‹ Hippocrate le serment, la loi, de l'art ... par le dr. Ch. V. DarembergChapitre 137 sur 145 · Extraits du Traité de la Maladie sacrée · texte numérisé non relu

Extraits du Traité de la Maladie sacrée

« Quant à la maladie qu’ou appelle sacrée , voici ce qui en est. Elle ne me semble ni plus divine ni plus sacrée que les autres; elle a la même nature que le reste des maladies, et pour origine les mêmes causes que chacune d’elles. Les hommes lui ont attribué une nature et une cause divines, par ignorance, et à cause de l’étonnement qu’elle leur inspire ; car elle ne ressemble en rien aux maladies ordinaires. Aussi, d’un côté, à cause de la difficulté de la bien connaître , on continua d’y rattacher quelque chose de divin, et de l’autre, à cause de la facilité de la méthode thérapeu-

1 IIEPI 1EPH2 N0Y20Y. De moiico sicno. — Cf. sur les différents noms que cette maladie a reçus dans l’antiquité et sur les raisons de ces diverses dénominations, Dietz, p. 93 et suiv.; Étienne, p. 336 , éd. de Dietz , et Greenhill, Adnot, in Theoph., p. 3to.

NOTES

tique dirigée centre elle ( car on l’a traitée à l’aide de purification* et d'enchantements), on en entreprend volontiers le traitement. S’il suffit qu’une chose soit surprenante pour être réputée divine, il n’y aura pas qu’une seule maladie sacrée, mais un très grand nombre J’en citerai qui ne sont ni moins étonnantes ni moins prodigieuses , et que cependant personne ne songe à regarder comme sacrées. Exemple : les fièvres quotidiennes, tierces et quartes ne me paraissent pas moins sacrées, ne me semblent pas avoir une origine moins divine que cette maladie, quoiqu’elles n’excitent pas l’étonnement. Autre exemple : je vois des gens devenir, sans cause occasionnelle manifeste, maniaques et aliénés, et faire beaucoup de choses étranges. Il y en a , je le sais , qui dans le sommeil crient et gémissent ; certains se sentent pris de suffocation , d’autres sortent de leur lit , s’échappent de la maison et délirent jusqu’à ce qu’ils soient éveillés ; après quoi ils se trouvent aussi bien portants , aussi sensés qu’auparavant; seulement ils sont un peu pâles et affaiblis. Ces faits n’arrivent pas seulement une seule fois, mais très souvent, il en est beaucoup d’autres, et de très divers, sur chacun desquels il serait trop long de discourir.

« Ceux qui les premiers ont attribué à cette maladie un caractère sacré, je les compare aux magiciens d’aujourd’hui , aux purificateurs , aux jongleurs , aux charlatans , tous gens qui se font passer pour très pieux et pour en savoir plus [que le reste des humains]. Mettant donc en avant la Divinité pour voiler leur impuissance à prescrire un remède efficace contre l’épilepsie , et pour ne pas rendre leur ignorance évidente pour tout le monde, ils se sont imaginé que celte maladie était sacrée , et débitant les discours les plus propres à étayer cette opinion . ils ont constitué le traitement de manière à se mettre à couvert contre tout événement, en prescrivant des purifications et des expiations, en interdisant les bains et un très grand nombre de substances alimentaires qui ne conviennent pas aux malades, à savoir : parmi les poissons de mer, le mulet, le mélanure, le muge et l’anguille; parmi les viandes, la chair de chèvre , de Cerf, de cochon et de chien , car ces viandes produisent des perturbations abdominales ; parmi les oiseaux , le coq, la tourterelle, l’outarde, et généralement tous ceux qui passent pour offrir une très grande résistance à la digestion ; parmi les végétaux, la menthe, l’ail, l’ognon , car les choses âcres ne conviennent pas aux malades. Ils proscrivent les habillements noirs , car le noir est un signe de mort; ils ne veulent pas que les malades couchent sur des peaux de chèvre, qu’ils en portent pour vêtement, qu’ils croisent les pieds et les mains l’un sur l’autre, car toutes ces

choses mettent obstacle à la guérison. Toutes ces prescriptions , ils les font r soi-disant] pour apaiser la Divinité, laissant entendre qu’ils savent bien d’autrrs choses, et se ménagent par avance des moyens d’excuse , de manière à conserver pour eux, si le malade réchappe, l’honneur de la guérison cl la réputation d’habileté; et s’il succombe , de trouver la sûreté dans leur apologie, et d’avoir un prétexte plausible pour persuader qu’ils ne sont pas les auteurs de la mort , mais bien les dieux. Car eux n’ont administré aucun remède, ni sous forme solide, ni sous forme liquide; ils n’ont fait prendre aucun bain affaiblissant qui puisse en rien les rendre responsables.— Il me semble que [d’après leurs idées], on ne devrait trouver personne en bonne santé parmi les Libyens, qui habitent avant dans les terres, puisqu’ils couchent sur des peaux de chèvre , qu’ils en mangent la chair, qu’ils n’ont point de lits, point de vêtements, point de chaussures, qui ne soient faits de peaux de chèvre ; car ils n’ont pour troupeaux que des chèvres et des bœufs. Si faire usage de peaux de chèvre , si sc nourrir de leur chair fortifie la maladie , et si au contraire s’abstenir de cette alimentation la guérit , assurément un dieu n’en est en rien l’auteur, et les expiations ne sont d'aucune utilité ; et dès lors que les aliments nuisent ou sont utiles , la puissance du dieu est annihilée. Ceux donc qui suivent pour les maladies ce mode de traitement ne me paraissent les regarder ni comme sacrées ni comme divines ; car si clics cèdent à ce mélange de cérémonies expiatoires et de prescriptions médicales, pourquoi ne pourrait-on pas, avec des moyens semblables, en préserver les hommes ou les y faire tomber, en sorte qu’il n’y aurait plus moyen d’admettre une cause divine, mais seulement une cause tout humaine? Car celui qui est capable de conjurer ce mal (l’épilepsie) par des purifications et des opérations magiques pourrait certainement aussi la chasser par l’emploi d’autres moyens; et par cette raison même toute intervention divine est complètement anéantie,

