APHORISMES d’hIPPOCRATE
quod supernatat 3 his affectiones nephriticas^ et acutas signijicat. (§ x. )
Cet aspect huileux se montre non seulement dans les maladies aiguës des reins; mais encore dans celles du foie , et dans quelques fièvres ou putrides , ou colliquatives et de longue durée , quoiqu’il n’y ait aucune altération des organes urinaires. Actuarius décrit trois états différons sous lesquels cette lame huileuse ou graisseuse se présente quelquefois. Tantôt c’est une espèce de toile d’araignée; tantôt ce sont des gouttes dispersées çà et là; ou enfin, on croit reconnaître une couche semblable à celle qui s’élève à la surface des bouillons gras (1).
36. Quibus vero nephriticis eocistentihus ^ prœdicta signa accidunt ^ et dolores circà mus^ culos spinales fiant , si quidem ad loca exteriora fiant , ahscessam eæspecta fataram extror^ sùm. Si verb dolores fiant magis ad interna locay etiam abscessam magis introrsùm fore exspecta. (§x.)
Hippocrate ne parle point des abcès lombaires , consécutifs du rhumatisme , mais bien des maladies des reins , inflammatoires ou calculeuses , qui se terminent par suppuration. Des faits assez rares constatent que le pus de tels abcès s’est ouvert une issue .dans la région lombaire , et qu’il en est résulté extérieurement des fistules urinaires simples ou entretenues par des calculs. Ce fluide peut encore , dans ces cas , prendre son cours dans le tissu cellulaire qui unit le péritoine au-devant des muscles lombaires , fuser dans l’excavation du bassin et
(1) Lib. àe Wrinis.
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se manifester à la marge de l’anus , au pli de l’aîne , de la fesse , et même à la partie moyenne inférieure de la cuisse. Il ne serait pas impossible qu’il s’établît une communication avec la partie correspondante de l’intestin colon , et que le pus s’évacuât par l’anus. Il est inutile de dire que ces abcès sont dangereux, ou au moins très-longs à guérir.
57. Qui sanguinem vomunt, si quidem sine fehre y salutare : si \’erb cum fehrCy malum. Curandum autem rejrigerantibus , et adstringentihus. ( § XIV. )
Le mot vomere exprime ici toute hémorrhagie qui a lieu par la bouche , et qui vient ou des voies aériennes ou de l’estomac. Néanmoins , Hippocrate a spécifié que le sang de source bronchique ou pulmonaire est écumeux : rendu tel, ce fluide constitue l’hémoptysie. Son rejet est accompagné de toux , et souvent de douleur; ce qui ne s’observe pas dans V hématémèse ou vomissement d’un sang non écumeux. Nous avons vu plus haut (aph. aS, cinquième sect. ) qu’un écoulement quelconque de sang par la bouche est fâcheux ; et nous voyons maintenant qu’il ne l’est qu’autant qu’il se trouve compliqué de fièvre. Convenons avec Galien que toute perte par les voies pulmonaires, donne des inquiétudes, lors même qu’elle est apyrétique. Cette proposition n’est point infirmée par quelques faits très -rares qui lui sont contraires , par ces hémoptysies symptomatiques des règles supprimées ou non encore établies , puisque tout accident cesse dès que l’écoulement périodique a repris son cours ou paraît pour la première fois. Hippocrate a pronostiqué sur le crachement de sang de deux manières : sans fièvre, avec toux et douleur légère, il est
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avantageux ; c’eçt tout le contraire , si le malade est tourmenté des trois manières à la fois (i).
S’il s’agit ici de l’hématémèse , considérons-la comm© apyrétique ou pyrétique. La première espèce, fort rare , a une grande analogie avec l’épistaxis , la ménorrhée , lors d’une pléthore sanguine bien prononcée : elle est salutaire à cause du dégorgement des vaisseaux sanguins,et de la force de circulation qu’elle modère. En raison de l’importance des organes, une hémorrhagie spontanée par l’estomac, par ïe tube intestinal et l’appareil génitourinaire, n’est pas sans inconvénient , bien que la fièvre n’existe pas : on demeure d’accord que , si celle-ci tourmente, le danger est plus grand. Dans la seconde espèce d’hématémèse, tout varie en raison de la fièvre concomitante. L’hémorrhagie est active ou passive : d’une part, le calme suit pour l’ordinaire la perte de sang qui, de l’autre , ajoute à la prostration des forces.
