‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 37 sur 103 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

t)E LINFLÜENCE DÈS SAlSONS ET DES CLIMATS SUR LE DÉVELOPPEMENT DES MALADIES:

Ija prédominëncë des teiîipëiramehS fest fixée pârlë cli-» mat sous lequel on vit , et elle varie autant que lui: il eii est ainsi des effets dé la situation particulière d’une contrée dans laquelle s’observent une constitution physique, un genre de vivre , des mœurs et des habitudes difïérens de tout ce qui existe, sous ceS rapports, dans d’autres pays , qui , par leur exposition au nord ou aü midi , au levant ou au couchant , sont fort éloignés d’être les mêmes. C’est l’état de l’atmosphère qui carac* térise le climat , pris ordinairement pour région chaude, froide, douce, agréable, etc. La température propre d’un endroit , exerce une influence certaine sur le mode d’être des personnes qui l’habitent, en leur imprimant une constitution catastasis , un état spécial du corps , plus remarquables sur un point du globe que sur un autre.

La température d’un pays ne peut exercer une grande influence sur la santé, sans concourir au développement

l46 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

de maladies auxquelles sont seuls exposés les individus qui y vivent ou ceux qui viennent s’y établir. Ces affections, principalement observées dans une' contrée, rares ou nulles par-tout ailleurs , sont spécifiées endémiques , morhi endemici , uemaculi,' patrii. Le mot endémie exprime donc la présence de maladies particulières à certains pays , à certains peuples j comme du goitre en - Suisse et en Savoie , du scorbut sur les côtes froides et humides de la mer , de la plique en Pologne , de la peste en Orient, de la fièvre jaune en Amérique , du scrophule et du rachitis .en quelques endroits.

N’importe le pays sur lequel on dirige l’attention, son atmosphère éprouve, dans le cours d’une année, des changemens qui établissent les grandes périodes appelées saisons, ap»s t5 ilw, anni tempora , tempestates. L’automne, l’hiver, le printemps et l’été comprennent chacun un espace de temps pendant lequel l’atmosphère ne paraît pas éprouver des variations considérables de température , lesquelles existent réellement ; prises en masse, elles sont très - marquées et forcent de distinguer une époque de l’autre. Une saison a ses caractères propres, relativement à la chaleur et au froid , au sec et à l’humide , qui règlent sa constitution , sa catastase ou sa forme. Toutes ces constitutions réunies composent celle de l’année entière.

La journée a été divisée en quatre parties : on a comparé le soir à l’automne , la nuit à l’hiver , le matin au |)rintemps , et midi à l’été. On a trouvé de l’analogie entre le couchant du soleil et la première saison , entre le nord et la seconde, entre le levant et la troisième , enfin entre le midi et la quatrième. Les périodes de la vie ont également été passées en revue : la consistance de l’âge a offert de l’analogie avec l’automne ; on a donné la veillesse comme l’emblème de l’hiver ; l’enfance et la jeu-

Section iih 14“)

«.esse sont le printemps , radolescence et la virilité sont l’été de la vie.

Chaque climat a des maladies qui lui sont familières : «ne saison a les siennes qui ne s’observént que peu ou pas du tout dans une aütfe. Itippocrate a esquissé le ta* bleau 4e celles qui se montrent coflàpiUnément en automne, en hiyerj au printemps et en été. Leur nature et leur caractère , l’uniformité de leur cours etterminaiçpn > la réunion de celles , quoique différentes , développées en même temps, composent ia çonstifuUon médicale , les mqdçtdiescatastatiquesàLeX^e pq telle époque : et laponstitutipn médicale de toute une année , n’e^t autre que i’enseinble de ces quatre élémens particuliers. Une sai^* son est-élle constante et régulière ? tout est peu variable dans les dérangemens de la santé : c’est tout le contraire lorsqu’on ne remavqne qu’inconstance et irrégularité. Si la température de l’été est ^*peu-près la même que Celle du printemps, il faut que les maladies de cette dernière saison continuent à dominer durant celle qui la suit , en s’identifiant uq peu avec nature et l’essence de celles qui devraient exister.

On admet quatre tempérainens principaux qu’il est possible de combiner, et que , pour cela , les anciens ont multipliés et rendus plus nombreux. Ces dispositions parjticulières du corps sont appelées mélancolique , pituiteuse , sanguine et bilieuse- La première, ou ï atrabilaire^ est censée correspondre à l’automne ; la seconde passe pour s’identifier avec l’hiver ,5 la troisième se rapporte au printemps , et la dernière semble appartenir à l’été. Une constitution physique est donc par sa nature plus en harmonie ayec une saison qu’avec une autre j elle a donc des maladies dont elle est presqu’exclusivement affectée aux époques de l’année auxquelles on la compare, é^insi , le mélancolique est exposé à souffrir en automne , Ip

l48 APHORISMES d’hiPPOCRATË ,

pituitèux en hiver , le sanguin au printemps , et le bilieux durant les grandes chaleurs de l’été. Puisqu’il y a des temps où certaines affections morbides. Ont une tendance à se manifester , il en est d’autres où tel ou tel tempérament n’est guère susceptible d’atteinte : c’est pourquoi les pituiteux jouissent d’une bonne santé lorsqu’il fait sec et chaud ; les bilieux supportent bien un air sec et froid, etc.