« Par de tels discours et de telles machinations , ces individus se posent comme en sachant plus que le vulgaire, qu’ils abusent en mettant sans cesse en avant les expiations cl les purifications ; car presque tout ce qu’ils disent a trait à la Divinité et aux génies. Quant à moi , leurs discours ne me paraissent pas favoriser ta piété, mais bien plutôt l’impiété ; ils sont dictés comme s’il n’y avait point de dieux, et , comme je le montrerai, leur piété et leur invocation du principe divin ne sont que de l’impiété et du sacrilège. Ceux qui prétendent pouvoir faire descendre la lune, obscurcir le soleil, donner le beau et le mauvais temps, faire tomber la pluie ou aine-

NOTES

ner la sécheresse, rendre la terre et la mer stérile , et mille autres choses semblables dont ils assurent avoir trouvé le pouvoir, soit par l’initiation, soit par quelque autre moyen , soit par l’étude , ceuxlà , dis-je , qui entreprennent de pareilles choses , je les regarde comme des impies, comme croyant qu’il n’v a pas de dieux, ou que s’il y en a, ils sont sans puissance et ne sauraient arrêter ceux qui commettent les plus grands crimes. Comment avec de telles idées n’oflenscnt-ils pas les dieux ? Car, si par la magie ou par des sacrifices on purifiait la lune, on obscurcissait le soleil , on donnait le bon ou le mauvais temps, je ne croirais pas qu’il y eût là quelque chose de divin , mais seulement une action tout humaine , puisque la puissancedc la Divinité serait vaincue par la volonté des hommes et lui serait asservie (éd. de Dielz, p. 1 à 14).

« I.’épileptique imite-t-il la chèvre, rugit-il, a-t-il des convulsions du côté droit, on dit que la mère des dieux (Cybèle) est l’auteur du mal. Ses cris sont-ils plus forts et plus aigus , on les assimile aux hennissements des chevaux , et on dit que c’est Neptune. Les excréments sortent-ils involontairement , ce qui arrive quelquefois par la violence du mal , on fait dériver le nom de cette maladie d’Hécate. Ses cris sont-ils perçants comme ceux des oiseaux , 'c’est Apollon le berger qui a produit le mal Si le malade écume et frappe du pied , c’est Mars. La nuit , quand il y a des terreurs , des alarmes, du délire et que le malade effrayé se précipite de son lit et s’enfuit , on attribue ces phénomènes aux artifices d’Hécate ou à la visite des ombres des Héros. Aussi emploient-ils des purifications et des enchantements , et ils rendent , ce inc semble , la Divinité bien perverse et bien injuste. On purifie ceux qui sont en proie à cette maladie comme s’il s’agissait de gens couverts de sang ou d’autres souillures , d’individus qui ont pris quelque breuvage magique ou qui ont commis quelque sacrilège , tandis qu’il faudrait agir tout autrement à leur égard , c’est-à-dire sacrifier, prier, les exposer dans les temples et adresser des supplications aux dieux. Mais on ne fait rien de tout cela , on veut les purifier, et ces purifications consistent à les enfoncer dans la terre, à les plonger dans la mer, à les transporter sur de hautes montagnes, où personne ne peut les approcher, que personne ne peut gravir, tandis qu’il faudrait les porter dans les temples et les consacrer au dieu , si le dieu est véritablement l’auteur de leur mal. Mais je ne pense pas que le corps de l’homme puisse être souillé par un dieu , et que ce qu’il y a de plus impur émane de ce qu’il y a de plus pur. Il me semble qu’un homme pourrait plutôt être purifié et sanctifié par un dieu , s’il avait reçu quelque souillure étrangère ou quelque dom-

mage , qu’il ne pourrait cire souillé par lui. En effet , la Divinité purifie et efface les crimes les plus grands et les plus sacrilèges ; elle est notre protectrice. Nous-mêmes , autour des temples , nous plantons des bois consacrés aux dieux et nous traçons des limites qu’il n’est pas permis de franchir à moins d’être purifié ; et quand nous sommes entrés , un nous soumet à des aspersions , non parceque nous sommes encore souillés , mais pour effacer les taches que nous aurions pu contracter auparavant. Voilà, cerne semble, ce qu’il en est des purifications. Celte maladie n’a donc à mou avis rien de plus divin que les autres ; elle a la même nature que le reste des matadies; elle a pour origine la même cause occasionnelle que chacune d’elles ; ce qu’elle a de divin dans sa nature et dans ses causes , elle le lire des memes circonstances que toutes les autres choses. Elle n’est pas moins curable que les autres maladies, pourvu qu’elle ne soit pas lellemcul fortifiée par le temps qu'elle résiste aux remèdes qu’on lui oppose. Elle a son principe dans l’hérédité comme toutes les autres maladies, car si des parentsp/r/rpmaliques mettent an monde des enfants plilegmaliques ; les bilieux , des enfants bilieux; les phthisiques, des enfants phthisiques ; si ceux dont ia rate est engorgée et dure ont des enfants dont la rate est engorgée et dure , rien n’empêche que les parents qui sont atteints de l’épiiepsie aient des enfants qui en soient également atteints, puisque la semence émane de toutes les parties du corps , viciée si elle émane des parties viciées, saine si elle émane des parties saines. Voici encore une grande preuve que celte maladie n’a rien de plus divin que les autres, c’est qu’elle attaque les constitutions phlegmaliqucs, et nullement les bilieuses. Si elle était plus divine que les autres , on la verrait s’attaquer indistinctement à toutes les constitutions; elle n’anrait pas plus de préférence pour les pMegmaliques que pour les bilieuses ( p. 14 à 22 ).

« Les petits enfants qui sont attaqués de celte maladie, meurent pour la plupart si le phlrgme est très abondant et très humide, car les veines ne peuvent , à cause de l’étroitesse de leur canal , rece voir un fini épais et abondant; le sang est refroidi et coagulé , ce qui cause la mort. Si le flux est petit, et qu’il se jette sur les deux vaisseaux [que l'auteur fait partir du cœur et du foie pour se rendre au cerveau , p. 22], ou sur un seul , l’enfant surv it , mais en conservant quelques marques de la maladie ; ou sa bouche, ou ses yeux sont déviés , ou son cou est distordu, ou ses mains sont contractées (p. 36-38).

