‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 36 sur 103 · deteriovy et potus, et cibusj jucun · texte numérisé non relu

deteriovy et potus, et cibusj jucun

dior autem , eligendus potiùs , quàm meliores quidem y sed ingratiores. (§ xviii.)

Sans doute il ne faut jamais être envers les malades d’une complaisance qui tourne à leur détriment ; cependant , il importe aussi de n’être pas trop sévère à leur égard : de part et d’autre l’excès peut avoir des suites fâcheuses. Je pourrais citer des convalescens auxquels on n’avait encore osé rien permettre en alimens solides, manger avec excès , s’en trouver fort bien , et peut-être beaucoup mieux. J’ai soigné des malades qui , par leurs instances pressantes , m’ont déterminé à leur prescrire des boissons qu’ils prenaient avec autant d’avantage que

123 Aphorismes d’hippocratjK ♦

de plaisir, quoiqu’elles eussent des propriétés opposées à celles que je croyais le mieux convenir. S’il est vrai que plus on se montre facile à satisfaire aux désirs des malades et des personnes qui les entourent, plus on ébranle la confiance qu’ils doivent accorder, ne perdons pas de vue qu’on les rend aussi plus soumis quand le médecin peut leur céder sur quelques points, sans le plus léger inconvénient.

Æ gratis gratijican^um est in istis rebus , ut mmitûm potus et cibi mundè prœparentur , et qitcecumque videt et tangit' mollia sint. In aliis etiam quœ non Jacilè leedant autfacilè emeîidari possint....{E^ïàeva.., lib.vi, sect.4-)

Quoscunque cibos , aut obsonia , aut potus œgroti concupiscunt , exhibeto, sinon corpori damnum indè ac^ cessurum est. (De affection, , p. 194*)

JYam qucecunque cum voluptate assumentur , îsta oen^ iriculus amplexatur, et Jaciliùs concoquit : sicuti ilia quce displicent rougit. (Galen., in hune aphor.)

JLccedit his qubd quîim œgro permittimus iis vesci quibus delectatur, sic faciliùs medico, obtemperabit ; quod non parum conducit ad sanitatem brei>è consequendam, (Holler.)

PUls dapdum est œgrorum appetitionîbus et desideriis ïnipensioribus (modo perquàm enormia non fuerint et quæ vitam ipso facto extinguant) 9'i/à/w magis dubiis.ao Jallacibus medicc^rtis regulis. (Sydenh. , Dissert, epistohris. oper. omn. , t. i, pag. dqS. )

59. Senes ut plurimiim. quidem ju^enibus mi-^ niis œgrotant-, quicunque yero ipsis morbi fiunt diuturniy plerumquh commoriuntur. ( § n:)

, La témérité, dit Cicéron, appartient à la jeunesse} la prudence est réservée à la vieillesse. Les jeunes gens ont

SECTION ÎI, ATH. 3g. ITg

plus de causes de mort que les vieillards; les maladies les atteignent plus facilement; ils en sont plus gravement affectés; les soucis les tourmentent davantage (i).

Les maladies chroniques s’emparent également et des jeunes gens et des vieillards. Les premiers ont un grand avantage dans le développement de leur constitution et de leurs forces, qui soutiennent l’espoir, souvent non trompé , de parvenir à un état de santé ferme et durable. Il n’en est pas de même des seconds : leur tempérament perd chaque jour , leurs forces diminuent, les organes se détériorent et les forces languissent. Chez les vieillards, tout favorise l’invasion et l’intensité croissante des maladies chroniques , qui ajoutent aux puissances destructives d’un édifice jusque-là garanti des outrages du temps, auxquels il ne peut plus résister. D’une part, on a l’image d’un printemps qui anime et vivifie tout; de l’autre , on a sous les ye\ix le tableau des rigueurs d’un hiver triste et dévastafeür. .

La sentence d’Hippocrate ne doit pas être prise dans un sens absolu , puisqu’elle énonce que les vieillards sont, pour l’ordinaire, moins souvent malades que les jeunes gens , chez lesquels l’orgasme des humeurs , ou les turgescences sanguines , bilieuses , etc. , sont plus fréquentes. Il est vrai que la première vieillesse jouit d’une bonne santé; mais il n’en est plus de même, à mesure que l’on avance vers la décrépitude. A ce dernier terme de la vje, les infirmités surviennent et persistent. C’est de cet âge avancé qu’Hippocrate entendait parler lorsqu’il a dit : Morbqsissimi èenes , et his vicini (2).

