PRELIMINAIRE. XXV
lui reprocher , quelqu’effort qu’il ait fait pour l’éviter. Oh ne saurait trop recommander la lecture réfléchie des muyres Heumiüs , (lahs lesquelles bh retrouve avec satisfaction tout ce que Galien et Houlïier ont écrit de mieux.
François J^aîUsto s é&i acquis dé la célébrité par ses commentaires sur différêhs tfàités d’Hippocràtè. Pour ce profèsseür distingué , lés aphorismes ont été lé sujet d’une longue étude à laquelle on doit de précieux résultats. Èn effet, le travail véritàblemènt classique de cet auteur est un de ceux que l’on consultera toujours avec proÎGt. Si on ne s’en impose pas à soi-même, ôn conviendra que, jusqu’à ce jour, Houlïier et Vaïlésio sont les médecins praticiens qui ont le plus heureusement commenté les sentences du vieillard de Cos , et quLdémontrent clairement que les faits rattachés aux théories primitivement conçues , n’empêchent pas que l’existence de ces conceptions de l’esprit ne soit éphémère , et qu’une saine doctrine déduite de faits recueillis avec soin, est de tous les temps et ne vieillit pas. Toutefois, il y aurait de l’injustice à ne pas sé montrer reconnaissant envers Prosper Martian, qui a singulièrement éclairci le sens de quelques aphorismes,, et qui a fort judicieusement rapproché d’eux des passages extraits des différens livres des Epidémies , sur-tout du premier et du troisième , que l’on regarde avec raison comme des traités parfaits.
. D’après ces notions historiques, on est ténté de croire que la bonne direction des études médicales était enfin trouvée et fixée à la fin du seizième et au pommençement du dix-septième siècles, que cette manie de tout ramener, non à des principes fondés et généralement adoptés , mais à des opinions particulières , avait suflBgainhient excité le zèle des pi'aliciens éclairés chargés
DISCOURS
d’entretenix' le feu sacré; qu’ainsi le bien, à côté du mal/ avait triomphé des innovations dangereuses, et dépouillé la vérité des faux oi'nemens dont ont l’a souvent chargée et accablée. Point du tout ; l’école nombreuse de Sylvius de Le Boë ne rêvait à cette époque qu’acescence des hu-. meurs, à laquelle Boërhaave substitua l’alcalescence, toutes les idées puisées aux leçons de Pitcairn , et celles qui avaient pour objet l’obstruction des vaisseaux , leur conicité et la circulation des fluides par erreur de lieu. Ce temps était rapproché de celui où de nouvelles découvertes de, valent donner une auti'e face à la chimie, où cette science était sur le point de paraître toute autre qu’elle n’avait encore été. En France, Lémery s’illustra dans le sein de ta Faculté de Paris, et trouva des confrères qui appliquèrent le fruit de ses. travaux à la: théorie de la médecine , et qui prétendirent connaître le mécanisme de formation des maladies et celui de leur guérison.