« Chez les adolescents, si le flux est petit et s’il se fait à droite, ils ne réchappent pas sans en porter des marques. Mais il est à craindre

NOTES

que la maladie ne s’alimente et ne s’aggrave si on n’a pas rerours aux médicaments convenables. Voilà ce qui en est pour l’enfance et pour l’àge qui vient aprqs. Quant aux adultes . cette maladie , quand elle les attaque , ni ne les tue ni lie les estropie ( p. 38-40 ). Quand cette maladie attaque les vieillards , elle les tue ou les rend paraplectiqucs (p. 40). Après l’àge de vingt ans , celte maladie n’attaque plus personne, ou du moins en très petit nombre, à moins qu’on y soit sujet depuis l’cnfance • ( p. 46).

Pour montrer que l’épilepsie vient d'une réplétion du cerveau par le phlegme, l'auteur dit:

• On peut reconnaître la vérité de ceci sur les brebis, qui sont sujettes à être attaquées de cette maladie, et surtout sur les chèvres chez qui elle est très fréquente. Si on ouvre la tète d’une chèvre , on trouve le cerveau humide, plein d’eau et exhalant une mauvaise odeur. D’où il ressort évidemment que ce n’est pas un dieu qui afflige ici le corps, mais bien la maladie. Il en est de même pour l’homme. Quand l'épilepsie date de longtemps, il n’y a plus de guérison possible , pareeque le cerveau , dissous par le phlegme , se liquéfie ( p. 46-48 ).

« Ceux qui sont familiarisés avec cette maladie pressentent les attaques : ils fuient les hommes et se retirent dans leur maison si elle est proche; sinon ils se réfugient dans quelque endroit solitaire , olin de n’élre vus que du plus petit nombre d'individus possible ; ils se voilent aussitôt dans leur chute : ils le fout , non par un motif de honte que leur inspire leur maladie , mais par crainte du gé nie qui les persécute. Les petits enfants , dans leur inexpérience [ de ce qui va leur arriver] , tombent partout où ils se trouvent ; mais après plusieurs attaques et quand ils ont appris à les pressentir, ils se jettent dans les bras de leur mère ou de leur père , ou des personnes qu'ils connaissent le plus , par la crainte et la peur que leur cause la maladie ; car, certes , les enfants ne connaissent pas le sentiment de la honte p. 48-50).

« Il faut que les hommes sachent qu'il ne nous vient ni plaisir, ni gaité. ni joie, ni amusement, si ce n’est du cerveau. Par lui aussi nous viennent la tristesse, le chdgrin, rabattement et les pleurs. Par lui nous sentons , nous pensons, nous voyons, nousdiscernons ce qui est honteux de ce qui est beau, ce qui est mai de ce qui est bien , ce qui est désagréable de ce qui ne l’est pas , basant notre jugement pour certaines choses sur la coutume, pour d 'autres sur l’avantage qui peut nous en revenir , appréciant, suivant le temps, ce qui est agréable et ce qui ne l'est pas; car les mentes choses ne nous plaisent pas constamment. C'est encore partie cerveau que nous locn-

bons dans le délire , dans la manie; c'est par lui que nous viennent la crainte et les terreurs, aussi bien pendant le jour que pendant la nuit; les rêves, les erreurs, lessoueis, l’oubli des choses présentes, l'inertie et l’imprudence. Nous recevons ces fâcheuses influences du cerveau toutes les fois qu’il est malade, qu’il est plus chaud, plus froid , plus humide, plus sec qu’il ne l’est naturellement, ou qu’il est extraordinairement affecté, (.'agitation du cerveau fait que la vue et l'ouïe ne sont pas assurées. On voit, on entend une chose pour une autre ; or, la langue articule toujours dans le sens des impressions de la vue et de l'ouïe; et toutes les fois que le cerveau demeure en repos, l'homme conserve le sentiment (p. 54-68).

■ D’après cela, je suis fondé à croire que le cerveau exerce dans l’homme le plus grand empire. Quand il est sain , il est pour nous l'interprète des changements qui surviennent dans l’air. L’air lui donne la faculté de sentir. Les yeux , les oreilles , la langue , les pieds et les mains exécutent tout ce que le cerveau a pensé ; et tant qu'il est en contact avec l’air, il communique la sensibilité au corps. Le cerveau est le messager de l’intelligence, car le pneuma, aussitôt que l'homme l’aspire, se rend d’abord au cerveau , d’ou il se distribue dans tout le reste du corps , après avoir laissé dans l’encéphalc ce qu’il a de plus subtil , d'où naissent le sentiment et l’intelligence. En effet , s’il se répandait d’abord dans le corps pour se rendre ensuite au cerveau , il laisserait l'intelligence dans les chairs et dans les veines, et arriverait à l’encéphale échauffé , impur, chargé des vapeurs humides des sueurs et du sang , en sorte qu’il ne serait plus parfait. Je soutiens donc que le cerveau est l’interprète de l’intelligence.

« Quant au centre phrénique (diaphragme f/ssvej, de <fpi }v , esprit, sentiment ; cf. sur ce mot Grcenhill , p. 286, et Dietz . p. 183 ) c’est par l’effet du hasard qu’il a reçu le nom [de phrénétique ] ; et il l’a conservé bien plus par habitude que pour l’avoir mérité réellement et par nature ; car je ne sais en vérité quelle puissance de sentir ou de penser possède le centre phrénique, si ce n’est que quand on est frappé par quelque mouvement inopiné de joie ou de douleur, il reçoit une commotion et tressaille, à cause de son peu d’épaisseur, et pareequ’il est de toutes les parties du corps la plus mince et la plus tendue , et aussi parccqu’il n’a pas de cavité pour y recevoir les impressions bonnes ou mauvaises, et qu’il est également ébranlé par ces deux soi tes d’impressions, à cause de la faiblesse de sa nature. Le centre phrénique n’est pas plus sensible que les autres parties du corps , et son nom est aussi vain que la raison qui le lui a fait donner. De même, pour le coeur, on a nommé oreillettes des parties qui

Digitiz

NOTES

n’ont aucune puissance acoustique. Il y a des gens qui prétendent que nous sentons par le cœur, et qu’il est le siège des chagrins. Mais il n'en est pas ainsi. Le cœur tressaille comme le diaphragme et même davantage, mais pour les mêmes causes. Le cœur elle diaphragme ne sont pour rien dans l’exercice de la sensibilité; le cerveau en est seul chargé. Comme le cerveau est de toutes les parties la première en contact avec l’air et le premier aboutissant de la sensation , de même, s’il se fait dans l’air un changement notable sous l’influence des saisons , le cerveau devient différent de luimême. Aussi le cerveau sent le premier ; et je déclare que c’est lui qui est le siège des maladies les plus grandes , les plus mortelles elles plus difficiles à reconnaître pour ceux qui manquent d’expérience » ( p. 60 à 60 ).

