‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 5 sur 103 · PRÉLIMINAIRE. VU · texte numérisé non relu

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éclairés , qui sont aujourd’hui l’honneur de l’Europe savante.

On n’eût rien obtenu , si un but n’eût pas été atteint. Ce n’était pas assez que la science fût créée , quelle eût pour objet la connaissance des maladies > de leur nature, de leurs mouvemens, des phénomènes qui les oaracté-^ risent et les distinguent les uns des autres^ qui annon-> cent et indiquent les terminaisons par la mort ou par le retour à la santé j il fallait encore faire connaître ce but , et donner les moyens de l’atteindre sûrement. La nature a donç dû s’expliquer aussi sur ce point, en mettant en évidence ses moyens et ses ressources. C’est également par son .organe qu’Hippoorate: a tracé des règles de conduite dont la transgression ne laisse rien de bon à espérer; c’est en son nom que ce divin vieil-», lard a mis à découvert toute la puissance dont elle s’est armée pour se suffire , qu ’il a signalé, ses momens de détresse, et impérieusement ordonné la. manière dont elle veut être secourue au besoin,.

Telles sont les instructions que l’on trouve réunies dans les aphorismes, Elles sont les corollaires, de faits sur lesquels l’édifice de la science s’élève majestueuse-, ment , afin de résister à l’injure de quelques illuminés, qui, naguère, ont dû se rendre justice en s’appliquant cette pensée sublime de Cicéron i Opinionum commenta, delet dies , judioia v^rb naturœ confirmât. De même que la science, l’art éprouve aussi quelquefois beaucoup d’entraves dans ses progrès et son perfectionnement., Que de médecins ont eUià gémir sur -des malheurs qu’ils ne pouvaient attribuer qu’à leur opiniâtreté. à suivre une route nouvelle qu’ils ont voulu s’ouvrir en dépit de, leurs, connaissances fondamentales;! Combien aussi ont été assez judicieux pour renoncer promptement à des procédés de leur invention, contraires à ceux de la

vin

DISCOURS

nature, qui les repoussait, en manifestant une opposition que clés accidens terribles ne permettaient pas de méconnaître? Medicinæ leges , naturæ iegibus dehent esse consentaneœ , et Jelix medicatio cm adjutrix natura suc-^ curitf irrita verb quœ répugnante naturâ ientatur(ï).

Nous concluons que les aphorismes sont essentiellement différens des apophthègmes ou pensées détachées , de ces ébauches d’un dessin ou d’un tableau ; que , dans leur ensemble , et quoiqu’à peu près parfaitement distincts les uns des autres , ils font connaître les bases de la science médicale ; qu’ils démontrent d’abord la nécessité d’observer et de recueillir des faits avant de raisonner et de porter un jugement; que, par sa méthode d© procéder, Hippocrate a rendu apparente cette faculté naturelle , cette puissance vitale qui veillent à la conservation individuelle ; qu’il a découvert par quel mécanisme cette force constitutionnelle opère la guériso^ des maladies : nous concluons encore que , ces données étant connues , l’esprit s’est exercé sur des rapprochemens, des comparaisons et des analogies ; enfin quel© jugement s’est réservé des applications de principes, créés en conformité de ceux d’après lesquels la natur© a paru se régir.

Parmi les médecins , Baillou, Baglwi exceptés , qui ont imité Hippocrate dans la manière d’écrire , il n© s’en trouve aucun , du moins qu’on sache , qui ait procédé d’après les mêmes principes ; tous se sont écartés du fond pour ne s’attacher qu’à la forme. Qu’on ne craigne pas de le dire : ces écrivains esftimables n’ont pas ajouté’^ des canons , des préceptes fondamentaux à ceux qui ont donné naissance à l’art que nous exerçons j chacun a publié sur tel ou tel point de la science médi-

