‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 61 sur 103 · Efflorescentiœ latce , non admodùm pruriginosœ. (§ xii · texte numérisé non relu

Efflorescentiœ latce , non admodùm pruriginosœ. (§ xii

Hippocrate dit ailleurs : JLatœ pustulœ non valdè pruriginosæ sunt •• quales simon habebat hyeme, qui ubi ad ignem inungeretur, aut calidâ lavaretur, opem seniiebat, (Epidem. , lib. vi , sect. ii.) Il est difficile de prononcer sur l’espèce de pustule ou d’exanthème dont il s’agit

(1) Holler., in hune flpftorww.— Fuchs, ibid> — Bosquilloa, ibid.

348 APHORISMES d’hiPPOCRATE,

dans l’aphorisme et dans cette partie de texte. Nous laissons aux érudits le soin de toute recherche sur ce point.

10. Caput lahoranti, et circum circà dolentiy pus y aut acpia y aut sanguis ejffluens per naresy aut per os^f aut peraureSy solvit morhum. (§vi.)

L’épistaxis, chez les jeunes gens, guérit beaucoup.de céphalalgies^ et des otalgies cèdent à un écoulement de sang par les oreilles. Les affections catarrhales des parties extérieures du crâne sônt d’abord avec sécheresse des surfaces muqueuses j mais bientôt on voit tomber des sérosités âcres, qui brûlent les joues, les ailes du nez , la lèvre supérieure , et causent beaucoup d’ardeur dans le fond de la gorge. Ce qu’on découvre ensuite de puriforme n’est qu’un mucus blanc, épais, qui embarrasse les paupières , sur lesquelles il reçoit le nom de châssie. Souvent il suinte en abondance des oreilles et du nez. La solution des catarrhes est certaine lorsqu’on aperçoit cette consistance de la matière puriforme.

1 1 . Melancholicisy et nephriticis y hœmorrhoîdes supervenientesy honum. (§ vi.)

Les anciens attribuaient la mélancolie à la congestion d’une humeur noire dans le foie, et à son séjour dans la veine-porte. Ils comparaient à l’atrabile , le liquide que les hémorrhoïdes laissaient couler (i). Les malades dont il est question , n’éprouvent que les heureux effets d’un dégorgement ; ils perdent , par les hémorrhoïdes ,

(i) ^trœ bilis veliit similis est hemanhoist—m Epîdem, , lib. tx;» sect, T, p, 34$.

SECTION VI, APH. 10, II, ï2.

wnsang artériel et non veineux. La mênle évacuation est salutaire aux néphrétiques. Houllier parle d’un semblable malade auquel les saignées, les purgatifs et aucun topique n’apportèi'ent de soulagement. Une hémorrhoïde donna du sang , et la guérison s’ensuivit. Il est facile de voir que ces avantages ne sont réels qu’autant qu’il n’y a point d’afiFection organique des principaux viscères du bas- ventre.

12. Hemorrhoïdas curanti diuturnaSy nisi una servata fueritj, periculum est ne hydrops super-^ veniaty aut tabes. ($ïx.)

Il y a des personnes dont les hémorrhoïdes coulent tous les mois, ou seulement deux fois par an., La santé »’en est que meilleure et plus florissante, tant que cette périodicité persiste ; sinon , beaucoup de maux sont à redouter, sans qu’on puisse en préciser aucun. De cinquante à soixante ans , une telle suppression expose aux apoplexies , aux douleurs sciatiques , aux hémoptysies , aux hématuries : enfin, Galien assure que la cessation d’un semblable écoulement a été suivie de douleurs opiniâtres du côté et des reins.

Les pertes excessives de sang par l’anus ont leurs dangers : passives*, elles augmentent la débilité, et mènent rapidement à la cachexie : actives , elles provoquent la prostration des forces , si on ne parvient à les réprimer à l’aide des saignées et des remèdes appelés antiphlogistiques. C’est dans ce second cas seulement que des malades réclament une cure radicale.

Le corps ne peut éprouver sans inconvénient des grands changemens , auxquels il n’est pas préparé ; c’est pourquoi il y aurait du danger à supprimer tout à coup un écoulement hémorrhoïdaire spontané, et existant

55o APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

depuis long-temps. Alcippe s’étant fait guérir d’une sem-* blable incommodité, malgré l’avis contraire qu’on luî avait donné , tomba dans une mélancolie dont il fut délivré par une fièvre aiguë (i). La suppression de ces flux hémorrhoïdaires peut être suivie de l’invasion d’une foule de maladies dont Hippocrate nous présente en partie le tableau ; Qui hemorrhoïdas habeat , neque ■pleuritide , neque peripneumoniâ , neque phagœdenâ , neque Jiironculis , neque tuberculis terebinthi figuram habentibus corripiuntur, fortassis autem neque lepris , Jbrtassis neque vitiliginibus. Multi tamen intempestivè curatif talibus non tardé correpti sunt, et sic perniciosce Jiierunt, etc. (2). L’empereur Trajan devint hydropique à la suite d’un flux hémorrhoïdal supprimé 3 il guérit de cette hydropisie, qui récidiva et causa la mort (3). Aussi le père de la médecine recommande de laisser au moins une hémorrhoïde , semper unam relinque (4) , lorsque les circonstances semblent obliger à détruire presque toutes les sources qui versent trop abondamment du sang.

