‹ Hippocrate le serment, la loi, de l'art ... par le dr. Ch. V. DarembergChapitre 106 sur 145 · ZOU · texte numérisé non relu

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avec un autre , et si à chaque état pathologique qui ne paraît pas identique avec un autre, on impose un nom différent.

2. Pour moi, j’aime qu’on applique son intelligence dans l’exercice de toutes les parties de l’art. Toute œuvre qui doit être faite bien et convenablement, il faut la faire bien et convenablement. Toute œuvre qui doit être faite rapidement, il faut la faire rapidement. Toute œuvre qui doit être faite proprement, il faut la faire proprement. Toute opération qui doit s’exécuter sans douleur, il faut la rendre la moins douloureuse possible ; et ainsi pour toute autre espèce de choses, il faut , se distinguant de ses confrères , tendre vers le mieux. J’estimerais surtout un médecin qui, dans les maladies aiguës, lesquelles sont les plus meurtrières, se distinguerait des autres par sa supériorité [à les traiter]. Les maladies aiguës sont celles que les anciens ont appelées pleurésie, péripneumonie, pkrénitis, léthargus, causus, et aussi toutes les autres maladies qui tiennent de celles-ci , et dans lesquelles la fièvre est le plus souvent continue. En effet, quand il ne règne pas épidémiquement, et sous une forme commune une maladie pestilentielle , mais qu’il y a des maladies sporadiques qui ne (3) se ressemblent pas entre elles , ces maladies tuent plus de monde que toutes les autres ensemble. Le vulgaire ne discerne pas les médecins qui se distinguent de leurs confrères dans le traitement de ces maladies ; il se fait surtout le censeur ou l’apologiste des cures extraordinaires (îi). Voici maintenant une grande preuve que les gens du peuple sont tout à fait hors d’état d’apprécier le traitement qui convient dans les maladies aiguës; en effet ceux qui ne sont pas médecins paraissent surtout l’être dans ces sortes d’affections ; car il est facile d’apprendre les noms des substances que l’on doit administrer dans ce cas; et pourvu qu’on nomme la ptisane (5) , telle ou telle espèce de vin , et l’hydromel , les gens du monde s’imaginent que les médecins disent tous les mêmes choses bonnes ou mauvaises; mais il n’en est pas ainsi ; c’est précisément pour ces affec-

lions qu’il existe une grande différence entre les divers médecins.

3. Je crois donc qu’il convient de consigner par écrit, d’abord toutes les choses que les médecins ignorent et qui sont importantes à connaître, ensuite toutes celles qui peuvent produire un grand bien ou un grand mal. Les choses ignorées des médecins, les voici : Pourquoi, dans les maladies aiguës, certains médecins donnent-ils la ptisane non passée durant tout le cours de la maladie et pensent bien faire ? Pourquoi d’autres médecins ne permettent-ils pas au malade de prendre la plus petite parcelle d’orge (car ils regardent cela comme un grand mal), mais donnent le suc de ptisane passé à travers un linge ? Pourquoi d’autres proscrivent-ils également et la y tisane épaisse, et le suc, ceux-ci jusqu’à ce que la maladie soit arrivée au septième jour, ceux-là jusqu’à ce qu’elle soit complètement jugée ? Les médecins n’ont pas coutume de se poser dt pareils problèmes (6) ; peut-être en se les posant ne les résoudaient-ils pas. Cependant l’art tout entier est compromis aux yeux du vulgaire, à tel point, qu’il croit que la médeci»e n’existe absolument pas. Les médecins tiennent , dans les maladies aiguës , une conduite si différente les uns des au;res, que celui-ci prescrit comme très bon ce que celuilà rejette comme très mauvais. Aussi, ceux qui jugent la médecine à ce point de vue, la comparent-ils à l’art de la dhination. En effet, certains aruspices prétendent que le mène oiseau, s’il vole à droite est favorable, et de mauvais augure s’il vole à gauche; on sait aussi que l’inspection des vicimes sacrées fournit des oracles différents suivant les cas Eh bien ! il y a d’autres devins qui soutiennent , sur les Dèmes choses, précisément le contraire de ceux-là (7). Je naintiens donc que ces sortes de recherches sont belles, et qi’elles se rattachent à presque tous les points de la médecbe, et aux plus intéressants : elles peuvent beaucoup et poui le rétablissement de la santé des malades , et pour la conssrvation de celle des gens qui se portent bien , et pour l’acc oissement des forces de ceux qui se livrent aux exer-

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cicés ; enfin, elles s’appliquent à tout ce qu’on voudra.

U. Or, il me semble que la ptisane a été justement préférée à tous les autres aliments tirés des céréales , clans les maladies aigues, et j’approuve fort ceux qui ont fait ce choix. Sa partie mucilagineuse est douce, liée , agréable, lubrifiante , légèrement humectante, et n’est pas altérante; elle lâche le ventre quand il en est besoin , elle n’a rien d’astringent, rien qui cause de trouble fâcheux, et ne se gonfle pas dans le ventre : car, pendant la cuisson, l’orge se gonfle autant qu’il lui est naturellement possible. Ceux qui font usage de la ptisane dans les maladies aiguës , ne doivent point en laisser , pour ainsi dire , un seul jour manquer leurs vaisseaux, mais la continuer [régulièrement] , ne pas la suspendre, h moins qu’ils n’aient h prendre un purgatif ou un lavement. A ceux qui ont l’habitude de faire deux repas par jour, on en donnera deux fois; h ceux qui ne font qu’un repas par jour on n’en donnera qu’une fois le premier jour; puis allant progressivement , s’il est possible, on arriver! à en donner aussi deux fois par jour [en quantités égales], s’il semble qu’on doive augmenter le régime. Quant h la quintité , il convient , dans les premiers jours , de ne donner la ptisane , ni trop abondante ni trop épaisse , mais en proportion de la nourriture habituelle, pour ne pas laisser les vusseaux trop vides. Pour ce qui est de l’augmentation de la cose de la décoction , si la maladie présente plus de sécheresse qu’on ne pensait, il ne faut pas augmenter la quantité, nais faire boire avant [la décoction], ou de l’hydromel, ou du /in, suivant que l’un ou l’autre convient, et je dirai quel est celui qui convient dans chaque état. Si la bouche s’humecte, si fexpectoration pulmonaire est louable, il faut, pour le dire ei résumé, augmenter la dose de décoction. L’humectation pronpte et abondante annonce que la crise sera prompte ; au contraire, l’humectation lente et en petite quantité, anroncc que la crise sera tardive. Toutes ces choses se compcrtent en général de cette manière; mais il reste encore beaicoup d’autres observations [particulières] très importantes sir les-

quelles il faut s’appuyer pour le pronostic ; il en sera question dans la suite. Plus la purgation est abondante, plus il faut augmenter la dose de ptisanc jusqu’à la crise, [et l’on observera] surtout [un régime très exact] pendant les deux jours qui suivent la crise, dans les maladies où elle paraît s’opérer soit le cinquième , soit le septième, soit le neuvième jour, afin de se prémunir également contre le jour pair et le jour impair (8); après ce temps , on donnera le matin , la décoction , et le soir , on passera aux aliments solides. Ce régime convient surtout à ceux qui, dès le début, ont pris la ptisane entière. [ En se conformant à ce précepte], les douleurs dans la pleurésie cessent d’elles-mêmcs , quand les malades commencent ù expectorer en quantité notable, et à être purgés [de leurs crachats] ; les purgations sont plus complètes , et il se forme moins d’empyèmes qu’en suivant un autre régime; les crises sont plus simples, plus décisives, et la maladie est moins sujette h retour.

5. La ptisane doit être faite avec la plus belle orge, et extrêmement cuite, à moins que le malade ne doive user que du suc de ptisanc. Car, outre ses autres qualités, l’onctuosité de la ptisanc fait que l’orge en boisson ne cause aucun dommage; elle ne s’attache nulle part et ne séjourne pas en descendant en droite ligne à travers le thorax (9). Bien cuite, la ptisane est très mucilagineuse, n’est pas du tout altérante, subit facilement la coction, et ne résiste pas à la digestion, toutes conditions qui sont indispensables. Si donc l’on n’apporte pas toutes les précautions nécessaires pour que l’administration de la ptisane soit bien réglée, le malade en souffrira de beaucoup de manières. Et d’abord (10) , si aux individus dont les excréments restent dans les intestins , on donne la décoction avant de les avoir évacués , on exaspère les douleurs , s’il en existe , ou on en fera naître immédiatement , s’il n’v en a pas , et la respiration deviendra plus fréquente , ce qui est un mal , car [cette fréquence] dessèche le poumon et fatigue les hypocondres, le bas-ventre et le diaphragme. Autre exemple, s’il existe une douleur de côté, continue ,

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qui uc cède pas aux fomentations émollientes , dans laquelle les crachats ne sont pas expulsés, mais sont devenus très gluants faute de coction, si on ne peut calmer cette douleur en relâchant le ventre ou en ouvrant la veine, suivant qu’on juge l’un ou l’autre de ces moyens convenable, et si on donne dans un pareil état la ptisane , la mort suivra de près son administration. C’est encore pour ces causes et pour d’autres plus puissantes , que ceux qui prennent la ptisane entière périssent le septième jour ou plus tôt, les uns tombant dans le délire, les autres étant suffoqués par l’orthopnée et par le râle. Les anciens regardaient ces individus comme frappés { 11), surtout à cause de cela, et aussi pareequ’après leur mort on trouve leurs côtes livides , comme s’ils avaient été meurtris. La vraie cause de cela , c’est qu’ils périssent avant que la douleur soit dissipée, car ils deviennent bientôt haletants ; en effet , la respiration fréquente et brusque rend , comme je l’ai déjà dit, les crachats visqueux faute de coction , les empêche de sortir, et ces crachats arrêtés dans les bronches, produisent le râle. Quand on en arrive là, la mort est ordinairement imminente ; car, d’une part , le crachat retenu empêche l’air extérieur d’entrer, et de l’autre, il le force à sortir promptement, de manière que le crachat et l’air se nuisent réciproquement : le crachat retenu rend la respiration fréquente, et la respiration fréquente rend le crachat plus visqueux, et l’empêche de sortir. Ges accidents surviennent si on use intempestivement de la ptisane, mais surtout si l’on mange ou si l’on boit des choses moins convenables que la ptisane.

6. En général, les précautions à prendre sont à peu près les mêmes et pour ceux qui sont à l’usage de la ptisane entière, et pour ceux qui prennent seulement le suc de ptisane. Quant à ceux qui ne prennent ni l’un ni l’autre , mais seulement des boissons, il est d’autres précautions. Il faut , en général , se conduire de la manière suivante : quand la fièvre prend peu de temps après le repas , avant que le ventre se soit débarrassé des excréments, et qu’il existe si-

mnltànément de la douleur ou qu’il n’en existe pas, on s’abstiendra de donner la décoction , jusqu’à ce que le résidu des aliments soit descendu dans la partie inférieure de l’intestin. On prescrira des boissons si le malade éprouve quelque douleur, de l’oxymel chaud en hiver, froid en été ; et s’il y a beaucoup de soif, de l’hydromel et de l’eau; mais s’il survient par la suite quelque souffrance, ou s’il apparaît quelque signe de danger, on administrera la décoction en petite quantité et peu épaisse, encore ne sera-ce qu’après le septième jour, si le malade est fort. Dans le cas où le résidu d’un repas précédent ne serait pas évacué, après un nouveau repas, si l’individu est fort et dans la vigueur de l’âge, donnez-lui un lavement ; s’il est trop faible , mettez-lui un suppositoire, à moins que le ventre ne se relâche de lui-même et convenablement. Quant au temps opportun pour donner la décoction, on observera surtout les circonstances suivantes: au début et dans tout le cours de la maladie, lorsque les pieds sont froids, suspendez l’administration de la décoction, et surtout abstenez-vous de prescrire des boissons. Quand la chaleur sera redescendue aux pieds (12) , vous pouvez alors donner quelque chose ; il faut se persuader que le choix du moment opportun est d’une très grande importance dans toutes les maladies, notamment dans les maladies aiguës, et plus spécialement dans celles qui sont accompagnées d’une fièvre intense et qui présentent beaucoup de danger. C’est dans ce cas surtout qu’il convient de débuter par le suc de ptisane et de passer ensuite à la ptisane en observant avec attention les signes exposés plus haut.