Il existe des rapports entre les climats , les saisons , et les maladies particulières aux uns et autres : l’observation soutient cette analogie avec les tempéramens et les affections auxquelles ils prédisposent. Il est encore essentiel de ne pas oublier les âges , qu’Hippocrate a si exactement comparés avec toutes les circonstances qui viennent d’être détaillées. Or, les constitutions des pays, des saisons , des tempéramens et des âges sont en harmonie réciproque j elles sont l’objet d’une étude importante que le médecin ne peut négliger en aucune manière, s’il veut être heureux dans sa pratique et commander la confiance de ses concitoyens. L’expérience démontre, en outre, qu’il y a analogie entre chaque saison et chaque partie de la journée ; et on semble remarquer que telle maladie augmente d’intensité le matin, à midi , le soir ou la nuit , selon que , dans son essence , cette maladie est plus en rapport avec la température de l’atmosphère aux époques indiquées. Il est constamment vrai que les exacerbations de la mélancolie ont lieu le soir 5 que celles des affections catarrhales et muqueuses sont ordinaires durant la nuit ; que les fièvres inflammatoires et bilieuses ont des mouvemens plus violens au lever du soleil et lorsque cet astre est au milieu de son cours.

L’oracle de Cos a dit avec autant de raison que de justesse: «Tout médecin qui veut être profondément instruit

dans son art , doit étudier les saisons et leur influence ; les vents chauds ou froids , secs ou humides , sur-toufe ceux qui soufflent plus communément et sont indigènes; ou propres à chaque région. Il faut également qu’il connaisse la propriété des eaux, savoureuses , pesantes, légères, qui coulent ou restent stagnantes. Les méditations, doivent s’étendre jusqu’à la terre dépouillée et privée d’eau, ou couverte, garnie et plus ou moins arrosée, s’élevant en monticules , ou creuse et enfoncée , enfin , brûlante ou glacée. Le régime de vivre deshahitaus n’est pas moins, digne d’attention: sont-ils buveurs, gloutons, paresseux , sobi'es et laborieux ? supportent-ils la fatb gue et préfèrent-ils les alimens aux boissons ? Quiconque possède tous ces détails du premier ordre , est à même de prédire la constitution médicale de chaque saison et celle de l’année qui suit , quelles sont les maladies coraniunes qui doivent régner dans un endroit , en été , en hiver, etc. , et quels dangers sont à craindre pour chacun , d’un changement de diète ou de manière- de vivre* On répétera encore avec Hippocrate, qu’un médecin qui fixe sa résidence dans un pays à lui inconnu , doit en étudier la situation , qui n’est pas également avantageuse au nord , au midi , au levant ou au couchant.

Les maladies endémiques tiennent au pays ; celles qui dépendent de la saison durant laquelle on Les observe , sont désignées par Hippocrate sous le titre de populaires f. morbi pppulares, populariter gràssaîites ; sous celui d’tfpidémie régnante, synonyme de constitution médicale^ Que les maladies graves, du nombre de celles qui sont communes dans une saison et dans une contrée , se multiplient plus qu’à l’ordinaire , deviennent fâcheuses, exercent des rayages effrayans , se soutiennent long- temps et se communiquent d’individu à individu , de pays à pays, çn les nomme épidémiques ; contagieuses ou non conta-’,

ï5q aphorismes è’hippocrate ,

gieuses , elles constituent une épidémie : un ^and nom-^i bre de personnes sont attaquées à la fois j le peuple en général dévient victime.

Lorsque des altération^ semblables de la santé sont très-nombreuses è une même époque , dit Hippocrate , il est évident que chaque personne soutfrante peut accu-! ser le régime de vivfe qu’il süit , et que la médecine des contraires lui est applicable. Si une maladie attaque simultanément plusieurs individus , il fhüt sür-toüt en i’echercher la cause dans çë qui leur est d’un usage commun. Or, on trouve cette cause dans l’air respiré et non dans l’espèce de diète qui n’est point identique pour chaque membre d’une même population (i). Quoi-que commune , l’origine d’unè telle épidémie est insolite et extraordinaire ; elle provient moins d’un air vicié , infecté Ou pestilentiel , que de l’altération des solides et des fluides, que de celle des propriétés vitdles , détér-r minée par une succession de temps mal sains , par les privations de, tout genre , pat l’usage trop èontinuê d’alimens de la plus mauvaise qualité. Des habitansf d’une contrée ainsi ravagée sont souvent é^iargnés , ou ne sont attaqués fort tard, que parce qu’ils opposent plus de résistance vitale , que paicè qu’ils ont une consr^ titution physique et une force morale qui les Conduisent heureusement sains et saufs jusqu'au terme de l’épidémie.

Des maladies né sdnt'pas plus particulières h tin pays qu’à un autre ; elles se répandent sur quelques points de surface J elles sont disséminées , éparses , et se naontrent indifféremment en tout temps et en tout lieu. On les! nomme sporadiques. Etrangères aux Endémies et aux épidémies , ce sont des affections vagues et isolées ,

{^) ïfjpp!) 4e NatUT, hornirin

SECTION m , APH. I. l5l

affectîones vagantes , privatæ , auxquelles chaque individu est sujet , et on ne conçoit pas la moindre idée de contagion. C’est ainsi qu’il se rencontre des maladies, qui n’ont aucun rapport avec la saison durant laquelle elles se montrent , et dont la salubrité ne se prête point à leur invasion ni à leur développement. Dans certains cas , ce sont des pemphigus , des variolettes , des clous «U furoncles, des démangeaisons, des éruptions cutanées différentes de la rougeole , de la scarlatine oa de la petite-vérole 5 enfin quelques fièvres assez graves improprement appeléès essentielles ou primitives. Certains individus sont seulement affectés d’une manière ou d’une autre , sans qu’on aperçoive rien de général.

Il est temps de mettre un terme à ces observations , qui doivent suffire pour faire comprendre les aphorismes dont cette troisième section se compose.