(i) JDe Senectut., cap.vr'et xix.

{3) De Diætû,, lib. i , p. lôi.

APHORISMES D HIPPOCRATE

4o. RaücedineSy et Qravedines , in valdh sertibus non coquuntur. (§ xiv.)

L’enrouement, raucedo , raucitas, branchas, consiste en une voix rauque , couverte ou moins nette qu’à l’ordinaire , par l’effet d’un engorgement muqueux ou inflammatoire de la membrane qui tapisse le pharynx , le larynx, la trachée et les bronches. L’enchifrènement , le coryza, grai^edo, est le même état delà muqueuse, des fosses nasales , des sinus frontaux , maxillaires , éthmoïdaux, avec pesanteur de tête, éternuemens fréquens, sécheresse ou écoulement de mucosités , accompagnés souvent de fièvre, de douleur, rougeur et excoration des ailes du nez. Dans l’un et l’autre cas, la respiration est plus ou moins gênée.

Brassavola rapporte , sur la foi de Nicolas Leoniceni , célèbre médecin de Eerrare , qu’un vieillard plus que noilagénaire , attaqué d’un enrouement et d’un coryza , répondit à son médecin , qui lui donnait connaissance de cet aphorisme ; u Pardoa,: vous ne le comprenez point, quîppè verus non est in vîro medico. n Én effet , ce' vieillard décrépit s’observa iseulement sur, son régime et recouvra la santé. Il ne s’abstint jamais de viande, ni des bons consommés , ni 4u vin , qu’il buvait toujours avec un grand plaisir. Il disait encore que cette manière de vivre convenait à: son grand âge, et quhl souffrait plus qu’il n’était soulagé, s’il lui arrivait des’emécartèr ; aussi traitait-il de fous les médecins qui lui interdisaient jusqu’à l’usage modéré des viandes , des consommés et du vin. On trouve dans cet aphorisme un exemple donné comme preuve de la proposition énoncée dans la sentence qui précède.

SECTION II, APH. 4o» 4*» 4^’ l3l

4i • Quiscepè et çehernenter^ absque manifesta causa, animo linquuntur, ex improvisa moriun^ (§vi.) .

Ces défaillances , portées à un très-haut dégré , ef qui se renouvellent souvent , dépendent presque toujours d’une lésion organique du coeur et des gros vaisseaux , qu’on ne manque pas de trouver à l’inspeçtion du cadavre de la plupart des personnes frappées de iqurt subite.

42. Solvere apoplexiam,vehenienterri quidem, impossibile : debilem vero, non facile, (§ yi.)

On frappait d’un coup violent sur la tête , les victimes immolées en sacrifice : comme elles tombaient aussitôt sans mouvement , on les appelait pe/’cima , Par

la suite, les médecins ont reconnu apoplectiques, les hommes qui tombaient subitement de la même manière , quoiqu’ils n’eussent pas reçu ‘dé coup sur la tête , et qui ; au même instant , étaient privés "de l’exercice des mouvemens volontaires , de celui des sens et des fonctions ihtellectuelles , la circulation et la respiration se conservant plus ou moins régulières (i). Alors le mot apoplexie a exprimé l’affection même (■a). La sjdération des latins n’est pas autre chose; ils croyaient qu’une maladie aussi inopinée était l’effet de l’influence du ciel ou de celle d’un astre. affulguration a été admise par la çoipparaison entre l’jnyasiop siibi te d’un tel mal et la rapidité avec laquelle çn. est .atteint par la foudre. Ce n’est point, comnae on l’a cru , Pattoniius morbus de Celse, qui a^évi-

(i) Boerh. , 1098.

' (2) -^pçlexia dicta Bit, tanquànl à le^ali perçussu repentinum faciat casurn. Cœl. Aurel., lib. ii,i j cap, y.

i53 aphorismes h’hippocrate ,

demment nommé ainsi la catalepsie , atlonita concîdentm de quelques auteurs anciens , mais bien la résolution des nerfs (i).

