‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 28 sur 103 · SECTION · texte numérisé non relu

SECTION

I , ÀPH. î/j-. 65

facilement l’abstinence , ne sont pas incommodés de celle qu’il convient de leur imposer dans l’état de maladie.

Quiconque lira sans réflexion ce passage de Celse : (^uod ad œtates verà pertinet, inediam J'acilè sustinent mediæ œtates ^ minus juvenes , minimè pueri et sériectute conjècti (^ly , croira peut-être que le Romain est en contradiction avec le Grec. Il est bon de faire remarquer q'ue les deux maîtres sont d’accord 5 qu’Hippocrate ne parle que de la première vieillesse, et que Celse fait particulièrement mention de la décrépitude. Il arrive quelquefois que les personnes les plus avancées en âge ont des besoins d’alimens aussi souvent répétés que la première enfance : mais ils proviennent de causes différentes, et le but n’est pas le même. Ce n’est qa’en santé que les dé- . ç|épits demandent souvent à manger ; ils n’ont pas d’appêtit, ils ne jugent point la saveur des alimens, et ils -■*‘sont aussitôt rassasiés , quelque peu qu’ils aient pris : en maladie , ils sont tout à fait dégoûtés j et ce n’est souvent que par obligeance et docilité qu’ils cèdent aux ' instances des personnes qui leur offrent une faible nourriture.

i4- Quœ crescunt 3 plurimùm hahent calidi înnati ; plurimo igitur egent cdimento : sin minus ^ corpus consumitur. Senibus autem paucus calor : proptereà paucis fomitihus indigent y multis enim eoctinguitur. Idcircb etiam fehres senibus non similiter acutce. Frigidum enim est corpus, (g’xvui.)

Cet aphorisme explique le précédent, qui n’énonce

(1) De Medicin. , lib. i, cap. i , sect. xiii , p. 3i.

66 ÀPHORISMÉS' D’HtpROCRATè ,

que dès propositions générales dont on trouve ici la preiivO et le développement. Nous le répétons , lè régime doit s’accorder avec l’âge, soit en santé, soit en maladie; lëi aflféctibns aiguës' d’une nature semblable, ne marchent pas avec des- symptômes également violéhs chéz les vieillards , que chez les enfans , les adolescens et les adultes': donc, dans des circonstances qui sontMes mêmes , il faut accorder moins de liourriturr aux premiers qu’aux seconds.,^ Sil s’agissait de caducité, de" décrépitude , ce ne serait pas aller contre la doctrine d’Hippocrate, que de donnér des alimens légers, eh petite quantité et souvent, comme le veulent Celse et P. Martian. Le mal a pour objet l’extinction prochaine des 'forces radicales qu’on s’eflForce de ranimer.

Et'vidêtur sanè miki qüod'calidum vdcamus, immor- 'taie esse , et cuncta intellîgere , et videre , et audire, et scire- omnia titm proesèntitc tùm Jutura (i). Le chaud, calidum, appelé'z/2/?ae7is, que'le régime entretient, conserve , relève, quand il est affaibli, est encore désigné sOüs les noms , physis, ehormon, nàtüra. Le caiidüm innatuni, insitum-, est donc une puissance , une cause première d’action , inconnue dans son esseiicé , mais manifeste par ses effets sur les corps organisés, auxquels il appartient exclusivement. C’est le principe moteur et^ d’Aristote, Marchée, que Van-Helmont divise à 'l’infini, Vimpetum fable fi'sA&'KâMV Boerhaave , \amé de Stahl , la force innéè% vis insilcC, uis‘ uitoè', Yactiort vitale, le principe vital admis dans les écolés modernes. I/activité du znha/nm est d’autant plus éner¬

gique, qu’on est plus près de la plus tendre enfance , et d’autant moindre, qu’on s’en éloigne davantage en s» rapprochant de la vieillesse.'

(i) Hipp., du datniiUs.

StGTiÔT*^' I', AT'H; î5. 67

iVam îd probè nosce'oport'et, quod hofno primis diebus calidissimus ' est süî resp'éctu , ultiniis jfigtdtèsimus. Necesse est enim augescens et ad vîm procedens corpus calidüm esse-, ubt auterii ihcepetit mdrcescérè’ côrpùs , delabens in otiufn Jrigidissimùih ëvadit. Et jüxta haiic ratio rtèm, quàntb amph'às priniis- diebus homo aügésùït, tantb calidior existit, et quantb pltis ülîùrtis dieblis 'màëcés'cit, tantb Jrigidiorem essé nècësse' est {^ly. ''

i5. P^erttrés hierrié et véré riatiirâ surit cdlidtissitni^ et sonini Ibngissimi. In his igitur temporibus etiam alimenta plura eæhihénda; innatum enim calorem majorent habent ; nutrimento igitur copiosiore indigent. Indicium surit ce.tutes éi athletœ. ( § xvin.)

