‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 3 sur 103 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Ï)es médecins du premier ordre, Maillon, MagUvi, Le Roi, de Montpellier, ont écrit en style laconique et concis, sans s’élever àla hauteur d’Hippocrate, qu’ils ont eu l’intention d’imiter. Leurs ouvrages, dans ce genre, ne Sont que des preuves incontestables de beaucoup de talent et d’un profond jugement. Des professeurs d’un savoir éminent ont aussi emprunté cette manière de s’exprimer; mais , sous le rapport du degré d’utilité , leurs traités ont éprouvé un sort bien différent de celui qui était réservé aux aphorismes du divin vieillard. Cette vérité -, généralement connue , engage à rechercher les causes d’un résulat si opposé. Les trouvera-t-on dans le mérite réel des traités aphoristiques du médecin grec , comparé avec celui qu’il est impossible de ne pas accorder aux productions modernes? Tel est le sujet de la première partie de ce discours : dans la seconde , il sera question des commentateurs les plus célèbres qui se sont exercés sur les aphorismes; et je développerai , dans la troisième , les principes d’après lesquels ce nouveau travail a été exécuté.

L’aphorisme expose, en peu de mots, toute la nature d’une chose. Il est, selon Sanctorius, une sentence choisie et d’une très -grande force. G’est un discours achevé , qui n’a pas besoin d’être soutenu par des propositions antécédentes , ni développé par d’autres qui suivent. Dans Hippocrate, il rend des vérités faciles à saisir par la pensée; et non contestées depuis plus de deux mille ans. Il a encore l’avantage d’apprendre beau-

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coup, de n’être pas facilement oublié, et de ii’astreîmîrcî son auteur à aucun ordre. Tel est le caractère des sentencés dont il s’agit , qu’elles fixent les canons , les préceptes généraux constans et invariables , propres à diriger dans l’exercice de toutes le parties de l’art de guérir.

A moins qu’on ne se trompe , en même temps qu’il passait sa vie à composer ses nombreux ouvrages , le prince des médecins semble avoir mis de côté les axior mes qui lui paraissaient dignes d’être connus, parce que, généralement applicables aux moindres détails de la médecine, ils fournissaient des résultats et des jugenrens que l’expérience et le raisonnement confirmaient toujoursi Hippocrate les a réunis pour former un tout, que les maîtres et les élèves doivent se graver dans la mémoire. L’ignorance, seule a pu faire croire et dire que les aphorismes ne sont, que des apophthègmes ou pensées détachées, que l’esquisse ou l’ébauche de la science médicale : une erreur aussi grossière veut être spécialement combattue.

Les apophthègmes de quelques grands philosophes ou de certains individus qui usurpent ce nom, n’ont aucun rapport avec nos aphorismes. Elevées, ou .communes et triviales , ces productions d’un esprit fort, ou simplement exalté, sont mystérieusement enveloppées d’unè sorte d’obscurité, tandis qu’en faisant connaître un fait,, Hippocrate est d’une clarté et d’une précision dont rien n’approche; il énonce une véi’ité aussi palpable aujourd’hui qu’ elle rétait dans la plus haute antiquité. Dés apbphthègmes , des sentences philosophiques vieillissent, dégénèrent et s’oublient ; très-peu résistent à l’outrage du tenTps au contraire, les aphorismes se trouvent dans toutes les bouches , sont toujours nouveaux, et deviennent des autorités irrécusables pour celui qui les invoque

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à propos. La postérité la plus reculée saura les apprécier avec autant de discernement qu’ils l’ont été par nos pères , par nos premiers maîtres les plus recommanda-^ blés , et- qu’ils le sont par les mèilleurs esprits du siècle présent.

Dire, que l’intention a été de tracer à grands traits les base de la science médicale , à l’exemple de cek fameux; peintres ou architectes qui crayonnent rapidement l’esquisse d’un tableau, d’ün dessin ou d’un itiônument, c’est admettrè üne analogie fautive en tons points. D’un côté, l’ouvrage est achevé' et parfait; la science et l'art sont assis sur des fondemens éternels : de l’autfe, la toile ou le papier sont les simples confidens d’une pensée sur laquelle rien n’est' encore arrêté , sur laquellé on revient plus tard pour l’épuiser, la corriger, et même l’abandonner. Ges tablettes consacrent le souvenir d’un plan dont l’exécution est renvoyée à des temps plus opportuns, et sont étrangères aux principes des arts de la peinture ^ du dessin ou de l’architecture. Ces secrets sont particuliers .ou personnels; qui que ce soit ne peut en faire son profit; ils n’ont rien de commun avec des apophthègmes , et ne peuvent se comparer à des aphorismes tels -que sont ceux du vieillard de Cos,

Il est donc certain que les aphorismes sont d’une conception absolument originale; qui n’a point sa pareille dans aucune science ni dàiis' la théorie d’aucun art : on ne les prendra pas pour des théorèmes , par il s’agit de faits qui , bien observés et rapprochés , bien analysés et discutés, ont été le sujet de raisonnemens suivis et directs ; il n’y a point eu dé vérité spéculative qui , pour être évidente , àVait besoin d’être recherchée, trouvée et démontrée. Lès géomètres rie doivent leurs plus sublimes découvertes qu’à une méthode constamment adoptéepar les médecins du premier ordre : Hippocrate Ta pos-

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sédée à un degré étonnant de perfection , car il en a tiré le parti le plus avantageux. C’est en procédant du connu à l’inconnu que , sur plusieurs points , les plqs fameux praticiens ont élevé au rang des sciences exactes celle qu’ils ont cultivée spécialement. lis ont confirmé ce que le divin vieillard avait entrevu , et de nouveaux efforts dans le même sens peuvent encore procurer des succès qui permettront de répéter avçc le premier des maîtres s « La médecine, dont l’existence est déjà fort ancienne , repose sur un principe certain ; elle a une voie sûre qui, depuis très-long- temps, a donné naissance aux çlus riches comme aux plus utiles découvertes : elle en produira d’autres , s’il se trouve quelque personne habile assez imlDue des connaissances actuelles pour en profiter et parvenir à dévoiler ce qui est ignoré. » Mediçina autem jam ab antiquo escistit, et princîpium et via inventa , perquam inventa et multa et prabè habentia comperta ^unt, per muUum adeb tempus , et reliqua deinceps invenientur, si quis sufficiens sitj et Jam inveniorumgnaruSf ex his ad perquirendum, procédât. ( De priscâ medieinâ.)

C’est de cette manière philosophique qu’Hippocrate a procédé; et il reste à rechercher comment il a pu parvenir au but que nous nous proposdns d’atteindre, en suivant la route qu’il nous a si heureusement tracée. L’homme est sous l’influence d’une foule d’agens qui tendent sans cesse à le détruire. Il résiste à leur impression , au moyen d’une force intérieure qui lui est inhérente , qui dissipe les maux survenus spontanément , en rappelant l’état de santé , et en rétablissant l’exercice régulier des fonctions, La découverte de cette force en a fait connaître les mouvemens* Dès -lors , le livre de ta nature s’est ouvert , et , après l’avoir long-temps, étudié , Hippocrate a fixé la science et l’art de la médecine.

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