‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 4 sur 35 · DES SIGNES DE LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

DES SIGNES DE LA GROSSESSE

IL est certain qu'on ne peut assurément connaître par les urines si une femme est enceinte ou non. Le plus sûr jugement qu'on puisse faire est de la disposition des parties proprement dites urinales^ savoir des rognons^ des urètres^ de la vessie et du canal^ commun au sperme et à Turine^ qui touche les boursettes de la semence desquelles aussi Turine représente fort bien Tétat^ mêm.ement en la gonorrhée vénérienne qu'on dit communément pisse-chaude* Et l'urine montre encore plus sûrement la disposition desdites parties quand il y a quelque chose contre nature qu'elle emporte et dont elle devient quelquefois trouble et épaisse, morveuse, ou blanche comme lait, d'autres fois purulente, saigneuse, sablonneuse, ou pleine de poils et filaments, de pierrettes et gros gravier. Lesquelles choses contenues en l'urine donnent certaines significations des parties depuis les rognons par où elle a passé*

Je me doute que d'aucuns penseront ce propos fait pour ceux qui attendent le jugement de la conception par l'urine. Mais l'urine de la femme, celle-ci étant grosse ou non, ne passe pas par la matrice ni la touche aucunement. Elle est portée dans la vessie par ses urètres comme aux hommes et, de là.

se verse par son col au grand passage de la partie honteuse (qui est comme la gaine du membre viril) fort loin de la matrice, laquelle est beaucoup plus en arrière et profonde* Ainsi s'abusent les bonnes gens qui pensent que Turine vient de là où est Tenfant et qu'elle en peut rapporter certaines nouvelles*

En quoi donc se faut-il fonder pour connaître si une femme est grosse puisque Turine n'y a point d'assurance? Il y a bien le dégoût et le manque d'appétit ou l'appétit de choses étranges et absurdes, vomissements, faiblesses et mal de cœur, dédain d'estomac, grand crachement, mal de tête, douleur de reins, enflure de jambes, lassitude et grande pesanteur de tout le corps* Mais il n'y a rien de tout cela qu'une pucelle ne puisse avoir, non seulement à part, mais aussi tout ensemble par la suppression de ses fleurs, et encore aura-t-elle du lait aux tétins, qui est bien davantage*

N'y a-t-il donc aucun autre signe auquel on se puisse arrêter de manière que la femme prenne garde de se blesser ou de tomber? Voici les signes principaux* La semence de l'homme est retenue, faute de quoi elle verserait et s'écoulerait peu après la copulation et, à l'instant, la femme sent quelque resserrement et contraction avec petite rigueur, comme frisson au profond, à l'endroit de sa matrice tout ainsi que, parfois, nous sentons, à la fin

du pisser, quelque petite horripilation par la contraction de la vessie. Et même, le long de Téchine, la femme sent plus de froid qu'ailleurs. Bientôt après, le ventre devient plus grêle à Tendroit du nombril, comme effondré. Quand elle est revenue au terme de ses fleurs, au lieu de les avoir, ses tétins s'endurcissent et lui cuisent un peu, à raison du sang qui les dilate et amplifie.

Alors elle peut dire que ses paniers sont pleins.

Pour s'en assurer mieux on cite diverses preuves auxquelles je ne m'arrête pas beaucoup tant pour n'être assurées que pour le danger auquel on peut mettre l'enfant. Elles ne valent que pour les mâtines et vilaines qui ne craignent guère d'offenser Dieu et faire mourir leurs enfants pour satisfaire à leur lascivité. Les communes preuves sont, d'après Hippocrate, donner à boire à la femme, quand elle va se coucher, de l'hydromel fait avec eau de pluie. Si elle est grosse, sentira des tranchées, dit Hippocrate, pourvu que ne soit accoutumée à tel breuvage. De même, la femme ayant reçu, par le bas, un parfum d'odeur forte et étant bien enveloppée tout alentour, si l'odeur ne lui parvient au ne:^, elle a conçu. Semblablement, si, ayant mis une tête d'ail en sa partie honteuse, quand elle se couche, elle n'en a, le lendemain, la saveur à la bouche.

