‹ HindenburgChapitre 9 sur 11 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'opinion publique est accoutumée à porter, sur les hommes en vue, des jugements dont l'explication ne va pas toujours sans difficulté. Dans la genèse, l'ascension et la chute d'une popularité, la documentation capable d'étayer le raisonnement et de faire la conviction de la masse est le plus souvent rudimentaire; aussi les sentiments jouent-ils un rôle prépondérant. De là peut-être le caractère éphémère de certaines réputations, car les sentiments superficiels d'un peuple sont relativement mobiles.

Les faits dont les grandes individualités sont, à tort ou à raison, rendues responsables entrent aussi pour une large part dans l'appréciation des foules sur un individu; on ne pourrait contester la valeur d'un tel jugement si les résultats constatés étaient sûrement imputables à l'auteur qu'on leur prête.

Hindenburg et Ludendorff ont été à la fois des personnages non seulement fort actifs, mais encore

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longtemps heureux dans leurs entreprises. D'autre part, ils ont sûrement représenté, aux veux de nos adversaires, le type allemand idéal et répondu très exactement de ce fait aux sentiments éproavés pendant la plus grande partie de la guori;' par l'immense majorité de leurs compatriotes. Ils ont donc réuni les conditions les plus favorables ponr t^lre populaires; ils sont devenus les idoles de l'Allemagne^ mais, par un phénomène assez peu compréhensible pour nous Français, les Alleninnds ne pouvant faire la part exacte de chacun et d'ailleurs accoutumés de longue date à ne pas séparer le chef de son Etat-Major en ont fait des idoles jumelles. Prose et poésie ont à l'envi célébré les louanges des nouveaux Dioscures, épuisant en leur honneur tous les exemples d'associations analogues. Après Achille et Patrocle, après Oreste et Pylade, les siècles futurs se répéteront, disent-ils, sans jamais les disjoindre, les noms d'Hindenburg et de Ludendorff.

A la vérité, Hindenburg étant le chef — l'Achille en quelque sorte — a été l'objet d'un régime de faveur de la part d'un peuple chez qui est également inné le sentiment de la hiérarchie; on a fait de lui plus de statues, plus de portraits, plus d'images, plus de recueils de discours que n'en réunit Ludendorff — autre Patrocle — mais aujourd'hui encore

1 Une lettre adressée à « l'homme le plus populaire de l'Allemagne » parvint à Hindenburg, dès la fin de 1914.

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