On ne doute point aujourd’hui du danger qu’il y a dë guérir complètement les hémorrhoïdes. Comment se fait-il qu’une doctrine opposée se trouve dans un traité annexé aux Œuvres d’Hippocrate ; Urere enim oportet ^ et nullam hemorrhoïdem sine ustione sinere , sed omnes exurere (5)? Pourquoi Aétius la professe- 1- il en tronquant l’aphorisme , et en lui donnant la plus fausse et la plus funeste interprétation? Au lieu de nisi una serçata Jueritf on traduit souvent nisi una servetur, et le sens

(1) Epidem. , lib. iv, p. 33i , n» ag.

■(a) Ibid. , lib. vt , sect. lu , p. 344.

(3) Hy drops, qui ad curaüonem remisit , récurrent^ desperatus est. Coacar. Prænot. , sect. 111.

(4) De Vict. rat. in acut. , sect. ir, p. 38a , n» 67,

(5) Lib. de Hemorrhoïd.

SECTION VI, APH. l5. 55 1

reste clair. Aétius supprime le mol wna; il met simplement, si non adsetvetur, hoc est , si non convenienti diœtâ (i). Certes , d’après les textes rapprochés ,

une idée aussi bizarre n’est jamais venue à l’oracle de Cos. Semper unam relinque répond à tout, et nous reproche, en quelque sorte, d’exercer une critique inutile. Çuoi qu’il en soit, l’écoulement du sang étant prodigieusement réprimé, l’expérience commande encore de prescrire un régime convenable , propre à prévenir des turgescences sanguines au cerveau , aux poumons , et sur les principaux viscères de l’abdomen. L’exercice , des saignées , des purgatifs , sont des moyens prophylactiques dont il faut savoir user à propos.

i3. A singultu detento, sternutationes supervenienteSi solvunt singultum. (§iv.)

Singultus sternutatione jlniiur (2).

Aristophane prenait un repas chez Platon ; il lui survint un hoquet, comme il en arrive quand on mange trop vite. Le médecin Eryximaque, l’un des convives, prescrivit de retenir la respiration. Ce moyen étant sans succès , il ordonna de garder de l’eau froide dans la bouche 5 enfin, ne réussissant pas encore, il fit éternuer, et Aristophane fut délivré de son hoquet. Cet exemple fait connaître les avantages d’une médecine perturbatrice , qui tend à changer la direction vicieuse des fonctions nerveuses , en lui en substituant une autre toute opposée. La frayeur, une sürprise, la tension subite de l’esprit sur un sujet intéressant, produisent de semblables résultats. Quand les personnes tourmentées

(i) Tetrabibli iv, serra, u , p. 767. (a) Ibid.f lib. U, cap. vm.

552 APHORISMES d’hiPPOCRÀTE ,

du hoquet ne sont pas accoutumées au tabac, il leur suffit de prendre un peu de cette poudre : elles ne man-* quent pas d’éternuer, et le hoquet cesse le plus souvent-

i4- Ab hydrope detento 3 si aqua secundùm çenas in alvum Jiuæerit , soliitio fit. ( § ix. )

L’hydropisie ascite ou par épanchement dans l’abdomen s’appelle , selon Hi ppocrate , Aycfrops secundàm ventrèm ( t ) < Pourvu que les forces radicales se soutiennent bien, et qu’il n’y ait aucun engorgement chronique du foie, de la rate ou de quelque viscère abdominal, la maladie peut se terminer par un flux d’urines ou par un cours de ventre. His qui ab hydrope detinentur, si aquositas per ventrem adi^esicam, aut ventrem (2). L’hydropisie par infiltration, -anasarque ou leucophlegmatie , est l’Aj* drops circà venus du père de la médecine ; un violent flux de ventre peut en opérer la solution. Hydropices circà venus, uquu in ulvum prolupsa , solutio fit (3). Suh aquoso, uc lienoso ub ulbâ pituitâ detento , alvus Jbrtiter turbuta bonum (4). Quelle que soit l’espèce d’hydropisie, le mode d’évacuation , spontanée , ou provoquée par l’art , n’est utile qu’autant que les malades ne sont pas trop épuisés, et qu’ils n’ont aucun engorgement intérieur qqi ait pu causer l’épanchement ou l’infiltration , par son ancienneté ou sa longue durée. Afin de se former une idée juste de l’aphorisme , il faut supposer que la sérosité épanchée dans la cavité péritonéale , est absorbée et sécrétée de nouveau sur la surface mu-

(1) De Jlorb.f lib.iv, p. i85.

(a) De Judication. , p. 384.

(3) Coacan Prœnot., sect. m, p.

(4) De Morb, , lib. 1 , sect. 1 , p. ï4o.

SJECTÏON Vî, APH. l/j.» i5. 555

queuse des intestins , et transmise au-dehors, sous forme de selles dqueuses. *

i5. A diuturno ulvi profluvio detento, spontè supervetiiens vomitus , alvi prqfluvium solvit.

A pj^fluvio alvi Jorfi correptp , vomîluS supervenîens , bomim (i). .1

Le vomissement rend' plus graves les diarrhées colliquatives ou entretenues par la suppuration et l’induration squirrheuse des intestins. Celles qui sont catarrhales et ‘séreuses, violentes dans leur principe , facilement supportées et sans altération organique, se rapportent à cet aphorisme. C’est sans doute pour avoir observé que le vomissement les supprime presque toujours, qu’Hippocrate prescrit de le provoquer à l’aide de l’ellébore. In intenso lumborum dolore , et alvi subductione largîore , sumpto veratro , spwnosorum crebra vdmitio prodest (2). Dans de semblables circonstances, Tipécacuanha , administré à dose vomitive , détermine, sur l’estômàe, un mouvement contraire à celui des intestins, et démontre les ayantages d’une médecine perturbatrice. Ce médicament est peut-être moins nécessaire par ses propriété^ émétiques et prétendues astringentes, que par l’ébranlement général qu’if occasionne , par les fonctions de la peau, dont il rappelle l’exercice, sur-tout quand on a soin de recourir en même temps et avec réserve aux toniqiies , aux cordiaux , enfin aux irritans appliqués passagèrement sur différens points du système cutané.

