Hjdropicis, tussis superveniens , malum
Plus le ventre est distendu par la quantité d’eau qu’il^ contient, plus la capacité de la poitrine est diminuée, et, la respiration gênée. Il s’ensuit une toux qui indique un, dernier degré de la maladie. Le nouveau symptôme est souvent aussi l’effet d’un épanchement qui se forme dans le thorax, et d’une infiltration des poumons. Alors , cettu intumescence est commune à toutes les parties extérieures du corps, sur -tout aux cuisses et aux jambes.
SECTION VI, APH. 33, -34, 55, 36. 5j5
C'est encore dans cette dernière circonstance qu’Hippocrate a répété ; Hydropicus , si tumorem in cruriàus habens tussiat, malum (i). Cependant il est bon de. savoir que les fièvres d’automne laissent quelquefois après elles une leucophlegmatie accompagnée de toux. Souvent tout se termine par une expectoration séreuse abondante , accompagnée ou non d’un flux copieux d’urine. (-5os9'«///ort.)
36. Urinœ difficultatem vence-sectio solvitz secandœ vero internæ. 'S..')
On serait dans l’erreur, si on croyait que la saignée est le seul moyen propre à soulager les malades qui urinent difficilement ou goutte à goutte. Elle ne convient pas aux calculeux ; elle e^ nuisible aux vieillards , dont le canal de l’urèthre est libre, et chez lesquels la dysurie peut tenir à une faiblesse de vessie. Il en est autrement, si la maladie e^t inflammatoire. D’accord avec Galien, nous pensons qu’il importe peu de savoir /juelles veines il faut ouvrir quand on se propose seulement de diminuer la masse du sang. Il paraît évident que les saphènes sont les vaisseaux internes dont il faut tirer du sang, de préférence aux veines du bras. Quoi qu’il en soit , il ne s’agit que d’une saignée évacuative , qui peut n’être pas immédiatement suivie du succès qu’on ^e promet. Dans ce cas , selon que la pléthore domine davantage , on a recours à une saignée locale , aux sangsues appliquées non au périnée, mais à la marge de l’anus. Peut-être atteindrait-on mieux son but, si, on posait deux ventouses, scarifiées de chaqpe côté de la partie supérieure et in^ terne des cuisses. Tulpius rapporte qu’un théologien
(ï) JBpidein, , lib. u, sect. y, p. 3j/f.
376 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
éprouvait une suppression d’urine presquà chaque pleine lune; elle durait jusqu’au déclin de cette phase, ou jusqu’à ce qu’on eût pratiqué une saignée du bras (1).
' 37. Ab anginâdetentOytumorem Jieri in collo , bonum : foràs enim morbus vertittir. (§ vu.)
Vallésio dit positivement qu’Hippocrate appellait angine, toute maladie de la gorge désignée par son symptôme prédominant, par la gêne de la respiration, avec menace de suffocation ou de strangulation. Dans les angines catarrhales, la muqueuse pharyngo - trachéale n’est pas très-en gorgée, et il y a seulement une plus ou moins grande difficulté de respirer. Il n’en est pas de même de l’angine inflammatoire, dont le danger est d’autant moins pressant que son siège s’aperçoit plus aisément dans le fond de l’arrière-bouche. Il est présumable que c’est sur cette espèce d’embarras inflammatoire de la gorge , que l’aphorisme fixe particulièrement l’attention. Il est en efïfet le plus redoutable, à cause du développement des tonsilles et du voile du palais , susceptible de déterminer l’apoplexie et l’asphyxie.
Si une tumeur se manifeste au cou, il est probable que le siège primitif de l’inflammation abandonne la gorge et se porte au-dehoi’s : alors toute crainte se dissipe nécessairement. On ne voit guère ce transport s’effectuer d’une manière aussi distincte. Il est plus ordinaire que la ' phlegmasie pharyngienne et tonsillaire persiste, diminue même ou n’augmente pas , en même temps que tout le tissu cellulaire sous -maxillaire se
(’i) Obser. medicin., lib, ij , cap. xliu.
gonfle , devient douloureux au toucher, sans changement de couleur à la peau tendue , et que les tonsilles font saillie au-dessbuÿ de l’angle de chaque mâchoire , où on rie peut les presser légèrement, sans bccasionner de souffrance. Dans cet état de choses, le tour entier du cou est gonflé et endolori 5 au moindre effort de déglutition , le mal se fait sentir dans l’intérieur des oreilles. C’est ainsi qu’il faut interpréter la sentence qui donne l’idée d’une phlegmasie étendue, disséminée ou propagée du dedans au -dehors 5 et, par conséquent , moins dangereuse que si elle portait tout son èffort sur les parties les plus profondes de la gorge (i).
