PRÉLIMINAIRE. XIX
et qui se félicitent souvent de pouvoir confirmer, par leur propre expérience, ce qu’Hippocrate leur a transmis de la sienne. La question de fait est décidée : il était indispensable de commenter pour l'avantage de ceux qui apprennent , et pour la commodité de ceux qui enseignent l’art de guérir.
Il serait impossible d’énumérer avec exactitude les médecins qui se sont exercés sur les aphorismes, et le plus déterminé bibliomane né réunirait jamais tous leurs écrits. Cette multitude étonnante d’ouvrages provient des efforts de quelques ajuteurs pour accommoder les premiers dogmes aux opinions qu’ils avaient conçues, et du zélé de quelques autres pour conserver les saines, doctrines , en rappelant constaniment aux principes établis par Hippocrate. Les commentateurs connus jusqu'à ce j^our, se divisent naturellement en trois classes Dans la première sont compris les érudits et les littérateurs qui sé sont uniquement occupés de dissiper les obscurités qu’ils ont cru remarquer dans le texte original; ils ont servi la langue et très-peu la science. A la seconde appartiennent des médecins qui se sont constamment efforcés d’adapter les dogmes du père de la médecine aux systèmes dont ils étaient imbus ou qu’ils, avaient inventés. La troisième enfin , offre une série d’auteurs qui se sont retranchés dans le domaine de la médecine-pratique , en se montrant avares de développemens théoriques et en ne donnant, en preuve de la validité de leulrs interprétations., que te résultat d’une expérience acquise au lit des malades. Cette distinction indique la cause qui a empêché que des commentateurs nOmbretIx soient parvenus jusqu'à nous.
Ce serait s'éloigner du but que de s’occuper des érudits et des littérateurs : entretenons de suite le lecteur des médecins principaux qui sont compris dans la se».
DISCOURS
coride classe, et parmi lesquels Galien s’est placé au premier rang. Cet illustre interprète a eu des devanciers que l’on ne connaît que par lui et par la justesse avec laqueiie il les a souvent critiqués. Imbu des principes de l’école péripatéticienne , le médecin dé Pergame s’est perdu dans l’aristotélisme, et n’a point eu la force de résister à l’empire des opinions du temps où il vivait. Ce grand homme Remprunté du précepteur d’Alexandre les quatre élémens , l’air , le feu , l’eau et la terre , auxquels il a aussi reconnu pour qualités cardinales ou radicales , le chaud, le froid , le sec etl’humidè. Selon lui, l’homme sain est chaud au premier degré ; le fébricitant l’est au second; la fièvre ardente marque le troisième, et le quatrième se rencoritre dans le malade qu’une ardeur brûlante a presqu’entièrement consumé. De plps? quatre humeurs ont été rattachées à chacun de ces élérnens ; le sang s’unit à l’air comme pouvant être chaud et sec , chaud et humide; la pituite humide et froide se rapproche de l’eau; la bile jaune, qu’on dit sèche et chaude, rappelle le feu , tandis que la terre est en harmonie avec la bile noire donnée pour sèche et froide. La nature et les propriétés des alimens et des remèdes ont aussi été accordées avec ces quatre élémens , avec le même nombre de qualités radicales et leurs combinaisons.
Galien eût été le commentateur par excellence, s’il se fût borné è faire connaître un modèle qu’il a presque toujours parfaitement compris , et s’il se fût contenté d’éclairer , par sa pratique immense et judicieuse, une doctrine dont il devait être le plus solidè appui. Loin de là , à force de vouloir tout expliquer, il s’est rendu obscur ; il a négligé le point le plus important ; on dirait même que cette vanité qui lui était a^sez particulière, l’a entraîné au-dejà des bornes, et l’a fait souvent se mettre à la place du maître. A quoi ne rriène pas un caractère