1?. HttjsD.ou; xat mipiTov;,.. xat èirivuxTtostî. est un de ces

mots dont la signification est loin d’étre arrêtée. On le traduit ordinairement par febris lenis. D’autres , au contraire , prétendent que c’est une fièvre de mauvais caractère , dans laquelle le chaud et le l'roid se font sentir en même temps ; cf. entre autres Galien, deDiff. feb., II , DG, t. VII, p. 347. H y en a qui ne donnent ce nom qu’au frisson seulement ou au froid par lequel débute une fièvre (Hésycliius). Éroticn (Gloss., p. 172) définit les fièvres épiâtes, celles qui sont accompagnées d’horripilation et de frisson. Coray serait porté à penser, d’après un passage d’Aristophane (Schoi. in Vcsp., 1038), et un autre de Théognis (V, 176), qu’ijrctâ/oi signifie Vincubus des Latins, le cauchemar des Français. Pour laisser à chacun la liberté d’entendre ce passage comme il voudra , j’ai cru qu’il fallait franciser le mot grec dans ma traduction. Je remarque que dans le IV' livre des Épidémies (p. 62t, t. III, éd. de K. ), le mot est évidemment pris dans le sens de

fièvre , et qu’il se trouve à côté de Tptraiosolsî. — Les èîrivuxr Iftç sont des espèces de pustules qui viennent pendant la nuit (Gai., de Meth. med., II, 2; Celse, V, 5). Celse dit : « C’est une très mauvaise pustale que celle appelée èTrtvuxriî. Sa couleur est ordinairement on livide, ou noirâtre, ou hlanchc. Autour d’elle se développe une violente inflammation; et quand celte pustule est ouverte, on trouve dans son intérieur une ulcération muqueuse , semblable par sa couleur à l’humeur qui la remplit. La douleur qu'elle produit surpasse de beaucoup sa grosseur, car une fève est plus large qu’elle. » Paul d’Égine (IV, 9, p. 62 v°) dit :

« Les im-j'jy.TiSt; sont des ulcérations phlycténoldes (pustuleuses) rougeâtres qui se développent spontanément; quand elles se rompent , il en sort un ichor sanguinolent. » Cette définition a été re-

produite par Actuarius (de Melh. mcd., II , 11 , p. 188 , éd. (l’Est., et texte grec, éd. «l’Ideler, p. 457); par Rufus, dans Oribase ( Cotlecl. mcd., XL1V, 10, texte grec publié par Mgr. A. Mai dans ses Classici auclorcs, t. IV, p. 13. Rome, 1831). Cf. aussi Grutier (Anliq. morb., p. 148 et suiv. ). — M. Cazcnavc pense que les sîTinux-rioo-; d’Hippocrate répondent à notre urlicaire.

13. Et non pas. ce me semble : « A moins que l’ophthalmie nesévisse d’une manière générale ,» comme le traduit M. Littré. Le texte porte : it? ur/j rt /arao^/j

14. Il/twOiojTt •zr,-) v.iç'xXrfl , >j pr/diaotit. Foës rapporte ptyùauet comme nlcwOîwn à la tête et non au corps en général , ainsi que le fait M. Littré, et aussi Coray (§ 14). Le sens de Foës me semble plus conforme à l’idée médicale qu’Hippocrale exprime ici.

15. Je traduis rjTovat par nerveux et non par robuste pour conserver à ce mot sa physionomie antique. Pour les auteurs de la collection hipiwcratique, il ne représentait pas ce que nous sommes convenus d’appeler la prédominance du système nerveux, mais les attributs de la force. Les premiers anatomistes confondaient sous la même dénomination de to/oj les tendons et les nerfs , ils leur attribuaient la même propriété, celle de servir activement au mouvement, deux erreurs auxquelles Galien lui-même n’a pu se soustraire entièrement. ( Voir ma thèse sur Galien, p. 70.) Les anciens appelaient donc tûmoç tout homme bien constitué pour les exercices violents, en un mol tout homme robuste. Chez nous encore les gens du monde disent volontiers d’un homme fort qu’il est très nerveux. La locution se fouler un nerf n’a pas d’autre origine que cette erreur anatomique, aussi ancienne que la science elle-même.

IC. K.xi îvôscu; prf/wiOxi tx Sp.it. ïtsc. La fonte de l’œil (Littré); la rupture de l’œil (Foés et de Mercy); la perte de la vue (Üacier, Coray '.—La phrase qui, quatre lignes plus haut, est entre parenthèses, parait à Corav une glose marginale. Elle manque dans Calvus et dans le manuscrit de Gadaldinus.

(7. Il suffit de considérer les opinions des anciens sur le rapport qui existe entre les climats et la longévité pour se convaincre des données vagues sur lesquelles ils les avaient appuyées. Ainsi Hérodote ( III, 22 et 23) parle de la longévité des Éthiopiens, et Asclépiade (dans Plut., de Placit. phil., V, 30) dit qu’ils étaient vieux à trente ans. Aristote pensait qu’on vivait plus longtemps dans les pays chauds, Pline dans les pays froids, Galien dans les pays tempérés, en Ionie, par exemple. ( Voyez Coray, t. Il, §. 29, p. 56 et suiv. ).

18. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas irritées, viciées par le phlegme ou pituite (voir pour le phlegme note 33.du Pronostic ).

NOTES

>9. Les relations de tous les voyageurs confirment cette observation. Il est établi que dans les climats chauds la puberté est plus hâtive et la passion de l’amour plus précoce et plus vive que dans les pays froids. Toutefois , il ne faut pas oublier que le régime, l’éducation , le plus ou moins d'exercice, les influeuces physiques locales et les affections morales, apportent de notables modifications aux influences générales du climat, considéré sur une vaste échelle.

20. Pline appelait le printemps la saison génitale. Il est tout naturel que dans une ville où la température ressemble à celle du prin* temps les femmes soient fécondes.

