Ulcéra circum- glabra y mala. (§ xii.)' f
Le mot eircum-glabra ne s’entend pas du poli, du luw sant de la peau qui borde un ulcère , d’un tel état qui serait causé par ia chute des poils dont le hulbe aurait été détruit par l'humeur âcre s’écoulant de la surface malade. Tout le monde sait que des caroncules celluleuses et vasculaires peuvent être réunies, confondues et atfaisr sées, tellement qu’elles présentent un plan lisse et poli avec aspect luisant et un peu rougeâtre. Cette disppsivtiou, peu favorable au.x cicatrices, dépend d’une atonie locale ou constitutionnelle. Dans, le premier cas. , il faut accuser ou l’abus des émolliens ou la force de la maladie, qui ont déterminé une telle faiblesse , que les parties sont dans l’impossibilité d’efi'ectuer leur propre guérison. Alors , on relire de grands avantages d’un pansement à sec, des poudres absorbantes, toniques , des légers car thérétiques, des lotions stimulantfp, de l’application du calorique , enfin de la compression. Si l’épuisement est constitutionnel , le praticien le moins expérimenté sait très-bien qu’il importe de relever les forces radicales , sous lheureuse influence desquelles les parties, isolées se guérissent et se couvrent d’une cicatrice,
5. Dolores et irt lateribus y et in pectorihuSy et in cœteris (pariibus) , si muLtiUm différant y. conr Siderandum. (§viii.)
S’agit-il de comparer les douleurs entr’ elles , ou bien leur caractère avec les époques de toute maladie dont elles suivent le cours? Quelque vraisemblable qu’il pa-
343 APHORISMES d’hiPPOCRATE,
raisse qu’Hippocrate les a seulement envisagées sous ce dernier rapport , il est également intéressant au diagnostic et au prognostic, de les considérer sous le premier point de vue. La douleur que l’on définit obscurément, tout exercice de la sensibilité , contraire aij^iode d’organisation, désigne une impression pénible et désagréable, dépendante de la lésion des fonctions vitales ou organiques d’un ou de plusieurs tissus. Elle est sympathique, toutes les fois qu’elle part d’un point éloigné de celui essentiellement affecté ; et idiopathique, quand elle a son siège fixe sur le lieu malade. .
Le premier exemple de douleurs sympathiques se rencontre dans ces céphalalgies sus~orbitaires causées et entretenues par un embarras gastrique avec lequel on les voit ordinairement cesser. Des douleurs de côté , qui simulent celles qu’on nomme pleurétiques , reconnaissent souvent une origine semblable , et ne sont pas plus inquiétantes. Ce n’est point au cou , à l’épaule ou à l’aisselle qu’il faut fixer son attention , lorsque des malades disent y éprouver de la souffrance, en même temps qu’ils accusent quelifue gêne ou situation pénible des hypochondres. Une douleur du haut de la cuisse avec engourdissèment et stupeur au pli de faîne , autour de la hanche , dénote moins un mal fixé dans cette région qu’une phlegmasie du rein ; lors même qu’on est instruit par fexpérience que ces souffrances ainsi propagées viennent quelquefois des muscles antérieurs des lombes, du transverse de l’abdomen , qui peut aussi les faire descendre sur le cordon testiculaire. Enfin, combien n’at-on pas d’exemples que des douleurs insupportables , ressenties dans la fosse naviculaire de l’urèthre, ne sont que le symptôme d’un calcul rénal ou vésical surtout.