(1) De Morb., lib. i, sect. j, p. 140. (3) Coacar., sect. iii.

APHORISMES D HIPPOCRATE

A pleuritidey aut peripneumf^nicjir detçnto, alvi projluvium super^eniens, malum. (§ vni.)

L’inflammation de la plèvre et du. popraon ^ nullement compliquée , se termine le plus ordinairement par expectoration , qui se supprime s’il survient une diarrhée. Il y aurait du danger à recourir aux évacuans /.à ji^époque où la pleurésie et la péripneumonie se jugent si favorablement. La diarrhée survenue avant qu’aucun mouvement critique se soit manifesté, est mauvaise, par ce principe que, dans le débüt des maladies , toute évacuation est symptomatique , ne juge. rien, épuise les forces , et n’est que le produit de l’irritation.

S’il existe en même temps un état bilieux., il nW pas rare qu’après une expectoration abondante et prolongée, la fièvre continue, et ne disparaisse qu’à la suite d’évacuations alvines spontanées. Morgagni a observé ce point de fait (i) ; et on voit quelquefois , dans le cours des quatre ou cinq premiers jours d’une pleurésie ou d’une péripneumonie, la turgescence bilieuse se prononcer, être suivie de selles spontanées ou provoquées , qui modèrent la fièvre , et rendent les douleurs plus supportables. Si œgernaturâ biliosus fuerit, etminimè pwgatus, morbo correptus sit, priùsquàm biliosum sp^itum exspuat, medicamento etiam bilem probè purgato

On admet la possibilité qu’après une expectoration abondante et prolongée , il subsiste une fièvre qui trouve son terme dans l’apparition tardive d’un flux de ventre. Il en a été ainsi pour la pleurésie , sans que, les malades aient rejeté aucun ci-achat. Deux observations de Vallé-

(i) Epist. XX, n» lo.

(a) Hijpp- , deJhforb., lib. iii , n« aa.

SECTION VI, APH. i6, 17, 18, 355

riola ne prouvent pas directement la vérité de l’aphorisme; elles apprennent seulement que l’expectoration n’est pas la crise nécessaire de la pleurésie , mais que celle-ci se juge encore quelquefois par les selles.

Durant la période de crudité de ces maladies inflammatoires de la plèvre ou du poumon , le flux de ventre , qui peut modérer la fièvre, est symptomatique, débilitant, iiiutile et dangereux. Au temps de coction , lorsque l’expectoration est facile , il faut le redouter, parce qu’il exisfe avec suppression des crachats ; il serait moins dangereux si , cette évacuation bronchique ayant duré assez long-temps, la fièvre persistait malgré la crise naturelle. On doit conlure que la diarrhée est fâcheuse et d’un mauvais augure , quand elle survient à l’époque où des pleurésies ou des péripneumonies ont passé à l’état de suppuration; mais qu’elle peut être avantageuse, lors- . que*ces maladies sont compliquées de fièvres humorales, ou bien qu’elles sont parvenues au temps où leur Cfise a coutqme de s’opérer; parce que ces phlegmasies se jugent aussi heureusement par les selles que par les urines , les sueurs et l’expectoration. *

17. Ophthalmiâ lahoranterrij alvi projluvio corripiy bonum. (§vii.)

18. Cui persecta est vesicciy aut cerebrurn , aut cor, aut septum transversum y aut aliquod ex intestinis tenuibusy aut yentriculus y aut he~ pavy lethale, (§.xii.)

La vessie peut être blessée par le trois quarts oulelithotôme, et les malades survivre. Elle. a été atteinte d’une balle, avec fracture des os vgjins, et sa guérison s’en est

556 APHORlSMteS d’hiPPOCRATE )

suivie (i). Mais si cet organe est tellement perforé que les intestins se précipitent dans son intérieur, et qu’il se fasse un épanchement urineux dans le ventre, la mort est certaine.

Des plaies du cerveau avec perle de substance , ne sont pas désespérées. Brassavole parle d’un blessé qui perdit, gros comme un œuf, du tissu encéphalique , et qui recouvra la santé. Par la suite , ce malade ne put parler ni vite ni bien; il resta stupide et incapable de rien faire pendant trois ans qu’il survécut à son accident. Le même auteur rapporte qu’un soldat se rétablit, quoiqu’il eût perdu à peu près la moitié de son crâne et de son cerveau. Il fut privé de la mémoire , de la parole; il resta stupide , et ne répondit plus à propos à aucune question. Il rendait involontairement ses excrémens et ses urines ; il ne mangeait qu’autant qu’on lui mettait les alimens dans la bouche ; enfin , il avait toutes, les habitudes de l’enfance. De telles guérisons ne furent pas inconnues à Galien , qui rapporte en avoir observé une fort remarquable à Smyrne , ville de l’Ionie , dans un téhaps où son précepteur Pélope vivait encore. Les plaies du cervelet et de la moelle alongée sont décidément mortelles , plus tôt ou plus tard.