Les mots , ventres , s’entendent des trois cavités

du corps , et non uniquément de l’estornac et du tube, intestinal. Hippocrate n’a point prétendu parler de la. châleur animale , mais bien de celle qu’il a appelée innée.. Hn etfet, personne n’ighbre que l’action vitale des, organes intérieurs ne soit' plus forte durant l’hiver et le. printemps , que dans toute autre saison. Il n’est peut-être pas exact de penser que somm’ longissimi donnent l’idée du sommeil proprement dit : il s’agit sanjs doute moins dé dormir què de là brièveté des jours , comparée avec la longueur dés nuits. Or, si le repos rétablit, les forces épuisées parles exercices, il faut nécessairement qu’elles aient plus d’activité en .hiver et au printemps , puisqpe les jours plus courts et les nuits plus longues laissent moins de temps au travail qu’au calme et à la tranquillité

(0 Hipp. , de liaturd homînis J suh fin.

68 APHORISMES d’hIPPOCRAÏ'E ,

du corps. Donc, les fonctions assimilatrices consomment davantage; donc, elles demandent qu’on leur fournisse plus d’aliment.

Cet aphorisme enseigne que , toutes choses égales d’ailleurs , les malades doivent être nourris différemment, selon les saisons de l’année, selop leur âge et le genre d’occupation auquel ils se livrent en santé. Ainsi, pour un enfant, le régime ne doit pas être celui d’un adulte, et encore moins d’un vieillard ; une personne habituée à des exercices, plus ou moins violens , ne peut pas être soumise , quand elle est malade , à la diète qui convient à un sibarite.

i6. V' ictus humidus , febî'icitantihus omnibus confert y niaximè i^erd pue ris y et aliis tali vie tu uti consuetis.

Maintenant qu’il s’agit de la qualité des alimens à prescrire aux malades , sachons que le moX fébricitant s’applique à tout fiévreux qui n’éprouve point actuellement un mouvement fébrile, Dans ce dernier cas , Hippocrate dit expressément : febrienti cibum ne offeras il avertit, du reste, que durant un accès ou un redoublement , il ne faut soutenir qu’avec des boissons et saisir les temps d’intermission ou de rémission pour donner des alimens relâchans (2). C’est ainsi qu’on doit nourrir un fébricitant, pour rie point fatiguer son estomac et pour maintenir , autant que possible, Vintégrité des forces, utile contre la maladie.

Les enfans bien portans , ont besoin d’une nourri-

(1) Hîpp. , de Loc. in homin. '

(2) Et in accessione quideni sorbidone eipotu. nutriendum, inter-^^ media autem tempore cibis alvnm su^dpeentibus. Ibid, , de Jffeç.

SECTION I, APH. l6, ly. 69

ture molle , liquide ou humide , parce qu’ils n’ont point encore assez de puissance pour élaborer des substances solides qui se digèrent plus difficilement , humidum alimentum faciïiùs transmutatur quant siccunt (i). Si , en santé , ces êtres précieux et délicats demandent de promptes réfections ; si le régime humide est ce qui convient le mieux au rétablissement de leurs forces (2) , à plus forte raison leur esf-il indispensable quand ils sont malades. On conçoit.qu’un médecin rie doit pas oublier ce principe diététique auprès des personnes qui n’ont pas l’habitude d’une nourriture solide.

1 7 . Et quihus sefnel aut bis , et plura vel pau~ ciora^et per partes offerri conducat^ videndujn. Concedendum autem aliquid et consuetudini 3 et tempestati y et regioniy et œtati. (§ xviii.)

Le précepte du temps n'est pas invariable dans des circonstances qui diffèrent beaucoup entre elles (3). Nous savons que des maladies très-aiguës, dontla durée est courte , exigent une diète absolue ; mais en admettant qu’une fièvre continue-rémittente , ou qu’une fièvre intermittente, aient des exacerbations fortes et prolongées ou des accès en quelque sorte, suhintrans , qui ne laissent qu’une faible rémission ou intermission , il ne se trouve qu’un moment à saisir pour doqner une nourriture légère capable d’être digérée, sinon en totalité, au moins en très-grande partie, au retour de l’exacerbation

(1) lAb. , De aliment.

(a) Qui celeri appositione indigent, iis humidum ad reficîendas vires optimum remedium. Ibid,, de Alimenta.

