‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 4 sur 103 · PRÉLIMINAIRE. V · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. V

Poser les conditions qui caractérisent la bonne santé , préciser les causes capables de l’altérer, observer les maladies , leur cours , leur mode de terminaison , décrire fidèlement les détails de leurs symptômes et accidens selon l’ordre de leur succession , tel fut l’objet des travaux d’Hippocrate. Historien exact et fidèle , il s’est convaincu que beaucoup de maladies , pour le dire familièrement, s’en allaient comme elles étaient venues, quoiqu'aucun secours particulier n’eût concouru à leur guérison , et il n’a pu méconnaître une puissance invi-* sible qui tendait à modérer ces ^mouvemens insolites , et à rétablir l’ordre primitif. Le siège de cette puissance a été aperçu dans l’individu lui -même; il en est résulté

cet axiome : Natura morborum medicatrix . Non

edocta natura , et nullo ^magistro usa , ea quihus opus est Jacit (i). La seule observation a dond pris l’initiative;, la similitude d’effets produits par des causes semblables, leur comparaison soutenue et leurs rapports constans ont donc donné naissance à la médecine dogmatique. Les guérisons spontanées étant également constatées , il s’en est suivi un commencement d’expérience , une origine invariable de l’art, laquelle repose sur la découverte du mécanisme que la nature met en jeu pour parvenir à l’accomplissement de ses desseins.

Les succès obtenus en imitant les procédés de la nature médicatrice , ont encore fait admettre cet axiome î Est enim maximè secundùm naturam ipsa medicina (2). Quidquid natura Jacit spontè, id medicus facit^érte (3). Un génie a créé la science et l’art de la médeci^,'^en les fondant sur des faits qui ne sont pas d’une invention

(1) Epidem., lib. vijSect.T.

(2) De Fiat. , n» ai.

(3) Ce passage est cité de mémoire , comme appartenant à Hippocrate,

DISCOURS

humaine , qui ont seulement été recueillis avec soin et auxquels on a rattaché toutes les parties d’une doctrine qu’Hippocrate disait à Démocr-ite n’avoir pu porter à son plus haut degré de perfection , malgré l’âge extrêmement avancé auquel il était parvenu. En s’ouvrant une route inconnue jusqu’à lui le premier des médecins dogma-. tiques s’est constitué le principal auteur des çonriaissances médicales les plus positives. L’histoire apprend que , de tous ceux qui ont parcouru la même carrière , les plus distingués ne se sont point écartés de cette voie , tracée par le viejllard de Cos. Il en a été autrement des médecins qui, à l’exemple d’Asclépiades, d’Alexandrie , et de Thémison , n’ont rien voulu devoir qu’à leur imagination , en portant des lois auxquelles ils ont prétendu contraindre ja nature de se plier et d’obéii:.

La nature , ce premier maître de l’art , a trouvé dans. Hippocrate, un interprète digne .d’elle. En s’identifiant avec lui , elle a formé un. génie observateur pour le«^uel elle n’a plus eu rien de caché. On dirait presque qu’elle s’est personnifiée, qu’elle s’est constituée son propre historien, et que l’oracle de Çqs n’a fait qu’écrire sous, sa dictée. On ne pouvait mieux transmettre des faits dont l’exactitude est garantie par une infinité d’autres faits semblables j on ne déduit pas plus sûrement des conséquences dont la justesse et: la solidité ont. provoqué l’admiration de vingt-quatre siècles. Une science assise sur des, fpndemens aussi indestructibles , est. immuable ehne,>p,éyit jamais : en vain on. veut l’obscurcir et la couvrir ilf’jun voile plus p,u moins épais;; tôt ou tard elle rompt ses liens ; on revient à elle pour la cultiver telle qu’elle s’est montrée dès son origine. La médecine a éprouvé toutes ces vicissitudes; elle en est. encore menacée ; comptons néanmoins , pour fen présert^er^ sur le' mérite et l’asceridant des hommes de ï’art les. plus

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