21. xsti »T7.?i fizr.ui it/tvaîa.Coray traduit: « les eauv de marais, d’étang, et toutes les eaux dormantes en général.» Al. Littré, « lies eaux dormantes, soit de marais, soit d’étang.» Il me semble d’après l’examen du contexte, qu'il s’agit, non pas seulement de deux espèces d’eaux stagmiiiles, mais bien de trois espèces; et j’ai été confirmé dans mou opinion par Rufus édit, de De Alallhæi, p. 179), qui, au commencement de son chapitre sur les eaux : dit : T à fit» critipz. TtSv voir u» ( xz'j.it oi rà ï/. rcuv s/wà tmv ). typixp signifie, puits, citerne, fosse; j’ai réuni toutes ces acceptions en adoptant le mot réservoirs, et j’aurais pu ajouter artificiels.

22. Cf. sur l’usage de i’eau etsurses propriétés le traité de V Usage des liquides ; et le llcgime dans les maladies aiguës, §. 17, p. 324 de mon édit.

23. ÏTufivui,., fir/tutui xzt /at/iow/xtvou^.Ce dernier mol est fort embarrassant: ma traduction rentre dans l'interprétation d’Iiésychius. Le mol dur, qu’ont adopté Coray et M. Littré, rentre mieux dans l’explication de Galien, si toutefois il est certain que cette explication se rapporte au passage en question, car, dans son Glossaire, on lit : fit, «Lo/u»//évouç , au lieu de /zt/tuujtuvQoc ; et il explique ce mot par « desséchés; ou, suivant quelques-uns, par devenus squirreux et durs comme des pierres. » {Uoir p. 522 et la note; voir aussi Coray, t. II, p. 95, §. 29).

24. Katiuat... xùi iv<* i r.cti rà» xùr t». Il faut entendre, avec la plupart des interprètes, l’estomac et les intestins, et non pas, comme quelques-uns (cf. Septalius, Com. III , t. 5, p. 162) la poitrine et le ventre proprement dits. Dans ma traduction , J’ai conservé la physionomie du texte. — Cf. du reste sur tout ce passage, Coray, t. II, p. 99 et Septalius (foc. cil.)

25. Maytûoia yovfôpxTx. Maladies accompagnées de manie, plutôt encore qu’affections maniaques , comme je l’ai d’abord traduit. Coray ( p. 1 02 ) entend toute espèce de délire aigu ou chronique , symptomatique on idiopathique. Mais il faut remarquer que, pour

les auteurs anciens, y compris Hippocrate (Foi's, OF.enn., au mot /jLX-jtx), /iz'jirj ou [ixvCa. désigne le plus souvent un délire violent. M. Greenhill, dans son édit, de Théophile, p. 1 19, note de la p. 185, 10, a rassemblé avec beaucoup de soin les principales autorités À l’appui de cette interprétation. Toutefois Foës (toc. cil.) rappelle que dans les Aphorismes VI, 21 cl 56, le mot juavfa est pris par Galien dans le sens de délire chronique ou mélancolie.

26. K>l>scc. « Kéh signifie toute espèce de tumeur qui se forme dans le scrotum. On la nomme, l° hydrocèle, quand elle est formée par de l’eau ; 2° entérocèle , quand c’est par une anse d’intestins; 3° hvdro-entérocèle, quand c’est par une anse d’intestins et de plus par une hydrocèle ( peut-être devrait-on plutôt entendre parce root l’ainas de sérosité plus ou moins considérable qui s’amasse dans le sac herniaire); 4° circocéle (varicocèle), quand c’est par quelques vaisseaux ou par tous les vaisseaux dilatés qui nourrissent le testicule ; 5° hydro-circocèie , quand c’est par une hydrocèle et une varicocèle ; 6° porocèle ( nupo-/.r,).ri), quand c’est par des callosités formées dans une portion du scrotum ; 7° épiplocèle , quand c’est par une partie de Fépiploon tombée dans le scrotum ; 8® entéro-épiplocèle ’, quand c’est à la fois par l’épiploon et l’intestin ; 9» l'entéro-porocèle, dont l’auteur ne donne pas la définition (Defin. med., t. XIX, p.447 ;def. CDXX II âCDXXXI). » L’auteur de l’ Introduction ou le Médecin (cap. 19, t. XIV. p. 788) , étendant la signification du mol x»5X»j aux tumeurs du testicule lui-même, ajoute le sarcocèle et la stéatocèle (tumeur formée par une matière semblable à du suif, et qu’on peut rapporter aussi bien au testicule qu'au scrotum), mais il nedit rien des tumeurs inscrites plus haut sous les numéros3, 5, 8, 9. Galien {de Tum. prœl. nat., cap. 15, t. VII,p.729) dit aussi que les médecins modernes appellent /.«j/sts toutes les tumeurs qui siègent auprès des testicules. Toutefois le x>5A»7, dans Galien lui-même et dans les autres auteurs grecs, sert aussi à désigner des tumeurs d’autres parties, par exemple celles de l’aine (bubonocèle), celles du cou (bronchocèle), ou des tumeurs gazeuses (pneumatocèles) ; mais dans ce cas x>il>j est toujours uni à un autre mot qui en limite la signification -, comme on l'a vu plus haut, quand il est employé seul, il semble s’appliquer exclusivement aux tumeurs de la région scrotale. — Après ces considérations , je crois qu'il aurait été plus exact de traduire z4>ai par « tumeurs «crotales» que par « hernies. » D’ailleurs, je ne sache pas qu’il soit fait mention d’une

' Galien dit ( de Tum. proel. nat.; loc. cit. ) qu’on a outre-passe ici le pouvoir d'accoupler les mots. Qu’eùt-i! donc pensé de certaines nomenclatures modernes?

&88 NOTES

manière positive de véritables hernies dans toute la collection hippocratique.

27. L’auteur du commentaire attribué à Galien sur le traité qui nous occupe ($. 10. 2* section) regarde la formation de cette hydropisie comme due au changement en eau du sang destiné à la matrice. Quand cette accumulation a persisté pendant le laps de temps marqué pour la gestation, la matrice est sollicitée par une sorte d’instinct et il se fait une espèce d'accouchement , pareeque les choses contre nature qui existent dans notre corps sont soumises aux facultés naturelles. L’auteur du traité de Nat. mulieb., inil., donne les signes de l’hydropisic de la matrice : «les menstrues, d'abord faibles et de mauvaise qualité , cessent bientôt tout à fait ; le ventre se gonfle, les mamelles se sèchent et la femme semble être enceinte. Au toucher, le col de la matrice parait grêle Uv/vov) j la Gèvre survient, et bientôt il se fait sentir des douleurs au bas-ventre , aux lombes, aux flancs. Cette maladie vient surtout d’avortement. » — Cf. aussi sur l’hydropisic de la matrice A’ oranui> de Arle obslelricia, et de Morb. mul. , p. 270, éd. de Diclz.