Toute blessure du cœur entraîne la perte de la vie. Une atteinte semblable portée au diaphragme , n’est pas toujours immédiatement suivie du même résultat. Des malheureux ont vécu plusieurs mois , des années ; tous ont succombé aux acciden» causés par le passage , dans la poitrine, de quelque viscère de l’abdomen. Une plaie des intestins grêles est moi telle, si la division reste cachée dans le ventre , et donne lieu h un épanchement de matières stercorales. Mais slla partie blessée se présente

(i) Tiilp., Observât., lib. y, cap. xxx.

SECTIOJÎ VI, APH. igr. 35.7

au-dehors , des adhérences avec tout ce qui environne-, préviennent souvent de grands dangers. Un anus contrenature s’établit ; mais il est d’autant plus dangereux, qu’il est plus rapproché de l’estomac. On lit dans les ouvrages de praticiens dignes de foi, que des plaies très-graves de ce dernier organe ont eu la plus heureuse terminaison ; et plusieurs observations authentiques prouvent qu’on a vécu long-temps avec des fistules gastriques. Enfin, depuis Galien , on a la conviction que les plaies de la surface convexe du foie se sont cicatrisées j et qu’elles sont réellement dangereuses lorsque, par leur profondeur, elles s’étendent sur les gros vaisseaux. Comme il a été dit plusieurs fois , le mot lethale donno l’idée d’un danger imminent et non d’une mort toujours certaine. Si on le prenait dans ce dernier sens, on serait en opposition avec Hippocrate, qui s’est exprimé ainsi; Hépatis et intestinorum perniciosa sunt omnia ruinera , non tamen ut ex his evadat nemo , nam loci qui hœc nomma habent, multüm inter se différant

Ex intestinorum quoque vulnerihus evadunt , quorum pari’a et r%cta vulnera fuerunt (2).

19. Ubi dissectum fuerit os, aut cartilago,. aut nervusy aut genœ pars tenais , aut prcèputium, neque augetur y neque coalescit. (§ xii.)

Les connaissances pratiques ne permettent pas d’admettre cette sentence comme vraie. Elle ne fut jamais telle pour Hippocrate , qui l’a présentée de celte ma- \ nière : il n’y a pas de réunion , lorsqu’un nerf , la partie mince de la joue, ou le prépuce sont coupés ; et ou ne

(i) Prcediction. , lib. 11, sect. 11 , p. i44, *9*

(a) Coacar. Frœnot. , sept, lu , p. 4^a.

558 APHOniSMES d’hippocrate,

voit pas se réparer toute partie enlevée d’un os ou d’un

cartilage (i).

La simple division des tissus désignés , parmi lesquels les tendons sont compris sous le nom de nerfs, est toujours avec écartement considérable, en sorte qu’il n’y a jamais tendance à une réunion immédiate , à cause de la rétraction permanente et soutenue des parties molles altérées dans leur continuité. Sous ce rapport, la sentence est conforme à l’observation. L’art seul la rend fausse ; car si on met en contact les lèvres d’une plaie , la réunion en est assurée , à moins qu’une circonstance locale ou constitutionnelle ne s’y oppose : la cicatrice est, comme les autres parties, soumise aux phénomènes de la nutrition , et prend de l’accroissement. Les bouts , maintenus rapprochés d’un os fracturé, d^un cartilage,, se réunissent aussi, au moyen d’un cal produit parle tissu vivant de chaque fragment dans le point de contact immédiat. Ce cal est organisé; il croît et se développe dans la même proportion que la partie à laquelle il appartient. On ne dira donc pas avec Galien : Unitis ïignis, gluten est, taie ossibus callus. .

La perte de substance d’un os oü d’un cartilage ne se répare pas. Cependant-, des praticiens admettent , et d’autres rejettent toute espèce de régénération : chacun, appuie son opinion de beaucoup de faits, dont la discussion doit être abandonnée à la chirurgie. Néanmoins, personne n’ignore que, quelle que grande que soit la perte de substance d’un os ou d’un cartilage , les parties qui restent sont susceptibles de se réunir, si on les rapproche avec exactitude, et il subsiste toujours une difformité.

(i) Prœcisus nervus , aut quod in genâ est tenue, aut prœpntium , non coalescit. Neque corporis quodcunqne rcsectum , neque caTtiiago augclur. Co-icar., sett. m. ,

SECTION VI, APH. 20. SSq

Dans le cas où la contiguïté ne serait pas établie, la soudure pourrait encore s’opérer, non immédiatement , mais au moyen d’une substance intermédiaire qu’on Si'^^&We Jibro-cartilage , produit de l’expansion perenchymateuse des fragmens osseux, et de ta transformation des tissus cellulaire, charnu, intermédiaires et environnans.

Des musclés , des tendons , la rotüle , l’olécrane , lorsqu’ils sont divisés, sont aussitôt avec lîn écartement considérable , et leur réunion immédiate est impossible spontanément. Si l’art n’intervient pas, s’il n’obtient pas cette réunion, la blessure doit être assimilée à toute autre compliquée d’une perte de substance. Les malades guérissent au moyen de la transformation en Jibrocartilage des parties molles interposées et de celles qui entourent. Une continuité est rétablie ; mais avec difformité et avec gêne habituelle dans l’exercice des fonctions. Pour bien comprendre l’aphorisme et en apprécier les diflFérens degrés de vérité, il fallait donc proposer ces distinctions , et tout envisager sous plusieurs rapports.