Quand ou a seulement égard à l’état des membres, il est facile de se convaincre qu’Hippocrate a adopté le mot apoplexie pour désigner des paralysies partielles : la paraplégie , l’hémiplégie, qui consistent dans la perte de mouvement de la moitié tranversale inférieure ou de la moitié verticale du corps, en sont une preuve (2). Mais un médecin qui ne consulte que l’intensité des accidens et qui s’attache à l’état du cerveau , conçoit la distinction proposée par Hippocrate , de l’apoplexie en grave et en légère, en violente ou faible. La première, décidément mortelle, n’est que trop commune. Au rapport d’Eutrope , Verus Antoninus étant dans un char avec son frère , mourut subitement d’un coup de sang ^ qui n est autre que l’apoplexie des Grecs (3). L’expression de coup de sang s’est conservée parmi nous. L’apoplexie faible ou légère n’est qu’un embarras passager du cerveau , qui peut céder à un traitement , mais qui laisse toujours dans un état presque paralytique un bras ou ou une jambe. D’autres fois , il ne s’agit que d’une difficulté de parler, d’une gêne des mouvemens , avec engourdissement des membres de l’un ou de l’autre côté, et avec lésion notable des fonctions intellectuelles. Dans

(1) Lib. m , cap. it, sect. xii.

(2) Sect, vu, apb. 40. ^ r» Taftetlts- J^oquendi

impotentia quæ parùm durât, aut linguce aut brachii,

aut eorum quæ in dextrâ parte sunt, denunciat,

Quibus ex vulnere capitis impotentia accidit, iiquidem febre citrà rigorem ohortâ sani evadunt , alioquin dextrâ aut sinistrâ parte siderantur ( ÛTriTrXiix.liKo'i yivon'lut)- Coacar. Prænot. , n®* SSg et 477*

(3) F'erus Antoninus obiit subità sanguine ictûs casu morbi , quem

gmci F'ocant. , lih. yixi , i iz.

«ne telle situation, on a toujours à craindre que le coup fatal ne soit porté d’un instant à l’autre.

Il est probable que l’oracle de Gos a donné le nom A’ apoplexie , non à une affection cérébrale qu’on est dans l’usage d’appeler ainsi , mais à toute maladie dont l’inva:sion est brusque , et qui est aussitôt avec impotence de tous les membres ou de quelques-uns. D’après une acception aussi générale, il reste constant qu’il n’est pas possible de dissiper complètement une paralysie bien pro-' noncée , et qu’on a beaucoup de peine à guérir celle qui est légère.

45. Eæ iis (juistrangulanturj et resoli^untury nondùm autem sunt mortui, non se recolligunt quibus spuma cîrcà os fuerit. (§, vi. )

Sous le rapport de la strangulation , beaucoup de faits prouvent la vérité de cette sentence , et un très-petit nombre l’infirme ; de même on a vu des submergés rester plusieurs heures sous l’eau et ne pas perdre la vie. Quoiqu’il en soit, la présence de la, salive dans la bouche est un signe constamment fâcheux, parce qu’elle atteste le grand degré de prostration de toutes les parties dont se compose l’appareil respiratoire. Neque is ad vitam redit , qui ex suspendio spumante ore detractus est. (Gels.)

44- Qlù naturà sukt valdè crassi^ ma gis subito moriuntiir^ quàm graciles. (§.vi. )

45* Epilepticis pueris^ mutationes y maæimè œtatisy et regionumy et vitce^ liherationem faciunt. (§ XIV.) «

L’épilepsie (1) est un mouvement convulsif et subit

(1} iis» T» y tomber dessus, saisfr, surprendre, etc.

l34 APrtORlSMES d’hippocrate ,

de fous les muscles , avec rigidité et tension des membres, , serrement des mâchoires , bouche écumeuse et cessation simultanée des fonctions sensitives et intellect tuelles. Elle prend par accès, dure un certain temps, disparaît ensuite et laisse une faiblesse générale plus ou moins considérable et prolongée. Tantôt , considérée comme un mal divin envoyé du ciel, tantôtprésageant quelqu’évènement fâcheux dans le résultat des comices qui se tenaient au Champ-de-Mars , à Rome , et qui étaient dis* sous aussitôt que quelqu’un tombait de ce mai , cette affection a reçu les noms de morbus sacer, morbus comi~ tialis[i). Sa résistance aux secours de l’art, plutôt que le dieu qu’on en supposait attaqué , l’a fait appeler morbus Hercuîeus.W est assez ordinairç(2)que les accès de cette maladie répondeht aux périodes lunaires : son effet nécessaire est de précipiter à terre les personnes qui en sont saisies inopinément, de causer les accidens les plus graves. Familière aux enfans, elle a son siège dans l’encéphale.