I. Mutationes anni temporurriy maxime pa-^ riunt morbos : et in ipsis temporibus magnce mutationes 3 aut frigoris, aut caloris 3 et cœtera pro ratione eodem modo. (§ i. )

On lit dans Hippocrate, que les saisons sont ainsi établies : le printemps et l’automne ne se composent que de deux mois , tandis que l’été et l’hiver en comptent quatre chacun. La première saison de l’année dure depuis l’équinoxe jusqu’au lever des pléiades ou à la fin d’avril , ce qui ne fait pas même un intervalle de soixante jours. L’été èst divisé eh dèux parties par la canicule. C’est au dix-neuf juillet que le chien est en conjonction avec le soleil, jusqu’au vingt-sept août. Tout le temps écoulé de là fin du printemps au lever simultané du chien et du soleil^ cohstitue céite première partie de l’été, dont le reste , jusqu’au 37 août, ou au lever de

APHORISMES d’hippocrate , l’arcture, comprend les jours caniculaires. Les Grecs parlent encore du grand et du petit chien : le premier, sirius, est la canicule proprement dite j le second , procyon, s’aperçoit dans le signe du lion, dix jours avant l’autre , avec le soleil et au mois de juillet. L’automne se prolonge , du lever de l’arctur^ , commencement de septembre , au coucher des pléiades , premiers jours de novembj-e. Ainsi septembre et octobre sont les deux mois d’autômne. L’hiver, qui est de quatre mois, s’ouvre en novembre et a son terme à l’équinoxe du printemps. On lui accorde trois partitions : la première s’étend jusqu’au solstice d’hiver , et mesure le temps nécessaire pour semer 5 la seconde est la brume ou le solstice spécialement ; enfin, de celui-ci jusqu’au printemps, nous avons la troisième division (1).

Chaque temps a sa température particulière qui , eu égard à son influence sur l’organisme , produit des dé-, raugemens dont la nature et le caractère varient selon la saison durant laquelle ils surviennent. Les maladies, distinguées par Hippocrate en celles du printemps , de l’été, de l’automne et de l’hiver, sont simplement divisées en vernales et en automnales par Sydenham. Elles sont fixes et régulières , si la saisonà laquelle elles appartiennent l’est également. Mais , dans le cas où le printemps a plus de rapports avec l’hiver ou l’été , la nature des affections change aussi , selon qu’il fait plus chaud ou

(1) Annitn^ equideifi in quaUior -partes dividunt, quas pleriqii» çmnes noverunt, hyemem , ver, cestatèm , autumniim. JEt hyemem quidem à pleiadum oçcasu , usq'.ié ad œquinoctium vernum. Ver autem ah. cEquinoctio. usque ad pleiadum epcortiim, Æstatem verà à. pleiadum ortu usque ad arcturi eoçorturn. udutumnum ab arcturi ortu ^^ ■usque ad pleiadum occasum. De Diœtâ, lib, m , p. 114.

Epidem., lib. i , sect. iii , p. 34; lib. y, p. 539; lib. vi, p. 829. Yallesm . ‘

SECTION III, APH. 2. l53

plus froid , plus humide ou plus sec ; selon encore les combinaisons de, ces températures entre elles.

Mutationes maximè pariunt morbos , et prœsertim . maximes : et in temporibus magnes mutationes, et in aliis.

Quædcim sensim fiente progressa Jiuntiï').

3. . Naturarum, aliœ quidem ad œstaterri;, aliœ verb ad hyemerrif hene aut male sunt cohstitutee.

Natures quantùm ad tempora cLttinet , alies ad œsiatem^ allés ad hyemem benè aut maîè dispositœ sunt (2).

Ibe mot natura est synonyme de tempérament , temperamentum-, cretsis , idiosyncrasia. Hippocrate admet la prédominence de quatre humeurs primitives, du sang, de la bile jaune , de la bile noire ou atrabile , de la pituite ou du phlegme ; d’où les tempéramens sanguin , \ilieux ou colérique , mélancolique ou atrabilaire , pituiteux ou phlegmatique. Le prince de la médecine a fait un rapprochement ingénieux des propriétés de chaque humeur et de celles des quatre saisons en particulier. La pituite augmente en hiver, avec lequel elle a plus d’analogie que le sang , qui domine au printemps , ôù elle est encore remarquable. En été , quoique le sang conserve de sa force , la bile entre en effervescence jusqu’à l’automne , qui fait reconnaître la quantité considérable et la violence de l’atrabile.

De ces rapports incontestables , Hippocrate déduit çette conclusion : 1° que les pituiteux sont d’un tempérament qui soutient moins l’hiver que toute autre saison ; 2° qu’il en est de même des s^guins , relativeraient

(1) De Htimorib,, p. i3o.

(3) Ibib., p. i3o.

l54 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,

au prititemps j 3° des bilieux , pour ce qui concerne l’été; 4° enfin des mëlàncolique^ durant le cours de l’automne (i).

3. Morborüfn alii àd alios benh aut malh sé habent : et cetates quœdam ad tempora, et regionies, etvictus. (§i.)

Tel qu’il est conçu , cet aphorisme ne présente pas un sens capable de satisfaire , et on ne hasarde rien en avouant qit’îl est impossible de le traduire : cependant, toute proüte qu’il est fine suite du précédent , qui traite des tempéramens ihis eh parallèle avec les saisons , comparés avec les climats , les âges , les genres de vivre et les constitutions des maladies. Telle est l’idée que l’on Conçoit quahd on lit à sa source la suite de la deuxième sentence :

Qüàniiifn vèrh ad regiû'nés, el estâtes etvîcïusrationéirif , et alias rûorhorurn constltutiones , alios (2) ad alias henè aüt rnàlh se hübent (3).

Quant aux clitnatâ, ao:è âges, au régime de vivre ét aux autres constitntio’ns des maladies , les tempé-

(i) Pituita in homine hyeme augetur. Hœc enim hyemi maximè secundùm. naturam convënit eoc omnibus in corpore existentibus. Frigidissimà enim èXistit.

