‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 40 sur 103 · IDÉE GÉNÉRALE DU CONTENU DE CETTE SECTION · texte numérisé non relu

IDÉE GÉNÉRALE DU CONTENU DE CETTE SECTION

Les nombreux aphorismes dont nous allons nous occuper, peuvent être rapprochés de manière à composer des séries distinctes relatives i®aux purgatifs et à leurs effets ; 2“ aux circonstances qui accompagnent les fièvres continues, qui annoncent leurs crises ou font présager leur durée ; 3® aux épiphénomènes , dont la présence inspire le plus souvent des craintes j 4° enfin aux urines, qui permettent de porter un pronostic ou font reconnaître un état pathologique des reins et de la vessie.

Ce n’est' pas sans inconvénient que les personnes bien portantes font usage des purgatifs , de l’ellébore sur-tout, qu 'Hippocrate dit causer des convulsions quand on le prend sans nécessité. Qu’ils agissent par haut ou par bas , les évacuans sont utiles s’ils soulagent et donnent les mêmes résultats que ceux dûs aux efforts de la nature non assistée par l’art. Les anciens ne les prescrivaient pas sans préparation préliminaire, qui consistait à faire prendre une nourriture abondante, en même

SECTION ÏV.

sot

temps qu’ils fecôîMmandaient les boissons délayantes et le i-epoSi Afin d’eh asstiret l’effet, qui ne cesse qu’au inoment où raltératiott s’ahiiOnee, ils avaient soin d’empêekèr qu’un malade dont l’estomàc avait reçu un purgatif i !àe livrât au somméil et à l’inertie , capables d’en interrompre èt d’en suspendre l’action.

Cependant il est déiÿ das de turgescence qui , dans les affections aiguës, üé donhèhl pas lë tehips de préparer; mais lé plus souvent OU en a le loisir. En se conformant au précepte , il faut savoir qué l’été Convient mieux aux purgatifs et l’hiver àüx émétiques , alôrS dangereux aux seuls lientériques ; et que tout remède opère difficilement avant et pendant la canicule. Il est également important de ne pàs ignorer qu’excépté l’hiver, les émétiques sont efficaces aux phthisiques , aux personnes grêles et faciles à vomir, tandis que les liiélancbliqUeS , les corps médiocrement replets et qui vomissent difficilement , se trouvent mieux des purgatifs prescrits dahs toute autre saison que celle de l’été. Lorsqu’il n’y a pas de fièvres , l’anorexie , les inquiétudes eardiàqUès , le vertige ténébreux , l’amertume de la bouche et les dëUleurs au-dessus du diaphragme , invitent à fàirè vomir. Le contraire est indiqué par les douleurs inférieures au diaphragme fixées sur lès lombeS , par les CdliquéS et la pesanteur des genoux. Dans tous lés Câs , lè père de la médecine tympanise ceùx dont les coliques, lèS dOüléurs ombilicales et lombaires ne cèdent point aux évaeuans.

La qualité des sellés spontanées ou provoqùéès par les médicamens , est l’objet Constant d‘un sérieux examen, et contribue à fixer lë pronostic. QU’il ÿ ait fièVre ou non, leur teinte noire fait toujours mal augurer, selon qu’elles sont plus diversement et plüS désagréablement colorées. Il en est autrement, s’il s’agit de l’effet d’un purgatif, et s’il s’ensuit une coloration peu variée. Une

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humeur atrabilaire ou semblable à du sang noir, qui prend son cours par haut ou par bas , est d’un mauvais présage à la suite de blessures ou de causes débilitantes, sur-tout au début des atfections aiguës et des dysenteries. On observe encore , à l’époque des crises, qu’il est redoutable que ce flux vienne du haut , et plus rassurant s’il a lieu par l’anus. Après avoir noté que les convalescens ont le ventre relâché lorsque , durant leur maladie passée, ils ont perdu beaucoup de sang, Hippocrate donne, comme signe de mort, les selles caronculeuses des dysentériques, et fixe l’attention des praticiens sur la manière dont s’alternent quelquefois la surdité et les déjections alvines bilieuses.