Hecquet, systématique par-dessus tout , et fort estimable d’ailleurs à cause de son profond savoir, publia , dans le dix-Huitième siècle, des commentaires qui ne sont pas dépourvus de mérite, et qu’on ne lit pas sans gagner beaucoup pour sa propre instruction. Néanmoins, il n’est point probable que son ouvrage sur les aphorismes d’Hippoci'ate ait reçu l’assentiment général en ce qui concerne la formation ' des maladies , et la manière dont la nature procède à leur .guérison. On n’a jamais dû convenir avec lui que, par le mot nature y Hippocrate ait entendu parler de l’équilibre entre le mouvement des fluides et l’oscillation des solides ; on ne lui a point' accordé que l’état de santé n’est que la suite d’une parfaite régularité dans cet équilibre dont le désordre amène ces altérations auxquelles les médecins sont appelés à vemédier. Séduit par les brillantes décou-
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Vertes de Lèmery, Hecquet s’est persuadé que les lois dë la chimie lui permettaient de rendre compte de tout sans s’écarter de la doctrine hippocratique. Il est curieux de se former une idée de l’enthousiasme de notre Comhientateur : progressûs indè capietartis usus,
intélligetur ex singuiari illâ ohservatione , quâ has vel nias terreas èubstanilas , hujusve aut ilUus texturce , supplere docet in animalibus materiebus (Lémery) , ipsaè mutando salium matrices, aut supponendo alias, ut indè ', V. G. armoniaci Salis loco, verum emergat nitrum; at quia ejus modi processus, alcalium cum acidis inventb cowenieîtti connubio , succedit, hinc surgit spes , Jbre ut acidorum cwn alcalibus energiœ ad mutandos sub morbis sanguinis sapot-es usurpatœ revelentur, absorbentium que potentiœ et oppùrtunitates ûd curandum aptentur meliîis , 'quia meliùs concipientur et aperfiùs.
Nous arrivons enfin à des temps meilleurs. Au dix-^ huitième siècle, la médecine hippocratique, puissamment relevée par les ouvrages des auteurs du premier ordre , auxquels nous avons donné un tribut d’éloges justement mérité, a repris vigueur, et s'est soutehué après avoir secoué le joug de la chimie et celui de tous les systèmes variés qu’on lui avait substitués. Malgré tout, on ne doit pas être très-reconnaissant envers Paul SWbait rXa. conception gërmanique des controverses de ce médecin n’instrüit nullement. Gn" ne trouve danS un volume énorme que dès fàisbnnemens entortillés, des objectiô'ns plus ou moins bien posées que l’auteur a voulu résoudre ; de telle sorte que rîô'n se croit autorisé à conclure que ’iSoVéaii était un excellent logicien plus
propre à une chaire de philosophie qu’à toute autre.
De Gor/er n’appartient pas à cet ordre d’écrivains qui ont tout recueilli à la louange d’Hippocrate avant de s’être assurés de la vérité ou de la fausseté des sentences
Xxvill bISCOüRS
qu’ils ont interprétées. A l’imitation de icjnelques pwtlr; ciens, ce professeur ne s’est proposé d’autre but çjue d’étendre le domaine dp 4 spÎPftÇP 5 sans s’inqutétçr si l’pracle de Cqs est PW n’est pRS l’auteur de telle ou telle proposition» Il nous apprend que son opinion a toujours été qu’il V34it mjeux envisager l’ntilité et les progrès de la médecine , que cpnsnlter la gloire et l’honneur de qui que ce fût. Aussi notre savant s’est-il quelquefois écarté de son modèle , ntpins pour s’en montrer le censeur que pprce qxie de grandes dé.couyertes ont été faites depuis» Cet ingénieux et savant auteuy a beappoup lu et c,pmr pilé ; cependant il ne cite aucune autorité à l’appui des idées qu’il a émises, persuadé que le sentjuient, d’autrui est de nnlle valeur dans l’esprit de pplui la yérité
tient Ifeu de tout, quand elle s’appuie spr l’expérience et le raisonnement. Tel est le jugenrent à pprfer sur les commentaires publiés par de Qorter^ dignes de ce haut degré d’estinap qpe leur acpordent unanimement les maîtres les plus renommés dans nptrp profession,
Il est difilcile de plas8,er le dopteUjr Riegpr^ médecin prussien. Le méfite principal de sa compilation consiste dans le rapprochement de plusieurs passages des écrits d’Hippocrate , dput les aphorismes sont extraits qp auxquels ceux- çj se rattachent. Eieger n’a pas négligé la lecture de jCe/se , dont il rapporte également desjnPf” peaux qui sopt , en quelque sorlp , la traduchon d’un grand nombre c|es sentences du prince des médppins, Pn reste, sipp l’osait,, on.demandÆÿ’ait-à quoi onrecon^ que qe coranxentateur fut un pra^lpien : il est dilficilç de ,1e prendre ppur tel, n, pç juger, d’apfés, sa manière d écrire. Pe tout ce qu ou lit, il nelni appartient presque rien,; l’ordre et la méthode ne lui étaient pas familiers ; et, outre des longneurs extrêmes, on peut, sans, courir le risque d’un démenti , accuser le docteur Rieger de ne
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fe’être pas montré judicieux dans ses citations saïls fin , que l’on ne trouve pas toujours en harmoniç avec Içs aphorismes auxquels elles sont annexées. Eu égard à l’immensité des livres qui ont été lus ou consultés, cette compilation représente des archives d’une grande richesse , lesquelles seront dans tous les temps , d’un secours incroyable aux personnes que leur goût portera à entreprendre un travail semblable û celui que nous osons publier aujourd’hui.