V ire pituita. quidem adhuc fortis in corpore manet, sed sanguis

augescit . Hcec enim anni pars maximè juxtà naturam ipsi con-

venit , ut quæ valida et kumida existât.

Æstate sdn^uis adhuc viget , et bilis ih corpore elevatur, étusque

in auturtinum porrigitur . Æanifestum fit et febribus et hominum

caloribus.

Sanguis verà autumrio paucissimns fit in homine . .^tra posrà

bilis autumne et plurima et'Jbrtissiina est. De Natuiâ homiiiis.

(2) Naturœ,

(3) JDe Humor., p. x3q.

SECTION III, APH. 3- l55

ramefls s’àccbttimodèht bien ou mal des tins ou des auties.

Personne mieux que Galien n’a connu les ouvrages d’Hippocrate : ceperidarit ce commentateut a pensé qu’il s’agissait spécialement des maladies et des âges dans cet aphorisme embarrassé et obscur , qu’il a cru devblr corriger de cettè manière i

Morhi et œtates, alii ad alia tetripôra; et locà, et vîctûs généra, benè malèvé se habent. Morhi igitur se habent ad tempora quidem ut ad generationem similes : ut ad so~ lutionèWi verb contràrii.

Parmi les maladies èt les âgés , il en est qui së trouvent bien ou mal d’autres saisons , d’autres lieux et d’autres genres de vivre! Donc les maladies sônt eu harmonie avec les saisons , qui favorisent leur dévëloppehiènt, bü qui contrarient leur sblutioh.

Vâltésib traduit ainisi : Morbi, âà dÏÏoè bénè vel malè habent . Et cetdteS qüœdam, ad ïempbra, et re^iones, et pictùs. '2ç; ne pense pas que ce sens soit le véritable ni qu’il s’agisse de maladies (^ù'î àubcèdeht à d’autres maladies.

Quelqiie grave et imposante que soit Tantorité du fàmétix hïédecin de Pergariie , il est diffflcile de ne pas adopter notre prèmièrë version , extràité dû livre De hum'àribüs , que persohiie ne conteste à! Hippocrate, quoique la diction n’ën soit pas toujours é^àle : néanmoins , il n’est pas hors de propos de développer les deux textes.

I. On sait que les tempéramens muqueux Sont ordinàitès dans les pays froids et humides ; qu’ils sont propres à l’enfance jüsqu’à peu près au temps de la puberté 5 qu’ün régime végétal , laiteux , et qu’une nourriture grossière ou la privation absolue de bons âlimens s’identifient avec eux et les rendent éminemment tels.

l56 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,

On en dit autant des constitutions maladives , dépendantes d’une humidité atmosphérique qui fait surabonder les mucosités, et. établit une analogie parfaite avec les tempéramens muqueux, lesquels restent les mêmes dans toutes ces circonstances identiques. On convient aussi que les idiosyncrasies sanguines, bilieuses, atrabilaires, se trouvent très-bien , les unes des climats froids, les, autres des régions chaudes , et les troisièmes des pays dont la température est très - variable ou fort inconstante.

Si , en se bornant aux quatre tempéramens admis par Hippocrate , , on. les reconnaît d’autant plus prononcés qu’ils répondent mieux au climat , au régime de vivre et qux constitutions morbides on convient qu’ils se détériorent à mesure qu’ils entrent dans des catégories qui ne sont pas les leurs. Un tempérament muqueux ne s’accommode pas plus d’un climat chaud, que le bilieux d’un climat froid. Il faut nécessairement que le premier se modifie perde sa prédominence . ou disparaisse tout à fait; il n’en est pas autrement du second. Dans l’adolescence et la jeunesse , le tempérament sanguin se substitue au muqueux ; à son tour , il cède la place au bilieux, et celui-ci au mélancolique. Or , les maladies particulières à chaque tempérament étant sur-tout en rapport avec le climat, l’âge, et le régime, de vivre qui les favorisent le plus ; pour guérir , if est indispensable d’altérer , de changer, de détruire . ces mêm^s conditions ; telle est, en partie, l’origine delà médecine des contraires.

IL Selon l’acception de Galien , les maladies se trouvent bien du clijuat , du régime qui se rapprochent de leur caractère et favorisent leur invasion; mais elles, ne s’accordent pas avec toute autre disposition qui tend à les faire cesser ou à leur en substituer d’autres. Les,

SECTION ni, APH. 4* 1^7

atigiothénles perdent de leur intensité- à mesure qu’on approche de la fin du printemps ; de même , les affec-» fions bilieuses, dominantes dans le cours d’un été chaud,' deviennent moins fâcheuses selon qu’on avance plus vers l’automne. Il en est encore ainsi des fièvres adénomeningées, sous des conditions analogues. Donc toute maladie en rapport avec la saison , change nécessairement lorsque celle-ci lui est moins favorable. Les affections catarrhales , ordinaires dans les temps humides et froids, disparaissent tout à coup et ne laissent plus aucune de leurs traces , lorsque l’atmosphère devient chaude et froide. Transportez les rhumatisans du nord au midi , et vous verrez bientôt les malades recouvrer la santé , . parce que leur état de souffrance ne s’accommode pas avec le nouveau séjour dans une région plus salutaire.