(3) Æinimèque in rebus multùm inter se differentibus , p.erpetuuiU' esse prceceptum temporis potest. Gels., lib. iii , cap. iv.

'jO aphorismes d’hippocrate ,

ou du paroxysme. C’est la violence ou la duré^ de ces redoublemens et accès qui règle la quantité d’alimens à prescrire, semçl aut bis, plura veî pauciora.

Vel per partes. Gardons-nous de donner à l’estomac plus qu’il ne peut supporter ! Les personnes d’un faible tempérament , celles épuisées par de grandes privations ou par un état, prolongé de maladie, doivent user de prudence, prendre souvent et en petite quantité chaque fois , la somme d’alimens que les praticiens accordent dans les vingt-quatre heures.

Sans revenir sur ce qui concerne la saison , le pays et l’âge, ne perdons pas de vire ce vieil adage : l’habitude est une seconde nature (i). Il est important à un médecin de connaître le 'régime de vivre ordinaire à ses malades (2). Ceux qui sont naturellement très-voraces ne supportent point la même diète que ceux qui ne mangent que médiocrement (3). Les personnes qui, en santé, ne font qu’un ou deux repas par Jour, sont entretenues dans cet usage ou y ^nt ramenées quand , étant malades, on les alimente aux mêmes heures et un même nombre de fois. Leur estomac exerce plus facilement ses fonctions aux époques qui lui sont familières et constantes.

,11 n’est pas de médecin qui n’ait eu à soigner des personnes auxquelles il fallait accorder plus d’alimens qu’à

(1) Estenim consuetudo , açquisititia nqtura. Gai en. , lib. 11, de Tempérament., cap. t.

(2) yictûs rationes quantum fieri potest cognoscendcp , nam non nosce , multarum calamitatum res esï. Hipp. , Epidem. , lib, vi.

(3) In nosocomio sœpè miseras videmus agricolas , et urbanos quoque homines , qui rudioribus ac inultis alimentis vesci soient , si gravi morbo detenti , solis jusculis. carnium nutriantur, in maximam prostrationem , atque lipot/vymias incidèie : secùs verà panatellis , ovuque sorbilibus , vel dilutis , refectos , atque in putridjâ fébri vino non nifiil recreatos , citiàs atque feüciùs convalescere, Sebast. Géra , de fehre nosocomicâ, p.

SECTION I, APH. ï8. 71

d’autres, quoiqu’elles fussent gravement malades. Nous en avons connu qui , .bien, portantes , mangeaient pro- (Jigieusement , et qui me pouvaient supporter la difete, telle qu’on la prescrit dans .des circonstances semblables à celles qui sont assez communes. .P, ans les .hôpitaux militaires , on ^ a ,vu que, le régime de vivre , des -Français me convenait mullement. aux Russes, aux Prussiens ni aux Allemands, qu’il. fallait nourrir beaucoupyplus , sans quoi la faim les tourmentait cruellement. Les médecins étrangers ont plus d’une . fois manifesté leur étonnement en voyant Leurs soldats, fiévreux. etblessés,. soumis ià une diète plus ou moins sévère : ils recommandaient avec instance q.u’pn donnât une plus ^rar:ide.,qu,antité.d’alimens.

18. AKstate et autumno cibos dijfficillimh ferunt ; deindè vere.

Il est dit, aph. iS, qu’il faut nourrir plus abondamment en hiver et au printemps que dans les deux autres saisons de l’année. En nous donnant les motifs d’une telle prescription du régime de vivre, Hippocrate ne pense qu’aux personnes qui jouissent d’une bonne santé. Le même précepte est fort laconiquement rappelé ici , mais c’est pour l’appliquer aux malades. On supporte difficilement la nourriture dans les saisons indiquées , non parce qu’on ne digère pas, mais parce que l’estomac en est fatigué, et que le corps en est appesanti. Ne concluons, pas qu’il faille peu nourrir en été et^ en automne, époques. de l’année où le. corps-perd davantage, mais qu’il faut nianger pçu à,la,fois et so.uvent. , C’est le contraire en hiver : les pertes ,sont rèoirfdres au printemps que dans la saison qui suit ; et , comme durant celle qui précède, on doit manger beaucoup et rarement

■j a APHORlSMliS d’hippocrate ,

des substances d’une digestion plus facile. J^àllésio pens© que, pour cette raison, l’écriture commande un long jeûne, l’usage des poissons , des légumes et des herbes potagères vers la seconde moitié du printemps , plutôt que dans tout autre temps de l’année j et qu’en jeûnant on ne fait rien autre que de prendre rarement beaucoup d’nne nourriture moins substantielle que celle dont on use en hiver. Si nous ne prenons pas dans les principes de notre religion la cause de l’observance du carême , nous la ti'ouvons dans la nécessité de reproduction des animaux; dont nous consommons la chair.