André Pasta est un nom cher aux sciences médicales ; ce médecin , digne de sa grande réputation , a donné une édition des aphorismes et des prognostics > enrichie de notes si courtes et si précieuses, qu’on a lieu de regretter que cet ouvrage ne soit pas plus répandu. Aussi , recommandonsrnpus comme un service éminent à rendre aux élèves, une réimpression faite avec soin. L’exemplaire que nous possédons fourmille dp fautes grossières et d’incorrections ,: il suflRt de savoir qu’en 1791 , il sortit des presses de Venise.
Serait-il assez prouvé que , depuis Gafien jusqu’à c§ moment, des commentaires sur les aphorismes d’Hippo-r. crate ont été nécessaires , moins pour bien exposer la véritable pensée exprimée par ces sentences , que pour en faire Inapplication dans l’étude des maladies, leurs progrès , leurs terminaisons et leur traitement , et aux personnes auxquelles un médecin est appelé à donner ses soins? D’après les révolutions épouvantables des empires ; d’après celles dont l’esprit humain n’a pas été exempt , ne demeure-t-il pas démontré que notre profession a eu les siennes, que la science d’Hippocrate a beauicoup plus souffert du crédit et de l’autorité d’Aristote , des théories de quelques physiciens , qu’elle n’en a profité. La médecine a sa philosophie partiGulière , qui a pour objet la connaissance des choses, robservation
DÎSCOüRS
des phénomènes de la nature , leur coordination , l’eX^ périence qui en résulte , et le raisonnement aüqiiel toutes ces circonstances premières servent de base. Celte philosophie n’a que des liaisons plus ou moins étroites avec celle qui trouve sës élémèns dans les conceptions humaines, dans le génie de quiconque se crée des prim cipes suivant lesquels il interroge la nature , déduit des conséquences qui lui servent à établir des systèmes Id plupart aussi mobiles et variables que les idées des hommes qui succèdent aux premiers inventeurs. Si cette dernière assertion n’esbpas sans fondement , qu’on cesse donc de s’étonner qu’il ait existé tant de com-^ mentaires des aphorismes, et qu’il en reste si ^ew. Cxàliën, abstraction faite de l’aristotélisme , Houllier, Helirnius , Vallésio, P. Mùrtian , d& Gorter, Rieger et Pasla sont les seuls noms qui survivent à une foule d’autres qü’oii a oubliés. La cause qui assure pour toujours leur célébrité est la iiiême qui a fait franchir des siècles à la doctrine d’Hippocrate , et qui préservera de l’outrage des temps les écrits basés comme elle sur les phénomènes naturels des maladies et sur l’étude rigoureuse du mécanisme des guérisons spontanées.
Exposons maintenant les motifs qui ont fait entreprendre le travail que nous publions aujourd’hui , le plaii qui a été suivi dans sa rédaction , et la manière dont il est exécuté.