28. SToimjfîj}, é àlïfa/rov <j -jirpov ; longtemps on a vu que le virpo-j des anciens était le uitre , opinion déjà réfutée par Malthiole, commentateur de Discoridc; on sait maintenant à peu près positivement que le vérpov est le minéral alcalin naturel appelé nalrum nalivum [carbonate de soude impur].— Cf. Dierbach ( Die arznei millet des Hippokrates , u. s. w.; Matière médicale d'Hippocrate, etc.). Heildelberg, 1824, 8°, p. 240. ; cf. aussi Hist. de la Chimie , par M. Hœfer, t. I, p. 52 cl 130. — Le arvampiri est Yalumen nalivum de Waller ( Dierbach . p. 246) ; l’âjpa/Tov est le bilumcn asphallum de Waller (Dierbach, p. 211 ). — Le Ostov est le sulfur nalivum que les anciens tiraient de Mélos et de Lipara, mais surtout de Mélos, où il était en si grande abondance que l’air était chargé de ses vapeurs, et qu’il colorait la terre en jaune (Dierbach , p. 230).

20. Kxl zbv oTvov fiptiv o/é/av oTi rt êrr i. « Il ne faut qu’une très petite quantité de vin pour les altérer (Coray, §. 36); elles ne demandent que peu de vin (Chailly, p. 23 et note 36, p. 127); elles peuvent porter un vin léger (Littré, t. Il, p. 31 ).» La traduction de M. Littré ne me parait pas présenter un sens bien plausible-, celle de Chailly est incomplète à force d’être laconique; celle de Coray, fondée sur l'interprétation de Casaubou, in Alh. Deipnos., II, p. 58) et de Septalius ( Coin. III , p. 204 ), est assurément la plus satisfaisante ; en effet, Hippocrate a voulu dire que les eaux dont il parle sont si excellentes qu’il leur faut très peu de vin i»our perdre

leurs qualités et pour prendre celles du vin par un exact et prompt mélange , de même qu’on dit qu’un vin est généreux quand il peut supporter beaucoup d’eau sans perdre les siennes. — Pour Hippocrate , la première marque de l’excellence des eaux, c’est de n’avoir besoin que d’une petite quantité de vin pour cire altérées. La deuxième marque , c’est d'être très propres à la cuisson des substances alimentaires, et en particulier des légumes, la troisième c’est de bouillir et de se réduire facilement en vapeur '. Comme Hippocrate regarde les eaux réfractaires (àrépa.uva) et dures1, c'est-à-dire les eaux chargées de substances terreuses, comme ayant les qualités contraires , il avait appris, par la voie experimentale , ce que la chimie moderne a démontré scientifiquement, savoir, que la présence des sels rend les eaux peu propres à la cuisson , et en retarde l'ébullition.

30. Il me semble que pour être dans le vrai et dans les limites de l’expérience, il faudrait prendre précisément le contre-pied de ce que dit l’auteur. En effet , les eaux très propres pour la cuisson ne sauraient relâcher le ventre , puisqu’elles ne contiennent point de matières salines, tandis que les eaux dures et réfractaires, que ce soit des eaux salines proprement dites ou des eaux calcaires , dérangent plus ou moins les entrailles. Ainsi , les idées qu'Hippocrate émet ici sur les qualités des eaux sont purement théoriques, et rien ne les justifie.

31. Le texte vulgaire, auquel M. Littré s’est conformé , porte : « Non-seulement sur les eaux de marais , mais sur la mer et sur tout ce qui renferme quelque humidité. » Coray, d’après Calvus et un lieu parallèle du traité de la Maladie sacrée (t. H , p. 339 , éd. de Lind), a traduit : « C’est non-seulement dans les eaux stagnantes et de la mer que le soleil opère, il agit de meme, etc. » J’ai suivi

‘ Comme on le voit , ce n'est pas Rufus qui , le premier, a parlé de ce moyen de reconnaître la bonté des eaux , ainsi que semble le croire M. Ilœfer ( Op. cit., p. 75.)

1 Hippocrate nous apprend qu'il faut entendre par eaux réfractaires celles qui sont impropres à la cuisson, et c'est aussi la délinition de Galien qui dit:» Dans la bonne eau, les fruits, la viandcet les légumes cuisent très vite; dans les mauvaises, et ce sont les eaux appelées par les anciens àripx/t.vx ou xzepxpovx, les substances cuisent très lentement. » Les caractères assignés par Hippocrate aux eaux réfractaires sont précisément ceux des eaux seléniteuses ou chargées de sulfate de chaux, qui sont en effet impropres à la cuisson des légumes et de la viande. — Cf. Corn. IV in Kpid., IV , t. 10 , p. 157 , et p. 339, t. XVII ; cf. aussi son Gloss, au mot A ripxp.-jx, qu’il explique par difficile à digérer et dur ; et Érolicn ( Gloss., p. 58) , où il dit qu'àrîfzuvx signifie , qui est difficilement modifié.

NOTES

la correction d’Ideler ( Meleur . vet., p. S8 >. Cf. Arisl., Probl. , I , 53; II, 9, 15, 30, 37; V, 34; et Théopb. , de Sud.