La douleur idiopathique varie en raison de son mode
d’impression, de la structure organique du tissu d’où elle part , et du genre de maladie dont elle est un effet i. I® elle est tensive, gravative, dilacérante , térébrante, pulsative , poignante ou pongitive , lancinante et ulcéreuse , prurigineuse , aiguë , stupéfiante , etc. Dolortensîvus , gravatwus , gravans , dilacerans , terebrans , pulsatiuus, pulsans , pungitwus , punctonus , lançinans , ulcerosus, pruriginosus, acutus, etc. ; 2° la douleur aiguë,: poignante et vive indique l’état souffrant des membranes séreuses ; celle gravative, avec pesanteur ou stupeur, annonce l’altération des parenchymes; celle tensive, est pai'ticuliëre aux tissus cutanés, ligamenteux, aponévrotiques , cartilagineux ou oiseux ; 3® un sentiment rapide d’élancement, d’érosion, fait présager une dégénérescence squirrheuse, cancéreuse; celui de constriction des plus violentes , comme si on était serré par une corde , par un étau ; cette espèce de barre qu’on s’imagine avoir sur la poitrine ou le ventre , sont assez souvent les signes du rhumatisme, de l’arthritis , de la goutte; enfin une pesanteur accompagnée de battemens auxquels succèdent des élancemens, fait soupçonner une inflammation, et même sa terininaison purulente. Il y aurait encore h dire un mpt de la continuité et de la péridiocité, si elles p’étaient connues de tous les praticiens.
Il reste à examiner hippocratiquement l’aphorisme. On a lieu de croire qu’il se rapporte aux différentes époques de la douleur, si on en juge par ce texte : ï)olo~ rum in lateribus et pectQre , et aliis partibus, tempora an multùm différant, considerandum est. Nam quum melitis. hqbuerint, rursùs deteriùs habebunt , non delinqnentes{i). Il faut faire attention à celles qui sont continues , continues-rémittentes et intermittentes-quotidiennes , tierces ,
(i) JPpidem., sect. vn> p. 348.
quartes, à leur mode d’invasion, à leur augmeht et à leur décroissement. On ne doit pas accorder de confiance à celles qui diminuent subitement, parce qu’elles reviennent quelquefois avec une grande force , sans qu’on puisse s’en prendre à une erreur dans le régime. Lors d’une phlegmasie trës-intense , des malades cessent tout à coup de souffrir, et paraissent mieux au moment où ils sont prêts à succomber. On sait que la surface tendue de la peau enflâmmée est d’abord prurigineuse ou le siège d’une démangeaison , qu’ensuite il se manifeste un sentiment de pesanteur, avec chaleur, battement ou pulsation j que , si la résolution s’opère , les souffrances se calment peu à peu , et h? prurit cutané reparaît; que, si la suppuration s’établif, le premier mode de souffrance cesse et fait place à des élancéinens plus ou moins vifs et insupportables.'
Lors du premier développement^ non trop' inflammatoire , d’une glande , on ressent une douleur légère , sourde et profonde qui n’incommode que très-peu. En admettant que le tissu reste engorgé , il devient indolent, et tout demeure stationnaire. Mais si , plus tard , le corps affecté augmente de nouveau dnVolumé , les douleurs se renouvellent aussi ; elles sont de plus en plus aiguës ; insensiblement elles paraissent erratiques et quand elles tourmentent , elles déchirent ; on les' compare encore à l’effet que produirait le passage rapidfe de plusieurs aiguilles ou d’un fer rouge très-acéré. Plus elles se rapprochent , plus elles sont atroces : elles attestent l’ulcération cancéreuse ou une désorganisation extrême. Concluons qu’entendue de cette manière , la sentence est précieuse pour la conduite du médecin qui , dans plus d’une occasion , déduit son diagnostic et fixe son prognostic d’après l’exacte connaissance de l’époque ou du temps présent comparé- avec le passé, des douleurs
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pleurétiques, pectorales, ou de celles manifestes sut d’autres parties.
6. Renum etvesicœ dolores difficulter sanantur in senibus . (§x,)
Hippocrate dit : Renum affectlones non vîdi sanaias suprà quinquagesimum annutn ( i ) .