19. His qui per circuitibus eæacerhantury nihil dure oportet y neque cogéré y sed auferre d& appositionibus ante judicationes. (§xvïn.)

Judicatio, jndicîurH) cn’s/s (i), la crise est la solution d’une maladie , que l’on dit se juger, quand elle diminue,, quand elle se change en une autre, cesse tout à fait ou cause la mort (2). On définit encore une crise, un combat entre la nature et le mal : en effet, lorsqu’elle est sur îe point de s’opérer , les accidens sont parvenus à leur plus haut point d’intensité , et se calment aussitôt qu’il existe une évacuation quelconque, ou qu’il se manifeste un changement dans l’ëtât de souffrance.

Exemples

La rougeole est précédée d’une fièvre dont la violence

(1) Judicatio, morbidissolutîoest.'H.vÿ^.,Prœception.

(2) Judicari in morbis est, cum morbi augcscunt , aut marcescunt autin alium morbum transeunt, aut desinunt. Hipp., de affection.*

Judicatio. est subita in morbç , vel ad sanitatem , vel ad mortem nniatio,. Gale».

augmente chaque jour et se calme aussitôt que l’éruption critique a paru. Il en est de même de la variole : les pustules , qui la caractérisent , doivent ensuite suppurer ; la fièvre s’allume de nouveau et cesse dès que celte suppuration critique est parfaite. Les symptômes d’une fièvre angiothénique paraissent quelquefois insupportables : ils perdent de leur force et disparaissent entièrement dès qu’une ci'ise s’est manifestée par un épistaxis , par des sueurs copieuses, ou des urines abondantes. La convalescence se décide immédiatement après ces évacuations , et les malades ne tardent pas à recouvrer la santé. .Une péripneumonie ne cède qu’à l’instant, d’une expectoration critique, qui se soutient, qui est facile et un peu prolongée : il en est de même des fièvres humorales , dont la crise consiste dans des évacuations alvines spontanées , suivies d’un grand soulagement.

Il s’agit ici des fièvres continues-rémittentes dont les exacprbations sont périodiques, et dont la crise n’est point relative à chaque exacerbation , mais à la totalité de leurs cours. Nous savons qu’il ne faut jamais nourrir ni presser pour boire ou manger durant les redoublemens , et que les alimens doivent être prescrits pendant l’intermission , de telle manière que, par leur qualité et leur quantité , ils soient digérés avant le retour prévu de l’exacerbation. Ces mouvemens périodiques d’une fièvre continue-rémittente deviennent plus violens à mesure que celle-ci approche de son terme. C’est pourquoi quand une solution est prochaine , non seulement il ne faut pas donner à manger dans tout le temps de l’exacerbation , mais encore on doit .retrancher de la nourriture accordée durant la rémission, et alimenter de moins en moins jusqu’à la crise. Comme elle est sur le point de décider le sort du malade, la nature ne veut pas être distraite à l’instant où elle dirige tous ses efforts contre une affe'c-

APHORISMES d’hiPPOCRATE , tion. qu’elle lâche de vaincre en lui opposant une vigoureuse résistance.

30. Quœ judicantur,jst judicatasunt perfecte^ piegue movere qportet , neque innovare y siv^ puvgantihu^ y s.ivè ,cdiis irritamentis y sed sinere. (§,xix. )

Une crke parfaite est une opération de la nature -seule ; imparfaite se borne à lin changement de la : maladie en mieux ou en pis (i). Il y a des crises bonnes ou . nyauv aises , heureuses ou funestes ; . celles qu’on momme mixte^s se composent d’un changement subit en -bien .ou en mal , et d’une diminution de la maladie jusxjuîàson terme ou jusqu’à la mort (2), Toutes ces espèces de crises sont simples, si elles consistent en sueurs abondantes , en selles copieuses , en flux d’urines , en expecitorations , etc. , isolées- (3) . Elles sont compliquées quand , .comme dans la variole , il survient des pustules et quand -celles-ci passent à suppuration : l’érysipèle, le phlegmon -en. sont encore des exemples. Dans une crise composée, on observe à la fois des sueurs , des selles, des- urinés avec aédiment , des expectorations , etc. On rencontre des maladies acritiques, qui se terminent sans crises , par résolution, .par lysim; dyscritiques , dont les crises , bonnes ou mauvaises, sont pénibles ou difficiles, par¬

ti) Ad salutem aut mortem, vel inclinatio ad melius autad pejus. iHipp. > Epidem. , lib. i.

