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SECTION ÏV, APH. 9.
rompu, sans fifevre ni fureur. Les malades atteints de cette affection , sont tristes et craintifs ; ils tiennent des propos absurdes , incohérens ; ils se désespèrent j leurs actions sont folles , sans but ; ils ne dorment point , ou leur sommeil est troublé par des rêves effraÿans ; ils ont les hypochondres gonflés et tendus ; ils sont tourmentés de rots et de borborÿgmes ; leur respiration est difficile et gênée 5 enfin , ils éprouvent une anxiété précordiale et un tintement fatigant des oreilles. Arétée dit qu’ils sont sujets à des idées extravagantes ; que les uns craignent d’être^ empoisonnés ; que les autres , pleins d’aversion pour les hommes , se retirent dans la solitude , où. se livrent à toutes sortes de superstitions , à de vaines terreurs, etc.
Persuadés que la mélancolie était l’effet d’une humeur noire, remarquable par sa ténacité et sa viscosité les anciens ne connaissaient d’autre moyen de guérison que dans l’usage des plus violons purgatifs drastiques. De nos jours, quoique plus réservés sur le choix de nos médicamens, nous connaissons aussi les heuieux effets des évacuations alvines copieuses et multipliées. Nous ne les provoquons pas d’une manière exclusive , parce que l’expérience a démontré que la maladie est loin de dépendre toujours d’une humeur atrabilaire dans les viscères abdominaux.
Hecquet est d’avis que eâdem ratîone, contraria aâhi^ bens exprime une allusion à l’aphorisme quatrième de cette section , et qu’il s’agit de purger plus ou moins , selon les diverses saisons de l’année, ayant présent à l’esprit que les cathartiques conviennent mieux en hiver qu’en été. D’autres pensent qu’il faut avoir égard à l’habitude du corps , en évacuant par le haut et légèrement les personnes grêles ; pleinement et copieusement par le bas celles qui sont replètes , d’après les aphorismes pré-
212 APHORISMES d’hiPPOCRATË ,
cédens, sixième et septième. De Gorter fait observer que tous les purgatifs ne' sont pas ménalagogues ; que quelques-uns expulsent l’humeur mélancolique, tahdis que d’autres sont spécifiques contre la pituite , la lymphe, la bile 5 et qu’il importe de connaître la prédominence de chacune de ces humeurs , p^ur lui opposer le remède à l’effet duquel elle ne résiste pas. Notre avis est qué, dans les mélancolies , le cerveau est fort disposé à s’embarrasser, que les émétiques seraient favorables à toute congestion sur cet organe , et qu’il est urgent d’évacuer dans une direction contraire, afin de ne pas ajouter à l’étendue du désordre des fonctions cérébrales. La nature, notre souverain maître , a fait connaître les avantages du flux spontané des hémorrhoïdes , que l’on n’oublie guère de faire couler, avant de purger par les voies inférieures. Le professeur Bosquillon dit qu’il faut purger fortement par bas les mélancoliques , parce que la bile noire, qui cause la maladie , est difficile à entraîner et prend cette direction. Le même auteur ajoute qu’il faut se conduire d’après le même principe, dans le cas où l’humeur affecte une direction contraire. Si la bile jaune, par exemple, domine , il convient de donner les vomitifs , parce que cette humeur est légère et tend naturellement à s’évacuer par en haut. Gette interprétation est de Galien : Éâdem ratione adhibens , quasi dicat Hippocrates ; Quemadmodùm Jlai^a hilis quce levis admodùm est , spontèque sursùm répit, per vomîtizm vacuanda est : ità melanchoîicus humor, quia craséus ac grai>is , deorsürnque vergît , per inferiord pMAg-ancfus. enV. Vallésio s’exprime ainsi ; Addidit Hippocrates , eâdem ratione contraria apponens ; quasi diceret , eâdem methodo, contraria reddens contrariis. Nimirùm ut crassi succî per inferna et çehementiùs expurgandi sunt, ità tentées per superna et leviùs.
SECTION IV, APH. lO, II.
10. Purgaîidum in valdh acutis , si turgeat materia, eddem die : morari enim in talibus malum est. (§xix.)
Cet aphorisme fait pressentir le danger de ne pas remplir de suite une indication qui se présente. Des pathologistes croient que si, dans ce cas prévu, on n’évacue pas , les humeurs morbifiques peuvent passer des premières dans les secondes voies , et faire dégénérer une maladie simple et facile à guérir, en une autre putride ou maligne, dont l’issue serait fort incertaine. On a donc admis de préférence une cacochylie du canal alimentaire, qui n’existe jamais sans de grands efforts vitaux de la part des organes , pour se délivrer de ce qui les obsède. Si l’art ne les seconde pas, la prostration des forces est à craindre , selon la remarque judicieuse de Galien. Afin d’éviter cette chute, dans les cas de turgescence, dès le début des maladies aiguës , les émétiques ou les purgatifs, administrés de manière à ce qu’ils produisent de suite un grand effet , sont indiqués comme efficaces pour ralentir ou suspendre les progrès du mal.
Quelques circonstances forcent des praticiens peu expérimentés à temporiser ; ils craignent l’écoulement présent des règles ou un état de grossesse. Dans l’un et l’autre cas , je ne me suis point laissé intimider , et j’ai fait vomir avec le plus grand avantage. Ce principe s’applique aussi aux cas où il est urgent d’ouvrir la veineet de tirer promptement une certaine quantité de sang.