Quant aux âges dont les quatre” principales périodes concordent avec la division de l’année , nous voyons que la jeunesse ne, souffre pas des rigueurs de l’hiver, perfides aux petits enfans et aux vieillards , dont la santé n’est jamais meilleure qu’en été. Donc les changemens de climats sont plus ou moins avantageux aux maladie? et aux âges. Un médecin qui possède toutes ces connaissances particulières , ne peut avoir qu’une pratique assurée , puisqu’il se trouve sans cesse dans la nécessité de combattre les causes des maladies par leurs contraires. Et, ut simpUciter dixerim , contrarii quidem nd contraria b enè , similes auiem ad similia malè, prœ~ terquam si estas temperata, et victui , et regioni , et toco temperato comparetur : hoc enim solo modo simile à similibus benè ajfficietur. Galen. ^

lS8 APHORISMES D*IlIPPOCRATÈ ,

4. In temporihus y quandb eâdem die y moâh calovy modo frigus fit y autumnales morbos ejcspectare oportet. (§ t-)

Galien est auteur de l’ingénieuse comparaison des quatre parties du jour avec les saisons. On a cru remarquer que les maladies propres à chacune d’elles avaient leurs exacerbations dans la partie du jour correspondante à cette époque de l’année. Ainsi les fièvres inflammatoires s’exaspèrent le matin ; les bilieuses , à raidi ; les mélancoliques ou atrabilaires , le soir ; enfin les pituiteuses ou muqueuses dans le cours de la nuit. Or,

. quelle que soit la saison , autre que celle de l’automne , quand il s’écoule un certain nombre de jours avec des alternatives de froid et de chaud , l’inconstance de l’atmosphère est démontrée , le caractère automnal existe et doit être celui des maladies qui surviennent.

regîones ad tempora malè dispositœ , taies morbos pariant, quali tempori similes fuerint, verbi gratiâ. Inœqualis calor aut frigus eâdem die quum talia fuerint , morbos autumnales faciunt.

Qualia t>erà sunt tempora, taies erunt etîam morbi, et constitutiones ex ipsis. (De humorib.)

5. Austri auditum gra^’antes y çaliginosiy cci* put gravantes y segnes y dissolventes. Quùm hic dominatum tenuerit y talia in morbis patiuntur* Si verb aquilonium fuerit anni tempuSy tusses y fauces asperoBy alvi durœ y urinœ dijfficultatesy horrores y dolores costarum y pectorum, Quùm hic dominatus fuerit y talia in morbis exspectare oportet.

SECTION III, ÀPH. 5, 6. 169

. Pour présenter cette sentence sous toutes ses formes , il me paraît convenable de transcrire ici le texte dont elle fait partie dans un autre endroit des livres d’Hippocrate.

jiustrj, auditum gravant, caîiginem înducunt, caput gravant, torpidi siint, dissolvant. Quùm hic prœvaluerit; talia in mprbis patjiuntur , ulcéra glahra, maxime os, pudendum et ali<p partes. Si verb aquilo, fusses, faucium ç^ectiones, ventres duriores , urincp difficultates , horro~ res, dolores lafepum et pectoris. Quùm hic dominatur , taies morbos mdgis exspectare oportet (i).

Il est à remarquer que , dans une constitution semblable des saisons , avec prédominence du souffle des vents du midi, Hippocrate a signalé cette apparition des ulcères à la peau des joues et des lèvres , sur le pudendum et différentes parties du corps (2) : en sorte que tout se conçoit sans peine dans le double exposé d’une même sentence.

6. Quùm œstas sit veri similis y sudores in febribus multos exspectare oportet. (§ i.)

Hippocrate dit ailleurs : Quandô œstas fit veri similis, sudores in febribus, etfebres faciles et non peracutœ , neque linguîs obaridæ fient (3).

Cet énoncé est certifié vrai par l’expérience du vieillard de Cos , qui a observé que , dans les chaleurs sèches ou sans pluie , la plupart des fièvres n’étaient point accompagnées de sueurs; mais que si, avec une chaleur brûlante , il tombait un peu d’eau , les sueurs se mon-

(i) Lib. deHumor.

(a) Bpidein.., ,Ub. m, sect, iii. &tat. pestilens. (3) Lib. de Humorib,

î6o APHORISMES d’hiPPOCRAPI! ,

traient aussitôt fort abondantes (i). Dans la constitution de Périnthe , l’été fut sec ; s’il tomba de la pluie , ce né fut qu’une espèce de rosée : aussi les sueurs coulèrent^ elles durant les fièvres (2).

Les saisons ont leurs maladies particulières, distinguées en celles du printemps , d’été , d'automne et d’hiver, ou simplement en vernales et en automnales, selon la partition de Sydenham. La pratique nous apprend que , souvent , il se manifeste des maladies toutes différentes de celles qui doivent exister, dont cependant elles prennent le caractère plus ou moins. C’est ainsi qu’une fièvre Jiilieuse peut se montrer en hiver et a presque toujours quelque chose d’inflammatoire, ce qui a rarement lieu en été. Cette connaissance est d’autant plus importante , quelle ne contribue pas peu à régler la méthode thérapeutique , qui n’est pas rigoureusement la même dans la saison la plus froide que dans la plus chaude.

Il est de fait que , dans le printemps , les fièvres sont ordinairement avec sueurs ; or, ces transpirations cutanées doivent être plus abondantes pendant un été dont la constitution est veruale. Tout le monde sait que l’épidémie régnante d’une saison ne cesse avec celle-ci , qu’autant que la saison suivante acquiert la température qui lui est propre. S’il arrive , au contraire , que l’état de l’atmosphère se prolonge le même encore trois mois , il faut que les n^aladies conservent de semblables caractères généraux. Hippocrate a donc eu raison de dire t toutes les fois que l’été ressemble au printemps, les

(i) In ardoribus sine pluviâ , febres maximâ ex parte absque su-dore contingunt. In his atitemisi tenuiorplmia stïllaverit, copiosiores statim accidunt sudores, Epitlem. , lib. ii, seot, i.