C’est de ceux-ci qu’il s’agit spécialement dans cet aphorisme , puisqu’ils sont seuls susceptibles de guérir par la révolution de l’âge. Au temps de la puberté , les changemens considérables qu’épfpuve la constitution , font disparaîü'e l’épilepsie,, pourvu qu’elle ne soit pas héréditaire ni ne dépende d’une lésion organique, P. d’Egine en était si convaincu 7 qîi^l â’était fait un principe

(1) Duret pense que l’épilMteè test appelée morb. cç/nitidlis, non , comme plusieurs Tont pensé ^ârce que les comices étaient dissous si quelqu’un en était pris tout à coup ; mais parce que, dans les assemblées , ce mal survient principalement et attaque les hommes facilement, par la crainte qui s’empare de ceux qui doivent parler en public. Dans une assemblée , disait Alcibiade , il paraît quelque chose de divin à celui qui en fait partie.

(a) Morbus Innaris , caducus , sonticus, ; haixt-mal , mal Saint-Jean, mal d’cntant, mal caduc.

SECTION n, APH. 45* ,

de laisser k la nature le . soin de guérir dans le premier âge (i). Celse eMeigne également que l’annonce des appétits vénériens et' de la menstruation, sont d’un augure favorable pour le terme prochain du mal (2). Cette opinion fut celle de C. Aurélianus, de Scribon et de Pline.- Elle donne encore beaucoup d’espoir aux médecins actuels, qui ne comptent cependant pas un grand nombre d’évènemens heureux. Il m’est arrivé de traiter desenfans épileptiques pour cause vermineuse j ils ont dû le retour de leur santé à l’usage soutenu des purgatifs et des anthelmintiqnes.

Le changement d’air ou de climat est d’un avantage inappréciable pour les maladies chroniques : Use trouve indiqué contre l’épilepsie; mais l’expérience ne permet pas d’avoir une entière confiance dans les voyages. Van- Swiéten a vu des malades se transporter de la Hollande aux Indes orientales , et n’éprouver aucun accès durant leur séjour dans, ces contrées éloignées. Rentrés dans leur patrie , quelques-uns ont continué de jouir d’une bonne santé , d’autres ont eu des rechutes ; tous possédaient une immense fortune honorablement acquise par un long travail et au péril de leur vie (3). .

Quant au régime de vivre , l’auteur du traité Morbus sacer, inscrit sous le nom d’Hippocrate , disait qu’aucun habitant des côtes d’Afrique ne lui paraissait pas devoir guérir, à cause de l’usage continuel de la chair de bouc, et de celui des peaux de cet animal , dont il se servait pour se coucher, se vêtir et se chausser (4). Pourquoi

(1) Nam. œtate ad biliosiorem et sicciorem statum tr’anseunte , et victu moderatiore adhibito , sud spontè plerùmque morbus finitur, Lib. m , eap. iii.

(2) Sæpè morbum hune in pueris P'eneris, in puellis menstruorum initium tpllit. Lib. in, cap. ii , sect. x.

(3) In Boerh., aph. 1080.

(4) ^thi autem. videtur nuUum ex his qui mediterranea ydfricœ in

l5(y APHORISMES d’hïRPOCRATE,

n’ observe-t-on pas le contraire par-tout où ces habitudes sont inconnues? Avicenne, et beaucoup d’autres médecins arabes, ont écrit que les épileptiques sont rares parmi les habitans des régions septentrionales, parce qu’ils ont plus de chaleur innée; ils sont au contraire plus communs dans les pays chauds. Le docteur Rieger avance qu’ils sont plus nombreux à Florence que dans toute autre partie de l’Italie, parce que le régime de vivre y est vaporeux et flatulent, i^ictûs ratio i^aporosa et flatulenta, et que le mélange des vins crus, spiritueux , propage cette maladie dans notre Auvergne. Il est certain qu’on doit adopter une meilleure manière de vivre , toutes les fois que celle que l’on suit est décidément nuisible et contraire. Il importe en outre de commander impéi'ieusement à des passions effrénées.