(a) Addamus duas alias, non dixerim mutationes, sed potiïis salutiones morborum ad saniiateni aut ad vinum exitium. Prosp. Alpini , de prœsagiend. vit. et mort., lib. vi , cap. vu.

(3) Sola igitur subita ad sanitatem conversio simpliciter crisis nominatur, et quidem omninà fit per manifestas quasdam excretiones auteffatu dignos absoessus. Galen, , de Crisibus , lib. m.

tielles et, prolongées. Qu’un malade succombe sans qu’on ait observé de crise , pn doit accuser l’épuisement ^e ses forces, qui n’ont, pu , se sputenir ni résister assez longtemps.(t).

Lorsque des mouvemens,.ci'itiques ne laissent rien S, désirer, gardons-nous de les interrompre ; quand ils sont terminés et parfaits, ifip,çistpnS;pas,sur les purgatifs, sans lesquels , encore auj our.d’hui , beaucoup de convalescens ne se croient pas, guéris.

21. Quœ ducere qportet , qub maxime verjgaxit, eh duceiida^per loca (§ xix.)

, Le précepte vientd’êtredonnéde rester spectateur toutes -les fois, que les mouvemens critiques sont réguliers, parff^its et conformes au vœu de la nature. Maintenant, le médecin est averti qu’il est des cas où il doit agir ; c’est lorsque des évacuations commencent, languissent, et s’acbèvent longuement ou avec -difficulté , ou bien quand elles ne s’opèrent point par les voies les plus convenables. •

Je ne prends point pour humeur , peccante et cause de maladie, les matières rejetées Æmdebors à une certaine époque critique ; je. crois, au contraire,’ que leur évacuation est un etfet immédiat de l’activité progressivement recouvrée des propriétés vitales , et du retour des organes à l’exercice de leurs fonctions spéciales , lequel avait été suspendu. Des mucosités épaisses et consistantes, facilement expectorées , des sueurs ou des urines abondantesi ne sont pas la matière peccante qui donnait une phleg-

(i) Est autem primum. et maximum in r^orbis morfalibus signum, qudd sine crisi mors sît subsecuta , virium imhecUlitas. Ibi.l. ibid. , rap. X.

7^ APHORISMES d’hippOCRATE ,

masie parenchymateuse ; ces mêmes sueurs , dés urines copieuses , le sang qui coule du nez , ne me paraissent pas être la cause matérielle d’une fièvre inflammatoire; je pense dé même de la salivation , lors de la variole ou d’une affection adynaraique ; des évacuations par haut ou par bas , à la fin des méningo-gastriques , des adénoméningées , etc. Dans ce dernier cas , tout est à rapporter à l’énergie croissante des propriétés vitales , qui rend peu à peu le canal alimentaire "plus sensible à l’impression des matières déposées dans son intérieur avant la maladie et pendant son cours.

Dans cet .aphorisme , Hippocrate enseigne que les évacuations ont une tendance vers un point quelconque, laquelle il importe de connaître et de ménager ; et qu’il est des cas où un écoulement a besoin d’être aidé par l’art , qui doit suivre les déterminations spontanées et faciliter les voies favorables et propres à ces mêmes évacuations. C’est ainsi que Galien a provoqué un épistaxis chez un malade affecté de fièvre inflammatoire , lorsque tout annonçait une prochaine hémorrhagie nasale ; c’est ainsi qu’à l’époque critique d’une fièvre bilieuse ou putride, des borborygmes, des vents rendus par l’anus avec ou sans hrnW. , Jlatus silentes autstrepenies (Hipp.), font présager dés selles que l’on facilite , si elles tardent trop , à l’aide de laxatifs qui irritent doucement les intestins. D’autres fois, des nausées, un tremblement de la lèvre inférieure , font prévoir des vomissemens et portent à prescrire l’émétique, s’ils n’ont pas lieu spontanément. D’un autre côté , des boissons chaudes et légères , diurétiques ou diaphorétiques , favorisent singulièrement les sueurs ou les urines, lorsque l’excrétion de ces humeurs est faible , lente et bon proportionnée à la gravité de la maladie. •

Il s’en faut que les évacuations aient constamment

ieur cours par les lieux convenables , per loca convenientîa. Il se rencontre , dans les mouvemens qui jugent les maladies , des aberrations qui veulent être surveillées et sur lesquelles l’expérience met en garde : maturationes extrà aut intrà vergunt, aut alib qub oporùet (i). Toute direction vicieuse demande nécessairement à être réprimée, üne fièvre inflammatoire , qui se terminerait par un crachement de sang, exige la pratique prompte d’une saignée ; il faut suspendre aussitôt un cours de ventre qui débute avec une péripneumonie ; dans tous les cas de déviation des règles , il est instant de rappeler vers l’utérus des flux sanguins périodiques , afin de dégager le poumon , le nez , le mamelon , la surface d’un ulcère, vers lesquels ces règles ont quelquefois l’habitude de se diriger (2) .