(a) FerpLuvias auiem, quæ roris instar cestate contingebant , apparuit sudor. Ibid., sect. iii.

SECTION ni, Âï>H. 7, 8. l6î

maladies qui ont régné auparavant doivent se prolonger, et être avec exsudation considérable de la peau. Il est probable qu’en parlant ici , des sueurs , on ne les considère pas comme critiques.

7 . Iix siccitatihus fébres acutœ Jiüni . Kt y si quidem annus pro majori parte talis fuerit > qualem fecit constitutionem y ut plurimùm etiam taies morbos eocspectare oportet. (§1.)

De quelque manière qu’on le traduise,, cet aphorisme n’en est pas moins très-difficile à comprendre 5 et on ne trouve ailleurs que cette partie du texte auquel on puisse le rattacher : Si verb annus^ diutiüs talis Juerit, qualem constitutionem fecerit, taies etiam morbi diutitis erunt. (Lib. De humor.) Quoiqu’il en soit, on ne dispute pas sur la coïncidence des fièvres aiguës avec les sécheresses extrêmes et prolongées dont il s’agit particulièrement ici. Cette vérité une fois admise , on doit conclure que, si la constitution de l’année est en grande partie trèssèche., on doit s’attendre que toutes les maladies régnantes prendront un caractère essentiellement aigu ; ou que , si cette constitution surpasse plus ou moins un juste degré de sécheresse, les maladies , développées pendant son cours , seront plus ou moins aigues et dangereuses. -

8. In constantibus temporibus y si tempestwè tempestivd red^antur, constantes y et judicatu faciles fiunt morbi : in inconstantibüs autem 'y inconstantes J et difficiles judicatu.

Des saisons ne varient pas relativement au cçurs du

1 62 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

soleil J il n’en est pas de même en ce qui concerne là température propre à chacune d’elles. Pour qu’une saison soit constante, rien ne doit changer dans le lever ni dans le coucher des astres 5 il faut , en outre , que l’automne soit pluvieux , que l’hiver tienne un juste milieu entre le doux et le froid , et qu’il tombe à propos de l’eau au printemps et en été (i).

Il a déjà été dit qu’il existait des maladies de printemps , d’été, d’automne et d’hiver. T outes ont un caractère franc et prononcé , et ne manquent pas de se montrer dans la saison qui leur est opportune. Abandonnées à elles-mêmes ou convenablement assistées , le médecin en connaît le cours et en prévoit le mode de terminaison le plus ordinaire. Comme le corps n’est point fatigué par les changemens brusques de l’atmosphère , les résistances vitales sont efficaces , et les crises spontanées sont très-faciles.

Une saison est inconstante, lorsqu’elle diffère de l’exposé qui vient d’être fait ; quand , par exemple , l’hiver est sec et boréal , le printemps pluvieux et austral , l’été et l’automne froids et secs , sans pluie au temps de la canicule ou du coucher de l’arcture. S’il en est ainsi , dit Hippocrate, on observe dans une saison aussi peu régulière, des maladies appartenantes à une autre , eti n’ayant rien de décidé dans leur mode ni dans leur cours. Elles se jugent très-difficilement , parce que tous les mouvemens de la nature ne sont pas mesurés , et que les forces

(1) Cœterîim de annis hoc modo consideratione factâ , quis cognos~ cere possit, qualisnam annus sit futurus, salubrisne an morbosus ? Si enim secundàm rationem fiant signa in astris occidentibus ac orieutibus : et in autumno aquæ fiant , et hyems sit moderata , et neque valdè clemens , neque modum excedens frigiditate ; et in uere ac in cBstate tempestivè pluat, sic sané saluberrimujn esse aiinumpat est. De Aeie , aquis .et locis , p, 84.

SECTION 111, APil. 9. l63

luttent presque toujours avec désavantage. Les résultats sont inconstans; les crises, pénibles et laborieuses, ne peuvent être ni prévues ni dirigées au moment où les secours de l’art deviennent nécessaires.

Hippocrate a donc eu raison d’engager les médecins à comparer entr’elles les années et les parties dont elles se composent, comme il lé fit lorsqu’il arriva à Périnthe. L’hiver avait été tempéré et chaud , mais le printemps et l’été s’étaient fait remarquer par une extrême sécheresse. Le peu de pluie qui tomba ressembla plutôt à de la rosée ; les vents étésiens , modérateurs de la chaleur caniculaire , n’avaient pas soufflé , au moins très-rarement (i).

9. In autumno morhi aciitissimiy et perniciosissimi omninb : ver autem saluhèrrimum y et minimè eocitiale. (§ i.)

In autumno acutissimi morhi , et maxîmè lelhales ^ et omninb simîlitudinem hahent, eb-qubd vesperi exacerban-^ tur, tanqu 'am annus ipse habeat circuitum morborum (2) .

(i) Epidem., lîb. ii, sect. m , p. 3jo.

Quare etiam annus ad se ipsum hoc modo se habet. In quietis ac eonstantibus temporibus, et annis tempestivè tempestiva prc^en-' tïbus , boni status , et judicatu facillimi morbi fiant. In inoonstaniibus verà inconstantes, et qui difficulter judicantur.'Epiàeïa.', lib. 11, sect. I, p. 307.

Qualia verà sunt tempera , taies erunt etiam morbi et constitutiones ex ipsis. Si tempora tempestivè , et ordinatè se habuerint, mor~ hos judicatu faciles faciunt. De Humor. , p. i3og

Ex tempestatibus , optimce cequales sunt, sivè frigidre , sivè calidce :

pessimœ, quœ maximè variant . Neque solùm in bono tempestatum

habita certior valetudo est, sed pejores morki quoque , si qui inciderunt, leviores sun.tet promptiùs finiuntur. Cels., de Mediçin., lib. u, cap. X.