(0 Fernel} Prcp/àt., lib. TherapeuU

PRÉLIMINAIRE, cale un traité dogmatique , en se montrant avare de détails, d’explications, et en s’interdisant avec sévérité l’emploi de mots et d’expressions inutiles. Ces auteurs très-connus et trop dignes de l’être , ont renfermé , dans le cadre le plus étroit, la totalité de nos connaissances, ou simplement une de leurs divisions. Il reste toujours h désirer un ouvrage qui puisse approcher de ceux d’Hippocrate , et qui mérite de leur êtré comparé : nous ne possédons donc encore qu’un modèle 1

Les traités aphoristiques dont il s’agit maintenant , sont des éjémens destinés à l’instruction. Ils n’ont pm être conçus et exécutés que par des professeurs profondément versés dans les plus petits détails de la science. Ils sont, pour celui qui enseigne, une table raisonnée des matières propre à soulager ou à rectifier sa mémoire. Seuls , ils ne suffisent pas à un élève qui, en commençant son éducation médicale , serait censé partir du point où ses maîtres ont terminé la leur. De graves imconvéniens sont, sous ce rapport, attachés à ce genre d’écrits qui ont , en outre , besoin de développemens pour être entendus , parce qu’un nouvel initié ne saurait les étudier sans le secours d’autrui. Le but le plus important et le plus digne d’éloges que leurs auteurs se sont proposé , a été de fixer constamment l’esprit sur un seul objet , dégagé de ces idées accessoires qui jettent la confusion par-tout , et retardent les progrès qu’on sé promet ; idées , cependant , qu’un professeur ne peut se dispenser d’émettre dans ses leçons , afin de mieux développer le seul texte qu’il conviendrait de faire suivre dans une école publique où l’enseignement devrait être uniforme. D’un autre côté, l’expé* rience démontre que ces livrés si resserrés , que cette médecine contractée sont précieux pour les personnes instruites, qui les parcourent comme une galerie dans

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laquelle. la pensiée retrouve une foule d’objets dont on'

«ne eonnaissance plus- ou moins . approfondie , et dont pn aime à se retracer sans, cesse- le souvenir. '

: On reprochera à ços auteurs fameux .qui ont occupé un, rang si. distingué: dans l’enseignement, d’avoir: imaginé des systèl$es,, qu'ils dïit ba^ési sur un petit nombred’idées, et qudla pnl soulefius par des raisonnemens trèssuivis. Excellens içgiuiens j| c,es professeurs ont déduit, de leurs assertions primordiales , des conséquences si rigoureuses , :qu’ elles sont sans répli que^ de : la part de quiconque se laisse entraîner à l’adtnission des prémisses. Dans ces. tra^?aux los conceptions du génie se montrent en première, ligne , .et les faits: ne se. trouvent sur la seconde que comme-des auxiliaires, employés avec toute l’adresse imaginable, à. soutenir: des propositions d’après lesquelles on. s’est habilement établi chef de secte ou d’école. ; Comme d'expérience se charge de redresser les torts de rimagina.tio!n;,:la médecine d’observation a éga-, lement pris soin de renverser tous ces Systèmes , toutes ces théories mensongères , en nous remettant . dans le vrai chemin, en nous rappelant à , l’étude de la nature,. Après un siècle d’existence,: tout- aii plus, ces chefsd’œuvre, de l’esprit humain disparaissent à côté de . ceux d’Hippocrate, qui n’ont pas encore vieillis,,. ; : , ,

. En abandonnant un instant des savàns qui ont exposé; 4e: brillantes, théories dans leurs aphorismes , . pour „hes’attacher qu’aux, praticiens nourris dé la doctrine hipppcratique ,, on . étudie encore avec empressement les Baillou -, \Qs Fèrn^y'\e&\Sfdenh(mz^ \Qs B<tglwi , etc. , les. ouvrages de .'ces- grands médecins j quoiqu’inférieurs sans doute à leur .modèle , jouiront, dans tous les temps, d’un, très-haut .degré d’estime. Ce n’est pasiqu’on ne lise quel-»-; ques ..hypothèses , , dons ces graves:- auteurs 5 mais elles nont pas. faÿt fortune , parce qu’elles sont trop galéni-rt

