S VIII
On observe souvent en hiver des jaunisses sans affection sensible du foie ; elles durent long - temps , et beaucoup d’entr’elles ne se terminent qu’au retour de la belle saison. On rencontre aussi des ictères compliqués de fièvres et de douleur dans l’épigastre et dans l’hypocondre droit. L’hépatitis plus ou moins intense n’est pas méconnaissable. Cette phlegmasie peut laisser une induration qui constitue une métaptose , que nous savons être presque toujours d’un mauvais auguré. En effet , il reste un ictère chronique , dépendant de l’état squirrheux du foie; et on a à Craindre qu'après un espace de temps plus ou mi^ns long ,' l’anasarqué, Tœdème -et l’hydropisie ascite 'ne se succèdent et nê
SECTIOI^ Vt , ÀPB. 42, 45. S85
Soient les avant-coureurs d’une mort qu’on ne peut éviter.
43. Qui lienosi à dysenteriâ corripiuntury his iongd supervéniente dysenteriâ, hjdrops supervenit i aut intestinorum lœvitus , et pereunU (§viii.)
Dysenteriâ non îonga sphnicis commoda est} îonga verà, mala : desînente urma , si hydropes aut lienteriœ fiant, lethale est {y).
Par ces noms, lienosi, splenîci, Hippocrate et les anciens médecins désignaient toute personne affectée de la rate. On ne disconvient pas deS résultats concernant les maladies chroniques de ce viscère ; et il est bon de faire connaître ce qu’on a observé sous le rapport aigu. De Haëen a vu un homme âgé de trente - quatre ans, que l’on traitait comme pleurétique avec un tel succès que, le second jour, il se croyait presqu’entièrem^nt libre de la fièvre et de la douleur ^u côté gauche ; il ne faisait plus aucun remède , à son grand détriment. Cet homme languit ensuite, et avoua qu’il n’avait jamais cessé de ressentir une douleur obtuse dans l’endroit primitivement affecté. Peu de semaines après le début de cette affection , il lui survint à la cuisse droite une tumeur énorme qui disparut spontanément ; une autre semblable et très-grosse se montra sur le côté droit, et se dissipa de même ; enfin , il s’en éleva une sur la cuisse gauche , et elle existait encore quand on en découvrit une dernière , molle , et de la grosseur du poing , en dedans du bras droit. La dysenterie , l’ascite , l’anasarque et la mort se succédèrent. La rate, adhérente au
(ï) Coacar. Frænot. , sect. m, p.
584 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
péritoine par son extrémité inférieure , était remplie de
beaucoup de pus blanc et épais (i).
44- Quibus ex urince stiîlicidio volvulus supervertit, in septem diebus pereunt , nisi febre superveniente urina abunde Jluxerit. (§in.)
La fièvre est le remède du volvulus , considéré comme affection convulsive , que l’on a dit plusieurs fois se dissiper quand un mouvement pyrétique survient durant son cours. Galien a douté de la légitimité de cet aphorisme , en avançant qu’un cas semblable n’avait été observé ni par Hippocrate ni par aucun autre médecin. Van-Swiéten assure avoir donné des soins à un malade pris de strangurie , après laquelle tous les symptômes du volvulus se manifestèrent. Il survint une fièvre qui avait à peine existé auparavant; les urines coulèrent eri quantité, et la santé fut recouvrée (2). La strangurie dont il est parlé dans l’aphorisme , ne provient que d’un spasme de la vessie ; cet organe s’en trouve débarrassé , et le tube intestinal devient le siège d’un mal du même genre, contre lequel nous savons que la fièvre est un remède. Comme elle n’existe point dès le principe, elle devient salutaire, probablement parce que ce spasme cesse d’être local et particulier, pour se répandre plus généralement.
45. Ulcéra quœcunque annudfiunt, aut Iongius tempus occupant, necesse est ôs absceâere, et cicatrices cavas fieri. (§xii.)
(i) Van-Swiét., in Boerh. àph, gSS. .
(a) In Boerh. aph. çg5.