32. Voir Vlnlroducliou à ce traité, p. 182, lig. dern., et ajouter avec Coray ( t. II , p. 1251 : « Pour peu qu’on fasse attention à ce que dit Hippocrate plus bas, il est facile de voir qu’il n’avait en vue que les pluies d'orage, ordinairement plus fréquentes dans les pays chauds qu’a illeurs. »

33. ’AyiitaÔKt / ai ànor/r xevOzi. Tous les manuscrits et presque

tous les imprimés ont , qui veut dire se corrompre, et

qui ne peut convenir ici. Il faut donc admettre une correction quelconque. M. Littré ( t. Il, p. 36 , et note 4) traduit, sans toucher au texte, mais en se conformant au sens général : « Il faut faire bouillir l’eau pour en prévenir In corruption. » Coray veut qu’on lise inoïViQiaOzt (cire filtrées) , leçon que j’aurais certainement adoptée si j’avais retrouvé dans la collection hippocratique une notion quelconque sur l’opération du filtrage appliquée à la purification de l’eau. Comme l’ébullition , et ensuite la déposition était un moyen très usité dans l’antiquité, j’ai pensé qu’il s’agissait de ce moyen, et j’ai traduit comme s’il y avait ûyxVnrafai. On pourrait peut-être aussi tirer le même sens d’àirortÔJ7(»ac (mettre en réserve), que Coray propose également (t. II, p. 130). — L’ébullition cl la déposition sont aussi le seul procédé que Galien propose pour purifier les eaux limoneuses et celles qui ont une mauvaise odeur (Corn. 111 in lib. de Hum., t. 3, p. 362 , t. XVII. Corn. IV in Epid., VI, t. 10, p. 1 57 et suiv., t. XVII); toutefois, il mentionne celui que les Égyptiens mettaient en usage pour améliorer l’eau du Nil , et qui consistait à la faire passer deux ou trois fois à travers des vases d’argile • ; puisa la laisser refroidir pendant la nuit, et enfin à la faire bouillir une seconde fois avant de s'en servir. Athénée avoue néanmoins que le filtre ne suffit pas pour purifier toutes les eaux. Suivant le meme auteur (dans Chartier, t. VI, p. 403) et suivant Kufus ( üp . cil., 49 j, et éd. d’Esl., p. 153), on purifiait les eaux en grand au moyen ue fosses tapissées d’argile, de pierres, ou de bois, et communiquant avec la mer ou les marécages. Dioclès (Cliarl. , loc. cil.) conseille de purifier les eaux avec des blancs d’oeufs et de l’argile. — La distillation , assez bien indiquée par Aristote (Meleur., passim, et surtout 11, 2), plus explicitement

1 Ces vases ne sont pas des vases dislillaloires , mais des vases argileux, laissant l’eau filtrer à travers les pores d’une paie peu cuite. Ou emploie encore ces vases en Orient, et notamment en Égypte. Kn Espagne on les nomme ulcarazus ; ils servent à tenir l’eau fraîche. (Cf. M. Hœfer, Htsl. de la Chimie, 1. 1 , p. tïS.) -

décrite par son commentateur Alexandre d'Apbrodise, a été perfectionnée par les Arabes. (Cf. lit si. de la Chimie, par. M. Hœfcr, t . I y 91*)

’ji. C esl-à-dire que la pierre se forme par déposition.

3a. Après avoir dit que la pierre s’engendre, chez les enfanls, soit par 1 usage d’un lait impur, quand ils sont encore à la mamelle, soit par I usage d’une alimentation terreuse (ytoiTpayiq), quand iis sont plus âges, l’auteur du IV0 livre des Maladies , qui est sans doute le même que celui du traité des Maladies des femmes (cf. AI. Littré, 1. 1 , p. 373 et suiv.), énumère les signes qui font recounaitic la présence de la pierre dans la vessie. Ils sont au nombre de cinq . « i avant d’uriner, on sent des douleurs; 2° l’urine sort goutte à goutte , comme dans le cas de slrangurie ; 3° elle est sanguinolente, parccque la pierre fait des déchirures dans la vessie ; 7* la vessie est enflammée. Cela ne se voit point, mais on le juge par le prépuce 3" on rend quelquefois du gravier; quelquefois il sort deux ou un plus grand nombre de petites pierres. » <,De Mwb., IV, p. 313, édit, de Focs.) Il y a lieu de s’étonner que l’auteur du IA liv. des Maladies ne dise rien de l’emploi de la sonde pour s assurer de la présence de la pierre, car il est dit, dans le Ier livre des Maladies ( si ce livre n’est pas du même auteur que celui du quatrième, il est au moins de la même époque) que le médecin doit savoir sonder et reconnaître la pierre dans la vessie ( p. 448 ).

•jG.. lout ce passage sur la pierre chez les femmes est fort obscur el altéré ; il présente, surtout pour la fin , une grande variété de levons dans les manuscrits. Au dire de l’auteur du commentaire attribué à Galien, il a beaucoup embarrassé les anciens interprètes. Coray en a fait une paraphrase plutôt qu’une traduction ; M. Littré en a donné une explication qui ne me semble ni satisfaisante ni parfaitement exacte. Voici, je crois, comme il faut concevoir ce passage: Hippocrate, admettant que la pierre se forme moins fréquemment chez la femme que chez l’homme, assigne deux causes à cette différence : l . chez les femmes l’urétre est pluslarge que chez les hommes; l urine en jaillit à flots, et empêche ainsi qu’il se fasse de dépôt dans la vessie; 2°. les femmes boivent plus que les hommes, ce qui fait que

‘ AxPon<>70'r'- cr- sur ce mot Foës. OEcon. Il s’agit sans doute ici de Ihabitude qu’ont les ealculeux de tirailler l'extrémité du pénis, habitude dont parle l’auteur du Irailé des Airs, des Eaux et des Lieux. On sait aussi que la présence d'un calcul dans la vessie détermine de la chaleur, de la démangeaison au gland cl de la rougeur à l’entrée de l’urètre. Peut-être aussi raut il, dans le passage qui nous occupe, voir une allusion è ces phénomènes , et prendre «.xponoiOir, comme signifiant l’extrémitc du pénis.

NOTES

les matières salines sont délayées et ne peuvent s’agglomérer. Quant au membre de phrase placé entre l’énoncé de ces deux causes, qui commence par : chez clics en effet..., et qui finit par : des parties génitales; il faut, soit qu’on la regarde comme une interpolation , soit qu’on l’accepte comme d'Hippocrate, il faut, dis-je, la considérer comme tout à fait indépendante de ce qui le suit ou de ce qui le précède -, et n’y voir qu’une observation servant à établir une sorte de parallélisme entre ce que l’auteur a dit plus haut de la pierre chez les garçons (p. 205 , liv. 4 ) et ce qu’il dit ici de celle affection chez les filles. Celte observation est évidemment déplacée ; elle devrait se lire après : Ajoutez que les filles boivent plus que les garçons; il est vrai qu’elle est liée à ce qui précède par un yip ; mais on peut très bien admettre que ce yip a été précisément introduit par suite du déplacement ou de l’interpolation de la phrase. Quant à la phrase entre parenthèses , phrase regardée comme interpolée par le commentateur arabe , et suivant lui par d autres critiques, il me semble qu’on devrait la reporter également entre parenthèses après ces mots : Chez elles, en effet, l urètre est coût l

et large. .