La nécessité a été la seule cause déterminante , parce que nous ne possédons dans notre langue aucun ouvrage de ce génre, et que les élèves de nos Facultés ont seulement des traductions littérales qu’ils ne comprennent guère mieux que l’original. Nous nous disons tout à fait dépourvus, car il n’est pas présumable qu’on attache de l’importance aux commentaires déjà anciens des docteurs et Dufour. Peut-être dira-t-on que
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“ceux donnés en i8i4 par le professeur Bosquillon doivent suffire : les esprits judicieux conviendront que ce savant médecin n’a accompagné sa traduction que d’une simple paraphrase qui ne facilite pas l’étude autant qu’on le désire. Sans doute M. le chevalier Derhercy continue de faire preuve d’ün zèle qu’on ne saurait trop estimer et encourager : ce laborieux confrère est digne de tout le succès auquel lui'donne le droit de prétendre l’étude approfondie d’Hippocrate qu’il a eu la fotce d’entreprendre et le courage de poursuivre Sans relâche. Cet helléniste érudit, qu’il ne nous appartient pas de juger, de crainte d’être accusé ou de partialité ou de ne pas rendre à ses travaux toute la justice qu’ils méritent , vient d’enrichir la science médicale de commentaires sur les trois premières sections des aphorismes. En laissant à d’autres le soin d’apprécier le talent de M. le chevalier Demercy, nous avons cru ne pas devoir nous désister de la tâche que nous nous étions imposée depuis plusieurs années;
Ce n’est point pour ramener aux vrais principes de la doctrine d’Hippocrate que nos commentaires ont été entrepris, parce que jamais elle n’a mieux été cultivée que depuis la restauration de nos Facultés; les sciences physiques l’ont éclairée sans la dominer; et si des personnes ont tenté, il y a vingt ans , d’introduire la langue des chimistes et de la combiner avec celle des médecins, que l’on soit assez juste pour savoir quelque gré aux Fourcroy, a\xx Bei'thollçt , aux Chaptal, aux ‘Guyton~Mon>au ^ aux Chaussier, ë\c. , d’avoir arrêté ce premier élan , qüi n’était qu’un excès de zèle dont les suites pouvaient avoir les plus graves inconvéuièns. Depuis leur nouvelle institution ; nos écoles ne se sont donc pas écartées de la véritable route; c’est- donc pour concourir à atteindre le but qu’elles se sont cons -
DiSGOUJilS
tamment proposé, qu'il a paru utile de se chargea* d’une partie du fardeau , et de faire' connaître les fruits que l’on peut retirer d’une étude spéciale des aphorismes.
C’est donc à tort que l’on s’est ainsi exprimé, dans le journal des. Savans î « Le septicisme qui , de nos jours «sur -tout, s’est attaché à la personne et aux écrits « d’Homère, a tenté aussi , sur le nom et las ouvrages « d’Hippocrate , les même outrages , mais non, avec le « meme succès ; et la gloirç du philosophe de Gos a « résisté encore à l’indifférence dont, son livre s’est vu « l’objet dans les C0u.i;S| d’enseignement public (i). » Le journal des Savans est une autorité , et il nous faut essayer de détruire l’impression fâcheuse que pourrait faire sur les esprits les plus sages elles ïuoiins capables de, sç; laisser prévenir, un énoncé dont, l’estimablje auteur doit être mis hors de cause» attendu qu’il ne fait Gonnaître qu’une opinion manifestée par M- le chevalier Demercy:, soit dans de petits écrits particuliers, soit dans les observations qui précèdent ses commentaires sur les trois, premières sections des aphorismes.
Il est vrai qu’en février i8o4<» H fut soutenu à la Faculté de Paris, une thèse dans laquelle l’auteur exposait ses doutes sur la vie , la patrie , la généalogie peutêtre mythologique d’Hippocrate. Aucnn médecin n’a pris parti en faveur ou contre cette singulière dissertation;. il n’y a donc pas eu de septicisme dans le corps privé ou public de la médecine, relativement à l’existence d’Hip.pocrate, ni concernant les ouvrages qu’on a donnés l>oùr antérieurs ou postérieurs au tempSvQÙ l’on pense généralement que ce grand médecin a vécu,, ’
Il est difficile d’admettre au dix-neuMiêffi.e siècle l’indifférence des médecins pour les traités composés paç
i (»)• JôHrnal des Savons , ' p. Siof , 1817.