22. Concocta pur gare et movere oportet, non cruda^ neque in principiis y nisi tur géant. Plu- rima vero non turgent. (§ .xix.)

La période de crudité comprend l’espace^ de temps qui s'écoule depuis l’imminence et l’inyasipn d’une maladm, jusqu’à son état ou sa consistance. C’est ce qu’on appelle aussi temps ci’î/T/teitiow. Durant cette époque, l’exaltation des propriétés vitales ne cesse de s’accroître et de pro-

(1) Hipp. , de Hurtiorib. y n» i,

(2) Ret^bltenduni ' est , si quà non oportet vergant, sin autem qui oportet', his viarecludenda .e,st , prout una quœque^, vergunt. Epidein, , lib. TI, sec. II.

\idbscesssus igiturTiorum façere oportet, si non fiant) eos.verà qui jamfiitnt declinare. Eos autent excipere , si prodierint jam , et qualia oportet, etquâ parte oportet. Qui verà Tion ÿaldè, eos poadjuvare. Eojr verà avertere, si omninà incommodi fuerint , rnaxi^èsi a/futuri sunt, Sin minus , si jam incipiunt. IhïA. ihid, '

78 APHORISMES d’htPPOCRATE ,

voquer la sécrétion d’humeurs crues , humdres crudi^ dont l’évacuation ne soulage pas , est critiqué et né juge ti^Vl , judicatorià, ribn decefn^ritiU, (Hipp.)

La période de coction , coctië , m'aturàilo , s’étend de la consistance jusqu’à la convales'c’ehc'e décidée ; elle est le temps de relâche caîrhe , àt ' décroissement. La coction s’opère durant l’état, status, vi^or, caractérisé par une extrême violence des' symptômes ; elle etsl terminée quand ceux-ci ont perdu serisibleméht dé leur intensité (i). I5n médecin célèbre a dit qu’une maladie se compose- d’une double cdction : la première , sans évacuation , a rapport avéb notre' péribdé d’irritation ; elle appartient aux affections du solide vivant, et prépare les humeurs qui doivent être’ évacuées dans la seconde (2).

Médicamenter ou, si l’on veut , purger dans la période d’irritation , eât'afOutér à la gravité des 'âCcidéns en troublant l’ordre naturel qu’une maladie' doit suivrè dans son cours (3). Le temps de la coction n’eSl pas non plus celui qu’il faut choisir. Hippocrate et l’expérience pres-

(\) ‘CohcdqmiÜr, uVi mutua fuerit- permùütîo , contemperatio , et,' cîttn ittis-.coètio,' , de Prise.' medicih^

(2) uélia ad. mitigatiohefn alla ad' evaèitùtiibfiem. PriMà crüSiîài' dici potest, cruditàs infrà euacuatioriem ; secun'da , suptà evacUàtio-' nem. Tissot, de Pebre biUos. , p. 33, edente Hall.

(3.) Sic. ut quot-ccedium-eausmab inventa pjria^,-tat'caüS<S~rnoflirà " malè positd orgasmi ideâ dimanarint. Hecquçt. in hune apkor.

Quicumque ea quœ inflammata sunl, ,stàiim in principio,^'orborum s<Ai^érd'aggrediüntüfi'M'de\hte'nio dc'irifi'dhmdia'.niKil auferunty non enidi‘cè'dhaffb'ciiio'',i ^^^àdkùc 'crudd^èst'.'Td\pp. , de Vict. acutor. .

Qiianto autem tempore eadem elevata fuerint., et cruda , et me- Tàôd ,'ei'inïefnp'éfhta , nuîld ahe neque Jebrès , neque dalores sedore . ydè^^styTAMteVri’.