•^ 58. Quibus occülti càncri Jiunti eos non curare meliùs est. Curdti enifn cito pereunt. Non curàti ^ero lohgius tempus perdurant. (§xii.)
On "appelle squirrke une glandé'endurcie, mobile, indolente , développée dans le tissu cellulaire graisseux. Cette tumeur prend le nom de cancer occulte, quand elle devient le siège de douleurs /très-vives, qui annoncent un point central d’ulcération. Le cancer ulcéré esi la riîêmë maladie , plus avancée et compliquée de l’érosion des parties extérieures. Une seule acception n’est pas toujours donnée au mot occu/^e. Des praticiens adoptent celle qui vient ff êtré présentée j d’autres , parmi lesquels onnépput s’empêcher de citer M. le prdféssëurBoyer (2), disent que le cancer est occulte, parce que la cause, interne dont il est l’effet est à peu près ignorée. S’il en est ainsi , on ne doit donc pas entendré autrement l’aphorisme* : 7^ 7^0 wif miewa: we pas entreprendre le traitement
(1) Epidem. , lib. ii , sect. ii ^ p. Comminiar.
(2) Traité dei malad% chimrg., t. iij p. 3i3,^
578^ APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
des cancers dont la cause interne est occulte ou mécon^ nue, parce gu on voit périr pmmptement des malades quî eussent vécus plus long-temps , si on ne leur avait prodigué aucun soin. Il est certain qu’il ne faut pas, dans ce cas , compter sujr le, sqccès d’une extirpation , dont le* résultats efficaces, ne sont rien moins que douteux , quand le mal n’est encore qu’à l’état de squinhe douloureux ou avec ulcération sans adhérences , lors même quê la cause est évidente , et qu’interne ou externe , elle a pu être cornbattue pî^r l’art*
On peut se demander si c’est véritablement dans ca sens qu’Hippocrate a adopté le mot occulte : rien ne le prouve. Il semble au contraire que l’oracle de Cos n’a entendu parler quedes cancers situés profondément dans l’intérieur du tissu cellulaire , ou à la surface cutanée., Veriim cancri tîim occulti, id est , intimiùs in came suèmersi , tîim summas corporis partes occupantes (i)..... In, mammis tuhercula Jiunt dura partim majora , partim minora. Hœc aute,m non Jiunt suppurata , sed semper duriora , deindè e.v ipsis nascuntui; cancri occulti (à)d Susceptibles d’être atteints pur le fer tranchant , les cancers occultes QU situés profondément, ne peuvent guérir radicalement qu’au%nt qü’on extirpe avec une extrême exactitude les prôlôngemens infectés du tissu cellulaire. Sinon, les récrudescences sont terribles , efle cancer se reproduit avec plus de violence que jamais. On a plus d’espoir quand le mal çst tout à fait extérieur, car on a moins à craindre rimperfection dans l’exécution du procédé opératoire. La sentence demeure vraie et constante, quelle que soit l'idée qu’on attache au mot bcc«/fe. Laissons à l’expérience de nos grands maîtres en chi-
(1) Lib. Frasdiçtion. i sec. ï, p. 4i4*
(2) De Jktarb. mul. eeçt. p/a;*.
SECTION VI, APH. Sq, 4») 4ï* ^79
rurgie , le soin de prononcer sur les avantages certains que l’on doit attendre de toute opération de cancer.
39. Convulsio fit aut à repletione, aut eva-> cuatione. Sic quidem etiam singultus. (§ iv.)
Voyez aphorisme 3 , cinquième section.
40. Quibus ad h^yochondrium dolores fiunt absque infiammatione j his febris superveniens solvit dolorem. (§iii.)
Les douleurs de l’un ou de l’autre hypocondre , primitives et sans inflammation , proviennent ou d’une affection rhumatismale ou d’un embarras saburral des premières voies. La fièvre qui survient secondairement, indique un effort de la nature pour opérer la guérison. Ges douleurs , qui disparaissent de la même manière , dépendent encore quelquefois d’un empâtement du foie , en rapport avec l’aphorisme dont on retrouve la pensée dans ce passage ; Quibus jecur vehemenier dolet, iis Jebris succedens remedio esi(i). Un médecin sage se gardera donc bien de faire cesser une fièvre qui s’allume sous d’aussi heureux auspices ; U devra même la provo*quer, quand des circonstances semblables à celles indiquées , font pressentir ses avantages et son utilité,
41. Quibus suppuratum quid in corpore existensy nullum sui signum prodit^ his propter crassitudinem puris^ aut locij signum non exhibet. (Sxii.)
Des foyers purulens, sont susceptibles de se former
{*) Coaçau Prcenotif eect, ui, n®. 373.