Conclusion, Toute épilepsie susceptible de guérir, qui ne disparaît pas spontanément ou qui est rebelle aux secours de la médecine, n’est point encore désespérée chez les enfans. On peut obtenir beaucoup de l’époque de la puberté, du changement de climat, des occupations sérieuses qui provoquent les longs voyages ; enfin d’un autre l'égiiÿre* de vivre, suite nécessaire d’une existence nouvelle ét aussi active, ^

46. Duobus dotoribus siinul ohortis y non in eodem loco y vehementior obscurat alterum,, (Sxm.) ü

VoulantRêmontrer l’activité particulière de son archée dans l'estomac, Van-Helmont rapporte avoir vu sur lui-

hahitani sanum esse posse, proptereà quàd caprinis pelHbus ac carnibus iituntur, quùtk neque stratum, neque pallium, neque calceameaturn hal^eaut quàd non sit caprinum, Hipp,, de Morb, sacra.

SECTION ÏI, APH. 4^. iSy

ïïiéme une douleur violente éteindre un sentiment plus faible : il perdit l’appétit , qu’il avait très-vif, immédiatement après s’être foulé le pied.

Tous les jours on peut constater la vérité* de cette sentence ; on observe des douleurs sür les grandes articulations , sur les membres et le tronc , en même temps que d’autres se font sentir au cerveau , ou sur les viscères abdominaux ou sur ceux de la poitrine. Il est de fait que celle des deux qui est la plus violente, laisse à peine la conscience de l’autre. Aussi les médecins se servent-ils avec avantage de la douleür ; elle est pour eux une arme puissante , à l’aide de laquelle ils modèrent et dissipent des accidens capables de compromettre la vie et de tuer dans un très-court espace de temps. Nous trouvons ici un axiome fondamental , qui enhardit à provoquer un grand trouble dans l’organisme , afin de rétablir l’ordre et le calme qu'on n’obtient pas de l’emploi des moyens ordinaires. ,

De même que , de deux douleurs nées à la fois sur deux points différons, la plus vive amortit ou couvre l’autre ; de même , lorsqu’il en existe une fixée sur un organe important , ou qui tourmente depuis trop longtemps , nous n’avons d’autre moyen de l’apaiser qu’en en suscitant une nouvelle et très-violente sur un endroit plus ou moins éloigné , que l’on couvre de rubéfians , de synapismes, de vésicatoires ou de moxas. N’est-il pas un peu forcé , le sens donné à cet aphorisme par Fuchs , qui prétend qu’Hippocrate enseigne la médecine du symptôme, c’est-à-dire que, quand deux douleurs tourmentent un malade, c’est toujours la plus vive qu’il faut s efforcer de calmer, tout en ne négligeant pas celle qui est plus faible, et dont on doit s’occuper uniquement après avoir atteint le but proposé?

iSS APHORISMES d’hIPPOCRATE,

47. Circà puris generationes y dolores et fehres magis acciduntyquàm ipso facto. (§ xii.)

Quiconque connaît bien les phénomènes d’une suppuration qu’il voit se former sous le tissu cutané, et qui est témoin du mieux qui suit la présence du pus , est suffisamment eu garde sur ce qui peut se passer de semblable relativement aux viscères, dont l’intégrité de texture et de fonctions est d’une importance si majeure pour la conservation individuelle. L’application, de l’extérieur , à l’intérieur, des signes mentionnés dans l’aphorisme, est facile. Hippocrate l’a faite dans ses Prognostics et dans ses Epidémies J elle mérite d’autant mieux d’être méditée, qu’elle ne peut être ni plus exacte ni plus complète.