Les circonstances principales qui accompagnent et suivent les fièvres bilieuses , sont ; les exacerbations périodiques et le frisson survenus le sixième jour, et qui en rendent la crise difficile ; elles sont relatives à un abcès sur un point douloureux , avant l’invasion de ces fièvres, ou sur les articulations et le voisinage des mâchoires, quand ces maladies sont avec lassitude , enfin sur l’endroit qui fait souffrir les convalescens. La mort est certaine si la suffocation survient inopinément, ou le tétanos avec impossibilité d’avaler.

Aux époques critiques, les sueurs décident le retour à la santé. Froides , copieuses et continuelles , elles font craindre pour la vie, lors d’une fièvre aiguë ; sinon, surtout si elles sont chaudes, la maladie serà plus longue. Durant le sommeil des convalescens , leur abon, dance , sans cause manifeste, prouve qu’on nourrit trop, ou le besoin d’évacuer, si on ne peut accuser le régime de vivre. Enfin, selon Hippocrate , toute partie distincte du corps , froide , chaude ou suante , est un siège de maladie locale d’autant plus longue, que ce phénomène est constitutionnel, que la chaleur et le froid se succèdent

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plus souvent , que la coloration de la peau est plus mobile et variable.

11 est des phénomènes toujours fâcheux, qui surviennent dans le cours des fièvres continues : ce sont le frisson avec faiblesse très-grande , le froid extérieur avec chaleur interne et soif, l’altération profonde du visage, la difficulté de respirer et le délire , le larmoiement involontaire, une sueur copieuse sans rémission des accidens, l’ictère avant le septième jour, les ardeurs du ventre , les convulsions , les douleurs cardiaques et abdominales ; enfin les réveils en sursaut. Durant ces mêmes fièvres, on augure mal des expectorations livides, sanguinolentes , fétides et bilieuses , et la maladie sera longue si, excepté dans les éphémères , il survient des bubons ; si des abcès ne disparaissent pas dès les premiers mouvemens critiques; si les dents et les gencives deviennent fuligineuses.

La fièvre, le frisson survenus durant une convulsion ou le tétanos, en opèrent la solution. Le même effet résulte de l’apparition de fictère, le septième, le onzième ou le quatorzième jour d’une fièvre ardente, de l’épistaxis ou du trouble du ventre, lorsqu’il y a surdité. Des tubercules et des douleurs articulaires suivent les fièvres de longue durée, quand les malades mangent trop. Toute fièvre continue , plus violente chaque troisième jour, est dangereuse ; elle récidive si elle ne se jugé pas dans un jour impair : c’est le contraire lors d’une intermission quelconque. Celle-ci est-elle quotidienne, tous les jours il y a solution ; est-elle tierce , s'épt accès amènent la guérison. Hippocrate fait remarquer que la soif ne tourmente pas beaucoup dans les fièvres ardentes, lorsqu’une toux sèche dure long-temps et irrite peu.

La tension et le bruit des hypochondres, avec douleur lombaire, font présager des selles prochaines, à moins

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que les malades rie rendent des vents ou beaucoup d’urine. Ce liquide , ténu et copieux , soulage s’il dépose peu après l’invasion d’une maladie , ou s’il devient limpide après avoir été épais et grumeux. Sa transparence et sa blancheur sont mauvaises chez les phrénétiques; mais lorsque , dès le quatrième jour, il donné un nuage rougeâtre, il faut s’attendre à une crise pour le septième. Les urines troubles et jumenteuses indiquent des douleurs de tête actuelles ou à venir ; mais , abondantes et blanches, comme il arrive le quatrième jour des fièvres avec lassitude , elles délivrent des abcès qui menacent les articulations.

Dans beaucoup de cas, la qualité des urines fait reconnaître une maladie des reins ou de la Vessie. Sanguinolentes , elles annoncent une aflection du premier organe, et de toute la région vésicale, si le sang sort grumelé avec douleur de l’urètre, du bas-ventre et du périhéci La vessie est ulcérée toutes les fois que l’urine purulente charrie de petites caroncules ou des espèces dé poils j elle contient un calcul si du sable fin est entraîné. Dans tous les temps, on a remarqué la rareté des selles chez les personnes qui urinent beaucoup; et cétte circonstance s’applique à toute forte évacuation qui supplée à une autre.