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t^ües. Ëlles ont été presqu’aussitôt oubliéès, tandis què l’essentiel a survécu et survivra long-teriips encore , tftnt fest invariable cé qui n’ést qué le tàblèàü. de la- natütei On lit j il est vrai j 'quelques explications théoriques dans les traités d’Hippocrate; Cè'ne .Sont pas non plus celles qui ont pïospéré davantage; elles n’ont pas été propagées ; elles se' sont perdues,' pài' célà-même qü’elle.s étaient trop humaines , et quelles ne se rêssehtàiSnt pas de cette inspiration presque divine, qui caractérise'l’eXfposé des faits , qui imprime son cachet à leur eompa* raison et aux Conséquences qu’il faut én tirer. Gepehdant, il convient de le faire remarquer, les ouvrages que ces réflexions concernent nC sont point censés appartenir au père de là médecine , mais -à -d’autres auteurs contemporains qui ne l’égalaient pas en génie. Aucune idée théorique ne se trouve dans le premier ni dans le troisième livre des épidémielPh on en chercherait' en vain dans tous les traités aphoristiques. Le livre admirable et profondément conq\x àQ dés eaux des lieux, présente^ de belles vues , qui concernent plus^par-^ ticuliërement lès rapports les plus reniarquablés entre les climats et le tempérament des individus soumis à leur influence. ■ ' < ,

• Les produits de l’imaginatibn ont une destinée' dent le terme n’est pas également rapproché oü reculé: 'Là concurrence leur porte quelquefois des atteinlés* fu^ nestes; et parce qu’ils sont Un tribut payé à l’humà^ nité, ils sont périssables plus tôt du plus tard , ' qUattd ils ne reposent pas sur des vérités non contestées*. Plusieurs systèmes de médecine se sont soutenus : par la force du talent de leurs inventeurs. Il en est un qui exerça un empire presqu’absolu sür toutes les universités de l’Europe , et qui: domina long -temps encore après queBoërbaave eut cessé de vivre, le a3 novem-

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bre 1738. La trempe du caractère de cet homme illustre, son savoir étendu et varié , son esprit , la richesse , le brillant, le charme ou la magie de son élocution, enfin sa célébrité dans le professorat, lui acquirent une réputation colossale , qui ne put cependant ternir l’éclat de celle dont jouissaient Stahl et Préd. Hoffmann. Quoiqu’il en soit, tant qu’il vécut, le professeur hollandais fut l’oracle deLeyde; sa doctrine retentit dans les chaires publiques,, dans les enseignemens particuliers, et les travaux de Gaubius, de Van-Swiéten , de Marherr, de Haller, de de Hajè:f , et d’une foule d’autres disciples distingués , quoique moins connus , la répandirent généralement. Pour être un second Hippocrate, il ne fallait à Boërhaave , si profondément imbu de la doctrine du prince des médecins, qu’obéir à l’impulsion de son génie observateur, soiyre les traces des Baillou et des Sydenham , enfin sc roidir contre toute espèce de système.

Tant qu’un auteur conserve de la force , il a les moyens de défendre ses conceptions théoriques, dont la vogue tombe et diminue à mesure qu’il vieillit : elles meurent en même temps que lui , si elles ne trouvent un soutien dans la reconnaissance , le zèle et les lumières de quelques élèves d’un talent supérieur, et qui soient jaloux de ne point quitter les traces du maître. Mais ces protecteurs succombent à leur tour, et ne revivent point dans ceux qui leur succèdent. On proclame même , d’un commun accord, qu’ils ne propageaient que des idées hétéroclites et surannées. Quelques-uns de ces héritiers d’une grande réputation , sur laquelle ils veulent enter la leur, ne tardent pas à céder à la passion d’innover. Ils discutent et analysent ce qu’ils ont appris ; ils trouvent à retrancher ou à ajouter sur plusieurs points; ils substituent d’autres principes à ceux qui paraissaient irrévor

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Cablempnt aibnîs ; enfin, ils ne voient plus <jue des tra* ditions décrépites. Un nouveau système , une nouvelle doctrine paraissent sur la scène 5 leur fortune est a&su*» rée par les mêmes causes qui ont fait celle des théories précédentes , et un oubli semblable les attend.