37. J’ai suivi pour ce passage altéré la correction de Coray ; eue est satisfaisante; et ne fait pas une très grande violence au texte vulgaire. Sur la foi du manuscrit latin 7027, qui porte : El calido corpore non consistent sanguine neque venis, M. Littré a traduit :

„ Ni le sang ni les veines... ne peuvent se resserrer. » Cette restitution m’a paru trop hardie et trop éloignée des idées hippocratiques pour que j’aie cru devoir l’admettre-

38. Le morceau qui commence par les villes et fini par phagèdênique avait été déplacé dans tous les manuscrits et se trouvait après : Froides en hiver (§. 3, p. 196, lig. 13). Dans cet endroit il ne se lie ni avec ce qui précède, ni avec ce qui suit. Plusieurs éditeurs s’étaient aperçus de ce désordre ; quelques uns même , entre autres Gadaldinus , Passiénus, et surtout Coray , s’claient efforcés d’v remédier; mais , procédant seulement par voie de conjectures, ils n’étaient arrivés, à l’aide de morcellements, qu’à des restitutions arbitraires et sans autorité. M. Littré est arrivé a une restitution certaine, à l’aide du manuscrit 7027, qui présente ce morceau dans la place où l’a mis le savant éditeur d’Hippocrate. Je renvoie , pour de plus amples détails, à son 11' volume, p. 16, note et p. 48, note 5. Je ferai seulement remarquer que cette restitution pouvait encore être assurée sans le secours du manuscrit latin par la seule considération d’un long morceau des Airs , des Faux et des Lieux, interpolé, on ne sait comment, dans certains manuscrits,

au milieu du traité des Plaies de télé, morceau qui, dans cette transposition , a été coupé de telle façon que le texte en litige se trouve justement entre le passage après lequel M. Littré l’a transposé et celui qui commence par : « I.es habitants ont la tête humide , « p. 100 , lig. 15; en sorte qu’on pouvait le rattacher soit à l’un , soit à l’autre ; et un peu de réflexion aurait décidé en faveur du premier. v cH ■

39. « Il y a mélancolie quand les malades, étantsans fièvre, délirent, déraisonnent et désirent mourir. » ( Léo, Conspecl. med.. Il, 13, p. 119, publié par M. Ermerins dans ses Anccdola ( Leide , 1S40, in-8°). Cf. pour les textes anciens sur la Mélancolie , Greenhill ( loc . cil.), No mm s ( lib . cil., cap. 33), Foës(OEcon.), et Gorris ( Def. med. ) à ce mol.

40. Tous les manuscrits, y compris le manuscrit latin 7027, ont cette phrase , que j'ai mise entre crochets parcequ’ellc a été rejetée par la plupart des éditeurs. — Le manuscrit 2235 fait de tout le paragraphe 10 un traité à part, qu’il intitule : itspi npr/vuWews èrüv, et qu’il attribue à Hippocrate ou à quelque autre ancien médecin.

41. Sur la foi du manuscrit latin 7027, M. Littré traduit : «Comme l’humidité y est entretenue par des pluies abondantes et par des neiges, etc. » Mais ce sens me parait en contradiction avec tout ce qu'Hippocrate a dit jusqu’ici de l’Asie, et avec ce qu’il dit ailleurs des bonnes qualités d'un climat. J’aime mieux admettre la négation avec Corav. La correction est plus simple, la phrase moins torturée , et le sens plus logique.

42. M. Littré croyait d’abord qu’il y avait une lacune après : « triomphe nécessairement de tout. » M. Petersen soutient le contraire dans son édition du traité, des Airs , des Eaux cl des Lieux. M. Littré paraît s’être rangé à son avis, et je crois avec raison. En effet, Hippocrate ajoutant que la forme des animaux est très variée , après avoir dit que l’attrait du plaisir l’emporte naturellement sur tout, fait allusion soit à la bestialité, soit aux accouplements d’animaux de diverses espèces , étendant jusque sur les brutes la mauvaise influence du climat. Toutefois, il existe nécessairement une autre lacune immédiatement avant : Poilà donc en effet. — « Hippocrate , dit M. Littré ( t. II , p. 57, note 4 ), n’ayant pas encore parlé des Égyptiens et des Libyens, et disant : Poil à les observations que j’ai faites sur ers peuples , il est évident que tout un chapitre consacré aux Égyptiens et aux Libyens a été omis par la faute des copistes. Nulle trace de celle omission ne se trouve dans les citations des auteurs anciens, à moins qu’on ne

NOTES

considère comme relatif au chapitre perdu le passage suivant de Galien (I. XVI, p. 292, éd. de K.) •• « Nous devons entendre toutes les constitutions décrites par Hippocrate comme les constitutions des parties de la terre habitée qqi jouissent d’un climat régulier... A celle catégorie appartiennent les parties sèches el chaudes de i Egypte et de la Libye , excepté la plage maritime de ces contrées. » C'est peut-être une allusion au chapitre, aujourd'hui perdu, du livre d’Hippocrate sur les Égyptiens et les Libyens. »

43. Le Palus Méolide est désigné aujourd’hui sous le nom de mer d’Azof ou Azow.

44. « 1 1 est d’autant plus difficile aujourd’hui de déterminer la vraie position géographique de ce peuple, qui n’existe plus, que les anciens mêmes en parlent d’une manière très vague. Pline le place prés de la ville de Ccrasus , et non loin d’un autre peuple appelé Macroncs, et qui pourrait bien être le même que celui de Macrocéphales. Hippocrate semble leur donner la même position , puisqu’après avoir annoncé clairement qu’il va parler des peuples situés à la droite du levant d'été , et gui s’étendent jusqu’au Palus Méolide , il commence parles Macrocéphales, el finit par les habitants du Phase ou les Colchicns , comme plus voisins du Palus Méolide , et par conséquent plus septentrionaux que les premiers » (Coray, t. II, p. 223). Quant à la coutume d’altérer la forme naturelle de la tète qu’Hippocrate attribue aux Macroeéphalcs , elle est très répandue chez les nations sauvages ou à demi policées , comme l'ont observé tous les géographes et les voyageurs.

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