I. Prcëgnantes purgandoe ,si1nateria turgeat^ quadrimestres 3 et usqué ad septimum mensem. lîœ vero miniis. Juniores autem y et seniores ' fœtus y eaute vitare oportet. (§ xrx.)

Du temps d’Hippobrate, ce conseil était fort sage, puisqu’on ne provoquait des évacuations alvines qu’à l’aide de violens purgatifs, tels que l’élatère, l’ellébore^

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la scamonée , la coloquinte, la péplis , etc. , auxquels IcjS modernes ont substitué la casse, la manne , la rhubarbe, le séné, et d’autres médicamens dont l’efiFet est plus doux. On conçoit facilement les raisons qui empêchent de purger, avant le quatrième mois et après le septième , les femmes rapprochées de l’époque de ^a conception ou du terme de leur grossesse. En général, la cpainte d’un avortement fait proscrire les évacuans chez les femmes enceintes et bien portantes d’ailleurs : il n’y a donc qu’une turgescence qui puisse permettre d’enfreindre ce précepte.

Quoiqu’il ne s’agisse que des remèdes qui purgent par le bas, on ne peut ignorer qu’une pléthore sanguine produit souvent des accidens très-graves, et même un avortement. Les saignées sont donc indiquées quelquefois : on ne les pratique guère avant le quatrième mois ; mais , plus tard, il n’y a pas d’époque pour s’en abstenir, puisqu’il n’est pas sans exemple qu’on soit obligé d’ouvrir la veine au huitième et dans le cours du neuvième mois de la grossesse.

Des femmes, fortes et bien constituées, qui croient avoir intérêt de dissimuler ou de cacher leur état , n’ont malheureusement que trop recours à l’usage des moyens capables de les faire avorter dès le commencement du deuxième mois. Elles ne réussissent pas toujours , malgré les saignées fortes et fréquentes , malgré les purgatifs les plus violens; elles n’en accouchent pas moins à terme d’enfans plus ou moins bien portans. Quelquesunes , dont les. coupables desseins reçoivent leur accomplissement, se jettent dans des états affreux , et périssent en même temps que l’être auquel elles étaient destinées à donner le jour. En général , ce n’est jamais sans un ' très-grand danger pour la vie de la mère, que, durant le cours d’une grossesse , on emploie tous les moyens d’é-

2o6 aphorismes d’hippocrate ,

vacuer; en sorte qu’il faut être très-circonspect dans les cas de nécessité , et avoir égard sur-tout à l’époque où l’on prescrit des médicamens dont la force et l’activité ne peuvent point être calculées avec exactitude.

2. In purgationibus talia e corpore sunt ducenda, qualia etiam sponth prodeuntia utilia sunt : contrario autem modo prodeuntia , sistenda. ( § xix.)

Voyez aphorismes 2 et 26 , première section.

3. Si quidem qualia purgari oportety purgentur, confert y et facile ferunt : contraria verb y dijfficulter. ( § xix. )

Voyez aphorisme 25, première section.

On distingue les purgations en naturelles , artificielles et symptomatiques. Les premières s’opèrent à l’époque d’une crise ou dans un cas de simple turgescence bien prononcée. Elles sont utiles, comme on en peut juger par le soulagement que les malades éprouvent. Quelquefois , néanmoins , elles durent trop long- temps ; en sorte que ce qui était naturel dans le principe , devient plus tard un mal qu’il faut promptement couper dans sa racine. Toute évacuation artificielle est avantageuse quand elle est une imitation de celles qu’on doit aux efforts de la nature; de même que ces dernières, il peut se faire quelle soit excessive ; alors il faut aussi la modérer, si les matières rejetées ne ressemblent point à celles dont la surabondance causait la maladie. Toute évacuation symptomatique est le résultat de la violence ; elle est pré-

)ucliciable et demande k être affaiblie , sinon tout à fait supprimée dès qu’elle s’annonce.

4- Pw'gandum^ œstate quidemy magis supe~ riores ventres; hyeme verb, inferipres. (§ xix.)