SBCTION Vï, APH. 44) 4^ , 4Ô- 58^
46- Qui gibbi eæ asthmate i aut tussi fiunt nrith pubertatem 3 pereunt. (§yni.,). : v
On doit présumer que rasthrhe et la toux habituelle sont un effet nécessaire dp la déformation rachitique de l’épine ; parce que les parois de la poitrine étant déprimées d’un côté ou de l’autre , les poumons sont gênés dans l’exercice de leurs fonctions. Dès-lors , il est évident que ce désordre, antérieur au temps de la puberté, ne peut que s’accroître à mesure que l’on voit s’opérer cette révolution de l’âge , caractérisée par le changement de la voix , par le développement des organes génitaux, et par cette prédominence sanguine sur les poumons, laquelle favorise les" hémoptysies , et les provoque quand tout tend à leur détermination. On peut également faire remarquer le contraire.- On reconnaît que des gibbosités ne sont montrées qu’au temps de la puberté et de la première époque des règles : si , malgré cette difformité tardive , la révolution est complète et heureuse, les malades , qui restent bossus nomme les premiers, peuvent pousser fort loin leur carrière, malgré l’asthme et la toux auxquels ils ne laissent pas, que d’être très-sujets, et qui ne les abandonnent qu’à la mort. Il est probable, comme font pensé Galien ei Vallésio, que cet aphorisme se rapporte, aux enfans qui , avant la puberté , ont eu l’épine contournée par suite d’asthme ou de toux convulsive. Ces malheureux, ainsi déformés, ne vivent ordinairement pas très-long-temps , et ne parviennent pas à la vieillesse. Quî antè pubertateiri fiant g^bi ex asthmate aut. tussi, intereuntjfid sst breuis uïtæsunt, non vwunt legitimuni ternpus, neque usque ad senectutem.(Ya\\es.,In hune a^/m/".) Cette interprétation rend l’aphorisme intelligible, et paraît préférable à celle que nous avons donnée.
386 APHORISMES d’hIPPOCRATË ,
4.7 . Quihus vencB sectiOy aut purgatio condu- City his vere convertit venam secare , aut purgationem façere. ( § xix. )
Créateur de la prophylactique , de cette médecine qui préserve des maladies , Hippocrate prescrit avec une exactitude rigoureuse, le régime le plus propre à maintenir une bonne santé (i). Cette partie-pratique de notre art n’est point d’une application absolue ; elle ne concerne que les premiers mouvemens qui indiquent l’invasion imminente d’une maladie ; que l’on prenne pour exemple le sommeil qui n’est plus aussi calme que quand on se porte bien , et on aura une juste idée de la prophylactique selon Hippocrate. Quo tempore non am~ pliùs jucundi ipsis sunt somni , sed necesse est hominem perturbari et videtur sihi cum aliquo pugnani committere. Qualia enim patitur corpus , talia videt anima , visu jàm concluso. Quum igitur ad hoc pervenerit homo, propè jàm est ut ægrotet. Quod autem venit morhus valdh
manîfestum est . V^eritm non oportet îtà desipientem
esse et hue iisque differre, sed statim uhi prima signa cognouit, curam contingere (2).
On a mal compris la doctrine d’Hippocrate , ou on en a étrangement abusé , en se persuadant que le printemps est la seule saison où il faille saigner et purger ceux qui en ont besoin ; c’est-à-dire , ceux chez lesquels dès signes évidens de pléthore sanguine ou humorale , indiquent un premier dérangement qu’il faut dissiper, pour prévenir l’invasion de tel ou tel genre de maladie. L’aphorisme ne donne que le printemps pour exempU"; et l’oracle de Cos trace des règles de conduite propres
(i) De Diœiâ, lib. m.
(a) Ibid, ibid
SËCTION VI, APH. 47*
k préserver durant l’été , l’automne et l’hiver. Il y a donc une prophylactique pour chaque saison, en harmonie
avec le tempérament des individus, avec leur âge , leurs habitudes, leur régime de vivre et leur profession. Cette prophylactique demeure sans objet , tant qu’il n’existe aucun trouble de fonctions ; elle doit être dans sa
plénitude d’application dès le premier dérangement, qui peut faire craindre une altération évidente de la santé , un état de maladie réel plus ou moins prochain.
