfois même des musées entiers, comme celui qui nous abrite aujourd'hui, monument dû à l'initiative et à la générosité d'un esprit averti qui a su apprécier de bonne heure toute l'importance des sciences religieuses. En même temps, des lexiques, des grammaires, des dictionnaires nous donnent directement accès aux croyances des nations les plus éloignées dans letemps et dans l’es- pace. Des planches, des albums, des moulages, des recueils épigraphiques, exécutés à grands frais sur l'initiative des gouvernements et même des particuliers, nous permettent de refaire à

loisir le chemin parcouru à travers mille fatigues et mille périls par les explorateurs des deux mondes. Les Bibles de l'humanité sont venues se ranger côte à côte dans des collections comme les Sacred Books of the East et les Annales du Musée Guimet, où elles se font accessibles à tous par des traductions exécutées dans toutes les conditions désirables de rigueur philologique. L'histoire des religions, possède désormais dans la presse périodique plusieurs organes qui lui sont propres, sans compter la part grandissante qu'elle se fait dans les travaux des sociétés savantes. On peut se demander si elle renferme désormais un seul problème de quelque importance qui n'ait fait l'objet de quelque traité ou de quelque monographie scientifique.

Cette affluence de documents, apportés de tous les points de l'horizon au cours du siècle qui vient de finir, s’est rencontrée, par une heureuse coïncidence, avec le développement des méthodes rationnelles, à la fois critiques et constructives, les plus propres à mettre les matériaux en œuvre; le tout fécondé par une autre création de notre temps : le tempérament spécial qui s'intitule l'esprit historique.

Cependant l’hiérographie n’est pas la seule branche de l’histoire des Religions. A côté de l'hiérographie il y a, comme je l'ai dit en commençant, l’hiérologie. A côté de l’histoire descriptive il y a l'histoire comparative. À côté de l'histoire des religions, il y a l'histoire de la religion, de même qu’à côté de l’histoire descriptive des formes engendrées, chez les différents peuples, par le développement des langues, des arts, des principales institutions juridiques et sociales, il y a l’histoire du langage, l’histoire de l'art, l'histoire de la propriété, du mariage, du droit pénal et ainsi de suite. La question est de savoir si on peut accorder la même créance à cette seconde subdivision de la science des religions. En d’autres termes : sommes-nous en état de répondre scientifiquement aux interrogations concernant l'origine préhistorique des religions, les lois de leur développement et de leur déclin, la raison de leurs similitudes et de leurs variations?

Len

Nous avons vu précédemment comment un des publicistes qui ont contribué avec le plus de talent et d'énergie à la campagne poursuivie en vue d'introduire dans l'enseignement l’histoire descriptive des Religions, M. Maurice Vernes, n’hésitait pas, il ya quelque vingt-cinq ans, à trancher la question.

Sans doute, en se prononçant aussi péremptoirement pour la négative, M. Vernes, qui est lui-même un maître en histoire religieuse, s était laissé influencer par la mauvaise réputation des nombreux systèmes qui, de temps immémorial, se sont efforcés de plier l'hiérographie à des vues préconçues, religieuses ou philosophiques. Il faut se rappeler que tout le xvin® siècle s’accordait à regarder les religions, à peu d’exceptions près, comme des constructions artificielles dues au génie ou à l'ambition de quelques théosophes. Voltaire, Rousseau et les encyclopédistes s’accordaient sur ce point avec les déistes anglais : que l'homme avait dû professer à l’origine une religion naturelle comprenant l’unité de Dieu, sa spiritualité, son éternité, les prescriptions de la morale, peut-être l'immortalité de l’âmé et les sanctions de la vie future. Quant aux religions positives, elles étaient indistinctement, suivant une expression de Diderot, les hérésies de cette religion naturelle.

La même thèse prévalait du reste chez les orthodoxes, à cela près qu'au lieu de placer à l’origine une sorte de déisme philosophique, ils y mettaient une révélation primitive, qui, d'une part, se serait perpétuée, depuis les temps antédiluviens, à travers les patriarches et les prophètes juifs, d'autre part qui se serait altérée et corrompue chez les autres peuples, en donnant naissance à toutes les variétés de paganisme. Comme l’a écrit Littré, le xvine siècle ne comprit rien aux religions.

C'est encore à ce courant d'idées qu'il faut attribuer dans la première moitié du xix° siècle, le succès de certaines œuvres qui jouirent un moment d’une énorme popularité, tels que, en France l'ouvrage de Dupuis sur l'Origine astronomique de tous les cultes et surtout, en Allemagne, la Symbolique de Creuzer. — L'école idéaliste, Schelling, Schleiermacher, Hegel, admirent le principe plus juste, déjà affirmé auparavant par Lessing et Herder, que la

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