20. Si in V entrent s an^uis effusus fuerit prœ^ ternaturam, necess^est suppurari. (5 xii.)

Il semble que cette proposition ne se rapporte qu’aux épanchemens sanguins dans l’abdomen ; mais, quand on remonte au texte dont elle est extraite , on voit qu’elle a une plus grande étendue. En effet, il s'agit du sang qui, hors de ses couloirs, est déposé quelque part, où il séjourne, se putréfie, se convertit en pus, parce qu’il ne trouve d’issue ni par haut ni par bas (i). Ce fluide , dé-

(i) Eop quibus sanguis effusus in aliénas sibi locoi, ubi moram traxerit , putrescit , ac in pus convertitur, et neque sursùm potest conscendere, neque infrà exire, Lib. de Fiat., p. gS.

36o APHORISMES d’hIPPOCRATE ,

tourné clj^ torrent de la circulation , se présente extravasé dans les tissus cellufaire et graisseux , épanché dans les cavités du crâne , du thorax , de l’abdomen, sur les muqueuses pneumo- gastrique et genitcr-urinaire. Il faut donc examiner les dégénérescences dont le sang est susceptible , selon les points sur lesquels il séjourne.

La résolution des ecchymoses atteste que le sang infiltré est toujours reporté dans le torrent de la circulation ; et c’e^st paît voie d’absorption que disparaissent ces énormes tumeurs sanguines qu’on voit quelquelbis sur la tête des nouveaux-nés , ou qui s’élèvent sous le cuir chevelu, à la suite de fortes contusions. Celles -ci déterminent souvent, sous les tégumens et dans l’épaisseur des chairs , des dépôts considérables , qui disparaissent spontanément en entier. Néanmoins , il n’est pas rare qu’après s’être emparés des parties séreuse et colorante du sang , les lymphatiques laissent un corps mollasse et peu résistant, formé par la fibrine qui, réduite à un noyau d’un petit volume , s’identifie avec le tissu cellulaire , ^ s’organise et jouit de la vie , au moyen des vaisseaux sanguins dont il est accidentellement pourvu. Quelque- # fois, ce sang est réuni sur un endroit circonscrit du tissu cellulaire , et enveloppé (fun kyste qui le soustrait à l’action des lymphatiques. Quand, après un temps plus ou moins long, le chirurgien est obligé d’inciser les parois du foyer, le liquide Sort noir, ténu ou grumelé; et il n’est mélangé de pus , qu’autant qu’il a existé une inflammation du kyste.

On ignore ce que peut devenir le sang épanché en grande quantité dans les cavités séreuses du crâne , de l’encéphale et dans la substance de cet organe. La lésion des fonctions cérébrales est si considérable, que les malades meurent long-temps avant que la nature ait pu tenter l’absorption. Il paraît démontré, par l’ouverture

SECTION VI, APH. 20. 56l

des cadavres , qu’une petite quantité épanchée dans le tissu cérébral, est susceptible de reprendre le cours de la circulation. On a vu des caillots presqu’entièrement consumés , laisser des cavités séreuses établies dans la profondeur où ils s’étaient formés, et ces cavités ont paru s’oblitérer, pour ne montrer que les traces d’une cicatrice indubitable (i).

Quelle que soit sa quantité, le sang ne séjourne pas impunément dans la cavité du péricarde , et on ne conçoit guère la possibilité de recueillir des faits qui mettent son absorption en évidence. Répandu sur la face séreuse costale, et pulmonaire, ce fluide est difficilement repris par les absorbans , et on ne se persuade pas d’une possibilité, d’après une seule observation de Fabrice d’Aquapendente. Un homme ayant une plaie pénétrante dans la poitrine , éprouvait tous les accidens d’un épancheiment, lorsqu’après avoir rendu un plein verre d-e sang par les urines, il fut soulagé et guérit très- vite (2). Il est plus oi'dinaire, que ce fluide agisse comme corps étranger, qu’il se délaye dans la sérosité qui exsude de la plèvre .irritée et enflammée. N’est-ce pas ainsi qu’il faut entendre cet autre texte : Et si sanguis ex vulnere , a{it i>enâ effluxerit in supernum çeniriculum , necesse est , ipsum in pus comerti (3).

Il est certain que l’absorption a quelquefois lieu dans le ventre. Le professeur Pelletan a trouvé des traces de sang extravasé , même vingt ans après une contusion sur l’abdomen. Elles consistaient en des taches noires, qui n’étaient que des caillots déssechés , posés les uns sur les autres, et au-dessous desquels le péritoine.

(1) Thèse soutenue à la Faculté de Paris , par M. Riobé , 1814* (pi) De Vulneribus , cap. xxii.

(3) Hipp. , de Morb. , lib. 1 , sect, 1 , p. iSg., n» 3.

563 APHORISMES d’htPPOORATE ,

quoique sain , était de même couleur. Ce célèbre chi-.' rurgien a vu encore des caillots si adhérons , qu’il était impossible de les isoler; et il en conclut que la résolution du sang épanché s’était opérée par l’absorption de la sérosité, par la dessicatioiji successive et complète de la partie solide (i).

Le sang épanché derrière la cornée transparente est , coinme le mucus dans l’hypopion , repris par les lymphatiques, et cesse d’être un obstacle à la vision. Celui qui, sur le trajet des gros vaisseaux, constitue les tumeurs anévrysmales, ne se corrompt pas : une partie se convertit en masse fibrineuse , et l’autre reste vivante , et n’est que momentanément déviée de son cours, parce que ce n’est pas toujours la même qui séjourne dans le sac celluleux.