7. Quand une douleur de côté survient d’emblée ou après quelques jours [de prodromes] il n’est pas hors de propos d’essayer de la dissiper d’abord avec des fomentationschaudes (1 3). La meilleure est l’eau chaude dans une outre ou dans une vessie, et même dans un vase de cuivre ou de terre cuite (lù). Dans ce dernier cas , il faut mettre préalablement quelque chose de mollet sur le côté pour rendre le contact plus supportable. Ce qui est encore d’un bon usage , c’est une éponge

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grande , molle , imbibée d’eau chaude et exprimée ; mais il faut recouvrir la fomentation d’un linge (15) pour qu’elle serve plus longtemps et qu’elle reste en place , et aussi pour que la vapeur ne se mêle pas au souille du malade , si toutefois il n’est pas utile que ce mélange ait lieu , et cela est quelquefois utile. De l’orge et de l’ers (16) [broyés] , délayés dans du vinaigre coupé , mais plus acide qu’on ne pourrait le boire , bouillis et renfermés dans des sachets cousus, constituent aussi une bonne fomentation. Ou emploie le son de la même manière. Si l’on veut une fomentation sèche, le sel et le sorgho, torréfiés , mis ensuite dans des sachets de laine , sont très convenables , car le sorgho est léger et adoucissant. Ces sortes de fomentations dissipent aussi les douleurs qui s’étendent vers la clavicule, tandis que la saignée ne dissipe pas aussi sûrement une douleur [de côté , si cette douleur ne s’étend pas jusqu’à la clavicule. Si la douleur ne cède pas aux fomentations, il ne faut pas persister dans leur emploi, car elles dessèchent le poumon et le font tourner à la suppuration. Mais si la douleur se porte vers la clavicule , ou si une pesanteur se fait sentir soit au bras, soit vers la mamelle, soit au-dessus du diaphragme, il faut ouvrir, au pli du bras, la veine du dedans et ne point hésitera tirer une grande quantité de sang, jusqu’à ce qu’il coule beaucoup plus rouge qu’il n’était, ou qu’il devienne livide de vermeil , de rouge qu’il était, car ces deux choses peuvent arriver. Quand la douleur est sous-diaphragmatique, et ne se fait pas sentir vers la clavicule, il faut lâcher le ventre avec l’ellébore noir ou avec l’euphorbe, mêlant à l’ellébore, ou le daucus de Crète, ou le séséli de Crète, ou le cumin, ou l’anis, ou quelque autre plante d’une odeur agréable , et à l’euphorbe le suc d’assa fœtida. Ainsi mélangées , ces substances ont une conformité d’action. L’ellébore évacue davautage et purge plus de matières critiques; mais l’euphorbe entraîne mieux les vents; l’un et l’autre dissipent les douleurs : beaucoup d’autres purgatifs les dissipent aussi , mais ceux-ci sont les meilleurs que je connaisse. 11 est très bon d’administrer les purgatifs dans la

décoction, ceux surtout qu’il n’est pas trop repoussant de dissoudre, soit à cause de leur amertume, soit à cause de quelque autre qualité désagréable , soit à cause de leur volume, soit à cause de leur couleur ou pour toute autre qualité suspecte au malade. Il faut , immédiatement après l’administration du purgatif, donner de la ptisanc en quantité, à peu de chose près égale à celle que l’on prend habituellement; puisqu’il est conforme à la nature d’en suspendre l’usage durant l’effet du purgatif. Quand cet effet sera passé, on fera prendre la ptisanc en quantité moindre que d’ordinaire , et l’on arrivera ensuite à une dose de plus en plus grande si la douleur est dissipée et si rien autre ne s’y oppose. Ce que je dis s’applique également aux cas où il est convenable de prescrire seulement le suc de ptisanc. [Je prétends en effet, qu’il vaut mieux en général, commencer dès le début à donner [un peu] de décoction que, tenant tout d’abord les vaisseaux vides , de commencer l’usage de cette décoction le troisième , le quatrième , le cinquième , le sixième, ou le septième jour, à moins que la maladie ne soit jugée dans cet espace de temps. ] Des précautions préliminaires analogues à celles dout j’ai parlé, doivent être également prises dans ces cas (17).

8. Voilà ce que je sais sur l’administration de la décoction. Quant aux boissons, quelle que soit celle dout j’ai parlé qu’on veuille mettre eu usage, mon sentiment est le même [ que pour la ptisanc]. Je sais bien que les médecins fout tout le contraire de ce qu’il faut faire ; ils veulent, en effet, au début des maladies, exténuer les malades pendant deux ou trois jours ou même plus, pour leur donner ensuite des décoctions et des boissons. Peut-être il leur semble qu’un grand changement étant survenu dans le corps, il est convenable de lui en opposer un autre très grand aussi. Changer n’offre pas , il est vrai , un mince avantage ; mais le changement doit s’effectuer convenablement et avec sûreté; et certes, après le changement [c’est-à-dire après la diète absolue pendant les premiers jours ] il faut apporter

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encore plus de précaution dans l’administration des aliments [que si on alimentait un peu les malades dès le début]. Les malades qui seraient le plus incommodés, par un changement mal ordonné , seraient ceux qu’on mettrait [immédiatement après la diète absolue] à l’usage de la ptisane entière; ils le seraient aussi, ceux qui ne prendraient que le suc (le ptisane; ils le seraient encore, mais moins que les précédents, ceux qui ne prendraient que des boissons,

9. Il faut aussi puiser des renseignements [pour le régime des maladies en observant] ce qui est utile dans celui des hommes en bonne santé; en effet, si chez les gens bien portants il résulte des différences très trauciiées de telle ou telle alimentation, dans toute circonstance, et particulièrement dans les changements, comment ces différences ne seraient-elles pas encore plus prononcées dans les maladies et surtout dans les maladies très aiguës? Or, on sait bien qu’un régime mauvais pour le boire et pour le manger, mais toujours le même, est ordinairement plus salutaire h la santé que s’il était tout à coup et notablement changé en un meilleur. Car, soit chez les personnes qui font deux repas par jour, soit chez celles qui n’en font qu’un, les changements subits sont nuisibles et occasionnent des maladies. Ainsi, d’un côté, ceux qui n’ont pas l’habitude de faire un repas au milieu du jour, s’ils eu font un, s’en trouvent bientôt incommodés, tout leur corps s’appesantit , ils se sentent faibles et lourds. Si malgré cela ils font leur repas du soir, ils ont des éructations aigres, quelques-uns même sont pris d’une diarrhée liquide, pareeque l’estomac est surchargé, accoutumé qu’il était auparavant à avoir sa surface nettoyée, à n’être pas rempli et à n’avoir pas à cuire (digérer) des aliments deux fois par jour. Il est bon chez ces individus de rétablir l’équilibre par un autre changement. En conséquence , ils s’établiront dans un lit , comme on le fait après le repas du soir, pour passer la nuit , mais en se préservant du froid en hiver, de la chaleur en été : s’ils ne peuvent dormir, ils doivent marcher lentement , faire de suite et sans s’arrêter plusieurs tours de

promenade, ne pas manger le soir ou du moins très peu et des choses légères, ne guère' boire , surtout ne pas boire de vin trempé. Les individus dont nous parlons seraient encore bien plus incommodés s’ils faisaient trois repas copieux dans la même journée, bien plus encore s’ils en faisaient davantage. Il est à la vérité des gens qui supportent très bien trois repas même très copieux , mais c’est qu’ils y sont habitués. D’un autre côté, si les individus qui ont l’habitude de faire deux repas, suppriment celui du matin, ils se sentent faibles, languissants. Inhabiles au travail , ils sout pris de cardialgie; il leur semble que leurs entrailles pendent; leurs urines sont [ plus ] chaudes [qu’à l’ordinaire] et pâles , leurs déjections sont brûlantes; chez quelques-uns, la bouche est amère, les yeux sont enfoncés dans les orbites ; il y a des pulsations aux tempes ; les extrémités se refroidissent, et la plupart de ceux qui ont omis le repas du milieu du jour sont hors d’état de prendre celui du soir; s’ils mangent, ils sentent un poids dans l’estomac et ils dorment beaucoup plus péniblement que s’ils avaient pris leur repas du milieu du jour. Puisque les gens en santé éprouvent de si grands effets d’un changement d’habitude dans le régime pendant une demi-journée seulement, il est clair qu’il n’est pas avantageux [dans les maladies] d’augmenter ou de diminuer [inconsidérément] l’alimentation. Or, si un individu qui n’a fait, contre son habitude, qu’un seul repas et qui a laissé toute la journée scs vaisseaux vides, se trouve pesant après avoir mangé [le soir] autant (18) que d’habitude, il est. tout naturel que cet homme qui souffre et qui languit de ne pas avoir fait son repas du milieu du jour, s’il mange le soir plus qu’à son ordinaire, se sente encore bien plus pesant que dans le premier cas ; enfin, si son abstinence a duré encore plus longtemps et qu’il commence tout d’abord par faire un bon repas , il sera encore plus pesant [que dans les deux cas précédents ]. Quand on a laissé pendant un jour les vaisseaux vides, on contre-balance utilement ce changement en se tenant à l’abri du froid et du chaud, en évitant

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toute fatigue (car on supporterait tout cela difficilement), en faisant le repas du soir plus léger que d’habitude, en ne mangeant pas de choses sèches, mais des substances humectantes, en ne prenant pas de boissons aqueuses, ni en moindre quantité que ne l’exige celle des aliments. Le lendemain, il faut que le repas du milieu du jour soit encore peu copieux, afin de revenir progressivement à ses habitudes. Ceux qui ont de la bile amère dans les voies supérieures supportent plus difficilement que les autres les écarts de régime. En général, ceux dont les voies supérieures sont surchargées d ep/tlcgmc, supportent mieux l’abstinence ; aussi peuvent-ils, avec moins d’inconvénients, ne faire qu’un repas contre leur habitude. Ce que je viens de dire est une preuve certaine que les grands changements contraires à notre nature et à la structure de nos organes (19) , sont les causes principales des maladies qui nous arrivent. Il n’est donc pas indifférent ni de produire à contre-temps de fortes déplétions vasculaires, ni de donner des aliments au fort de la maladie, surtout quand elles sont dans la période de phlegmasie, ni de faire tout à coup dans l’ensemble du traitement quelque changement, que ce soit en un sens ou en un autre.