SÊ qüid'eAïm'-'citèà' véAiféry cojnmovehs', urina non cqnco.quitur: e^fèbrü ' ab's'^Vd sùdéT'^'ei' jùdiçiittdne,' protrahïtw Ibid. , de J^ict. août. , lil>. IV.

crivent d’attendre et d’observer tout ce qui se passe à cette importante époque. L’instant d’agir est donc a'prës la’ coction , cocttb et non 'coquentia movere', encore n’est-ceq[ue dans le cas où les évacuations n’ont pfas lieu d’une manière convenable : car si elles sont régulières', proportionnées , facilement supportées', on doit les abandonner à elles-mêmes et rester dans l’inaction (i).

Le principe d’une maladie , répondant à la période de crudité, exclut l’emploi de tout médicament : sa durée' varie beaucoup , car Hippocrate ne purgeait que le quatrième ou le cinquième jour d’une fièvre ardente , bilieùse, continue, d’une pleuréisie et d’une péripneumonie; il’ attendait jusqu’au septième, si la maladié aiguë marcbait' avec lenteur. Eh précisant l’époque opportune aux premières purgations, le vieillard de Cos se proposait sàns doute d’abolir là pratiqué de son temps. Aristote apprend’ que les médecins égyptiens donnaient dëS purgatifs aüS- ‘ sitôt l’invasion d’une maladie , et qu’ils en abusaient au point qu’il fallut uuè loi pour leur intetdirè cette pratique. Les contrevenans , cités en justice , encouraient', des peines très-graves (2).

Néanmoins , celte règle n’est point sans exceplioni La turgescence , l’orgasme , turgescentia , orgasmus , exigent qu’on évacue, sur le champ. Selon Hippocrate , cët état donne l’idée d’animaux impatiens de s’accoupler, ou d’un mouvement effréné des humnurs , qui cherchent une issue et se précipitent sûr uné partièî C’est ce que lU' vulgaire nommé mUiSveméhif G’èst qùélqùh

chosè d’incommode fixé autour dès premières voies, qui; peut être rejeté, pour l’ordinaire par la' bouche où par

Çi) Sub purgarè'ih 'rtuirSis opûrtét, qüanà8 (iüæ" impellénàk sühY E-pîdërti.', lib: vii , sécti il.'

Folilic:, lïb: ftv, ckp^'itt.

8o APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

l’anus, et qui, fréquemment, irrite l’estomac et les intestins pour soft expulsion (i). Lorsqu’une turgescence est grande, une saignée, un émétique, un purgatif ou un laxatif, prescrits immédiatement, suffisent pour rappeler aussitôt la santé , ou pour, réduire une maladie à l’état le plus simple ; tout retard , en pareille circonstance , peut avoir les suites les plus fâcheuses (2).

Inter aphorismos , qui quotidiè disceptandi occasionem dantmedicis, duo mihiprœ cœteris esse videntur. (Aph. 22, lib. I. j et ,29 , lib. n.) Quod certè non ah ipsorum obscuritate , sed à peculiari medicoriim Cacoëthiâ oriri crediderim. Horum enim quisque huic, vel alteri opinioni^ systemati aut hypothesi addictus , pro modula hujus peculiaris genii, liippocratis aphorismos ad suam partem trahit ; nec ad veritjatis normam , sed ad opinionem anteceptam interprelatur ; undè Jbns et,origo contentionum perpétua. (Bagliv., Epist. ad Nicoî. Andry.)

a5. Quœ prodeunt non côpïâ sunt œstimanda , sed si prodeant y qualia oportet y et facile ferat. Et ubi ad animi deliquium ducère oportet y hoc etiam faciendum si œger sufficiat. (§ xix. )

Les évacuations trop copieuses fatiguent et épuisent ,

(1) AUquid mqlestum circà primas vias hœrens , quod aut per os aut per alvum, plerumquè excuti potest, atque haud rarà ventriculum aut intestinum ad ipsum expellendum irrifat. Thoin. Glass. , Com~ mentar. de febrib. sect. \itr

(2) Circà cegretos cohsiderare oportet statim in constiiutionis principio , quare opus habeantf et quales sint, ut pharmaco purgentur, aut ut aliud quïd tan'dern ^exhibeas , quôdcûnqûe volueris. Si verb , omisso principio , ad finem jain vergente morbç , exhibueris in detassàto 'corporé , fortè quiddam prœbere veritus , pe.riculum est ne magis, deliriquas, quàm successum eonsequaris. Hipp. , lib. de Affection.

SËCtlON i, APH. 2^. St

h queîqu’époque qu’elles surviennent. Dans le principe, elles sont symptomatiques et ne décident rien 5 avec la période d’irritation , elles concourent à ruiner les forces J au temps de la crise , si elles sont en trop grande quan^ tité , on est moins disposé à les soutenir , parce qu’il existe un affaiblissement produit par les souffrances antérieures , lequel ne fait que s’accroître et se réduire h une prostration complète ou à un état colliquatif. De quelque manière qu’on les considère , les évacuations trop abondantes , symptomatiques ou critiques , sont donc un mal auquel il est urgent de remédier le plutôt possible.