Après une hémoptysie , du sang qui reste infiltré dans le tissu pulmonaire , proche«ies extrémités capillaires des bronches , est expectoré avec la mucosité, sous forme de caillot noir; et il ne semble altéré que dans sa couleur et sa consistance : il n’est ni fétide ni purulent. Il en est de même de celui qui vient de l’estomac ou .des intestins , dans lesquels il séjourne, en incommodant seulement par sa présence. Il ne paraît pas plus corrompu que celui qui descend des reins, ou estversé par la muqueuse de la vessie. Au moment même de l’hémorrhagie, il coule du canal de l’urèthre, rouge et liquide; plus tard, quand le suintement est suspendu , il sort noir et en grumaux, sans autre dégénérescence. Le sang retenu dans l’utérus, chez les femmes en couche, contracte une odeur insupportable, qui ne lui est pas inhérente, mais qui est un effet de l’état légèrement inflammatoire particulier à la surface correspondante au placeftta.

(0 Clin, chîrurg.^.t. n, p. ic^etsuir.

SifCTION VI, APH. 21. 565

Les filles nubiles et imperforées « éprouvent tous les mois, dit le professeur Bosquillon y des douleurs vives dans le bas-ventre, qui cessent au bout de peu de jours, •et indiquent les efforts que fait la nature pour établir l’écoulement périodique. Néanmoins , il ne sort rien du vagin , et l’examen des parties apprend que son orifice est entièrement bouché par l’hymen. Dès qu’on l’ouvre avec le bistouri, il en sort une plus ou moins grande quantité d’un sang épais qui a une couleur de lie devin, et qui n’exhale aucune odeur (i). » Nous pouvons dire que, le plus souvent, ce sang est infect, quoique non transformé en pus ; et que cette qualité est moins due au long séjour de ce liquide, qu’à l’irritation et à l’inflammation de la membrane muqueuse de l’utérus et du ^vagirv.

Nous concluons que le sang, épanché et non absorbé, ne, se convertit pas nécessairement en pus ; et que, quand ce changement semble, évident , il est l’effet de l’inflammation désorganisatrice des parois du foyer qui contient ce sang.

2 1 . Insanientihus y varices y aut hemorrhoïdes supervenerinty insaniœ solutiô fit. (§ vi.)

De semblables altérations des fonctions cérébrales , qui se déclare^ dans le cours des maladies chroniques , comme nous f^Tons observé chez un phthisique ; celles qui accompagnent des engorgemens fort anciens du foie , enfin les maladies héréditaires ne donnent pas l’espoir qu’elles céderont à l’apparition des hémorroïdes ou de quelques varices.On doit penser, avec M. Lordat (2),

(1) Liv.- cité , p. 167.

(2) Traité des hémorrh,, p. 278.

« que la solution est particulière au cas où ce dérangement des facultés intellectuelles est sympathique d’une affection nerveuse du bas-ventre. Or, ces cas sont plus fréquens qu’on ne le pense vulgairement , comme 1er prouvent les observations de M. Pinel , auxquelles presque tous les praticiens pourraient en ajouter de nouvelles. » M. Lordat a soigné un homme âgé de trentehuit ans, qui éprouvait plusieurs symptômes d’hypocondrie , tels que tristesse profonde sans sujet , bizarrerie dans le caractère, dyspepsie, ptyalisme incommode, etc. Ce malade s’était cru guéri quelque temps auparavant , à cause d’un soulagement que lui avait causé un flux hémorrhoïdal inopiné; mais la suppression de cette hémorrhagie l’avait Jeté dans son premier état. J’ai vu un vieillard de soixante-dix ans, prêtre, habitué d’une des premières paroisses de Paris, infiniment respectable par* sa piété et ses vertus, tenir les propos les plus cyniques après la suppression d’hémorrhoïdes , 'dont l’écoulement habituel avait Jusqu’alors soutenu sa bonne santé.

Dans certains cas de manie, il est vrai que la nature opère des dérivations salutaires , au moyen de cette es ^ pèce d’hémorrhagie ou des varices. C'est en l’imitant que nous pratiquons avec succès .des saignées évacuatives du bras ou du pied, et que nous prescrivons ensuite l’application d’un certain nombre de sangsues à l’anus. Dans le cas de varices aux Jambes, sui'venues durant le cours d’une telle maladie , les médecins condamnent , avec Mercurialis , l’usage ^es bandages compressifs et celui des bas de peau de chien lacés. Une histoire qui se rapporte parfaitement à l’aphorisme , est celle-ci : Un chaudronnier âgé de vingt -sept ans, était maniaque et fou au point qu’il ne faisait que monter et courir sur les toits. Il fallut le lier et le garder à vue pendant plusieurs moiS| afin qu’il n’exerçât de violence ni sur lui ni sur les

SECTION yi, APH. 22. 365

autres. Des varices se montrèrent aux jambes, dont les veines furent distendues et diversement développées par un sang épais, noir et féculent. La manie disparut, et il n’y avait pa^eu d|| récidive à l’âge de cinquante-cinq ans. Cependant, au regard farouche de ce chaudronnier, replet, vorace et très-sédentaire, on devinait que l’esprit avait pu être dérangé quelquefois. Tous les ans, les varices faisaient souffrir ; elles s’enflammaient, et les jambes augmentaient beaucoup de volume. Dans cet état, la manie menaçait de reparaître, ce que l’on prévenait en recourant aussitôt à des moyens efficaces. On déterminait une perte considérable, à l’aide de scarifications profondes, et en pressant en tous les sens, sur les côtés, des plaies faites avec le bistouri , de manière à provoquer une hémorrhagie copieuse, et à procurer un soulagement complet (i).