1 0. Ou pourrait, relativement aux organes digestifs, ajouter encore bien des choses analogues ; par exemple , on supporte très facilement les aliments solides auxquels on est habitué , lors même qu’ils ne sont pas bons par nature ; il en est de même pour les boissons ; mais on digère difficilement les aliments solides auxquels on n’est pas habitué, lors même qu’ils sont bons ; il en est de même pour les boissons. S’il était question de tous les effets nuisibles que produisent, quand on en mange contre son habitude, ou la chair en grande quantité, ou l’ail, ou la tige, ou le suc d’assa fœtida , ou toute autre substance douée de qualités particulières éuergiques, on s’étonnerait moins de voir de telles substances fatiguer plus fortement que d’autres les organes digestifs; mais vraisemblablement [on sera plus étonné] (20) si on considère quel trouble, quel gonflement,

que de vents et que de tranchées produit la maza (21) chez un individu qui n’est pas habitué à en manger; quelle pesanteur, quelle tension du ventre produit le pain chez celui qui est habitué à la maza (22) ; quelle altération et quelle plénitude subite cause le pain chaud à cause de sa nature desséchante et de sa lenteur à parcourir les intestins ; combien d’effets différents produisent , quand on n’v est pas habitué, les pains fabriqués avec de la pure farine, ou avec de la farine mêlée [au son] , et aussi la maza sèche, ou humide ou gluante; quels effets produit la farine d’orge fraîche chez les individus qui n’y sont pas accoutumés, et quels effets produit la farine ancienne chez ceux qui sont habitués à la farine récente ; [enfin si on considère] ce qui arrive quand on passe brusquement contre son habitude, de l’usage du vin à celui de l’eau [et réciproquement] , ou seulement quand on substitue brusquement au vin trempé d’eau, du vin pur [ et réciproquement]. En effet, le vin trempé produit une surabondance d’humidité dans les voies inférieures , et des vents dans les voies supérieures ; le vin pur amène des battements vasculaires, de la pesanteur h la tête, et de la soif. Comme le vin blanc et le vin rouge substitués l’un h l’autre contre la coutume, quand même tous les deux seraient également généreux, produisent dans le corps des effets inteflses différents, il sera moins étonnant de ne pouvoir substituer [ impunément l’un à l’autre] du vin fort et du vin faible.

11. Toutefois, on pourrait en partie défendre le raisonnement contraire, [en disant que] dans ces exemples, le changement de régime survient quand le corps n’est arrivé par suite d’aucun changement, ni à un degré de force qui nécessite l’augmentation des aliments, ni à un degré de faiblesse qui oblige d’eu diminuer la quantité. Cela est juste; aussi faut-il toujours prendre en considération la force des malades et le caractère de chaque maladie , la nature et les habitudes du malade , non-seulcinent pour les aliments solides , mais encore pour les boissons. Il faut se laisser beaucoup moins entraîner à augmenter les aliments [qu’h les diminuer];

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car il est des cas où il est très avantageux de retrancher complètement la nourriture quand le malade peut résister, jusqu’à ce que la maladie soit arrivée à son summum et à coction. Je désignerai les cas où il faut agir ainsi. On pourrait encore ajouter beaucoup d’autres choses analogues à celles que je viens de dire. Mais voici une meilleure preuve, car il ne s’agit plus seulement d’une analogie avec le fait sur lequel j’ai disserté longuement, mais du fait lui-même, [ce qui] est l’enseignement le plus solide. En effet, il arrive qu’au début des maladies aiguës, les uns prennent des aliments solides le jour même de l’invasion du mal, les autres le lendemain ; ceux-ci mangent indistinctement quoi que ce soit , ceux-là prennent du cyccon (23). Certes, toutes ces choses leur ont été plus nuisibles que s’ils s’étaient tenus à un autre régime. Cependant, les fautes qu’ils ont commises dans cette première phase de la maladie, leur ont été moins funestes que si, après avoir gardé une abstinence absolue pendant les deux ou trois premiers jours, ils se fussent mis le quatrième ou le cinquième à un pareil régime. Ce serait encore bien pis si, après avoir laissé pendant tous ces jours [du premier au cinquième] les vaisseaux vides, on se mettait à un semblable régime dans les jours qui suivent, avant que la maladie fût arrivée à coction. Une telle manière d’ordonner le régime entraînerait inévitablement la mort de presque tous les malades, à moins que la maladie n’eût un caractère tout à fait bénin. Les fautes commises au début des maladies ne sont pas aussi irrémédiables [ que celles commises plus tard ] ; mais elles se réparent avec beaucoup moins de peine. Aussi je pense que c’est un excellent précepte que celui de ne pas interdire dans les premiers jours de la] décoction quelle qu’elle soit à ceux qui doivent dans peu de jours en prendre d’une espèce ou d’une autre. Les médecins qui emploient la ptisane d’orge, ignorent donc absolument que les malades s’en trouvent mal lorsqu’ils commencent par user de cette alimentation quand leurs vaisseaux ont été laissés vides pendant deux ou trois jours et même plus. De même ceux qui ne prescrivent que le suc de

ptisane, ne savent pas non plus que les malades sont incommodés lorsqu’on commence inconsidérément à leur donner de la décoction. Cependant , ils connaissent et aussi ils évitent les graves accidents qui sont produits lorsqu’avaut la coction de la maladie, on fait passer à la ptisane d’orge le malade qui était à l’usage du suc de ptisane. Toutes ces choses sont de grandes preuves de la mauvaise direction que les médecins donnent au régime des malades. Ainsi , dans les maladies où il ne faut pas tenir les vaisseaux vides ceux qui doivent' user plus tard de décoction , ils tiennent les vaisseaux vides ; dans celles où il ne faut pas passer de la déplétion des vaisseaux à l’usage de la décoction, ils y passent, et le plus souvent ils passent précisément de la déplétion des vaisseaux à l’usage de la décoction, alors même que dans les maladies il conviendrait de passer de la décoction à la déplétion des vaisseaux, par exemple quand la maladie arrive à son paroxysme. Quelquefois, par suite de ce mauvais régime, des humeurs crues s’échappent de la tête, et des humeurs bilieuses des régions thoraciques, et produisent des insomnies qui mettent obstacle à la coction de la maladie. Les malades sont tristes et irritables ; ils tombent dans le délire , ils ont les yeux brillants , les oreilles remplies de bourdonnements, les extrémités froides, les urines crues ; les crachats sont ténus, salés et colorés d’une teinte légère sans mélange [ d’autre teinte ] ; il y a des sueurs au cou et de l’anxiété. La respiration , dans le moment de l’expiration , est élevée, fréquente ou très grande ; les sourcils se froncent d’une manière farouche ; il y a des défaillances funestes ; le malade rejette les couvertures de dessus sa poitrine , ses mains tremblent. Quelquefois la lèvre inférieure est agitée. Ces symptômes, quand ils se montrent pendant la période d’augment , annoncent un violent délire ; ils entraînent le plus souvent la mort ; ceux qui échappent ne doivent leur salut qu’à quelques dépôts, ou à une hémorragie nasale , ou à des crachats de pus épais; autrement ils ne réchappent pas. Je ne vois pas en effet que les médecins soient très

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habiles h reconnaître dans les maladies les différentes espèces de faiblesses : celles qui viennent de la vacuité des vaisseaux; celles qui sont causées par quelque éréthisme , par quelque travail morbide intense ou par l’acuité de là maladie ; à diagnostiquer toutes les affections qui revêtent des formes si diverses , suivant la nature et la constitution de chacun de nous. Cependant, le salut ou la mort est attaché h la connaissance ou à l’ignorance de ces choses. Certes , le mal est très grand, si h un malade débilité, soit par un travail interne, soit par l’acuité de la maladie, on prescrit des boissons , de la décoction ou des aliments solides , le croyant affaibli par suite de vacuité des vaisseaux. Mais il est honteux de méconnaître le cas où la faiblesse vient de la vacuité des vaisseaux et d’opprimer encore les forces par une diète sévère. Cette dernière faute entraîne bien quelque danger, moins cependant que la première, mais elle est beaucoup plus ridicule; car s’il arrive un médecin ou un homme du monde qui, voyant ce qui se passe, donne au malade à manger ou à boire ( ce que le médecin avait formellement défendu), il sera évident qu’il l’aura soulagé. Ce sont de pareilles choses qui couvrent de mépris les praticiens aux yeux du vulgaire. Il lui semble que le médecin ou le particulier entré par hasard, a en quelque sorte ressuscité un mort. — Je décrirai ailleurs les divers signes propres à faire distinguer chacun des cas dont il est ici question.

12. Voici encore quelques observations analogues à celles qui viennent d’être faites sur l’appareil digestif. Quand tout le corps a été tenu longtemps dans un repos inaccoutumé , il n’a pas acquis plus de force [qu’il n’en avait auparavant ] ; et si après une longue oisiveté, on passe subitement au travail, on en éprouvera évidemment quelque effet nuisible. Il en est de même de chacune des parties du corps ; ainsi , les pieds et les autres membres éprouveraient ces effets si on les faisait sortir par intervalles et tout à coup d’un repos habituel, pour les exercer violemment. Il en serait tout autant des dents, des yeux et généralement de tous les organes ; un lit

plus mou ou plus dur que de coutume nous incommode, et s’il est en plein air contre l’habitude , il dessèche le corps. Il faut néanmoins que je rapporte des exemples de tous ces cas : Prenons un individu qui reçoive h la jambe une blessure ni très grave, ni tout à fait simple, et dont la chair ne soit ni très facile ni très difficile à cicatriser. S’il se couche dès le premier jour, s’il prend soin de sa jambe et ne se lève jamais, assurément il n’v aura pas de phlegmasie, et la cicatrisation s’opérera bien plus vite que s’il avait traité son mal tout en marchant. Mais que cet individu, au cinquième ou au sixième jour et même plus tard , se lève pour marcher, il souffrira beaucoup plus que s’il avait dès le principe traité sa plaie en marchant comme à son ordinaire. Enfin , que ce même individu prenne tout h coup une grande fatigue, il souffrira bien plus que si, se traitant de cette manière [c’est-à-dire tout en marchant un peu] il avait essuyé les mêmes fatigues pendant ces jours [c’est-à-dire pendant le cinquième, le sixième jour]. Pour en finir, tout cela concourt à prouver que les changements subits et extrêmes en quoi que ce soit, sont nuisibles. Il résulte de bien plus graves incommodités pour les organes digestifs, de passer subitement d’une abstinence rigoureuse à une nourriture extraordinairement abondante, que de changer une alimentation copieuse en abstinence. Au reste, tout le corps souffre également bien plus, de passer subitement d’un repos complet à un travail forcé ; chez ceux-ci [ c’est-à-dire chez ceux qui font abstinence] , il faut tenir le corps en repos ; de même, si on tombe tout à coup d’une grande fatigue dans l’inaction et l’indolence, il faut aussi faire reposer les organes digestifs, en diminuant la quantité d’aliments; sinon, tout le corps est fatigué et devient pesant (2A).

13. Je me suis très étendu sur les changements qui s’opèrent, soit dans un sens, soit dans un autre. La connaissance de ces considérations est utile à toutes choses , mais surtout à l’objet de ce traité , savoir : le passage de la déplétion vasculaire à l’alimentation par les décoctions dans les

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maladies aiguës ; car il faut changer ainsi que je le prescris. On ne doit pas donner de décoctions avant que la maladie soit arrivée à coction, ou qu’il ait paru quelques-uns des signes que je décrirai, soit de vacuité ou soit d’éréthisme du côté des intestins ou des hvpocondres. L’insomnie prolongée empêche la coction des aliments et des boissons ; le changement contraire [ c’est-à-dire trop de sommeil ] relâche le corps, abat les forces et appesantit la tète.