li’hématémèse se traite par la méthode réfrigérante et astringente : les meilleurs praticiens savent que chez les pléthoriques , les seuls efforts de la nature guérissent , et que, s’ils ne suffisent pas, on les seconde efficacement à l’aide des saignées , d’une diète sévère , des boissons aqueuses et délayantes , qui font cesser l’hémorrhagie et la fièvre dont elle ést accompagnée. Si les rafraîchissans sont utiles, l’usage des astringens est très-hasardeux. Dans le cas de prostration extrême, peut-on compter sur les acides, sur' les médicamens d’un goût acerbe et austère? Morton a démontré que le quinquina est un excellent remède : dès lors , les toniques , les stimulans , les cordiaux sont préférables à la bistorte , à la tormentille ,
(i) Sanguinemspuentibus confert, ut sint sine fehre , ettussiant ac doleant levitc.r^ et ut sputum tenue fiat ad dies bis septem. Febrire verà et titssire , aç dolere pertinaciter, et sanguinem reeentem sempee spuere , incommodum est. Coacar., sect. ii , p. 430.
aux solutions de sulfate de fer, d’alumine, etc. La suppression d’un flux hémorrhoïdal , menstruel, dispense de l’emploi d’aucun de ces remèdes avant qu’on ait rappelé Jes écoulemens habituels : et personne n’ignore que les astringens et les toniques ne peuvent que nuire au début du mélæna.
38. Destillationes in çèntrem supernum , in ^igintî diehus suppurantur. (§ vni.)
Presque tous les anciens écrivains se sont persuadés que les catarrhes pulmonaires provenaient d’une humeur âcre transmise du cerveau ; et long - temps après eux , cette théorie a prévalu. Quelle que soit leur source, ces catarrhes suppurent en vingt jours. Quoique cette terminaison ait été mentionnée ailleurs par Hippocrate (i), qu’on se garde bien de prendre le mot suppurantur dans sa plus rigoureuse acception.
Les catarrhes pulmonaires ont un cours prolongé , s’ils sont sans fièvre ; sinon , leurs périodes sont plus, rapides. Ils ne dégénèrent guère en un ulcère qu’autant qu’ils sont anciens , et que le poumon a profondément souffert dans sa texture- Temporis autem progressa exasperatur pulmo , et intùs exulceratur à pituitâ jinhœrente , ac putrescente, et grauitatem eæhibet pëct'ori , et dolorem acutum antè, et retrà , caloresque acutiores in corpus in~ cidunt , et pulmo à calore trahit ad se pituîtam ex toto corpore : et maximè ex capite (2). En supposant le catarrhe compliqué de phlegmasie, cette suppuration est encore très-tardive , si elle doit être inévitable. D’ailleurs,
{i) Fit auiem et suppuratus , si pituita ex capite -dA pulmonem destillet. De Morb. , lib. 1 , sect. 1 , p. , n" lo,
(a) De morb., lib. i, sect. 1, p. 14**
/^2& APHORISMES d’hiPPOCRATE ,
cette inflammation n’est jamais très-forte, autrement ce serait une péripneumonie, qu’on voit quelquefois succéder au catarrhe pulmonaire mal traité.
Tout porte à croire qu’Hippocrate parle de la période de coction des phlegmasies de la membrane muqueuse des bronches. Ce n’est guère que du quinzième au vingtième jour qu’elles perdent de leur intensité , que la toux s’afiaiblit et devient rnoins fatigante. C’est aussi à cette époque que les malades expectorent avec facilité et sans beaucoup de peine, une matière épaisse, blanche et opaque, qui a l’apparence de pus, et que, pour cela, on nomme mucus puriforme, matur-a verh sunt sputa quidem quum similia fuerint puri (i). Tel est le véritable sens, de l’aphorisme.
Sg. Si quis sanguinem et grumos mingat y et stranguriam haheat y et dolor incidat ad peri-^ nœum y et imumventremy et pectinem y partes circà vesicam laborare signijicat. (§x.)
Voyez aphorisme 8o , quatrième section.
4o. Si lingua ex improvisa impotens fiat, aut aliqua corporis pars siderata y melancholicum hoc ipsum fit. (§vi.)
Ces accidens s’observent chez des personnes peu âgées , et plus souvent à l’époque de la vieillesse , temps où les facultés intellectuelles se conservent , quoiqu’atfaiblies. Sans dire des absurdités, on a de la difficulté- à prononcer le mot propre , même h le trouver 3 on hésite, on balbutie, et on s’irrite de cette peine à s’exprimer.
(i) Hipp., de P'ict. ration, in août.
SECTION VU, APH. Sg, 4^» 4*9 4^’ 4^9
ïl n’est par rare non plus que tout à coup on éprouve un engourdissement dans un membre , une sorte de stupeur, et une faiblesse qui donnent des inquiétudes. On rencontre des malades ainsi affectés d’un bras et d’une main , qui ne peuvent saisir aucun corps sans le laisser tomber aussitôt j souvent même ils ne le sentent pas , quoiqu’ils le touchent ; le même phénomène est , selon l’espèce, commun à l’une ou à l’autre extrémité abdominale.