C’est sans doute parce qu’ils ont mal compris cet aphorisme , qu’autrefois les médecins avaient facilement convaincu le vulgaire de la nécessité absolue de se faire indistinctement saigner, et de se- purger une ou deux fois au printemps, afin, de se conserver sain toute l’année. Selon eux, cette première saison agite les humeurs accuinuléelPdans le corps pendant l’hiver précédent, contraire à l’émanation de l’insensible transpiration ; et il ■faut prévenir des résultats fâcheux par la saignée, par une diète de quelques jours , et par une ou deux potions^ purgatives. Les sectateurs de la médecine de précaution l’ont exercée sur tous les mdividus, sans motif ou sans
qu’il y eût d’indication propre à justifier le conducit d’Hippocrate : et la pratique, en est devenue si bannale, que les médecins n’ont plus été consultés sur son application.
Le prince des médecins habitait un pays très-chaud , où le printemps pouvait multiplier ces turgescences , et rendre les évacuations prescrites très-utiles , pour pré¬
venir les maladies dont on apercevait les avant-coureurs.
Mais que dire du Portugal et de l’Espagne , qui accordaient des primes à ceux qui se faisaient saigner plusieurs fois dans l’année ? Cette recommandation des
médecins maures a été accueillie pendant long- temps dans le midi de la France, et on doit convenir que,
588 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
dans le nord de l’Europe , les personnes bien portante* n’auraient pas beaucoup gagné à se faire saigner et à se purger chaque printemps sans nécessité. Quel que soit le temps, les seuls individus qui doivent se faire ouvrir la veine par précaution , sont ceux qui éprouvent quelques vertiges, pesanteurs ou embarras de tête, pour cause de turgescence déterminée par des hémorrhagies habituelles supprimées, ou consistant en une pléthore sanguine idiopathique, et difficile à supporter. Les vomitifs ou les purgatifs conviennent dans les cas d’appareil saburral imminent ou prononcé de l’estomac ou des intestins. Il s’en faut de beaucoup qu’il faille toujours recourir simultanément à la saignée et aux évacuans ; car il suffit souvent dé l’un ou de l’autre moyen pour se garantir complètement d’une maladie.
Depuis dix ans , au mois de mai , et dès les p*mières chaleurs , M. P*** est sujet à des accès de mélancolie qui l’ont une fois porté à des violences sur lui-même. Les saignées très-copieuses avec la lancette , des sangsues à l’anus , une diète sévère , des l)oissons délayantes et des purgatifs , dès la première annonce d’embarras à la tête, m’ont toujours réussi pour suspendre et arrêter immédiatement les progrès du mal , que j’ai vu devenir très - grave et très - inquiétant , lorsqu’on tardait à me demander conseil. Galien dit qu’à l’aide de la médecine prophylactique, il a retenu pendant long-temps l’invasion de la goutte et de la maladie articulaire. Ce médecin parle aussi d’une personne qui , tous les ans , éprouvait un accès de mélancolie, si elle n’avait soin de se purger. Ce qu’il y avait d’étonnant, c’est que Galien, appelé dès les premières atteintes , rétablissait la santé aussitôt qu’il avait provoqué l’évacuation de matières noires, suivie en même temps d’un flux hémorrhoïdal. Pour prévenir les récidives, cette personne était régulière-
SECTION VI, APH. 4^ > 49* ment purgée au piintemps et en automne. Ces exemples, suffisent pour fixer le sens rigoureux de l’aphorisme , et démontrer que la médecine prophylactique n’est susceptible d’être exercée, qu’autant qu’on a lieu de craindre la prochaine invasion d’une maladie ; que les moyens préservatifs à employer ne sont pas toujours la saignée et les purgatifs , ensemble ou séparément , et qu’ils va^ /Tient selon une foule de circonstances sur lesquelles on ne peut rien dire de précis.