48. In Omni corporis motu 3 quandb dolere cceperity interquiescere y statirn la ssitudinem curât. ( § XXI.)

49. Consueti solitos lahores ferre y etiamsi fuerint débités aut senes , insuetisy rohustis licèt et juvenibus yfaciliùs ferunt. (§ xviii.)

50. A mullo tempove consuetUy etiamsi fuerint détériora y insuetis miniis turbare soient : o^ortet igituretiamad insolita mutare. xsfin.)

La fatigue, après Iç travail, annoncé le besoin du repos, qui en est le remède efficace. On sait qu’une personne habituellement oisive, inactive, souffre du moindre exercice et de la plus légère occupation ; tandis qu’à parité d’âge et de force constitutionnelle , l’homme laborieux

SECTION II, APH, 47» 4^» 49» 5o. 1^9

supporte tout pendant un temps beaucoup plus long, et se remet plus promptement de sa lassitude. La jeunesse est chargée de prévoir les besoins de la vieillesse , dont les effets refusent en quelque sorte de se montrer, ou . sont fort tardifs chez ceux qui ont bien emploj^é leur temps. Au contraire , la décrépitude casse vite ceux qui n’ont jamais rien fait au physique et au moral. C’est pourquoi on trouve toujours que les individus accoutumés au travail , soutiennent mieux la fatigue dans un âge avancé que d’autres , quoique jeunes, restés dans l’oisiveté. L’habitude constante des conceptions de l’esprit se conserve avec une sorte de vigueur jusqu’au terme le plus reculé (i).

De même qu’une existence trop oisive est dangereuse, de même funiformité du régime a ses inconvéniens. Un estomac auquel onpe donne que des substances légères, délicates' et faciles à digérer, fait de grands efforts souvent inlitiles pour élaborer des alimens grossiers, durs et coriaces, que le hasard et la nécessité forcent quelquefois de prendre. Daiis-la vie de Philbpoemen, Plutarque dit un mot du régiiiié opposé ijue doivent suivre les athlètes et les soldats. H faut que ces derniers se fassent et s’accoutument à toute diversité de vie, à supporter facilement la disette dë tbiités choses nécessaires , et à endurer aisément de passer les nuits sans dormir. Les premiers entretenaient et renforçaient l’habitUde dë leur corps „ « pâr bëaübodp dormir, boife et mângef continuèllement, se travailler et fèposer à certaineis heures , sans y faillir une minute , et étaient toujours en danger de perdre la force et l'ëidëur du corps qu’ils acqüérciient, s’ils faisaient

(i) Nîmîs otiosa vita utilis non est, quia potest incidere laboris nécessitas , neque enim ex nimio labore subitum otium , neque ex nimio otio, subitus labor, sine noxâ est, Cels., lib. i , cap. m.

APHORISMES D HIPPOCRATE

le moindre excès , ou s’ils passaient leur ordinaire d’uri seul point». On peut donc dire avec Celse qu’un homme jouissant d’une bonne santé et maître de lui-même, ne doit s’astreindre à aucune loi , sous le double rapport de l’exercice et du régime (i). Ce n’est donc pas sans raison qu’Hippocrate a dit qu’une nouri'iture et une boisson toujours semblables et mauvaises , conviennent mieux à la sartté que le régime meilleur auquel on passerait brusquement (a). Enfin , l’expérience journalière confirme la vérité des sentences exprimées dans les aphorismes 49 et 5o.

5i. Multitm 3 et derepente 3 evacuare 3 aut re~ plere 3 aut calefacere3 aut frigefacere3 aut aliter

{i) Sanus homo , qui et benè valet , et suce spontîs est y nuClîs obligare se legibus debet. De Medicin., lib. i , cap. i.

Heminem sanum nullam vivendi rationem servare oportet;. sed modo, plus quam decet indulgere, modà abstinere , modà vigilare , modà dormire, modà domi, modà foris esse debet. Ibid.

(a) Atqui vitiosus cibus , et potus semper sibi similis ad sanitatent tutior est, qitàm si quis subità ad alterum, vel meliorem se transférât.

Multa verà his cognata ex his , quce ventri contingunt, item^ue alia xeferre quis possit, quàd facitè quidem feruntcihos, quihus assueti s tint, etiamsi naturâ non sint boni, Similiter etiam potus. Ægrè autpm ferunt cibos , quibus adsueti non sunt , etiamsi non sintmalu Similiter etiam potus. De Vict. rat. acutor., sect. ii , p. Syo.