22. Quce ruptiones ex dorso ad cubitos des- -ùendunt y venœ sectio solvit. (§v.)

Cet aphorisme n’est intelligible qu’à l’aide des'^sup-. positions. On imaginera d’abord une douleur au dos,

* semblable à celle qui résulterait de la rupture de quelque fibre dans cette région , assez étendue pour descendre jusqu’au coude ; ou bien on croira qu’il y a eu effectivement une rupture au dos , d’où la douleur s’est propagée au coude. A ces hypothèses deVallésio, ajoutonsen une fondée sur ^existence d’un rhumatisme qui se fèrait sentir jusqu’à l’épaule et au bras , etc. Quoi qu’il en soit, nous ne connaissons encore aucune application de cet aphorisme , qui ne«paraît pas avoir été goûté par les praticiens écrivains. ,

(i) Schenck., Obs. médicinal- ■, lib. i-, de Maniâ, obs. ui.

APHORISMES d’hiPPOCRA'1'’E ,

aS. Simetus ettristitia multo texnpore perseverenty melancholicum hoc ipsum. (§ vi.)

Quelquefois il arrive que la plus p *ite circonstance fait naître la mélancolie. Dans un repas, Nicanor était épouvanté en voyant une joueuse de flûte. Le son de l’instrument ne frappait pas plutôt ses oreilles , qu’il était pris d’une frayeur extrême, et ne pouvait plus se soutenir. Cet eflet singulier n’avait lieu que la nuit, et jamais le jour (i).

24. Si ex intestinis tenuibus aliquod dissectumjuerity non coalescit. (§xii.)

Une blessure des intestins grêles , restés flottans dans l’abdomen, livre passage aux excrémens qui s’épanchent , et dont la présence s’oppose à la Cicatrisalion. Y a-t-il perte de substance? la mort est assurée s’il ne peut se faire d’écoulement au-dehors. Y a-t-il perte de substance en même temps que les boute de l’intestin sont retenus entre les lèvres de la plaie des parois du ventre? il ne se fait pas d’épanchement intérieur, mais il s’établit un anus contre nature , d’une guérison très-difficile, sinon impossible , mais avec lequel on vit plus ou moins long-temps. Cependant , il n’est pas sans exemple qu’une ouverture aussi étrange se soit oblitérée. Lorsqu’il en est ainsi , les bouts de l’intestin sont peu à peu entraînés dans le ventre par l’action tonique liu mésentère, et du péritoine, qui les maintient unis aux parois abdominales. Il se forme extérieurement une cicatrice commune à l’intestin dont la réunion de la^laie n’est pas immédiate.

(i) Èpideiti., lib. V, p. S39 j lib. vu , sect. 11, p, 56»; epist. xw » p. 5o6.

SECTION Vï , AHP. 2% , a/j.. Z6'J

La hernie étranglée est quelquefois avec gangrène fl’üne anse jd’intestin grêle, qui se détache ou est excisée, et laisse uli anus contre nature. Les deux bouts distincts de l’intestin adhèrent , chacun de leur côté , à la paroi interne du sac herniaire , prolongé au-delà de l’anneau. Quand le dégorgement est complet, une portion de ce sac rentre dans l’abdomen par l’effet de cette même action tonique du péritoine dont il fait partie , et par celle du mésentère. Les deux orifices intestinaux suivent ce mouvement , rentrent derrière l’anneau , où ils ne peuvent se réunir immédiatement, à cause de l’angle aigu qu’ils forment ensemble. En raison des progrès , la plaie extérieure se rétrécit , et finit par se cicatriser. La nature est souvent retardée dans sa marche, par une saillie ou une sorte d’éperon caronculeux qui s’oppose à ce que les excrémens passent avec facilité , du bout supérieur de l’intestin dans le bout inférieur j les matières continuent^, quoiqu’on petite quantité , de sortir par la plaie. Mais il arrive que la puissance de cicatrisation l’emporte : alors rien ne s’écoule plus au - dehors^ Dans cet état , les deux orifices ne sont pas immédiatement réunis ; ils ne correspondent entr’eux qu’au moyen d’un cul-de-sac qui répond à l’endroit de la cicatrice péritonéale , et qui remédie à la perte de substance du tube intestinal.

Il résulte , de ce qui vient d’être dit , que toute plaie des. intestins avec ou sans perte de substance, qui communique au-dehors au moyen des deux bouts du tube retenus dans la division des parois abdominales , ne se réunit pas immédiatement ; mais que la continuité peut se rétablir, et les excrémens reprendre leurs cours vers l’anus , au moyen d’une cicatrice commune à tous les tissus blessés^

At>HORlSMES d’hIPPOCRATE,

25. Erjsipelas foris quidem intrb verti, non honum : intiis verb foras ^ honum. (§ vu.)

L'érysipële est une inflammation superficielle de la peau tendue et tumifice , douloureuse , et d’rnie chaleur âcre : la rougeur concomitante tire un peu sur le jaune; elle est inégalement circonscrite ; elle disparaît sous la pression du doigt, et se montre de nouveau aussitôt qu’on cesse cette •q)ression. Tous les exanthèmes, parmi lesquels celui-ci tient un rang important , sont susceptibles de répercussion subite ou de disparaître tout à coup en même temps qu’une- maladie constitutionnelle ou simplement une affection locale s’annonce. Deux exemples que je vais rapporter des changemens possibles du dehors au-dedans et du dedans au-dehors , prouvent cette assertion.

