PRÉLIMINAIRE
impérieux soutenu par un crédit et une autorité que l’on doit à un génie profond , à une imagination vive, à des connaissances solides , brillantes et variées ?
Les circonstances ont rendu Galien le régulateur de tous ceux qui lui ont succédé dans la même carrière ; mais à quelles vicissitudes n’a-t-il pas exposé la médecine depuis le milieu du deuxième siècle de notre ère jusqu’au commencement du cinquième? A cette dernière époque de désastres , les lettres furent chassées de l’Europe et se réfugièrent chez les Arabes, qui, trois cents ans plus tard, les transportèrent en Espagne, où elles fleurirent jusqu’à la fin du quinzième siècle , temps où Ferdinand et Isabelle expulsèrent enfin les Maures de leurs Etats. Durant cet immense espace de temps, on ne jurait que par Aristote dans les chaires de philosophie , et par Galien dans celles de médecine. L’autorité de ces deux noms fameux suffisait pour décider une question difficile , et pour déclarer qu’elle n’était plus susceptible d’un examen ultérieur. Tant que le médecin de Pergame tint le sceptre, sa théorie fut préjudiciable à l’art, puisqu’on ternissant l’éclat des vérités promulguées par le vieillard de Cos, elle infecta la pratique d’erreurs sans nombre.
Quoi qu’il en soit, le moins érudit ne peut s’empêcher de convenir que les commentaires de Galien sont la souche d’où proviennent tous ceux que nous devons aux Arabes ou aux hommes de l’art élevés à leur école dans les derniers temps de son existence. En effet , c’est de cet auteur qu’ils empruntent les raisonneraens à l’aide desquels ils s’imaginent développer le sens des aphorismes. Selon qu’ils étaient théoriciens ou praticiens , ils n’ont rapporté que les explications qu’ils avaient lues , ou ils ont exposé leurs observations propres avec toutes les formes galéniques. Le plus petit nombre paraît avoir
xxn
DISCOURS
étudié Hippocvate, dont il défigure les passages par un©; foule de détails oiseux dans lesquels la science et l’art se trouvent engôutïrés. Tel est l’effet produit par un, écrivain qui ,!Sous le nom a étrangement dé¬
naturé d’immortels écrits , par A. Musçt de Brasswole y par Thriveri Bracheli , Clçudç Campeiisi , et une infinité d’autres. Fuchs,, qui prend place parmi les hellénistes érudits, n’offre de bon que ce qu’il a extrait du premier commentateur connu il justifie pleinement ce que Fallésio, a dit de lui : Sed de re iam seriâ, non erat judicîum ferendum mjedico-grqmmatico , et ignarq qmnis phü6sophicç{i)y
Il est facile maintenant de dire pourquoi Galien reste seul de tous les commentateurs des aphorismes d’Hippocrate , et de rendre raison de l’existence passagère des ouvrages de beaucoup d’auteurs qui l’ont copié, et dont les noms sont à peine inscrits sur le tableau da l’histoire. L’aristotélisme et le galénisme ont à leur tour subi de grandes, révolutions. Au çomniencement du quinzième siècle , ils se sont fondus dans le creuset des. alchimistes, qui ne rêvaient que métallurgie et pierre, philosophale. Bientôt o,n n’entendit plus parler que de fermentation , d’effervescence, de transmutation, de génération et de précipitation ; les, chimistes firent oublier aux derniers médecins maures ce que les Arabes avaient sauvé du naufrage, touchant Içs traités ^Hippocrate et de Galien. Le seizième siècle s’ouvrait, lorsque Paracelse se montra d*ans le nord avec une apdace peu commune. Ce fou mourut pauvre, et misérable , à l’âge de, quarante-six ans , lui qui prétendait avoir l’art de pro-, curer des richesses et une longue vie. Que l’on juge par ce seul passage, quel fut son degré de fanatisme , d’ex-
(j) In aph. iS/reat. ii»