Qui alicui rei assuetus est, possidet illius rei hàbitum, sed habitus est qualitas acquisita quce nuvquam vel vix removetur ab eo , quieam tenet. Idcircà et consuetudo vix, vel nunquam recedet abeo , quiipsam habet in aliquâ re , sed vertitur quandoque in naturam , si quidem diutumus habitus forma rei evadati Hipp., p. 98, Consuetudo. Marinellî, Commentât, ,

Ii’habitude d’un régime de vie qui établit de fréquentes inégalités d’action dans la forme de santé propre â un individu , lui donne des forces radicales que les maladies affectent beaucoup moins qu’elles n’affecteraient des forces radicales d’un homme auquel un régime toujours uniforme ne donnerait point une santé qui se pliât fréquemment à de semblables inégalités. Bartliès , Nouv. éléin, de l(f, science de l’homme, t. ii , p. 168.

SECTION II, APH. 5l. l4ï

quocunque modo corpus moiere , periculosum est, Enim verb omne multum{ i. e. nimium) naturœ est inimicum. Quodrerb paulatimjit, tutum est : tiim aliàs i et siquis ecc altero ad alterum transeat. (§ xviix.)

Les médecins hippocratiques connaissent les dangers de la réforme subite de telle ou telle manière de vivre ; ils savent que , dans aucun cas , un changement précipité n’est admissible (i). Beaucoup de personnes ne supportent pas les évacuations prodigieuses et rapides opérées par les saignées spoliatives au par les violens purgatifs ; elles se trouvent mieux des évacuations indirectes qu’on obtient de la diète , des boissons délayantes et relâchantes , des saignées locales , qui font atteindre avec lenteur le but proposé , et n*ébranlent pas la constitution (2).

Un convalescent cruellement pressé par le besoin de réparer, se compromet beaucoup s’il prétend rappeler ses forces et son embonpoint en surchargeant son esjpmac. J’ai vu des soldats qui, pendant le siège de Gênes, avaient long-temps manqué de pain , manger sans réserve lors de leur débarquement à Antibes , en 1 800 : plusieurs furent incommodés et tombèrent dangereusement ma-t lades.Tous les praticiens ont fait cette remarque (3).

(1) Perpetuà hœc omrùa inter se testimonium-prœbent , quàd omnia quce derepentè multùm suprà modum, hùc et illùc mutanfur, lœdunt.

. Neque licet derepentè in totâ re quicquam hqc et illùc mutare.

Hipp,, de Fict. ration, acutor. , sect. ii.

(2) Sœpè levioribus remediis, ducendo et cunctando , plus proficitur, quàm gravioribus, pellendo et festinando. Wedel.

(3) Quem fugit , milites diuturnis vigiliis , inedia et laboribus defatigatos , quandb hyberna ingressi cibos nimis avidè ingurgitant, gravioribus iisque maximè acutis morbis succumbere. Fr. Hoftin. 3ïedicin. ration. , i. iv, part. iv.

12j.2 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

Quoi de plus pernicieux que de boire à la glace, quand le colrps est baigné de sueur; de s’exposer nu à l’air frais, lorsqu’on est accablé de chaleur; de faire abus des délayans , des boissons fades et aqueuses? Grâces aux efforts de Sydenham, la méthode échauffante est enfin proscrite dès le début ou durant la période d’irritation des maladies. On sait encore que , pour ranimer un corps ou un membre gelés, rien n’est plus funeste que les ablutions ou fomentations très-chaudes, que les bains d’une température élevée.

Conformément à cet aphorisme , qui explique les deux précédons, on doit conclure que, quelqu’en soit le motif, tout changement nécessaire doit être fait peu à peu , jusqu’à ce qu’on ait contracté l’habitude vers laquelle on se dirige, soit qu’on ait en vue l’exercice, le régime devivre, soit qu’il s’agisse du sommeil, de la veille, des occupations de l’esprit, etc. (i).

62. Omnia sectindîim rationetn facienti, et non secundùm rationem evenientihus , non transeuridum ad aliiidy manénte eoy (juod visum est ah initio. (§ xix.)