\h. Quant à l’administration du vin doux, du vin généreux, du vin blanc, du vin rouge, de l’hydromel, de l’oxymel, de l’eau, on doit, dans les maladies aiguës, la régler sur les observations suivantes : Le vin faible appesantit moins la tête que le vin généreux ; il attaque moins le centre phrénique ; il passe plus facilement à travers les intestins ; mais il grossit les viscères, tels que la rate et le foie. Il ne convient pas à ceux qui sont surchargés de bile amère; car il les altère , il engendre des vents dans la partie supérieure de l’intestin ; il n’est cependant pas si ennemi de la partie inférieure, qu’on pourrait le croire d’après les vents qu’il y développe. Les vents que le vin doux produit ne voyagent pas à travers le ventre, mais ils séjournent dans les hypocondres. Il est, en général, moins diurétique que le vin blanc généreux, piais il facilite mieux que celui-ci l’expectoration ; chez ceux qu’il altère, il convient moins que d’autre vin pour amener l’expectoration ; chez ceux qu’il n’altère pas, il convient mieux. Le vin blanc généreux se trouve déjà connu en très grande partie pour ses qualités bonnes ou mauvaises , d’après ce que j’ai dit du vin doux. Comme il se porte plus à la vessie que l’autre, il est diurétique et apéritif, et en cette qualité il convient dans les maladies aiguës. Si à d’autres égards il est moins utile que le vin faible, néanmoins la purgation qu’il provoque par la vessie , est avantageuse , s’il expulse les matières convenables. Tous ces caractères sont très bons pour faire apprécier les qualités nuisibles ou avantageuses des diverses espèces de vin; ils étaient ignorés de mes devanciers. Vous emploierez le vin paillet et le vin ronge ,

astringent dans les maladies aiguës, s’il n’y a ni pesanteur de tète, ni trouble du centre phrénique, si l’expectoration et les urines ne sont pas suspendues, si les selles sont humides et ressemblent à des la vu res de chairs ; dans ces circonstances il faut abandonner le vin blanc et tous ceux qui ont de l’analogie avec lui , pour prendre celui dont il est question. On doit savoir que plus le vin sera étendu d’eau , moins il nuira à tous les organes supérieurs et à la vessie, et que plus il est pur, plus il sera favorable aux intestins.

15. L’hydromel bu durant tout le cours d’une maladie, quand elle est aiguë, convient moins à ceux qui sont chargés de bile amère et qui ont des engorgements inflammatoires aux viscères, qu’à ceux qui ne sont pas dans cet état. Il n’altère pas autant que le vin doux ; il adoucit le poumon ; il procure une expectoration modérée, et calme la toux ; car il a quelque chose de détersif qui rend les crachats plus coulants que ne le fait le vin paillet (25). L’hydromel est en outre suflisamment diurétique, si l’état des viscères ne contrarie pas cet effet. Il fait aussi couler les humeurs bilieuses, tantôt louables, tantôt plus foncées qu’il ne convient et trop écumeuses ; ces effets se produisent surtout chez les bilieux dont les viscères sont engorgés. L’hydromel facilite davantage l’expectoration, il adoucit mieux le poumon quand il est aqueux ; au contraire, quand il est bien chargé de miel , il provoque davantage les selles écumeuses, plus foncées en couleur par la bile et plus échauffées qu’il ne convient. Ces déjections entraînent de graves inconvénients, car elles n’éteignent point le feu des hypocondres, mais elles l’entretiennent, et produisent de l’anxiété, et la jactation des membres; elles ulcèrent les intestins et l’anus, accidents auxquels on remédie de la manière que j’indiquerai ailleurs. Si dans les maladies [ aiguës ] on suspendait les décoctions pour faire prendre l’hydromel à la place de toute autre boisson, le plus souvent on s’en trouverait bien, et presque jamais on ne s’en trouverait mal. J’ai suffisamment précisé le cas où il faut le donner, ceux où il faut s’en abstenir, et les raisons pour lesquelles on doit le donner. Le vulgaire

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le condamne sons prétexte qu’il affaiblit ceux qui en boivent, et Ton a pensé , à cause de cela, qu’il précipitait la mort. Cette opinion a été émise à cause de ceux qui se laissent mourir de faim ; car quelques individus ne prennent que de l’hydromel, s’imaginant qu’il a cette vertu [d’affaiblir]. Mais il n’en est rien du tout. Bu seul il soutient les forces mieux que ne ferait l’eau pure , à moins qu’il ne porte le trouble dans les entrailles. Il est quelquefois plus fortifiant , quelquefois moins que du petit vin blanc sans parfum , et auquel il ne faut pas beaucoup d’eau pour être altéré. Le vin et le miel et l’hydromel purs, différent beaucoup quant à leur force respective ; si, par exemple, on prend comparativement une quantité do vin pur deux fois plus considérable qu’une quantité quelconque de miel, on serait bien plus fortifié par le miel, pourvu toutefois qu’il ne cause pas de perturbations du ventre ; car le miel laisse dans les intestins un résidu beaucoup plus abondant. Si, prenant d’abord la décoction d’orge, on boit de l’hydromel pardessus, il gonfle, il donne des vents, il fatigue les viscères de l’hypocondre ; si on le boit avant la décoction, il n’incommode pas comme quand on le prend après ; il est au contraire fort utile. L’hydromel cuit est beaucoup plus agréable à la vue que le cru; il est blanc, transparent, ténu; mais je ne lui connais point de vertu qui le distingue du cru. Il n’est pas plus doux, pourvu que ce soit du beau miel; il est à la vérité moins nourrissant, et il fait moins d’excréments que le cru ; mais l’eflicacité de l’hydromel n’est attachée à aucun de ces effets. On emploie surtout le miel préparé de cette manière, s’il n’est pas beau, s’il n’est pas pur, ou s’il est beau et peu parfumé ; car la coction le débarrasse de la plupart des impuretés qui lui donnaient un aspect repoussant.

1 6. Vous reconnaîtrez que ce qu’on appelle l’oxymcî , est une boisson d’un excellent usage dans la plupart des maladies aiguës. Il rend la respiration aisée, et facilite l’expectoration. Voici les circonstances qui rendent son emploi opportun : s’il est très acide, il n’exerce pas une médiocre influence spr les crachats qui sont difficilement expectorés;

il pousse les crachats arrêtés , il rend plus glissante la surface de la trachée , il la dilate en quelque sorte , et soulage beaucoup le poumon , car tous ces effets adoucissent cet organe, et s’il les produit, il procure un grand soulagement. Mais il arrive quelquefois , lorsqu’il est trop acide , qu’au lieu de pousser les crachats au dehors , il les épaissit et devient nuisible. Il en est surtout ainsi chez les individus gravement malades qui ne peuvent ni tousser ni expectorer les crachats qui obstruent les poumons. Il faut donc interroger les forces du malade pour régler l’administration de l’oxymcl, et le prescrire si on espère [sauver le malade]; il faut, si on le prescrit, le faire prendre tiède , à petites doses, et pas en grande quantité h la fois. Peu acide , il humecte la bouche , le pharynx , il fait expectorer et calme la soif, il est bon pour les hypocondrcs et pour les viscères qu’il renferme. Le vinaigre empêche les mauvais effets du miel , il enlève au miel ce qu’il a de bilieux ; il fait sortir les vents, pousse aux urines , humecte en même temps la partie inférieure des intestins , évacue des matières semblables à des raclures ; il devient quelquefois nuisible dans les maladies aiguës, surtout parcequ’il empêche les vents de s’échapper et qu’il les fait remonter; et aussi parcequ’il affaiblit un peu et qu’il refroidit les extrémités. Je ne reconnais à l’oxymcl que ce seul inconvénient qui mérite d’être signalé. Il est utile de donner un peu de cette boisson la nuit, à jeun, avant de prendre la décoction ; mais quand il s’est écoulé un temps assez long après l’ingestion de la décoction, rien n’empêche d’eu faire boire. Quant à ceux qui sont à l’usage exclusif des boissons , sans prendre de décoctions, il ne convient pas de leur faire prendre l’oxymcl incessamment et pendant tout le cours de la maladie, d’abord parcequ’il crisperait et irriterait la surface des intestins ( car il agit avec plus d’intensité sur un intestin vide de tout excrément et aussi quand les vaisseaux sont vides), ensuite parcequ’il enlèverait à l’hydromel sa vertu nutritive. Lors doncqu’on jugera convenable de donner l’oxymel copieusement et pendant tout le cours de la maladie, il ne faut mettre de

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vinaigre que juste la quantité nécessaire pour qu’on s’aperçoive de sa présence. De cette manière il ne produira aucun des mauvais effets qu’on pourrait en redouter, et on en tirera tous les fruits qui sont à en tirer. Pour le dire en un mot, l’acidité du vinaigre réussit mieux à ceux qui ont une surabondance de bile amère qu’Ii ceux chez qui domine la bile noire. Ce qu’il y a d’amer, elle le dissout, le convertit en phlegmc en le mettant en mouvement; mais ce qu’il y a de noir elle le fait fermenter, le met en mouvement et le divise h l’infini, car l’acide fait sortir les matières noires. Eu général, il est plus contraire aux femmes qu’aux hommes, car il produit des hystéralgies.

17. Quant à l’usage de l’eau dans les maladies, je ne vois guère quelles vertus je pourrais lui attribuer ; elle n’a la propriété ni de calmer la toux chez les pérlpneumoniques , ni de faciliter l’expectoration. Elle est inférieure à toutes les autres boissons , si on la prend seule ; toutefois , l’eau bue entre l’oxymel et l’hydromel peut faciliter l’expectoration , et cela , à cause du changement opéré dans la qualité des boissons; car elle produit dans le corps une sorte d’inondation. Loin d’apaiser la soif , elle rend la bouche amère , car elle est bilieuse pour les natures bilieuses ; elle est mauvaise pour les hypocondres ; elle est détestable , très bilieuse et très affaiblissante quand elle arrive dans des organes vides ; elle gonfic la rate et le foie quand ces viscères sont échauffés; elle cause des gargouillements; elle flotte dans les intestins , car elle passe difficilement à cause de sa qualité froide et crue; elle ne sollicite ni les selles ni les urines ; elle nuit encore en ce que, par nature, elle ne laisse aucun résidu excrémentiel. Si on en boit quand on a les pieds froids, elle produit chacun de ces effets avec plus d’intensité, quel que soit celui qu’elle provoque. Dans les maladies [aiguës], quand on soupçonne une forte pesanteur de tête ou un trouble des centres phréniques, il faut s’abstenir entièrement du vin et faire boire de l’eau, ou bien du vin léger, paillct, bien trempé, peu odorant, et après ce vin on

fera prendre de l’eau par-dessus. Ainsi seraient atténués les fâcheux effets que le vin pourrait avoir sur la tête et sur l’intelligence. Pour ce qui est des cas où il faut avoir de préférence recours à l’eau, de ceux où il faut en donner beaucoup, de ceux où il faut en faire boire modérément , enfin , de ceux où il faut la donner chaude ou froide, je viens de les indiquer en partie précédemment; je signalerai les autres dans l’occasion. Quant à l’opportunité de l’administration des autres boissons, telles que l’eau d’orge, le jus d’herbes , la décoction de raisins secs, de marc d’olives, de froment , de carthame ( carthamus tinctorius) , de baies de myrthe , de grains de grenade et autres, il en sera question à propos de chaque maladie en particulier ; [je parlerai ] également des autres remèdes qu’on emploie.