J’ai observé un érysipèle qui, après avoir parcouru la m'oitié gauche de la face , s’est effacé tout à coup. Une fièvre adyrtamique intervenue a parcouru toutes ses périodes, et s’est jugée*» fort tard. La convalescence étant décidée , l’érysipèle s’est remontré sur le côté droit de la figure, et s’est heureusement terminé par un petit abcès dans l’oreille. Une femme attaquée d’une inflammation dù foie , était fort en danger de perdre la vie, le troisième jour. Tout à coup, un érysipèle trèsardent a paru sur la face: et, le quatrième jour, la fièvre et tous les symptômes d’hépatite ont disparu, sans aucune évacuation remarquable (i).

Cette espèce de métaptose s’explique par la théorie des fluxions, développée par les médecins modernes* et connue du père de la médecine , uhi ft stimulus , ibi fit qffluxus.

(i) Blanchi , Æïiï, Aepaî., part. iu,cap. de Erysipelat hepat.,n° <j-

26. Çuibus in febre ardente tremores Jiunt'^ delirium solvit. (§xiii.)

Il s’agit simplement du changement d’un symptôme en un autre , sans pour cela que la maladie perde de sa gravité. Cette mutation, néanmoins , n’est pas constante. Dès les premiers jours d’une fièvre ardente, Pythion eut du tremblement et délira j ces symptômes continuèrent simultanément, jusqu’au dixième jour que la sueur coula abondamment. Quarante jours plus tard , il se forma un abcès à l’anus , et il y eut difficulté d’uriner (i).

27. (^ui suppuratif aut hjdropici uruntur, aut secanturf hi^ pure aut aquâ acervatim ef^ Jluente, omnino nioriuntur. (§ ix.)

Après l’ouverture d’un vaste abcès, il ne faut pas presser sur les parois du foyer ni évacuer sur le champ la totalité du pus qu’il contient. Ce liquide sort spontanément par l’effet seul de l’action contractile de la peau, qui n’offre plus de résistance dans le lieu de sa solution de continuité. Il arrive un instant où pette contractilité cesse tout à fait; il reste encore dans le foyer une certaine quantité depus , qui est un obstacle à l’introduction de l’air, puisqu’il ne laisse aucun vide. Plus tard, l’action tonique renaît ; elle presse peu à peu le pus ■ audehors ; et toute espèce de cavité disparaît presqu'entièrement, à mesure que les parois du foyer reviennent sur elles-mêmes. En vidant tout d’un coup un abcès, on a ^ craindre un affaissement, un collapsus, une prostration des forces vitales propres au tissu qui constitue les parois du foyer purulent. C’est pour éviter cet accident que des

(i) Epidem.y lib. ui, sect. i , ægrot. i.,

Z']0 aphorismes d’hippocratê ,

chirurgiens d’un grand nom conseillent d’appliquer uîi morceau de sparadrap de diachylon gommé sur la piqûre faite à un dépôt froid , après en avoir extrait une petite quantité de pus , se réservant le soin de pratiquer plus tard une nouvelle ponction , et d’évacuer encore un peu du fluide contenu ; ainsi de suite , jusqu’à ce qu’ils croient convenable de tarir entièrement l’abcès chronique. La gangrène, qui survient souvent après la sortie brusque et complète de tout le liquide , est l’effet direct de la prostration extrême et de l’extinction des forces radicales des tissus qui forment les parois du foyer.

Tels sont sans doute les motifs qui ont engagé Hippocrate à tracer cette règle de conduite dans le traitement de l’empyèrae, lorsqu’on ouvre la poitrine avec le feu ou avec le fer. D’après ce qui vient d’être dit de la ponction des abcès vastes et chroniques , on entendra facilement ce passage du père de la médecine , concernant l’évacuation du pus contenu dans la poitrine ; Uhi suppuratum fit latus. Pus enim non expuit, neque revomit. Hune cutn sic habuerit, ubicufnque tumor significationem de se prmbuerit , secato , uut urito. Et posteà pus paulatim emiliito. Et postquam emiseris , linamehtum crudi Uni immittito, et hoc postridiè rursüs exempte , pauh.tirm'pus exhaurito. Deindè rursùs linamentum indito , et rursùs tertiu die, et aliis deinceps bis per diem exhaurito, donec tesiccatum fuerit {f).

Il est vrai qu’on jjeiiré souvent d’un seul coup toute l’eau contenue dans le ventre des hydropiqûes. Si on ne ^rend aucune précaution , les malades sont sujets aux syncopes, aux défaillances et aux inflammations passives des viscères abdominaux , qui sont enfin pris de gangrène , pour cause d’atoriie et de défaut d’action perni-

X*) intenu Affeatiori. , ic'ct. i p. aol, riVio,

SECTION Vt» Aï>«. 28, 29* Z*]t

CÏeitseS à la circulation abdominale. On ne manque guère deprévenir tout danger, en se conformant à cette pratique des anciens, qui, depuis Cœl. Aurelianus (i) , entourent le ventre d’un bandage compressif. De cette manière , on soutient le peu de forces toniques encore existantes , et on supplée efficacement à celles qui manquent tout à fait , et qui sont susceptibles de se rétablir.

Page 1