En observant attentivement les phénomènes pathologiques et en les comparant , on parvient à un résultat qui donne un diagnostic précis. Il ne reste plus qu’à mettre

(i) JErgà , cùm quis mutare aliquid volet , paulatim debehit asswcscere. Cels., lib. I , C£(p. I.

Sic in rebus omnibus cerlâ q^âdcfih harihoniâ , et ordipe sitqinté natuta delectatur, et sxistentatur quia orrine medium participai qb utroque extrerno , estqüe i'tli çogndtum. iSoVl^ait , ïn hune apfior.

MuLtb meliùs est pqueis tütà ac fiâeliter medicari, quàm mullis incertè et negligenter. Agéns débité pluriès appUcatum facit tantum quantum forte rariùs àpplicatum , seu\dmodùm, Ayicenne.

SECTION II, APH. 52. l45

en usage les remëdes les plus convenables et qu’à régler l’ordre de leur prescription. Il arrive souvent qu’ils ne procurent aucune amélioration; mais ce n’est pas un motif pour recourir à d’autres , si on ne leur a pas donné le temps d’agir, et si la maladie ne fait aucun progrès alarmant. D’ailleurs , il importe de savoir qu’il est souvent de l’essence de certaines affections de ne pas céder, qu’après un temps assez long, et qu’il faut nécessairement de la persévérance pour atteindre le but vers lequel on tend. En médecine , ce qu’on doit faire est d’une existence perpétuelle; il n’en est pas de même du résultat, c’est-à-dire ‘de la conservation ou du soulagement des malades (i).

Sans s’écarter en rien des indicatiops qui continuent d’être les mêmes, pn a la facilité ,de changer un remède et de lui en substituer un autre dont les propriétés sotient plus actives : mais on ne doit abandonner la véritable méthode curative qu’autant que la maladie^ se présente sous une autre période ou sous unenutre forme. Autant un médecin fait admirer sa sagacité par sa manière d’employer une série de remèdes adaptés à une jméthod.e curàfivéj'lorsque leur impression est ,deyenu,e babitueUe sur les organes'-et ne-produit plus d’effet, autant^îl montre son ignorance et son incapacité , quapd il passe sans ordre et sans motif des échauffans aux refrigérans , des évacuans aux astringens, des toniques aux débi titans, enfin lorsqu’il dirige un malade tout à l’opposé des indications les mieux prononcées (2).

(1) Est ejàm perpetuum inmedicinâ quoi fieridèbeat, non tamen perpetuum est quod sequiconveniat, hoc est, ut servetur cBger. Gels.

(2) -A rtis curandi conjectura in affectuum dignotione maximè consistit. Qiii ubi inventi fuerint , curationem non conjecturaliter, verùnt scientificè indicant. Nec non hinc cognoscitur quant œgrè nonnulli affectus remediis cedant in quibus rationabiliter iis utimur quas in-

l44- APHORISMES d’hIPPOCRATE , etC.

55. Quicunque alvos hahent humidas , diim quidem juvenes sunt, meliiis liberantur his y qui siccas hahent. Ad. senectutem vero y pejùs libe^ rantur : siccantur enim ut plurimùm senescen.tibus.

Voyez aphorisme 20 de cette section.

54. Proeero corpore juventutem quidem de-gere liberale est y nec déformé: insenescere vero y incommodum y et parvis deterius. (§ 11.)

Plutarque a dit : Bis imperare dicuntur proceri, verbis, et corpore et pulchrâ staturâ , sunt litterœ commendatitiœ.

In œtatis vigore omnia gratiora sunt, in desinente verà œtate , conard.' (Hipp., Vrœceptiqn. , p. 22.)

Longa statura, ut in juventâ décora est, sic maturâ senectute conficitur. (Gels., lib. ii, cap. i.)

dicatio suggèrit , licet per initia proficere videantur . . . . .

.... ; Interdùm enim adeà vehementer vaporosus spiritus et mulfà magis etiam humor viscosus et crassus afigustis impingitur meatibu», ut longiore tempore ad curationem opus sit. Galen., de Componend. medkamin, secund. lob.

SUR LES

APHORISMES D’HIPPOCRATE

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