PRÉLIMIWAIRE.
cet homme exti^aoïdinaire, car elle serait victorieusement démentie par les travaux connus des docteurs Corày et Gnfl/ïZeZZ d(e Toulouse ; ’ par ceux de MM. Mar-~ chant, médecin à Besançon , et Chailly, praticien distingué de Versailles. M.; PaHset n’a-t-il pas enrichi notre 4i Itéra ture, dé deux éditions filançaises des aphorismes d’Hippocrate, sur lesquels il a promis de. publier incessamment des eomimenlairesF'Ne devons-nous pas à ce laborieux médecin de la maison royale de Bicêtre, une excellente version du premier et du troisième livre des Epidémies? enfin , M. le chevalier Dôme'Pôj- n’est-il pas lui-même la preuve que, dans- le moment actuel , il se trouve dans la société un certain nombre d’auteurs qui s’adonnent utilement à l’étude de la médecine hippocratique. ? Est-il convenant d’accuser l’indifférence des personnes chargées d’un enseignement public , lorsqu’au Collège royal de Fi'ance, le célèbre professeur H allé choisit le, texte de ses leçons dans les livres du vieilkrdj lorsque le professeur C haussiér ti'& rien tant à cœur que de propager le goût pour la doctrine de l’oracle de Gos j en un mot, quand les Facultés ' ont fait une loi à tous les Candidats qui soutiennent un acte public , d’interpréter et de commenter quelques.'aphorisme’s ?
B est indispensable, dit-oni, d’établir dans l’enseignement public de la médecine une chaire seulement consacrée à l’exposition de la doctrine d’HippoGràte., Le professeur muni de cet emploi difficile et honorable , ferait un cours essentiellement pratique, au^quel ne seraient admis que des élèves avancés et déjà fort instrwts de toutes les connaissances théoriques ; ils ne pourraient entendre et comprendre des leçons de ce genre, qu’autaût qu’on leur mettrait sous les yeux des objets de démonstration , sans laquelle tout se réduirait à de la théorie ou à dès discussions à peu près hypothétiques. Or, les dtèveà dont
DISCOURS
il s’agit , fréquentent les cliniques , dans lesquelles il est impossible d’enseigner une médecine autre que celle d’Hippocrate ; dans lesquelles on rencontre les malheureux qui servent à la démonstration du caractère, des signes et du progrès du mal , et à rendre palpables les eflets des procédés de la nature ou de l’art dans la guérison spontanée ou le traitement des maladies. Dans les cliniques , le livre de la nature est ouvert ; sous les yeux d’un professeur éclairé , on ne peut le parcourir et le méditer autrement que font parcouru et médité les premiers maîtres de l’art. Il résulte de cet exposé , que , dans l’enseignement public , une chaire spécialement consacrée à la doctrine d’Hippocrate , serait absolument la même que celle qui a pour objet les cliniques, et dont elle n’atteindrait pas le but. Il est donc vrai que le septicisme ne s’est attaché ni à la personne ni aux écrits du philosophe de Cos; que, dans cette première partie du dix-neuvième siècle , la doctrine d’Hippocrate est cultivée avec autant de zèle que de succès.