(a) Epidem, , lib. 11 , sect. p. 307.

l64 APHORISMES d’hTPPOCRATE ,

On a diversement expliqué les effets de ces deux saisons qu’Hippocrate oppose l’une à l’autre. D’une part, on reconnaît les idées des humoristes; et, de l’autre , la doctrine des vitalistes , qui ne diffère pas beaucoup de celle du vieillard. Les premiers ont admis que , durant l’été , des effluves délétères infectent l’atmosphère et s’introduisent dans le corps ; que la température inconstanle, les transitions subites du chaud au froid , du sec à l’humide , nuisent à la transpiration cutanée et empêchent l’exhalation des humeurs corrompues qui , pour lors , ne font que s’accumuler. En autobne , ces dispositions se multiplient par l’abus des fruits , des légumes herbacés , du lait et autres alimens peu substantiels. Les mêmes médecins disent encore que, pendant l’hiver, la transpiration cutanée n’ayant pas lieu , les humeurs moins corrompues s’accroissent ; et , qu’a l’aide de la température douce' èt progressive da printemps , les pores de la peau se dilatent , s’ouvi'ent pour leur donner une libre issue, dans un temps qui n’apporte aucune maladie.

Les praticiens qui raisonnent autrement admettent que les saisons antérieures' à celle de l’automne , ont développé une grande activité des organes , que les pertes ont été considérables, et qu’il n’y a pas eu de réparation proportionnée. Par conséquent , la résistanceque doivent opposer lés forces radicales a insensiblement diminué d’énergie ; chaque jour elle est devenue; moins propre à combattre une maladie qui n’est plus grave que parce que celui qui la supporte est devenu, relativement plus faible et débile. C’est I3, même cause physique qui rend les affections chroniques plus in-; tenses et qui accélère leur terme fatal, sur-tout si leur caractère est analogue à celui qu’affectent toutes les mar ladies automnales.

SECTION in, APH. lO.

Comme le printemps , dit Valléjsiô , n’incline vers aucune intempérie , les terminaisohs sont salutaires , promptes et faciles. On est en quelque sorte tenté de dire qu’en hiver les organes extérieurs ont sommeillé, que les forces radicales, ont acquis par le repos une nouvelle trempe, que le printemps les ranime, développe leur activité et les rend d’üne résistance efficace contre les atteintes portée^ à là constitution. Néanmoins, en ne doit admettre cette vérité hippocratique qu’autanf que la saison dont il s’agit est constante ou ce qu’elle doit être. Ce serait une erreur de penser qu’elle est toujours très-salubrej et cé n’en est pas moins une d’avancer avec le commentateur espagnol, que les maladies qui arrivent alors, ne sont qu’accidentelles. Il est vrai qu’elles sont moins nombreuses et présentent moins de dangers , parcé qu’on touché à un temps meilleur , que la nature fait des efforts' et plus grands et plus utiles.

Concluons avec Hippocrate que , sous le rapport des maladies aiguës , la saison de l’automne est plus dangereuse et plus funeste que Celle du printemps, remar-, quablé par son extrême salubrité et par ses avantages sur les affections prolongées de l’hiver , pourvu qu’elle soit régulière et telle quelle doit êfre.

Jgilur éaliiberrimum ver est : proxima deindè ab hoc hyerns : P ericùlesiàr œstas , autumfius longé periculosissimus. (Gels., De medicin., lib. i, prœfat.)

lOi Autumnus tahidis malus. (§ i.)

"Le tabes est la diminution insensible et continue de toutes les parties du corps , avec affaiblissement simultané des forces vitales , constitutionnelles et organiques, j,usqu’à leur entière extinction. On admet trois espèces de maladies sous ce nom ; U atrophie , le marasme , la.

j66 , APHORISMES n’uiPPOCRATE ,

coosomption , l’amaigrissement , l’émaciation , le corps ne se nourrissant pas et ne réparant aucune de ses pertes. Cette destruction lente symptomatique, si elle provient de la désorganisation d’une par tie isolée ou de toute autre altération locale ou générale. Elle est idiopathique, si la cause n’en peut être connue : telle est celle que M. le professeur Hallé a observée chez une fille dé vingt- cinq ans , dont l’état a paru tenir à l’anéantissement des fonctions du système absorbant oblitéré , à des affections de l’ame long-temps soutenues et soigneusement dissimulées (i). La seconde espèce de tabes se nomme cachexie^ habitude dépravée du corps ou d’une de ses parties essentielles , consécutive à une maladie longue , à l’abus des médicamens purgatifs, à des hémorrhagies, aux dernières privations ou à l’usage trop long d’une mauvaise nourriture. La phthisie vient en dernier lieu ; elle est avec ulcération , avec fonte putride d’un organe quelconque et fièvre lente (a).

Les , modernes distinguent le tabes en colliquatif, en purulent et en catarrheux. est l’atrophie^ proprement dite, dont la fin se complique de fièvre hectique , comme celle des autres espèces , avec chaleur cutanée ; elle est la suite de très-longues, maladies ; l’autre est la phthisie rraie, qui consiste dans une ulcération du poumon , du foie , etc, , et que l’on sépare d’une phthisie fausse , rapportée à la suppuration rebelle de toute partie moins importante du corps. Le dernier est le tabes catarrheux , colliquatif froid, ou la phthisie muqueuse^ î^ous voyons des personnes tousser beaucoup , expectorer une p];'odigieuse quantité de mucus écumeux que les anciens ont nommé pA/eg-mç ou pituite salée if).