18. Les bains conviennent dans beaucoup de maladies; pour les unes quand ils sont fréquents, pour les autres quand ils sont rares.. Il arrive souvent qu’on les emploie peu, faute des ustensiles nécessaires chez les particuliers. En effet, peu de maisons sont fournies de tout ce qu’il faut, et des serviteurs dont il est besoin (26). Or , si on ne prend pas les bains convenablement , ils nuisent beaucoup. On doit avoir une pièce qui ne fume point , beaucoup d’eau qui se renouvelle incessamment et qui ne vienne point à flots , à moins que cela ne soit nécessaire. Habituellement, on ne fait point de frictions détersives , et si on en fait, il faut se servir d’une substance plus chaude et plus étendue [ d’eau ou d’huile ] que d’habitude (27); avant, et immédiatement après, on pratiquera une affusion assez abondante. Il faut que le trajet pour arriver à la baignoire soit court, et qu’on puisse y entrer et en sortir commodément (28). Celui qui prend le bain doit être à son aise , ne point parler , n’avoir rien à faire par lui-même. C’est aux autres à pratiquer les ^ffusions et les onctions, à avoir ensuite toute préparée de l’eau tiède à divers degrés [pour la sortie du bain] (29) , à faire les affusions rapides et rapprochées. Il faut se servir d’éponges au lieu de brosses, ne pas laisser le corps trop se sécher avant de

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l’oindre; il convient de sécher la tête le plus possible en l’essuyant avec des éponges (30), et de ne pas laisser refroidir ni les extrémités, ni la tête, ni le reste du corps. Le malade ne doit pas entrer au bain [immédiatement] après avoir pris quelque bouillie ou quelque boisson ; il ne doit pas non plus en prendre immédiatement après en être sorti. Dans la maladie, il faut prendre en grande considération , si en bonne santé on aimait les bains, et si on était habitué à en prendre; les individus qui sont dans ce cas désirent les bains plus que , d’autres, ils en retirent du profit et souffrent d’en être privés. Le bain vaut en général mieux dans la péripneumonie que dans les causus ; il calme les douleurs de côté , celles de la poitrine , celles du dos ; il cuit les crachats , en facilite l’expectoration. Il rend la respiration plus aisée, enlève les lassitudes , car il assouplit les membres et amollit la peau. Il est diurétique, il dissipe la pesanteur de tête; il rend coulant le phlegme qui doit sortir par le nez. Tels sont les avantages attachés au bain pris avec toutes les précautions convenables ; mais si on omet une ou plusieurs de ces précautions, il est à craindre que le bain ne nuise plus qu’il ne serve, car chaque omission faite par les serviteurs, peut occasionner un grand mal. Le Dam ne convient dans les maladies, nia ceux qui ont le ventreextraordinairement humide, ni à ceux qui l’ont extraordinairement resserré et qui ne peuvent pas évacuer ; ni aux malades affaiblis, ni à ceux qui ont des nausées , ni à ceux qui ont des envies de vomir, ni à ceux qui regorgent de bile , ni à ceux qui ont des hémorragies du nez , à moins qu’elles ne soient pas aussi abondantes qu’il le faudrait , et l'on en connaît la mesure ; si donc l’hémorragie n’est pas suffisante, on fera bien de donner le bain soit à tout le corps, soit à la tète seulement, suivant qu’on le juge convenable. Quand toutes les commodités sont réunies, et que le malade paraît se devoir bien trouver du bain, il faut l’y mettre chaque jour, et même ce ne serait pas une chose nuisible que d’en donner deux fois par jour à ceux qui les aiment. Il paraît , en général , mieux con-

venir aux malades qui prennent la ptisane entière qu’à ceux qui usent seulement du suc de ptisane. Il convient aussi quelquefois, mais peu souvent, à ceux qui ne prennent que des boissons. Néanmoins, il en est aussi quelques-uns de ces derniers à qui les bains sont utiles. D’après ce que j’ai dit, il sera facile de déterminer si les bains sont utiles ou non , concurremment avec ces diverses espèces de régime. Ceux qui ont besoin de quelques-uns des avantages que le bain procure , et qui présentent les symptômes qu’il soulage , doivent être baignés; ceux au contraire qui n’en ont aucun besoin et qui offrent les symptômes que le bain n’améliore pas, ne doivent pas être baignés (31).

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INTRODUCTION

C’est assurément aux Aphorismes qu’IIippocrale doit sa grande popularité ; ce livre est entre toutes les mains; il est dans toutes les bibliothèques, non seulement des médecins , mais encore des gens du mondé ; beaucoup de personnes ne connaissent même le chef de l’école de Cos que par tes Aphorismes, et réduisent toutes ses productions à cet ouvrage. Du reste, comme le remarque très bien Gruncr ( Censura , p. 43), Hippocrate s’est acquis tant de gloire parla rédaction de ce livre, qu’il suffirait, en l’absence de tous les autres , pour assurer à son auteur une immortelle renommée. Toutes les formules d’éloges ont été épuisées pour les Aphorismes, et nul écrit de l’antiquité n'a peut-être été autant exalté; nul n’a plus occupé les savants, et n'a donné lieu, toute proportion gardée, à des travaux plus nombreux et plus variés , à de plus laborieuses recherches , à des commentaires plus éleudus, à des éditions cl traductions plus multipliées '.

C’est en commentant un aphorisme qu’un auteur ancien (Cf. Dietz, Sehol. in Aph., p. 4G5 , note 2), disait : Nous savons qu’ Hippocrate ne s'esl jamais trompé ! Étienne d’Athènes, dans la préface de scs scholics sur les Aphorismes (éd. de Dietz, p. 238), dit: ■ Cet ouvrage est très utile à ceux dont les études sont perfectionnées et à ceux dont elles ne le sont pas encore; à ceux qui ont commencé lard à apprendre la médecine; à ceux qui fréquentent les écoles; à ceux qui sont obligés de voyager et de parcourir les villes; à ceux qui ont des dispositions naturelles et à ceux qui n’en ont pas ; à ceux qui ont la conception facile, et à ceux qui l’ont plus lente. Il est utile à ceux qui sont perfectionnés dans la médecine et à ceux qui ont des dispositions naturelles, pareequ’il leur rappelle ce qu’il y a de principal dans ce qu’ils ont

1 On peut voir dans Ackermann, dans Pierer et dans Ilaller ( Hist. lit., p. LXtv à xciv ; — De scriptis Hipp., p. cuii a ciaxxi ; — Bibl. irted., t. I, p. 4o à 59 i la liste ell'rayanic des manuscrits , éditions, traductions anciennes et modernes en toutes langues, en prose et en vers; des commentaires généraux ou partiels ; enlin des dissertations de toute nature.

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appris avec plus de détails; il l’est également à ceux qui ne sont pas perfectionnés et à ceux qui sont obligés de voyager, parcequ'il leur présente en résumé ce qui est dit plus longuement dans d’autres ouvrages. » Galien avant Étienne avait fait les mêmes éloges du genre aphoristique en général, et des Aphorismes en particulier, qui sont un modèle de ce genre (Corn. 1 , in Prorrh., t. 4). Commentant le texte suivant de l’ Appendice au traité du Jiégime : « Vous saignerez dans les maladies aiguës , si le mal vous paraît intense , si les malades sont dans la vigueur de l’âge, et s’ils ont de la force, » Galien dit : « Ce texte est digne d’Hippocrate, et je suis étonné qu’il ne l’ait pas reproduit dans les Aphorismes , car dans cette courte sentence il y a une grande portée comme dans chaque aphorisme. » Suidas (Lexicon in voc. ’lnnoxpArvii) a renchéri sur tous ces éloges, en disant que les Aphorismes dépassent l’étendue de l esprit humain !

A côté de ces jugements anciens je place celui d’un homme dont le goût littéraire, dont l’érudition variée et facile sont connus et appréciés de tout le monde, de M. Pariset enfin. <■ Quelle « autre main , dit-il ( Dédicace de sa trad. des Aph.), que celle « d’Hippocrate eût été digne d’écrire le livre des Aphorismes ? « Non que ce livre soit absolument parfait, l’ordre y manque dans « quelques parties; on y rencontre des répétitions inutiles et des « propositions erronées ; mais , pris dans son ensemble , est-il en « médecine un ouvrage où brille plus d’originalité, de finesse, de « vérité, de profondeur? Quel autre livre ouvre d’un motà lapen- « sée un horizon plus vaste et plus éclairé? Le propre de ce grand « homme est de fécouder l'entendement de ses lecteurs; il leur « communique quelque chose de sa force; il semble leur attacher « des ailes pour les élever jusqu’à lui. Mille écrivains, du reste, « ont été frappés dans Hippocrate de ce style nerveux , concis, pit- « loresque , qui donne la vie aux objets les plus inanimés. »

On sait d’ailleurs que les Aphorismes ont longtemps servi de textes aux leçons des professeurs , que les étudiants d’autrefois les apprenaient avec soin , et que ceux de nos jours ont encore, pour la plupart, conservé la louable coutume d'en placer quelques-uns à la suite de leur thèse pour le doctorat.

Suivant Étienne (éd. de Dietz , p. 239), Soranus avait divisé les Aphorismes en trois sections, Rufus en quatre , et Galien en sept; je dirai plus loin ce que c’est que la huitième section. Ackermann ( llisl . Hier. Ilipp., p. lxi, éd. de K. ) remarque avec raison que Galien a bien adopté et conservé ce partage en sept sections, mais qu’il ne parait pas en cire le premier auteur, car il

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n’eût pas manqué de le dire et de s’en faire honneur ' ; et lors* qu’il cite d’anciens textes des Aphorismes , il le fait comme si cette division était admise depuis longtemps. Ackermann regarde en conséquence la division de Soranus et de Rufus non comme antérieure, mais comme parallèle à celle que Galien a suivie. M. Littré (t. 1, p. 105) a aussi remarqué que: «malgré les divisions et les coupures différentes, les Aphorismes se sont toujours suivis dans le même ordre : Marinus, ajoute-t-il , en fournit une preuve. Dans la septième section , au lieu de : dans les brûlures considérables les convulsions ou le tétanos est fâcheux, Marinus lisait: dans les blessures considérables, ajoutant que l'aphorisme suivant justifiait cette leçon [Gai. Corn, t'n Aph., VU, 13]. En effet, l’aphorisme suivant est relatif aux blessures, et il a conservé la place qu’il avait du temps de Marinus et de Galien. Or, celui-ci est antérieur d’une cinquantaine d’années au médecin de Pergame, qui a laissé les Aphorismes dans l’ordre où ils étaient avant lui. »

Ces réflexions sur les diverses coupures qu’on a fait subir aux Aphorismes m’amènent tout naturellement à dire quelques mots des nombreuses tentatives qui ont été faites pour les ranger suivant un ordre systématique. Ces tentatives doivent être jugées en elles-mêmes et appréciées dans leur exécution. Considérées en ellesmêmes, elles n’ont d’autre résultat que de faire disparaître entièrementeette antique physionomie, ce caractère original qui donnent aux Aphorismes une grande partie de leur valeur, et qui en font un monument précieux pour l’histoire de l’école de Cos ; elles n’aboutissent qu’à faire perdre de vue le système prognostique qui a présidé à la rédaction de cette espèce de compendium de la médecine et de la chirurgie des Asciépiadcs D'ailleurs ces tentatives ne me paraissent pas s’appuyer sur un principcsolide. En effet, quel but peut-on se proposer avec ces éditions prétendues méthodiques? Je ne suppose pas que l’on veuille, de nos jours surtout, faire, avec les Aphorismes classés d’après les règles de la nosologie actuelle, un livre pratique devant servir à former les étudiants et à guider les praticiens , en leur fournissant des notions précises sur tel ou tel point d’étiologie, de diététique ou de pathologie médico-chirurgicale. D’ailleurs, que de lacunes dans ce prétendu f^ade-mecum! combien de nos divisions modernes aux-

* Je remarque aussi que dans son ouvrage de Libris propriis (cap. 6, p. 35, t. XIX) , U se contente de dire qu'il a encore fait sept commentaires sur les Aphorismes ; il est également évident , d’après les commentaires de Galien , que la distinction de chaque aphorisme est fort ancienne.