La nécessité de publier aujourd’hui des commentaires ne donnant pas sujet à contestation , quel était le meilleur plan à suivre dans, notre travail? Quelque bien exécutée qu’elle;soit, une version ne soutiendra jamais la concurrence avec l’exactitude, et la précision de l’original ; et personne ne se dissimule qu’il serait du plus mauvais goût , de citer en, français un aphorisme qu’il est d’usage d’exposer en latin , dans une langue qu’aucun médecin n’est censé ignorer. C’est pourquor/H suffit d’être fidèle dans la traduction, et d’avoir tout fait pour approcher de son modèle aussi près qu’il a été possible. Cependant il a paru utile de réunir toutes les parties de notre version dans un seul cadre , et de les dispose, r suivant une méthode pathologique dont les avantages sont si marqués, quelle permet de rattacher
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à un petit nombre de chefs les aphorismes qui ont le plus de rapport entr eux
Cette idée ne nous appartient pas , car , en 1 563 Nicol. Haupas , médecin de Berskhire en Angleterre ^ a Commenté les aphorismes, qu’il a distribués en quarante-deux sections ; et il y a deux cents ans environ que Butini a conçu le même projet et l’a difiéremraent exécuté. En i633, un médecin d’Amsterdam, Nicolas Fontan; en i65o, Charles-de-Saint-Gejmain , docteur de Paris , donnèrent chacun une édition sans notes ni développeraens. Soixante - treize paragraphes admis par lé premier, excluent tout l’intérêt que l’on trouve dans un rapprochement bien fait : on en doit dire autant du degré d’utilité que présente le travail du second auteur, qui comprend tous les aphorismes dans quatre parties distinctes. Celle qu’on lit la première, subdivisée en vingt-sept chapitres , réunit les sentences relatives à la pratique générale d’Hippocrate; la seconde , qui a pour objet les maladies des parties animales , de partium animalium morhis , se compose de dix chapitres; neuf autres exposent la totalité de la troisième , de partium vitalium morhis ; enfin , dans la dernière , de partium naturalium morhis, on en compte vingt-quatre. En i665,^ Vigier a aussi mis au jour des commentaires qu’on lit encore avec fruit. Cet auteur a suivi l’ordre anatomique adopté par Butini, qu’il ne cite pas. Ce silence injuste fut blâmé par le docteur Dufour, lorsqu’on 1724 fi* imprimer, pour la seconde fois , des commentaires bien inférieurs à ceux de Vigier. Dans le plan suivi par chacun de ces médecins-praticiens , on est fatigué par des répétitions sans nombre qui , pour ne pas nous faire encourir le même reproche, ont engagé à suivre une autre marche.
Notre traduction, imprimée séparément, se divise en
DISCOURS
paragl'âphes relâiifs aux saisons , aux maladies fébriles ? nerveuses , aiguës et chroniques de la tête , des yeux , de la gorge, de la poitrine , de l’abdomen, des voies urinaires ; â celles qui tourmentent parliculiètément les femmes, et à d’autres qui sont du ressort de la chirurgie. Viennent ensuite des prognostics généraux appli^ cables à tous les cas, les phénomènes critiques, tels qu’hémorrhagies , sueurs , flux d’urines et évacuations alvines : plus loin, se trouvent tracées les règles de conduite qui ont pour objet le régime de vivre en santé et en maladie, la prescription des médicamens purgatifs, l’emploi du chaud et du froid , comme moyens de traitement ;ét le tout est terminé par une suite de sentences applicables aux convalescens. En marge de notre traduction littérale sont indiquées les sections selon leur ordre d’inscription ; il en est de même des aphorismes , quant au numéro qui les distingue dans chacune de ces mêmes sections. Peut-être trouvera-t-on qrie , d’après cette distribution , les aphorismes ne sont paS également liés eütr’eux; mais en les disposant avec une sévérité rigoureuse , il en serait résulté une confusion ^hi Rurait nui -à la facilité de collationner. Un travail spécial à convaincu que l’on tenterait en vain d’obtenir üile parfaite concordance sous le rapport des matières e[ui sont le sujet de chaque précepte. Dans le corps de l’oüvrage, tout aphorisme latin indique le paragraphe du texte français où on le trouve traduit.
