‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 6 sur 103 · PRELIMINAIRE. XV · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRE. XV

iïîppocrate se distingue par une doctrine qui, fondée sur l’expérience et l’observation , se retrouve dans tous les temps , dans tous les lieux, pour ceux qui s’imposent l’obligation de la suivre. Les prétendus imitateurs de ce grand homme ont développé des théories que l’exactitude dés faits fortifie d'autant moins qu’ils sont présentés tels qu’on les a conçus , non pas tels qu’ils étaient réellement. Ici l’étude des mouvemens de là nature a servi de base aux dogmes de la science et de l’art j là on émet d’abord des opinions autour desquelles on groupe des histoires ou des observations qui sont accessoires et tiennent lieu d’ornement, parce qu’elles n’offrent rien d’essentiel. En un mot , la médecine primitive ne con^siste que dans l’expérience 5 plus tard on l’a rendue tout à fait intellectuelle ; de dogmatique elle est devenue systématique, et chaque auteur semble avoir méconnu cetté pensée : Opinio enim maximè in medicinâ îti crimen vertitur eam adhibentibus : his verà qui eâ in se usi sunt , perniciem offert [i) .

Après avoir exposé avec détail les causes qui ont fait parvenir jusqu’à nous les ouvrages aphoristiques du prince des médecins , et celles qui assurent pour toujours le mérite et la valeur de ces écrits; après avoir indiqué pourquoi tant de systèmes se sont succédés et sont produits de nos jours, sans qu’aucun survive, pour ainsi dire, à son autéür, il reste encore à examiner quelle a été la nécessité des commentaires ; comment il est possible que l’on en possède un si gi’and nombre; et quels sont les médecins les plus célèbres qui se- sont livrés à ce genre de travail avec un certain degré de succès et d’utilité.

Si, comme oh l’a dit plusieurs fois dans ce discours ,

(i) Hipp., de Decenti ornàtu.

DISCOURS

les aphorismes d’Hippocrate sont faciles à comprendre, il paraît extraordinaire que tant de savans d’un mérite supérieur en aient fait une étude spéciale , et les aient longuement commentés. Donc ces sentences ne sont pas aussi claires et intelligibles qu’on se l’est imaginé. Cette objection spécieuse en impose d’abord-iet paraît trèsfondée ; mais elle se réduit à rien pour celui qui pense moins au sens littéral qu’à l’application dont est susceptible le précepte exprimé dans tel ou tel aphorisme. Sous le premier rapport, toutes les idées sont actuellement fixées , et les érudits ne trouvent plus rien à rectifier relativement aux textes. Il n’en est plus de même quand on envisage l’objet sous le second point de vue ; *n effet, on peut bien ne pas se méprendre sur une idée rendue avec précision, et il s’en faut qu’il soit facile de la convertir pleinement à son profit. Les commentateurs n’ont point travaillé pour les praticiens judicieux et consommés , qui sont d’excellens interprètes d’Hippocrate , par cela même qu’ils ont beaucoup et bien observé. Ces savans ont toujours songé à l’instruction des élèves, et ont voulu aider les médecins qui , par des circonstances particulières et locales , ne sont pas à portée de voir un grand nombre de malades et d’acquérir une expérience irès-variée.

De tous les temps , les commentaires ont donc été utiles et indispensables , moins pour ne laisser ni incertitude ni vague sur le sens des aphorismes , que pour guider les élèves qui , engagés assez avant dans la carrière qu’ils se proposent de parcourir , ont à cœur de s’essayer au lit des malades , et de se rendre compte des actions du maître auquel ils sont attachés, et qui se trouve chargé de les instruire. Qu’on suppose un jeune homme éminemment pénétré .ou imbu des plus saines doctrines ; il n’est encore qu’un habile théoricien, nul-

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