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quelle» rien ne répond dans les Aphorismes1, et dés lors quel mauvais service rendre à Hippocrate que de le montrer si incomplet! Assurément il vaut beaucoup mieux, dans son inlérét, laisser à l’ouvrage qui passe pour son chef-d’œuvre cet ensemble imposant qui captive l’esprit et qui donne Une grande idée de. l’auteur. On pourra peut-être trouver quelques motifs spécieux dans le désir de présenter la somme des connaissances d’Hippocrate sur un point donné , et de faciliter ainsi les recherches faites dans cette direction ; mais il me semble qu’on pourrait obtenir a moins de frais et avec moins d’inconvénients ce résultat, à l’aide d’une bonne table analytique par ordre de matières; on aurait ainsi l’ouvrage original et une classification plus ou moins en harmonie avec les counaissances de notre époque. Du reste, ces éditions ne dispensent point des éditions vulgaires, car, malgré le soin que les auteurs prennent ordinairement de marquer la section et le rang de l’aphorisme, malgré les tables de concordance quequclques-uns ont placées à la On de leur volume, il est très difficile et très long d’y retrouver une citation faite d'après les éditions ordinaires. — Il est encore une considération qui fortiGe mon opinion sur les éditions systématiques, c’est que, dans le livre des Aphorismes , beaucoup de sentences se tiennent, se prêtent un mutuel appui, s’expliquent l’une par l’autre , sentences que l’on est souvent obligé de séparer pour les faire rentrer dans les divisions qu’on a tracées d’avance , et qui, ainsi isolées, se comprennent à peine, ou perdent toute la valeur et l’importance qu’elles ont dans leur ordre primitif. Ceci est surtout très évident si, dans ces classements, on essaye de substituer lc texte grec aux traductions. Galien et les autres" commentateurs anciens ont, du reste, très bien compris la relation qui existe entre un grand nombre de sentences, et ils n’ont pas manqué de s’en servir pour leur interprétation.

Après avoir apprécié en elle-même l’idée d’un classement des Aphorismes, j’ai voulu juger par les tentatives déjà faites et par ma propre expérience les résultats auxquels on pouvait arriver h l’aide de ce classement; j’ai donc étudié avec un soin particulier quelques-unes de ces éditions systématiques, mais surtout les deux dernières, celles de MM. Dczciineris, Quénot et AYahu, comme représentant le mieux notre nosologie actuelle; frappé bientôt des nombreuses irrégularités qu-’clles présentent, du vague des divisions qui y sont admises , Je me suis moi-même mis à l’œuvre, et après de nombreux essais , après avoir exploré les Aphorismes dans tous les sens, après avoir tenté vingt classifications, je me suis convaincu , ce dont j’étais à peu près persuadé d’avance , que

APHOttlSMES.

la faute n’était pas du côté des éditeurs, mais tenait à la nature même du livre. En effet, dans les Aphorismes , véritable résumé de la médecine prognostique de l’école de Cos, la pathologie y est envisagée d’une manière toute synthétique, qui diffère absolument de notre méthode descriptive, née de la prépondérance que le diagnostic local a pris de nos jours , et qui consiste , d’une part , à isoler les unités morbides, et de l’autre à étudier pour chacune d'elles les causes*, les symptômes, la marche, la terminaison , le diagnostic , les variétés, la thérapeutique , enfin l'anatomie pathologique. Dans les Aphorismes, au contraire, on ne rencontre (à part les sentences relatives à la diététique et à la thérapeutique générale), on ne rencontre , dis-je , que des propositions prognostiques. Dans les unes on trouve l’interprétation des signes qui se montrent dans un état pathologique déterminé ; dans les autres les signes sont étudiés en eux-mêmes, et indépendamment des maladies. Souvent aussi dans un même aphorisme sont réunies plusieurs maladies et plusieurs signes , en sorte qu’il faut séparer ce qui est uni , comme il faut souvent aussi réunir ce qui est séparé. Je remarque encore qu’un certain nombre d'aphorismes ne trouvent point de place régulièrcdans aucune des divisionsquel'on peut admettre et que d’autres doivent être à la fois classés dans plusieurs catégories. Enfin, et c’est ù mon avis 1a plus grande preuve de l’inutilité de ces classements, on ne peut raisonnablement admettre que des divisions très vagues, dans lesquelles on fait figurer une foule de sentences disparates , et dont quelques-unes rentrent à peine sous le titre auquel on les rapporte ; en sorte qu’on n'apprend véritablement rien de plus au lecteur que ce qu’il peut apprendre lui-même en parcourant les sentences , telles qu’il les trouve dans leur ordre primitif. Il y a plus . c’est qu’on ne peut même pas, dans ce cas, se passer d'une table analytique, comme l'a bien senti M. Dezeimeris lui-même. Si l’on voulait éviter cette banalité des divisions, on tomberait infailliblement dans l’exccs opposé, et il faudrait admettre presque autant de cases qu'il y a d'aphorismes. Je n’ai pas besoin de rapporter ici des exemples particuliers de tous ces inconvénients , que je signale d’une manière générale; j'en pourrais fournir un grand nombre, car j'ai assez appris par moi-mème à les connaître 1 .

1 Voici (lu reste le sentiment de M. Lallemand sur ce point: « Il y aurait un avantage incontestable à grouper les aphorismes par ordre de matière, mais on peut obtenir les mêmes résultats à l’aide d'une table alphabétique ; et le plus important est d’être sûr de s’entendre , de pouvoir trouver promptement le texte indique dans une citation. Or, cela serait impossible aujourd'hui , si chaque traducteur ou commentateur avait adopté une classification particulière. ■> fl'rad. des Apli., p. vu j

APHORISMES

En résumé, la tentative d’une édition systématique des Aphorismes me parait une idée malheureuse, et son exécution me semble très difficile, pour ne pas dire impossible; toutefois, la donnée étant admise et appliquée, s’il fallait me prononcer sur le mérite relatif de l’une ou de l’autre de ces nombreuses éditions 1 , je n’hésiterais pas à me décider en faveur de celle que M. Dezeiineris a publiée en 1811. L'auteur a su échapper, autant qu’il était en son pouvoir et dans la nature de son sujet, aux difficultés que je signalais tout à l’heure.

Ir‘ Section. Je me suis longuement arrêté , dans la première note , sur le premier aphorisme , qui est dans tonies les mémoires et sur toutes les lèvres, qui devrait être gravé en lettres d'or sur le fronton des écoles , et mis en tète de tous les traités de médecine. — Dans le deuxième , Hippocrate établit que les évacuations artificielles doivent être réglées sur les évacuations naturelles; il revient sur la tnéme idée dans l’aphorisme vingt et unième , cl aussi dans l’aphorisme deuxième, sect. IV. Les médecins anciens perdent rarement de vue cette considération, que les œuvres de la médecine doivent se régler sur les opérations de la nature, et que les procédés curatifs de la première doivent être souvent une imitation des procédés curatifs de la seconde. Celte considération est féconde en applications pratiques, et elle est malheureusement trop négligée de nos jours. — Le troisième aphorisme est en quelque sorte le point de départ, le principe de tous ceux qui suivent sur le régime des malades. — L’aphorisme douzième est remarquable: il résume les indications générales qui doivent servir à régler le régime ; il se lie intimement à ceux qui le précèdent, et l’en sépafer comme on le fait dans les éditions systématiques, c’est assurément lui faire perdre toute sa valeur et laisser les autres propositions incomplètes.— Celte première section se termine par quelques propositions sur la thérapeutique. On devra la lire parallèlement au Traité du Régime , dont elle semble un résumé ; elle se distingue des autres par l’enchaînement rigoureux qu’un certain nombre de propositions ont entre elles, cl par la clarté, la précision et la beauté du style. On peut la regarder comme un travail achevé.

La II* section est surtout consacrée au prognostic; toutes les pro-

1 J’en compte plus de trente dans Ackcrmann; j’ajoute : Dczeimeris , nésumè de la médecine hippocratique , ou Aphorismes d'Hippocrate, classés dates un ordre systématique , Paris, 1841, in-32; Quénot et Wahu , avec ce titre singulier et inexact : Aphorismes d’Hippocrate , comprenant le Serment , les Maximes d' hygiène et de pathologie , les Pronostics , la ttfelé, tique , la Thérapeutique et la Gynécologie ; tirés des documents de la Pibliolhéque du Roi; in-18. Paris, 1843.

APHORISMES

positions y ont une grande généralité, et sont pour la plupart indépendantes les unes des autres. On y remarque aussi un eertain nombre de sentences sur la thérapeutique générale et spéciale, sur la diététique, sur les crises; enfin, dans le trente-huitième aphorisme on retrouve cette grande loi de l’habitude, si fortement établie dans le traité du Régime.

La IIIe section est tout entière consacrée à l’appréciation des saisons et des différents âges , considérés comme causes déterminantes ou modificatrices des maladies. Une grande partie de celle section doit, pour être bien comprise, être lue comparativement avec le traité des Air», des Eaux et des Lieux , dont elle parait extraite en grande partie.

On peut diviser la IV* section en deux séries bien distinctes : la première, qui s’étend jusqu’à la vingtième sentence inclusivemept, comprend une suite de propositions sur l’emploi des purgatifs. J’ai retrouvé en substance la plupart de ces propositions dans le traité des Purgatifs de Rufus. (Ed. de De Matthæi, p. 3el suiv.) — La seconde partie est consacrée à l’exposition et à l'interprétation des signes dans un certain nombre de maladies déterminées et notamment dans les fièvres. Comme il est rare de trouver des traces de diagnostic dans les écrits hippocratiques , on remarquera les sentences trente-huitième et trente-neuvième toutes vagues qu’elles sont. Les derniers aphorismes de cette section traitent de la valeur prognostique des urines en général . et en particulier dans leurs rapports avec les maladies des voies urinaires.

V* Sect. Elle peut être divisée en trois séries. La première doit être regardée comme la continuation de la seconde partie de la IV* section ; ainsi que cette dernièro, elle roule sur les signes prognostiques propresà chaque maladie en particulier. — Dans la seconde série , l’auteur étudie les effets du froid et du chaud sur l’organisme en général , et comme moyen thérapeutique dans diverses maladies, notamment dans les affections chirurgicales , et plus particulièrement dans les plaies. M. Magendie, dans de savantes leçons au collège de France, a eutrepris une suite de très curieuses expériences sur les effets physiologiques de la chaleur et du froid , effets jusqu’alors peu connus ou mal étudiés. Malheureusement ces expériences, qui ont conduit à des résultats tout à fait inattendus et en désaccord avec certaines lois physiologiques admises généralement , mais

1 On consultera avec fruit sur la médecine purgative et sur les médicaments purgatifs dans la collection hippocratique, la dissertation suivante: de Uippocratls melhodo alvum puryundi ; par C. O. Seidenschnur ; Lipsiæ, 1843 , in-4*, 58 pp.