Selon Hippocrate , ces aflFections sont causées par l’atrabile ou par une humeur mélancolique. On croirait que les purgatifs sont nécessaires : mais , de leur emploi , on n’obtient que du mieux , et une attaque d’apoplexie survient tôt ou tard. Ces paralysies partielles , sans atteinte des fonctions cérébrales, sontbeauèoup moins fâcheuses, et se prolongent davantage que celles qui se rencontrent avec une altération mêmq légère des facultés intellectuelles. Ces dernières lésions du mouvement menacent d’une mort prochaine. En général, les unes et les autres sont l’indice d’une destruction lente ou rapide de l’homme -moral et physique. Il est au pouvoir de l’art d’éloigner le dernier terme j mais il n’empêche jamais qu’il arrive.
41. Si senioribus nimiùm purgatiSj, singultus superveniat , non honum. (§ xiii.)
Voyez aphorisme 4 » cinquième section.
42. Si febriSi quœ non est à bile, detineat , aquâ multâ et calidâ in caput affusâ, febris solutio fit. ( § XX. )
Ce n’est pas seulement la fièvre non dépendante de la Jîile , mais encore celle qui n’ofl’re rien de pituiteuA ,
^5ô aphorismes d’hîppocuatë,
qu’il faut traiter par des affusions chaudes sur la tête. Si hominem calor corripiat non à hilé neque à pituiiâ, sed uuf à lassitudine aut aliàs Jebriat , aquam midlam cale- Jacito. Deindè eâ super infusâ caput rigato , donec pedes sudannt(^i). Le cas semble ici très-précisé , quoiqu’il ne le soit pas trop par l’histoire de la maladie de Méton.
Cet homme , traité d’une synoque simple ou d’une fièvre inflammatoire, dans le cours de laquelle on usa de lotions chaudes sur la tête , a évidemment présenté des symptômes bilieux , que la douleur de la tête et des lombes , que la nature des selles ne permettent pas de * méconnaître.
Metonem febris vehemens corripuit , lumhorum gravitas dolorosa. Postridiè ubi aquam bibisset satis multam, ab alvo probè prodiit. Tertiâ, capitis gravitas. Secessus tenues, biliosi, subrubri.Quartâ, omnia exacerbata sunt. , Fluebat à dexirâ nare bis sanguis modicus. Noctem molesté iuht, secessus similes tertice diei.Ufinœ subnigrœ., habebant quoddam in medio innatans, subnigrum , divulsum, non subsidebant. Quintâ ejfluxit ex sinistrû nare sanguis largus, merus. Sudavit , judicatus est. Postjudicationem , insomnis delirabat , urinas tenues, subnigræ. Capitis lotionibus usus est, dormivit, resipiscebat. Huic récidiva facta non est. Sed sanguis ^rupit saepè post judicationem (2),
Hippocrate , qui recommandait les affusions chaudes . sur la tête des malades attaqués d’une fièvre qui n’était ni bilieuse ni pituiteuse , employait l’eau froide audedaiis et au- dehors du corps, dans le causas , qu’il désignait soua le nom de ardente ou bilieuse. Febris ardens , sive causas cùm habuerit , Jëbris detinet, et sitis
(i) £!pidem.,Yih: n , sect. vi, p. 3'j5. Ibid., liliui, sect.xii, ægrot. vu.
SECTION vn, APH. 45, 44. 45 1
Jorlîs, et lingua aspera , ac nigra fit à spirîtâs sanè caliditale. Et color subbüiosus fit, et sputa biliosa. Et œger extrinsecùs quîdem frigidus fit, intrinsecùs verb valdè calidus. Hidc conducit frigfacientia adhibere , et ad ahum etjorinsecùs ad corpus , cavendo ne inhorrescat , potiones quoque , ac sorbitiones dandœ sunt frequentes , et paulaüm quam frîgidissimœ (i).
L’usage de l’eau , chaude , froide , glaciale , a été si familier aux anciens, aux médecins qui pratiquaient au commencement du dix-huitième siècle ; de nos jours , il a procuré de si grands avantages en boisson sous formes de lotion , de fomentation, d’aspersion, d’afifusion, de douches, d’immersion et de bains, qu’il paraîtrait utile d’exposer sommairement ce que l’histoire de la médecine nous apprend d’important sur ce sujet. Les bornes de ce travail ne permettent pas d’entreprendre une telle analyse, qui ne serait que fort incomplète, et, par cela même, très-peu instructive. Il est donc prudent de renvoyer le lecteur aux ouvrages de médecinepratique les plus estimés , qu’il possède sans doute , ou qu’il peut facilement se procurer. Nous l’engageons surtout à lire le Traité des fièvres du docteur Giannini , et les additions de M, Heurlelqup, son estimable traducteur, et à méditer les dissertations présentées avec distinction à la Faculté de médecine de Paris , par des élèves de M. Récamier, qui a fait à l’HOtel-Pieu plusieurs expériences recommandables par d’heureux résultats.