Le sens de cet aphorisme n’est point absolu : en effet/ quiconque suit aveuglément les déterminations de la nature , sait que , tantôt en été , tantôt en hiver, il se rencontre des turgescences gastriques ou intestinales qui exigent de préférence les vomitifs ou les purgatifs; mais, toutes les fois qu’il n’y a pas nécessité de faire vomir plutôt que de purger, il est constant qu’il faut se conformer au précepte d’Hippocrate.

Dans un autre endroit de ses ouvrages, l’oracle de Cos semble être en contradiction avec lui-même , lorsqu’il dit qu’il faut faire vomir pendant les six mois de l’hiver, parce que cette saison est plus pituiteuse que celle de l’été. C’est aussi le temps où les maladies ont leur siège autour de la tête et dans cette région supérieure au diaphragme. Mais, ajoute-t-il, lors de l’été et des chaleurs qui l’accompagnent’, il faut user des lavemens. Cette époque est brûlante, et le corps est bilieux, les lombes et les genoux sont pesans , les malades ressentent des chaleurs et sont tourmentés par des coliques (i). Cet énoncé, ne présente qu’une exception à la

(i) Sex menses hy bernes vomendum est, hoc enim tempos pituitosius estœstivo , et morbi circà capot fiont , et regionem eam qufB en suprâ septom transversom. Quùrn verb œstas ac calor fuerit , infusis utendum est, Hora enim heee œstuosa est, et corpos biliosios, et lumbi et genua gravantur, et colores oboriuntur, et in ventre termina fiunt. De Diætâ.

Vomilos utilior est hyeme quàm œstate : nam tiim et pituita plus , et capitis gravitas major subest. Gels., lib. i, cap. i, sect. xi.

3o8 aphopjsmes d’hippocrate ,

règle générale qu’il n’infirme pas ; il ne retrace que deq* tableaux, l’un, d’affections catarrhales qui occupent la tête et les voies pulmonaires, et contre lesquelles on se procure de grands avantages à l’aide des vomissemens , des vomituritions ou de simples nausées ; l’autre , d’embarras bilieux du tube intestinal plutôt que de l’estomac, auxquels il est plus utile d’opposer les purgatifs que les vomitifs. Cette pratique convient également dans les affections catarrhales du canal alimentaire;, lesquelles, trop prolongées, ne cèdent souvent q^u’à des vomitifs, etc.

5. Suh cane , et anth canern > difficiles sunt purgationes. (§ xix.)

La canicule est le temps de l’année le plqs chaud et le plus sec. Il est probable que, dans nos climats, elle est d’une température moins ardente que dans ceux où pra,tiquait le père de la médecine. Il est de fait qu’en France sur-tout elle est très-variable et fort inconstante , de manière que le précepte ne devient pas d’une application rigoureuse j mçins encore pour celui qui n’oublie pas que les drastiques devaient être suivis d’inconvéniens plus graves que nos purgatifs doux. Il est constaté par l’expérience, que, dans les chaleurs et les grandes sécheresses, les remèdes évacu ans ne produisent pas d’effet, qu’ils irritent sans utilité et qu’ils ne procurent souvent que des selles muqueuses ou séreuses , lorsqu'on en obtient. Hippoci'ate ne connaissait point les rigueurs de rhiter, car il n’aurait pas manqué de donner le même consçil. En effet, les grandes gelées et les froids excessifs sont une contre-indication de toute espèce de remèdes, et , à plus forte raison , des purgatifs qui ne donnent aucun résultat et ne fatiguent même pas d’une manière sen-

SECTION IV, AfH. 5, 7, 8. 2O9

sîble. Les délayans , les lavemens sont donp les seuls moyens à la disposition du médecin (i).

6. Graciles et facile vomenteSy sursùm purgandi^ citantes kyemem. ( § xix.)

On entend parler des personnes naturellement maigres ou grêles, et que la maladie n’a pas rendues telles : autrement , il y aurait de l’inconvénient à les faire vOmir, comme l’avance Celse : Inutilis est (vomitus ) gracilibus et imbecillum stomacum habentibus : utilis verb est plenis et biliosis omnibus , si vel nimiitm se replerunt, vel parùm concoxerunt (a).

7 . DijfficuLter autem vomentesy et mediocriter carriosii deorsiim^ citantes œstatem. (§xix.)

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