Les maladies des voies urinaires sont familières aux personnes qui approchent de la vieillesse. Les douleurs des reins ou de la vessie dépendent ou du calcul ou du. rhumatisme ou de la goutte ; souvent encore elles sont l’efifet d’une atfection catarrhale chi’onique. Aune époque avancée de la vie , les rétentions d’urine , les dysuries sont aussi fort communes. Contre elles , la médecine est impuissante , parce qu’elle ne peut arrêter des détériorations qui continuent sans interruption. Si la constitution générale est un obstacle au rétablissement des vieillards , la difficulté de guérir peut également provenir d’une faiblesse locale de l’appareil urinaire. D’une part, il n’est aucune espérance à concevoir; de l’autre, le tempérament bien soutenu, et conservant une sorte d’énergie , seconde avantageusement les efforts du praticien.
7 . Dolores qui in ventre Jîunt, elevati quidem, leviores ; non elevati vero, vehementiores . (§ iv.)
Les galénistes pensent que ces douleurs , elevati , sublimes , ont leur siège sur les parois de l’abdomen , et que celles qu’ils nomment profondes , intimas , non
(1) Epidem. , lib. yi, aect. yu , p. 348,
546 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,
sublimes , sont fixées sur les viscères contenus dans cette cavité. Ou il s’agit d’inflammation et de spasme , ou on, entend parler de flatuosités. L’expérience force de convenir que toute phlegmasie du tissu adipeux , des muscles abdominaux ou de la celluleuse qui réunit leurs aponévroses avec le péritoine , est non seulement avec douleurs insupportables , mais encore avec élévation ou grande tuméfaction des parties malades. Le même état pathologique peut être particulier aux viscères contenus dans la cavité abdominale, et causer des souffrances encore plus vives. Sous ce rapport , la vérité de la sentence est démontrée , et on peut ajouter, par la même raison , que le danger est d’autant moindre , que la douleur est plus superficielle , parce quelle n’affecte pas des parties absolument essentielles ; et qu’il est plus pressant si cette douleur est plus profonde et fixée sur des organes dont l’intégrité est indispensable pour le libre exercice des fonctions vitales.
Ç’est par suite du même raisonnement , fortifié par l’expérience journalière, que l’on dira que le spasme des muscles abdoniinaux , quelque pénible à supporter qu’il soit , que les rhumatismes aigus ou chroniques et suivis de suppuration compromettent beaucoup moins l’existence que les lésions vitales semblables, particulières aux parties contenues dans le ventre, aux appareils digestif, biliaire , urinaire et génital. Le sens de l’aphorisme est donc çeluirci : Les douleurs bornées aux parois abdominales sont légères ; celles fixées profondément sur les organes contenus dans le ventre, sont plus violentes. Dolores itaque et tumores ventris sublimes , id est , in epigastrio vel in cute , sunt leuiores seu minus periculosi, quia longiùs absunt à parübus principibus -, et quia faciliàs adhibentur médicamenta partibus exierioribus , quàm interioribus . Non sublimes uerb , fioc. est, in
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omento , mtestinis , visceribus, sunt vehementiores et periculosiores (i).
8. Hjdropicis ulcéra in corpore orta^ non facile sanantur. (§ ix.)
Les hydropisies sont des épanchemens séreux^qui ont leur siège dans l’une des principales cavités du corps, lesquelles donnent les noms spécifiques dihyrocéphaîe , ^hyrophihalmie, hydrothorax, à'ascite, &'}^drocèle, etc. Lorsque la sérosité est infiltrée dans le tissu cellulaire sous-cutané , il y a anasarque ; Yœdème ne désigne que l’état semblable d’une partie ou d’un membre. C’est de çelte infiltration séreuse qu’il est ^particulièrement question dans cet aphorisme. Portée à l’extrême, le liquide soulève l’épiderme ou le rompt ; alors il y a phlytènes , écoulement lent et abondant de liquide aqueux ; et il peut se former des ulcères dont la guérison est d’autant plus difficile , que la peau est plus macérée , fatiguée, et plus frappée d’adynamie. Souvent ces ulcères sont gangréneux et ne se cicatrisent jamais , sur-tout si l’anasarque survient à üne hydropisie ascite , effet d’engorgement chronique de quelque viscère de l’abdomen.