APHORISMES

a priori , n'ont pa9 été poussées jusqu’au bout , et les premières n’ont pas été publiées. Les effets thérapeutiques du froid ont été étudiés avec soin par M. La Corbière ’.

Il serait très curieux de comparer ici les données de la science moderne avec celles de la science d’Hippocrate; mais ni le cadre que je me suis tracé, ni les limites qui me sont imposées, ne me permettent d’entrer dans ces détails. — La troisième partie est , à quelques aphorismes près , consacrée tout entière à la gynécologie, ou élude des maladies propres aux femmes à l’état de vacuité ou de gestation.

Pour peu qu’on ait fait attention aux divisions qne j’ai signalées, et aux divers ensembles que présente chaque section , on demeurera convaincu qu’un plan a été primitivement suivi pour la coordination des Aphorisme» , plan assurément très imparfait et qui n’a aucune analogie avec celui que nous nous tracerions aujourd’hui, mais qui représente fidèlement un antique système médical et qui , par conséquent, doit être respecté.

VI* Section. Les sentences renfermées dans cette section sont très variées : elles ont toutes rapport à l’interprétation des signes particuliers dans un très grand nombre de maladies. La chirurgie y domine plus que dans les autres sections.

Le début de la VIIe section est tout à fait remarquable. Les vingt-quatre premières sentences contiennent l’exposition et l’appréciation des épiphénomènes, des complicationsdans les maladies etde la succession des maladies elles-mêmes les unes aux autres. Il en est de même des dernières sentences. Les aphorismes intermédiaires sont encore consacrés au prognoslic Celte section présente un très grand nombre de répétitions des autres sections, surtout de la IV* etde la VI*.— Dans son commentaire sur la quatre-vingt-unième (vulg. 83*) sentence, Galien dit i « Cet aphorisme est le dernier, dans la plupart des exemplaires; dans certains , il s'en trouve encore quelques-uns. Parmi ces aphorismes , lesunssont la reproduction d’aphorismes légitimes , les autres sont plus courts, les autres un peu plus développés, d’où j’ai conclu qu’il n’était pas nécessaire de les admettre. »

Ce sont précisément ces aphorismes, au nombre de six , qui forment le commencement de notre VIII* section, que beaucoup d’éditeurs ont omise en totalité ou en partie comme fausse et tout à fait apocryphe. Mais aucun avant M. Littré n’a eu des données cer-

* Traité du froid; de son action et de son emploi , inlus et extra , en hygiène , en médecine et en chirurgie. ( Paris, 1839, i vol. in-8* en 4 part. ) Les hydropaihcs, au milieu de leurs rêveries, ont aussi présente sur ce point quelques considérations utiles.

APHORISMES

tannes sur cette VIIIe section. Ce critique a établi d’une manière positive qu’elle est composée de deux parties : l’une contenant les aphorismes que Galien signale, mais qu’il n’a pas voulu commenter, et qui sont, comme je l’ai dit, les six premiers ' ; l'autre est constituée par un long morceau emprunté au traité des Semaines , traité sur lequel il y a plusieurs témoignages anciens , mais dont on ne connaissait que le nom avant que M. Littré l’ait exhumé d’une vieille traduction latine où il était enfoui. Celle précieuse découverte a jeté un jour tout nouveau sur la VIIIe section des Aphorismes et sur l’opuscule des Jours critiques, qui est aussi tout entier formé aux dépens du traité des Semaines. D’un autre côté, c’est grâce à l’existence de ces deux morceaux qu’on doit de posséder un spécimen du texte grec original de ce traité des Semaines , dont il ne reste plus qu'une traduction latine très barbare, ainsi qu’on le voit par les fragments que M. Littré en a donnés dans sou Introduction générale (p. 384 et suiv.), d’ou j’ai extrait ces divers renseignements. Suivant M. Littré « le livre des « Semaines est un traité des fièvres fondé sur deux opinions qui « ont la prétention de tout expliquer, à savoir que les choses natu- « relies sont réglées par le nombre sept, et que le principe vital est « composé du chaud et du froid élémentaires, dont les variations « constituent les affections fébriles. Ce traitées! du même auteur que « le livre des C'Iutirs, et probablement aussi que le livre du Cœur.» ,( lnlrod . p. 409.) Nous apprenous par Galien ( voir plus loin p. 337, I. 8 ) , et par le huitième aphorisme de la VIIIe section (reproduit en partie dans l'opuscule des Jours critiques), que l’auteur professait sur Ja conformité des maladies avec les saisons une doctrine contraire à celle d’Hippocrate. -

Les témoignages anciens sur les Aphorismes sont nombreux , et remontent à une époque très reculée, jusqu’à Dioclèsde Caryste, médecin fameux, que l’on a appelé le second Hippocrate, et qui parait avoir vécu peu de temps après le chef de l’école de Cos. Voici ce que dit M. Littré sur le témoignage de Dioclès au sujet des Aphorismes « Par sa date et par ses connaissances spéciales, « Dioclès est un des témoins les plus essentiels pour l’histoire des

1 ÉosquilJon , dans son édition grecque-taline de a 78 1 , Ç. II, p. I3i , et dans la traduction française, p. 201 , remarque qnoIaVIIJe section manque dans les manuscrits les plus anciens , et qu’il ne l’a retrouvée que dans ceux du xve siècle ; en second lieu , qu'à partir du n” 7 , les derniers aphorismes de cette section ne sont donnés que dans un manuscrit ( le ms. 2M6 du xvi* siècle). Aussi M. Littré pense avec raison que les aphorismes tirés du traité des Semaines, ont été ajoutés à une époque très récente. — Foës dit également dans ses notes que les derniers aphorismes ne se trouvaient pus dans les bons manuscrits.

APHORISMES

« livres hippocratiques ; il a vécu à une époque où il a pu oonnailrc « parfaitement les hommes cl les choses. Or, Dioclès combattant « un aphorisme [II, 34 J , dans lequel Hippocrate dit qu’une « maladie est d’autant moins grave que la saison y est plus con- « forme, nomme le médecin de Cos par son nom. » Ce passage nous a été conservé par Étienne (éd. de Diclz, p. 3*26), et la citation de ce commentateur est continuée par une autre de Galien , qui, dans son commentaire sur le même aphorisme , dit : « la doctrine contraire est soutenue par Diodes et par l’auteur du traité des Semaines. » Nous sommes donc assurés, par un témoin presque contemporain, que les Aphorismes sont bien d’Hippocrate, ou du moins qu’ils lui ont été attribués dès la plus haute antiquité. D’autres témoins, dont l'autorité n'est guère moins imposante, puisqu’ils vivaient près de trois cents ans avant Jésus-Christ, et qu’ils avaient puisé à des sources plus pures . plus directes et plus rapprochées de l’époque d’Hippocrate que celles qui sont arrivées jusqu’à nous, déposent en faveur de l'authenticité des Aphorismes.

liacchius, contemporain de Philinus qui avait été auditeur d’Hérophilc, Héraclide de Tarente et Zeuxis, tous deux empiriques, furent, au dire de Galien ', les premiers qui commentèrent les Aphorismes. Le même critique nous apprend aussi1 * 3 que Glaucias regardait le traité des Humeurs comme appartenant à un Hippocrate autre que le grand Hippocrate auteur des Aphorismes.

Après les critiques de l’école d’Alexandrie, nous trouvons Asclépiade qui vivait à Rome vers l’an 00 av. J. C., sous Crassus et Pompée, et qui avait composé sur les Aphorismes un commentaire, dont Érotien (Gloss., p. 300) et Ccelius A urélianus (de Morb. acul., III, 2), citent le second livre. Thessalus de Traites fournit un témoignage d’un autre genre ; il avait composé un ouvrage pour réfuter les Aphorismes. Galien traite fort mal Thessalus, et il prétend qu’il aurait dù apprendre avant de critiquer 3.

Érotien, que l’on peut en quelque sorte regarder comme l’anneau qui attache la chaîne des témoignages anciens à celle des témoignages comparativement plus modernes, place les Aphorismes à côté des Epidémies dans ics Mélanges ( Gloss., p. 22). Après Érotien vient Sabiuus qui avait commenté les Aphorismes , ainsi que cela ressort indirectement d’un passage où Galien dit 4 que Julien , au cotn-

1 Com. in Apli. VII, texte 70, p, i8(>, t. XVIII.

1 Com. 1 , in lib. de Uum. in prouem., p. 1,1- XVI. Cf. aussi Littré , I. I, p. 89.

* Gai. adv. Julianum , S- t , p 247 et suiv,, t. XVIII.

4 Adv. Julianum , lit , p. 255 , t. XVIII. Cf. aussi Littré, 1. 1 , p. t«3.

338 APHORISMES

mencement de son commentaire, s’était beaucoup plus occupé des explications de Sabinus que du texte de son auteur. D'ailleurs, Étienne , p. 239 , dit que Sabinus reconnaissait les Aphorismes comme légitimes. Si Soranus(d’Éphèse?) et Rufus n’ont pas commenté cet ouvrage, iis s'en sont du moins occupés, car on a vu plus haut qu’ils l’avaient divisé d’une manière particulière. Il est également vraisemblable, d’après deux passages de Galien ', que Marinus avait travaillé sur les Aphorismes. Quintus avait aussi fait un commentaire qui a été rédigé par son disciple Lycus de Macédoine '. Ce Lycus avait également composé pour son propre compte un commentaire contre les Aphorismes. Galien, comme on doit bien le penser, juge Lycus très défavorablement. Dans son premier commentaire sur le traité des Humeurs (texte 24, p. 198, t. XVI), il dit : « Qui pourrait supporter l’impudence de Lycus , l’ignorance d’Artemidore, le bavardage et les discours Insensés de beaucoup d’autres ! »

Galien cite encore Numésianus et Dionysîus comme ayant commenté les Aphorismes ; il estime particulièrement Numésianus ’.

Le Pseudo-Oribaze (p. 8, éd. de 1535) nous apprend aussi que Pélops , disciple de Numésianus , et maître de Galien , avait donné une traduction très littérale des Aphorismes. Enfin , le dernier commentateur qui soit connu avant Galien, c’est Julien qui avait écrit un ouvrage en quarante-huit livres contre les Aphorismes. Le médecin de Pergame a écrit une réfutation du deuxième livre.

Paul Manuel , en tête de son édition grecque des Aphorismes (Venise, 1542), Ackermann (Lib. cil., p. lx et suiv.), et Gruner ( Cens., p. 44 et suiv. ), ont recueilli avec soin les divers textes où Galien exprime son sentiment sur les Aphorismes ; il me suffira d’en rapporter quelques-uns

Dans son traité delà Dyspnée (III , t,) Galien dit que \e& Aphorismes sont accordés avec raison à Hippocraie. Dans son traité des Crises, il regarde les Aphorismes commeun véritable compendium. ou abrégé des matières traitées plus au long dans les autres traités du médecin de Cos 4 ; il pense qu’ils ont été rédigés après les Epidè-

‘ Com. inAph. VT, texte 13 et 5^4 , p. 1 1 3 et 163.

• Com. in Api i. III, in proœm., t. XVTI, p. 562. Cf. aussi Littré, t.I, p. 105 et 106.

* Com. in Aph. IV, texte 6», p. 75ietV, 44, p. 837, t. XVII; Com. I in lib. de llum., t. 24, p. 197, t. XVI.