Chaque section est précédée de quelques idées générales qui font connaîtrè d’avance les sujets dont il va être question. Rien n’a été négligé pour què Cette espèce de préambule fût profitable ù ceux qui commencent et à ceux qui terminent la lecture des sentences d’Hippocrate. Pour le composer d’une manière qui satisfasse, il s'est rencontré de grands obstacles dépendans de l’iné-
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gàltté et du peu du suite des aphorismès ; en bôrte que sî quelques vices sont remai^ués , il'feut les âttribuer au défaut d’ordre qui règne trop souvent dans l’originafi Quoi qu’il en soit , si tpdtè's nos obàervations prélî'inU naires offrent des ihconi^éniens , ceux’i-ei' né' 'seront pRs àssez importans p'6ut donner lieu à uné eritfàuè ûtilë'^^^ digne de filer lattentioii. Palis quelques -ifhs de ÔèS préambules, On a agité sttccincteméiit ^uélqüè^' questionà de pàthoîb^é' générale qui ne se seraient pas trbuvèés Convenableinént placées dans les commentâi'res particuliers, où l’on n’aurait pu se garantir de redites fatigantes. Il a paru plus à propos de frkitèr à part ces sujets d’une haute importance , sur lesquels il convient que les jeunes gens aient des notiohs justes et approfondies.
C’est la version latine' publiée par £or;j que nous àvons adoptée, d’aprës' les mêmes raisons alléguées par M. Pàrîset , médecin ins'trùit , dont le goùt dt le savoir ne peuvent être contestés. '« Quand uné'cîiûsé est bien “M faite, quand elle a , comme célle-tl ÿip il r ainsi dire j U le fini de la perfection , il est absurde, selon moi, dé «la refaire, et de mettre en ques lion cé qui est déjà « décidé (i). »
Les causes qui ont fàit tomber dans un profond oubli le plus grand nombre des' commentaires publies sûr les aphorismes d’Hippocrâtë , nous ont 'averti 'qùé, dans les nôtres, il fallait s’attachér exClusivemént à ce qui dérive dé. l’expérienbé ; elles nous ont prescrit d’écarter toute réflexion qui ne tendrait pas à donner le véritable sens d’ün âxiOmé quelconque. Autant qu’il a été possible , le prince des médecins a été interprété cTaprès luimême , et d’après quelques-uns des traités dont on ne le croit pas l’auteur. En suivant cette marché fôndaraen-
(j) ^ph. d’Hipp.j iiouTelle traduction. Préface.
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taie, nous nous sommes fait un devoir d’imiter Houllier, P. Martian et le docteur Rieger. Souvent des rapprochemens ont été assez heureux pour qu’une sentence ' se trouvât présentée sous un point de vue qui lui est essentiellement propre , et qui rectifie quelques endroits des versions les plus nouvellement imprimées. Néanmoins, malgré nos précautions pour éviter toute erreur, nous n’osons nous flatter de n’en avoir commis aucune. Ici , la critiqne connaît ses : devoirs ; c’est à elle de s’exercer, sur-tout quand elle est sûre de faire disparaître lès fautes qu’elle découvre, et de trouver un auteur docile à ses leçons.
Au milieu des développemens que nous avons donnés,, il sera facile de distinguer une faible propriété dont une expérience de ving - cinq années autorise à disposer ; mais le lecteur apercevra de suite les nombreux emprunts faits aux commentateurs les plus estimés et aux praticiens recommandables qui se sont immortalisés par leurs écrits. Dans ce travail pénible, nous avons adopté l’Hippocrate de Marinelli et l’index de P. Math. Pini. Quant à Celse , l’édition qui a été suivie est celle de V alart , laquelle n’est pas la meilleure : c’est seulement parce qu’elle est plus répandue dans nos écoles , que la préférence lui a été accordée.
