CONCLUSION
aucune circonstance ne se présente de fêter Hindenburg qui ne fournisse en même temps l'occasion de lui associer Ludendorff.
En France, où nous avons un faible pour les situations claires et réclamons des nuances, nous n'aimons guère à réunir dans la même gloire deux hommes exposés au premier plan de nos observations. Quelquefois excessifs en nos jugements, nous admettons volontiers que Tun des deux fil et fut tout; si nous croyons fermement à la supériorité du chef, l'adjoint ne compte guère à nos yeux et si nous penchons au contraire pour l'adjoint, c'est le chef que nous ravalons au poste de figurant.
Il semble bien que nous ayons ainsi procédé dans le cas Hindenburg-Ludendorff. Nous avons cru qu'Hindenburg n'était rien qu'un nom, le premier d'une sorte de raison sociale dont l'importance réelle était faite de l'habileté du second associé. Nous n'avons vu dans le feld-maréchal qu'un personnage sans grand horizon intellectuel et même militaire, parfaitement antipathique d'ailleurs parce qu'affecté des tares prussiennes si contraires à notre nature; nous avons pensé que l'homme génial de la combinaison était Ludendorff puis, par un penchant qui nous est naturel, car les grandes actions nous émeuvent toujours, même chez nos adversaires, nous avons professé, peut-être en secret, une certaine admiration pour le Premier Quartier-Maître Général. Que ne s'est-il résolu à ne jamais se montrer
sans fard! Autant il perdit à écrire, autant Hindenburg y a gagné.
Il se trouve en effet, que les « Souvenirs » de Ludendorff nous l'ont montré tel qu'il est, sans rien qui lui puisse mériter, tant il est différent de nous, la moindre parcelle de notre sympathie. Le livre récent d'Hindenburg, au contraire, nous a révélé un tout autre homme que celui de notre imagination. Les deux écrivains parlent évidemment un langage qui nous sera toujours difficile à comprendre, mais l'un des deux nous est tout de même plus compréhensible que l'autre, et ce n'est pas Ludendorff.
Que celui-ci ait été le bras, la chose est sûre; qu'en beaucoup de cas, et non des plus heureux d'ailleurs, il ait été aussi la tête, cela non plus ne fait aucun doute, mais si le feld-maréchal se borna souvent à approuver, il ne le fît jamais sans comprendre, car il est intelligent. Il ne manqua de fermeté dans le caractère que par comparaison, car Ludendorff possédait une volonté plus forte, celle de l'illuminé qui va droit au but sans égards pour les gens et les choses rencontrées sur son chemin. Le Premier Quartier-Maître Général fut l'autocrate époux du mariage contracté le 23 août
M. de Buffon, dont nous invoquerons l'autorité à la fin de ce livre comme nous le fîmes au début, assure que, pour chaque espèce, « il existe dans la nature un prototype général sur lequel se modèle