« C’était aussi le sentiment d’Étienne (p. 230) qui compare les Aphorismes au traité de Galien , intitulé l'Arl [ médical J ('h tiyyt j [ iarpi/.ÿ ]), ouvrage Hui a joui dans le moyen Age d’une immense réputation.

APHORISMES. 339

mies; il les regarde comme l’oeuvre de la vieillesse d’Hippocrate, comme le dernier legs d’une expérience consommée. Ce livre contient, en efTet , sur la nature, les signes, l’issue et les causes des maladies, sur le régime et sur la thérapeutique des propositions qui sont évidemment dictées par un grand praticien ; on y retrouve de nombreux passages qui sont évidemment l’abrégé d’autres passages des traités du Pronostic, du Régime, des Airs, des Eaux et des Lieux, et des livres chirurgicaux.

Galien reproduit souvent cette idée que les Aphorismes sont un compendium de la médecine d’Hippocrate. Ainsi, il dit (Com. I, in Progn , t. 4), qu’ils contiennent en abrégé les signes prognostiques de ce qui arrive en nous par suite de l'influence de l’air, qu'ils présentent les notions principales sur les maladies épidémiques (Com. III, in Progn.); qu’Hippocrate y donne un épilome des âges, des saisons dans leurs rapports avec les maladies; des constitutions épidémiques , des signes à tirer des urines et des prognoslirs à porter dans les maladies des femmes [de Dyspn.)

Toutefois, Galien avait bien reconnu que plusieurs sentences avaient été interpolées, que ce traité avait beaucoup souffert surtout vers la fin ; il le dit positivement dans la préface de son commentaire sur l’appendice du traité du Régime. (Voir mon Introduction à ce traité, page 300). Ailleurs (Com. in Aph. VI , 24) , il déclare qu’il aurait mieux valu effacer les aphorismes apocryphes que de les laisser subsister. J’ai, du reste , eu soin dans mes notes de signaler tous les aphorismes qu’il regarde comme suspects , déplacés ou inutilement répétés, surtout pour la VII' section; j'ai parlé plus haut de l’origine de la VIII'.

Je ne m’arrêterai pas longtemps maintenant sur les critiques qui sont venus après Galien. Domnus et Altalion , personnages tout à fait inconnus, sont mentionnés comme commentateurs des Aphorismes par le I’seudo-Oribaze (p. 8); Théophile (p. 467 et 601 ) , rapporte deux passages sur les Aphorismes , de Philagrius , qu’il appelle médecin periodenle (voir note 5 de la Loi.). Après Philagrius vient Gésius (Schol. in Ilipp., p. 343); après Gésius, Asclépius (p. 458 ) , qui s’était imposé la tâche d’expliquer Hippocrate par lui-même, et qui est sans doute le même personnage qu’Ètiennc appelle le nouveau commentateur. EnGn, Damascius, Théophile et Étienne eux mêmes ont fait des commentaires, dont le texte grec a été publié pour la première fois par Dietz. Ces commentaires ne sont eu général qu’un abrégé clair et précis de ceux de Galien. Celui d’Étienne est plus original , il contient des explications utiles et des renseignements précieux. Je

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termine cette introduction en traduisant un passage de sa préface t '

« Rufus. Sabinns . Soranus, Pélops et Galien , témoignent de l'authenticité des aphorismes ; et cet écrit est regardé comme si légitime, que les commentateurs s’en servent comme d’une règle pour déterminer si les autres livres sont authentiques ou apocryphes. Ou reste , la forme de l’exposition , la profondeur des choses qui y sont contenues, l’élégance de la phrase, prouvent assez que cet ouvrage est digne du grand génie d’Hippocrate. »

APHORISMES

1. La vie est courte, l’art est long, l’occasion est prompte [à s’échapper] , l’empirisme est dangereux , le raisonnement est difficile, il faut non-seulement faire soi-même ce qui convient , mais encore [être secondé par ] le malade, par ceux qui l’assistent et par les choses extérieures (1).

2. Dans les perturbations du ventre et dans les vomissements qui arrivent spontanément, si les matières qui doivent être purgées sont purgées, c’est avantageux et les malades le supportent facilement; sinon, c’est le contraire. De même pour une déplétion vasculaire [artificielle], si elle est telle qu’elle doit être, elle est avantageuse et les malades la supportent facilement ; sinon, c’est le contraire. Il faut donc considérer le pays , la saison , l’âge et les maladies dans lesquelles il faut ou non [recourir] à une déplétion (2).

3. Chez les athlètes, un état de santé porté à l’extrême est dangereux (3) ; car il ne peut demeurer à ce point, et, puisqu’il ne peut ni demeurer stationnaire, ni arriver à une amélioration , il ne lui reste plus qu’à se détériorer. C’est pour-r quoi il faut se hâter de faire tomber cette exubérance de santé, afin que le corps puisse recommencer à se nourrir ; il ne faut cependant pas pousser l’affaissement à l’extrême, car ce serait dangereux; mais le porter à un degré tel que la na-

* A*OriSMOI.— ApiiomsmI' ( Yulg .) Si.stenti.* définit*. (HonnuUi.)

ture de l’individu puisse y résister. De même les déplétions poussées à l’excès sont dangereuses, et à leur tour les répétions poussées à l’extrême sont dangereuses (4).

4. Le régime exigu et rigoureusement observé, est toujours dangereux dans les maladies de long cours, et dans les maladies aiguës où il ne convient pas ; en effet , le régime poussé à la dernière exiguïté est fâcheux ; et à son tour la réplétion poussée à l’extrême, est fâcheuse (5).

5. Les malades soumis à un régime exigu, y font [nécessairement ] des infractions ; par conséquent, ils en éprouvent plus de dommage ; car toute infraction est alors plus grave que si elle était commise dans un régime un peu plus substantiel. Par la même raison, un régime très exigu, parfaitement réglé et rigoureusement observé, est dangereux pour les personnes en santé, parcequ’ elles supportent les écarts plus difficilement [que d’autres]. Ainsi donc, un régime exigu et sévère est en général plus dangereux qu’un régime un peu plus abondant (6).

6. Mais dans les maladies extrêmes, les moyens thérapeutiques extrêmes employés avec une sévère exactitude, sont très puissants (7).

7. Ainsi donc, quand la maladie est très aiguë, et que les phénomènes morbides (8) arrivent immédiatement à un point extrême, il est nécessaire de prescrire [dès le début] un régime extrêmement exigu; mais quand il n’en est pas ainsi, et qu’il est permis de donner des aliments plus abondants, on s’écartera d’autant plus [de la sévérité du régime] que la maladie sera plus éloignée , par la modération de ses symptômes , de l’extrême acuité.

8. Quand la maladie est à sa période d’étal , il est nécessaire de prescrire un régime très sévère.

9. Mais il faut savoir calculer si [les forces] du malade suffiront avec ce régime pour [ passer ] la période d’état de la maladie , et prévoir si le malade cédera le premier ne pouvant suffire avec ce régime, ou si la maladie cédera la première et s’affaiblira.

APHORISMES

10. Dans les maladies qui arrivent promptement à leur période d’état, il faut, dès le début, prescrire un régime exigu; dans celles qui y arrivent plus tard, il faut, à cette époque et un peu auparavant , diminuer le régime ; mais antérieurement, il faut nourrir plus abondamment , afin que les forces du malade puissent suffire.

11. Mais dans les paroxysmes il faut supprimer les aliments , car en donner alors serait nuisible. Dans toutes les maladies où les paroxysmes reviennent au milieu d’une période , il faut les supprimer pendant les paroxysmes.

1 2. Les maladies elles-mêmes, les saisons de l’année, la comparaison réciproque de leurs périodes, soit qu’elles arrivent tous les jours, tous les deux jours, ou à de plus longs intervalles, font connaître la marche des paroxysmes et la constitution [de la maladie]. Il faut encore avoir égard à ce qui apparaît [dans les maladies] (9). Par exemple, chez les pleurétiques, si les crachats arrivent dès le début, ils abrègent le cours de la maladie ; mais s’ils se font longtemps attendre, ils la prolongent. Les urines, les selles et les sueurs indiquent aussi si les maladies se jugeront facilement ou difficilement; si elles seront longues ou de courte durée.

1 3. Les vieillards supportent très bien l’abstinence ; les personnes dans l’âge mûr, moins bien ; les jeunes gens très mal ; les enfants moins que tous les autres, surtout ceux d’entre eux qui sont très vifs (10).

14. Dans l’âge de croissance, on a beaucoup de chaleur innée ; il faut donc une nourriture abondante ; autrement le corps se consume ; chez les vieillards, au contraire, il y a peu de chaleur innée, voilà pourquoi Us n’ont besoin que de peu de combustible ( d’aliments) (11), car une trop grande quantité l’éteindrait ; c’est aussi pour cela que les fièvres ne 6ont pas aussi aiguës chez les vieillards [ que chez les jeunes gens], car leur corps est froid.

15. En hiver et au printemps les cavités sont naturellement chaudes, et le sommeü est prolongé; il faut donc pendant ces deux saisons , donner une nourriture

plus abondante; les enfants et les athlètes en sont la preuve (12).

16. Le régime humide convient à tous les fébricitants, mais surtout aux enfants et à ceux qui sont habitués à user d’un semblable régime.

17. [Il faut savoir quels sont ceux] à qui [il convient] de donner des aliments en une seule ou en deux fois, en plus ou moins grande quantité et par fractions. On doit avoir quelque égard pour les habitudes, la saison, le pays et l’âge.

18. En été et en automne, les aliments sont très difficilement supportés , en hiver très facilement; vient ensuite l’été (13).

19. Ceux dont les paroxysmes arrivent au milieu de périodes, il ne faut point leur donner d’aliments, ni les forcer à en prendre [au moment du paroxysme], mais leur retirer ceux qu’on leur a permis en attendant la crise ( le paroxysme).

20. Quand les maladies se jugent, ou qu’elles sont complètement jugées, ne mettez rien en mouvement, ne sollicitez rien de nouveau à l’aide de purgatifs ou d’autres irritants , mais laissez en repos.

21. Les matières qui doivent être évacuées, poussez-les là où elles se portent le plus, [ si toutefois] elles suivent une voie convenable.

22. Purgez, mettez en mouvement les matières cuites, mais non celles qui sont crues; [ne purgez pas] non plus au début des maladies, à moins qu’il n’y ait orgasme (14) ; mais le plus souvent il n’y a pas orgasme.

23. N’appréciez pas les matières évacuées sur leur quantité ; mais considérez si celles qui doivent être évacuées [l’ont été] et si le malade supporte facilement [ces évacuations]. Lorsqu’il faut les pousser jusqu’à Lipothymie , faites-le, si les forces du malade y suffisent.

24. Dans les maladies aiguës, il faut rarement purger au début, et ne le faire [si cela est nécessaire] qu’après avoir bien jugé de toutes les circonstances.

APHORISMES

25. Si les matières qui doivent être purgées sont purgées, c’est avantageux, et les malades le supportent bien, sinon c’est le contraire (15).

I. La maladie dans laquelle le sommeil cause quelque dommage (1) est mortelle; mais si le sommeil procure de l’amélioration , elle n’est pas mortelle.

, 2. Quand le sommeil apaise le délire, c’est bon (2).

3. Le sommeil et l’insomnie prolongés l’un et l’autre outre mesure, c’est mauvais.

Zj. Ni la satiété, ni la faim, ni quelque autre chose que ce soit ne sont bonnes , si elles dépassent les limites naturelles.

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