58o APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
sur toutes les parties du corps j et l’homme de l’art n’à pas toujours la possibilité de recueillir le§ signes patho- gnomoniques de leur existence. Hippocrate semble annoncer que la fluctuation , qui indique un amas de pus , ne se fait pas constamment reconnaître ; et il ne dit rien de circonstances dont la réunion supplée avec avantage à cette absence du seul véritable signe pathognomique : c’est pourquoi,, considérons la sentence relativement aux suppurations internes et sous le rapport de celles qui sont externes.
Il y a des cas où ni l’œil ni le toucher ne découvrent pas un abcès purulent qui a son. siège au-delà des parties extérieures du corps. D’une part , la totalité d’un membre.ou une grande étendue de surface sont œdématiées, empâtées , et ne permettent pas de distinguer une tumeur isolée qui assignerait le lieu précis de la collection de pus ; de l’autre, le tact le plus exercé. ne trouve rien de particulier, parce que le fluide est infiltré ou disséminé au loin; en sorte qu’on ne sent pas plus la fluctuation îiur un point que sur un autre. Dans beaucoup de cas, le pus est retenu sous des aponévroses très - épaisses , d’un tissu dense et serré; derrière de fortes couches musculaires qui éloigqent-tellement de la peau les parois du foyer, que celui-ci n’est jamais reconnu que par un chirurgien très-yersé dans ce genre d’exploration. Si la matière très-consistante est semblable à de la bouillie , et composée de beaucoup de tissu cellulaire putréfié, la fluctuation est fort obscure ou nulle.
Quand les incertitudes ne sont pas dissipées par la mise en pratique des moyens les plus sûrs pourfixCT le diagnostic , le raisonnement vient au secours des efforts insuffisans de l’art. On sait qu’il n’y a pas d’amas de pus sans inflammation antécédente ; or, celle-ci s’est montrée avec des signes non équivoques 5 elle a parcouru ses
périodes; elle a eu sa rémission, sans que la fiëvre ait cessé entièrement. Si la phlegmasie a été considérable la terminaison par suppuration s’est déclarée par un léger frisson ; la partie conserve une affection locale avec des symptômes qui lui sont propres , mais moins intenses que ceux observés précédemment ; enfin , les battemens , les élancemens la mollesse œdémateuse des tégumens font conjecturer avec fondement qu’il s’est formé un abcès.On le reconnaît, malgré l’épaisseur de ses parois et la grande consistance du pus , seuls obstacles au succès du toucher.il en est de même des dépôts chroniques appelés froids par les anciens chirurgiens et par quelques modei'nes.
En s’attachant aux suppurations intérieures , on doit les considérer comme formant un épanchement dans les cavités ou un abcès dans le parenchyme des organes. Il est bien reconnu alors que les parois des cavités sont assez épaisses pour empêcher la fluctuation de se prononcer, quel que soit le faible degré de consistance de pus épanché. Cependant il arrive que le liquide est retenu dans le tissu lamineux qui réunit la plèvre et les côtés, le péritoine et les muscles abdominaux. D’une part , une .infiltration extérieure décèle et l’existence et le lieu d’un empyème enkysté ; de l’autre , le dégorgement de toutes les parties environnantes étant complet snr le ventre , on touche une tumeur circonscrite , fixe et permanente , qui éclaire d’autant plus sur le diagnostic, que l’infiltration du tissu sous-tégumenteux ne tarde pas à se manifester consécutivement.
Les signes d’un épanchement semblent incertains au premier abord ; mais si l’on fait attention qu’une phlegmasie a existé ; qu’elle ne s’est pas jugée comme il convient ; que les principaux accidens se sont calmés sans aucun mouvement crm^ue prononcé; qu’après une
APHORISMÊS D*HIPPOCAATÉ ^ courte rémission , il est survenu un frisson ou le senti-* ment général d’un froid vague; que la fivëre est faible, continue-rémittente , plus vive la nuit que le jour; enfin que les fonctions vitales et animales ne reprennent pas d’activité , on demeure convaincu qu’il s’est formé un épanchement , et il n’est pas difficile de distinguer de quel côté , s’il s’agit du thorax. Que le pus soit contenu dans le tissu parenchymateux des poumons ou du foie , le praticien expérimenté île sait pas moins s’assurer de la présence d’un abcès.
La trop grande consistance du pus , le trop d’épais* sëür des parois de son foyer, peuvent bien s’opposer Ü ce qu’on distingue la fluctuation , et ne sont jamais uni obstacle à ce qu’on reconnaisse un état présent de suppuration : ainsi , quoique le toucher soit en défaut , le raisonnement le supplée avec avantage dans une foulé de circonstances embarrassantes.