Api'ès avoir comparé le mérite des ouvrages d’Hippocrate avec celui qu’on ne peut s’empêcher d’accorder aux productions des médecins, praticiens ou théoriciens, les plus célèbres qui ont écrit en style aphoidstique j après avoir passé en revue quelques commentateurs estimables dont les écrits justifient encore la célébrité, il a été prouvé que l’état actuel de nos connaissances exigeait qu’un travail nouveau fût entrepris. En nous chargeant de cette tâche , peut-être supérieure à nos forces , nous avons composé un ouvrage qu’il est proba-
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blement téméraire d’offrir à la jeunesse studieuse, et, plus encore, au jugement éclairé des médècihs expérimentés : toutefois , espérons que nos confrères nous sauront gré de nos efforts, et que les élèves ne dédaigneront pas ce que le zèle a suggéré pour leur instruction.
Je viens de dire qu’Hippocràte est presquè seul l’interprète de ses aphorismes : je crois que je ne pouvais mieux faire pour le rendrè plus intelligible , d’une part , et , de l’autre , pour préparer les jeunes gens a une étude profitable des ouvrages de ce premier médecin de l’antiquité. Je ne me suis pas borné à consulter les écrits qu’on lui attribue , et dont oh a décidé qu’il était l’auteur ; j’ai cru devoir aussi compulser les traités qu’on lui contesté. Parmi ces derniers , j’âi trouvé le texte d’üh assez grand nombre d’aphorismes , souvent plus clair que celui qu’on lit dans ce que j’ai osé commenter. D’ailleurs, parmi ces livres composés par les fils ôu Jes élèves de notre grand maître , il en est qui jouissent d’un grand degré d’estime ,’ ët qui , par la force et la substance des idées , méritent d’occuper uhe place fort distinguée après ceux de l’oràclé de Cos. C-est précisément sous ce rapport que; j’ai voulu servir la scnehce , à laquelle je n’ai pas prétendu ajouter. Je m’estimerai hëurëux^ si mon but est rempli , et si j’ai soutenu le gbût' en faveur dè là médecine hippocratique.
J’ai terminé cet ouvrage par une table des matières fort étendue. En la composant, j’ai eu l’intention de mettre sous les yeux du lecteur une analyse raisonnée de tout le contenu des aphorismes et des commentaires ; sans craindre les répétitions ou les doubles emplois , j’ai rapporté à chaque mot tout ce qui le concerne; persuadé que la mémoire rappelle quelquefois confusément un passage qu’il serait très-difficile , ou long et pénible de
XL DISC0X7RS PRELIMmAîHE.
retrouver dans le corps du texte, même dans une sectioîl à laquelle on serait certain qu’il se rattache. Sous ce rapport , je pense encore avoir été utile , et trouver l’excuse, de la longueur de ce travail particulier, d’ailleurs ingrat et ennuyeux.
Dans ce discours préliminaire, dans les développomens annexés aux aphorismes , l’auteur a eu plus d’une occasioii de .prouver qu’il a connaissance des nouvelles îdéès qui. sembleraient préparer une révolution très-proichaine dans la science médicale. S’il a gardé le silence sur ce point , qu’on n’accuse pas son indifférence , et qu pn sé persuade, qu’il a craint d’altérer des opinions que son éspritne juge pas êtrp ençore assez précisées, et qui lui paraissent émises avec un appareil plutôt polémique que dogmatique. Certes , nous n’attachons pas d’importance à notre suffrage : mais quiconque obéit à sa conscience, doit applaudir aux efforts généreux de nos confrères qui tendent à rectifier des doctrines qu’ils croient mal fondées , et à renverser celles que l’expérjence ne confirme nullement dans la plupart des oas. Nous attendons avec impatience le bien qui nous est promis; et, d,e quelque part qu’il vienne , nous nous proposons d’en jouir, en laissant à qui voudra le soin de rechercher les véritables auteurs, qui, dans les temps passés, peuvent avoir préparé les voies avuc écrivains du moment présent.
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DES APHORISMES D’HIPPOCRATE