11. Quibus terminai et circà umbilicum do^ hreSi et lumborum doloVi qui neque purgante ^
SI 4 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,
neque aliter sohiturj, in hjdropem siccum Jîr-^ matur. (Siv.) '
La tympanite est la distension de tout Fabdomen, qui, frappé, résonne comme un tambour, et qui, comprimé sur un point , revient promptement sur lui-même, causée par une expansion gazeuse dans l’intérieur de sa cavité, et plus souvent dans le tube intestinal.
Les coliques rhumatismales , goutteuses, hystériques, s’exaspèrent par l’usage des purgatifs, et résistent souvent aux médicamens les plus propres à les combattre. Lorsqu’elles ont long -temps fatigué les ‘organes, elles sont suivies d’une atonie qui favorisé la tympanite , assez ordinairement incurable chez les vieillards et chez les personnes âgées de plus de quarante-cinq ans. On doit craindre cette issue , lorsque ces coliques sont sans fièvre, persistent et ne se calment pas, malgré la quantité de vents rendus par haut ou par bas. Un épanchement séreux dans le ventre se forme à la dernière époque de celte maladie (i).
12. Quihus ahi sunt lientericœ , eos hjemè sursùm purgare^, malum est. (^xix.)
Comme beaucoup d’autres, ce principe a aussi ses exceptions. S’il est recommandé et consacré par l’expériènce de faire usage de purgatifs doux, tels que la rhubarbe sur-tout, à l’exception de ceux qui ont une propriété sucrée , il se rencontre des cas de turgescence gastrique qui exigent les émétiques , que l’on sait con-
(i) Suprà umbilicum labor, ac lumhorum dolar, qui remediis non oedit^ in hydropem siccum desinit. Coac., sect. n.
SECTION IV, APH. 12, 1 5. 2l5
venir toutes les fois que les lienteries sont opiniâtres et résistent au traitement indiqué et approprié. Hippocrate l’a reconnu en disant que, dans les lienteries chroniques, il est bon qu’il survienne des rots acides qui , jusque-là, n’avaient pas existé ; qu’il est peut-être utile de les provoquer, car de telles perturbations produisent les etfets des altérans (i) : en circonstance semblable, nous nous trouvons bien des émétiques à doses réfractées , qui excitent seulement des nausées.
i3. Adellehoros, qui non facile sursùm pur^ gantur, iis ante potionem corpora prœhumectanda, copiosore alimento, et quiete(f). (§xix.)
Les anciens connaissaient deux espèces d’ellébore, le blanc et le noir. Ils faisaient particulièrement vomir avec le premier, dont ils pulvérisaient la racine. La violence de cet émétique ne permettait pas son administration, avant que le éorps ne fût disposé à le recevoir. C’est pourquoi on commençait par énerver le canal alimentaire à l’aide d’un régime humectant, et le corps, en recommandant plus de repos que de coutume. L’usage des médecins de l’antiquité voulait que les malades mangeassent avant de vomir ; et cette pratique est , dit-on , assez commune en Angleterre. Nos émétiques sont moins forts, et nous nous croyons dans l’obligation de préparer
(i) Indiuturnîs intestinorum toevitatibus , ructus acidus fiens, anteà nunquam faetiis, signum bonum, velut Denxœnatœ contigit^ Fbrtassis autem licet etiam arts parare , nam turbationes ejusmodi altérant. De Morb. popul. , lib. ii , sect. ii.
Necessarius huic morba est vomitus, utHippocrati visum. est, etiam, albo veratro , si caetera parùm proficient, evocatus. Gels. , de Mediein. , lib. lY, sect. VI.
(a) Ue Veratr. itsu. £pist. xxi,.p, 5q7, Iti principio.
2i6 aphorismes d’hippocrate ,
à leur effet, quand nous projetons d’évacuer par le haut; car eh prescrivant la diète et le repos, nous ne négligeons pas de taire boire àbondarhiheht èt de disposer tout pour le succès que nous nous proposons d’obtenir.
i4- Ùhi biberit guis elléhorum^ ad motiones guident corporum^ rnagis ducito : ad somnbs verb, et guîeteniy minus. Déclarât autem etiam navigatio, guod motus turbat corpora. ( § xix. )
C’ëst mal â propos que, de nos jours, le plus grand nombre des médecins permet aux malades de garder le lit après avoir pris un purgatif, tout en conseillant de ne pas dormir tant qu’il demeure dans l’estomac. Il est certain que le repos , sur-tout le sommeil , auquel il est souvent difficile de résister, retardent et modèrent l’effet du médicament. Si ceux qui l’ont avalé ne dorment pas , ils sont tournientés par des nausées, par des renvois désagréables , et il arrive souvent qu’ils vomissent. Il n’y a pas de doute qu’il ne vaille mieux prendre de bout une potion purgative qui se digère plus aisément à l’aide de l’exercice dans l’appartement, pendant une heure, et plus s'il le faut. C’est seulement quand l’effet a fatigué un peu après s’être soutenu quelque temps, qu’il est utile de se remettre au lit et de reposer. Enfin , nos malades ont pris plus d’une fois un vomitif étant de bout ; et ils ne s’eu sont pas plus mal trouvés,
i5. Quanda vis magis ducere ellèborum ^ moveto corpus : guando verb cessare, somnimi facitOy et non moveto. (§xix,)
ï6. Elleboriis periculosus est sanas carnes
SECT. IV, APH. l4, l5, l6, 17, 18, 19, 20, 21. 2IJ habentibus ) convulsionem enim inducit (i).