(i) Mémoires de la Société médicale d’ Emulation,, 1. 1,

(a) Cels., lib. iv , cap. n , sect. ix. lie. Govter, Mndicin- àipp. , t.,^^

Quelle que*solt l^espèce de tabes , l’action vitale s’affaiblit tellement , que les organes digestifs deviennent de moins en moins propres à l’exercice de leurs fonctions , ce qui* fait dire à quelques médecins , comme au vulgaire , que les alimens ne se convertissent pas en de bons sucs , mais qu’ils se corrompent spontanément et dégénèrent en une humeur ténue , âcre , impropre à la nutrition 5 c’est ce qu’on croit voir dans la lienterie et la dysenterie.

L’aphorisme précédent n’a mis en opposition l’automne et le printemps que relativement aux maladies aiguës. Celui-ci signale le tabes parmi les affections chroniques , qui font périr dans la première saison (i) , pour la raison que nous avons tâché de donner. Il n’est pas question du printemps, dont Hippocrate a parlé ailleurs (2), et qui n’est pas moins funeste , sur-tout quand il est froid et avec de petites gelées. On peut croire encore qu’à cette période de l’année, la nature tente en quelque sorte de se relever , qu’elle së consume en vains efforts contre ce qui l’accable, et qu’elle hâte ainsi sa ruine totale.

II. De temporihus 3 si .quidem hjéms sicca et aquilonia fuerit^ ver autem pluviosum et australe 3 œstate necesse est fehres acutas jieri , et ophthalmias 3 et djsenterias 3 maxime autem mulierihus 3 et viris naturd humidis. ( § i.)

Voilà comment Hippocrate explique l’origine de ces

(1) MoHuntur verà ejusmodi hamines , tabidi, sub autumnum y wzldèque ex aliis morbis longis plerique sub hoc tempug , pereunt. Hipp. , lîb. 11. Prœdicüon.

(2) Ker quoque etiam malum, cùm fieds folia cornicis pedibuî f milia fuerint. Epidem., lib. vi.

l63 APHORISMES d’hïPPOCRATE,

maladies î Quandà enim œstale œstus repeiitè supen>e^ nerit , et terra rtiadida plums vernaiibus et ab austro fuerit, neoesse est, œstum duplicari , et à terra madidâ atque caîente , fit à sole coinburente , nondùm constantibus hominum ventribus neque exsiccato cerebro. Neque enim possibile est tali oere existente, non coUiquari corpus , ac carnem : undè febres aocîdunt àcutissimæ tùm reliquis omnibus , tùm précipité piiuitosis. Dysenterias verà mulieribus et viris humidioribus convenit Jieri. (De aëre, aq. et loc.)

12. Si vero hjems australis 3 et pluoiosa, et tranquilla sit 3 yernutem siccum et aquilonium 3 muUeres 3 qui4ern3 quihus partus in ver inciditi, ex Omni opcasipne tibortiunt: quœ verà pepererint3 infirmas et morbosos pàriunt pueroS3 ita ut yel stutim illi pereant 3 vel tenues et rriorbosi vivant. Qœteris verb mortalibus dj s enteriœ 3 et ophthalmîœ siccçe fiunt : sénioribu^s àutem çatarrhi brevi perimentes. \%i.)

Il paraît encore utile de rappoi^ter en entier le texte dont cet aphorisme est extrait , et les développéràéns dont le père de la médecine l’a accompagné. ' '

Si verà hyems australis fiat, et pluviosa et clemens , ver autem boreale et siccum. et tempestuosum , primum quidem mulières quæ uterum gestant, et partus istis ad ver instat, abortum facturas esse verisimile est. Quce verà etiam- pepererint , impotentes ac morbosos pueros parère, ità ut staiim pereant , aut tenues et dehiles , ac morbosi vivant. Atque hcec quidem rrtulieribus , reliquis verà dysenterias -et lippitiidines siccas : et ' aliquibu^ defiuxiones à capite in pulmonem. Pituitosis, igitur dysenterias fieri verisimile est, et mulieribus , pituitâ de cerebro defiuente.

SECTÏON III, APH. 12, 1 5. 169

propter naturœ humiditatem. Biliûsis verô h'ppkudines' siccas y -prppter carnis caiiditdtem et siccitatem. Valdèautem senihus dejluxioneè ^ propter rantatem ac eliquationem venarum , adeb ut aliqui quidem derepentè perçant aliqui verb semisyderati , aut dextrâ aut smistrâ parte Jiçint, (Ibid, ibid.)

Dans l’aphorisme précédent, il est question d’un hiver sec et froid , d’un printemps pluvieux et chaud ; dans celui-ci, Hippocrate présente ces deux saisons sous des rapports opposés^ en parlant d’un hiver chaud et pluvieux , d’un printemps sec et froid. D’une part, il a ddnné une explication des causes qui provoquent les maladies qu’il a énoncées ; de l’autre, il en fait autant et en ces termes :

Quùm enim hyems sit australis , et plwiosa et calidaÿ et corpus non adstringatur , nequé venœ : ùere accedente' horeali et sicco ac Jrigido, cerebrum postquàin ipsum dissolvî de purgari coniigii , à gravedine ac raiicedine , tum simul cum vere siabîiitur ac constringitur. Quare derepentè œstate accedente, ét ardore ac mutati&ne contingente hi morhi incidunt. Et intestinorum levilates et aqua intercus ferèreliquismorhisdesinentibussuperveniunt, quùmnon queant Jdcilè y ent^culi à conceptâ humiditate exsiccan. (Ibid, ibid.)

i3. Sijuerb œstas sicca et aquilonia fiat y autumnus autem pliwipsus et australis y capitis dolores ad hjemem fiunty et tusses y et raucedines et gra^edines : quibusdam verb etiam tabes. ( § I. )

Comme on l’a vu , aphorismes 1 1 et 1 2 , Hippocrate a présenté sous des rapports ditférens l’hiver et le prin-

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