Des évacuations sont ce qu’elles doivent être , toutes les fois qu’elles s’annoncent à propos , quelles sont en rapport avec la consistance , lé genre et l’importance de [^..maladie; que , durant leur cours , les forces augmentent loin. de diminuer; enfin, lorsqu’elles sont supportées avec un grand soulagement. Ces considérations ont été long-temps étrangères aux humoristes, qui n’étaient satisfaits qu’autant qu’ils purgeaient beaucoup et souvent. Aussi rendaient-ils les convalescences longues, pénibles et difficiles , et donnaient-ils lieu à des hydropisies mortelles et à des entérites gangréneuses*

Il y a des cas d’oppression des forces qui exigent qu’on > évacue jusqu’à défaillance. Ce sont ceux de turgescence vasculaire , ou de pléthore cacochymique , pour me servir d’une expression de Sydenham (i); alors une trèscopieuse saignée désemplit les vaisseaux , rappelle leur tonicité, et rétablit le cours ordinaire de la circulation. Les malades soutiennent très-bien cette opération , s’ils > sont jeunes ; dans un âge très-avancé , elle pourrait avoir des suites fâcheuses.

(1) Oper. medie., sect. i, cap. ly.

APHORISMES D HIPPOCRATE

24. In acutis affectionihus rarb , et in principiis J purgante utendwn 3 atque hoc diligenti priùs adhibitd cautione faciendum. ( § xix. )

Les anciens purgeaient avec des médicamens plus âcres et plus forts que ceux que nous employons aujourd’hui : pour s’en convaincre , il suffit d’annoncer l’ellébore , la coloquinte , la scamonée , l’agaric et autres drastiques semblables , auxquels nous avons substitué des remèdes plus doux et moins irritans. Malgré notre pratique , si diflerente sur ce point , il n’en est pas moins vi*ai que l’on ne doit pas médicamenter dès le début des maladies aiguës : une turgescence seule peut faire exception à cette règle. Cette disposition humorale est rare , selon Hippocrate ; mais elle nous paraît assez commune sous le climat que nous habitons , en sorte que nous avons très-souvent l’occasion de faire vomir de suite , et que nous prescrivons un émétique presque toujours avec avantage.

Notre pratique journalière prouve qu’on a très-rarement besoin de purger dans le cours des affections aiguës , et qu’il faut bien se garder de le faire avant que la fièvre ait complètement cessé. Quicumque igitur à fehrïbusjortibus corripiuntur , his médicamenta purgatoria dare non oportet, donec. remisent Jehris; sîn mintis saltem non intrà quatuordecim dies^ carnes enim ipsorum, et ventres cùm calidi sint, medicamentum assumant et nihil depurgantur, et fehris major fit , et color evertitur , et morhi regii speciem præ sefert (i). Ne prenons pas pour

(i) Hipp., lit), de Medicam. purg.

Proptereà verà in principiis purgandum non est , quoniam suâ sponte in his temporibus expurgantur, Epidem. , lib, vu.

SËCTlOK t, APU. 35. 85

âes purgatifs proprement dits , tous les médicameiis qui provoquent des évacuations, tels que le petit-lait, le sirop de violettes , la casse , la manne , le tamarin et quelques autres dont l’effet est de tempérer , de relâcher , et qu’il est assez commun de prescrire dès le début des maladies aiguës. Si on juge à propos et.si ,on ne peut «e dispenser de purger , Hipp'oCrate Veùt que cé Soit avant le cinquième jour. Alors le remède est indiqué comme révulsif puissant ,ou parce qu’il y a turgescence. Il est administré dans un moment où les humeurs ne sont pas encore fixées, et exercent leurs ravages sur unq grande étendue. -

aS. Si qualia oportet purgari pUPgenturi^ con* fert et facile ferunt : si çerb contraria , dijffi^ culter. (§ xix.)

L’aphorisme 2 de cette section se rapporté aiix évacuations spontanées : ici, il s’agif de celles qui jsont provoquées par l’art. Pour être bonnes , les unes et lés autreâ doivent survenir à une époqüe critique dè la maladie , être suivies d’un grand soulagement et du rété tir gradué des forces (1).

(i) jEpidem.y lib. iv, sect. iv, epist.jcxi, libell, dé P^eràtri ùsiu

SUR LES

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