Ces Iravauk , estimables sans doute , quant à la manière dont ils sont conçus et raisonnés et aux formes hippocratiques sous lesquelles on les a présentés , on ne manque jamais d’attester qu’ils sont conformes à l’expéïience , et on s’efforce de prouver qu’ils n’en sont que des conséquences rigoureuses. Cependant on oublie trop souvent que des faits mal observés et encore plus mal interprétés , leur servent d’appui. On a grand soin aussi de passer sous silence les détails sans nombre qui leur sont contraires et qui les renversent de fond eh comble. Une fois que la vérité ne rencontre plus d’obstacles, elle met ses idées erronées dans un grand jour, et multiplie les histoires, qui leur portent le dernier coup. Ces révolutions ne s^oht point à redouter relativement aux ouvrages pour la composition desquels la nature amoncèle les faits, qu’il faut laisser parler, et grossit l’expérience , seule chargée de poser les principes et d’établir les dogmes. C’est d’après l’observation qu’Hippocrate nous a donné ces chefs-d’œuvre que chacun admire, parce qu’ils parlent à tous de la même manière; c’est parce qu’ils n’ont su ni interroger ni comprendre la nature dans toutes les circonstance qu’elle leur offrait , que d’autres écrivains ne se sont point élevés aussi haut, et n’ont eu qu’une existence éphémère ou une vogue plus ou moins prolongée.

Le divin vieillard n’a été l’esclave -d’au cunisystème ; il a au contraire poursuivi à outrance ceux.qui dominaient de son temps : il s’est sur-tout immortalisé en prenant et en donnant pour règle de ce qu’il faut faire au besoin

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les efifets purs et sinlples de la nature des choses , lesquels il a observés , notés avec soiii et publiés avec exactitude. Malgré son extrême sagacité , il ne lui a pas été permis de comprendre tout ce qui s’est passé sous ses yeux j et c’est avec une franchise inimi tablé , ou plutôt une mo-fdestie digne de servir d’exemple , qu’il n’a pas craint d’accuser la faiblesse de son intelligence. Souvent on reconnaît, dans le vieillard de' Gos , cette élévation de pensée qui lui a fait regarder comme surnaturel et divin , tô ©e/«» , ce qui paraissait inexplicable et hors de la portée de fesprit humain. Par suite de son noble dévQÛment à la cause de l’humanité , ce prince des médecins a parlé de ses erreurs, dans le louable et unique dessein de prémunir la postérité contre des écueils qü’ün manque d’expériënce lui a fait rencontrer. Il est donc un principe qui veut que la philosophie aide la médecine et ne la commande jamais. Si la doctrine que nous professons a traversé tant de Siècles sans s’altérer , c’est quê Hippocrate ne l’a pas basée sur Un système philosophique.

On ne peut donc s^empêcher dé reconnaître une grande difierence entre les traités aphoristiques de l’ôracle de Côs ,‘ et lés ouvrages des médecins qui ont- écrit postérieurèment sous la même forme. Une diction simple , naturelle ét facile caractérise les premiers ; àu contraire, celle des seconds est serrée , embarrassée , souvent obscure par ^xcès de précision. D’une part, une pensée est exprimée avec une telle clarté , qu’elle est fa^ cile à saisir sous tous ses rapports , parce qu’e^é ne concerne qu’un point déterminé, et n’embrasse qu’un objet distinct et isolé : de l’autre j ôn étudie un enchaînement de propositions quî exigent une attention d’autant plus pénible et soutenue, que, si l’une échappe à la méditation, celles qui suivent deviennent absolument inintelligibles^.

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