POURQUOI CONSEILLE'T-ON A LA FEMME GROSSE DE METTRE LA MAIN A SON DERRIÈRE SI ELLE NE PEUT SOUDAIN ÊTRE SATISFAITE DE SON APPÉTIT

VENONS maintenant au propos que la femme grosse est conseillée de mettre la main à son cul^ si elle ne peut être soudain contentée de ce qu'elle désire*

Le vulgaire a opinion que^ si durant cette affection et fantaisie^ elle se touche le visage^ le ne^^ Toeil, la bouche^ le col, la gorge, ou quelque autre partie de son corps, à cet endroit il paraîtra à Tenfant une marque de ce que la mère a en appétit* Et pour ce, afin que cette tache soit cachée, il vaut mieux qu'elle soit imprimée aux fesses ou autre lieu que le vêtement couvre*

Or, si le précédent que Ton craint est vrai, c'est très bien ainsi, mais ce sont roueries de penser que, s'il doit y avoir impression au corps de l'enfant, ce soit en semblable lieu que la main de la mère a touché premièrement* Car, en cela, il n'y a raison aucune ni apparence, ou il faudrait, pour le moins, que premièrement la marque apparût au corps de la mère à l'endroit qu'elle aurait touché et, de là, se pourrait communiquer à l'enfant*

Et je pense qu'il n'y a pas plus d'observation ou d'expérience que de raisonnement

dans une affirmation qui n'est qu'un propos du commun et qui n'a d'autre origine que bavardages de paysans.

S'IL EST BON DE FAIRE ASSEOIR LA FEMME SUR LE CUL D'UN CHAUDRON CHAUD OU DE LUI METTRE SUR LE VENTRE LE BONNET DE SON MARI POUR AVOIR MEILLEURE DÉLIVRANCE

LES bonnes femmes de village des environs de Montpellier ont éprouvé que^ si la femme qui est travaillée d'enfant s'assied sur le cul d'un chaudron qu'on a levé présentement du feu^ elle enfante plus aisément. Nous savons que tel chaudron, auquel naguère l'eau bouillait, a le cul tiède, qu'on dit froid en comparaison du reste qui est chaud-brûlant. Or cette tiédeur ramollit le croupion et le rend plus facile à céder, comme font les fomentations ramollissantes dont nous usons à cet effet. Mais on les applique communément mal à propos sur l'os Bertrand et en la région de la matrice sur le devant. Il faut qu'elles soient sur le croupion, autrement ne servent de rien et nuisent, qui pis est. Je dis qu'elles ne servent de rien sur l'os pubis car il n'a, pour céder, à se ramollir aucunement. Et elles nuisent à la matrice en tant que le ramollissement rompt la

force de la vertu expultrice* Donc^ tant plus on relâche la matrice^ tant plus on énerve sa vigueur à pousser Tenfant dehors* Par quoi les bonnes femmes de village agissent mieux en faisant asseoir sur le cul d'un chaudron chaud celle qui travaille d'enfant*

Il y a moins de raison à ce que les mêmes villageoises font^ de mettre sur le ventre de la femme le bonnet de son mari^ sinon que^ y étant mis par aventure^ on serre le ventre par dessus le bonnet qui^ en ce cas^ sert de compresse pour aider à l'expulsion* Mais je pense qu'on le fait en jeu^ au moins qu'il a été ainsi introduit et que^ depuis^ on le prend à bon escient* Et le jeu peut s'interpréter de la sorte : à savoir que les maris s'excusent volontiers et se défendent d'assister à telles affaires* Quelquefois^ on les y veut contraindre^ pour y aider et^ si on ne peut en avoir autre chose^ on leur retient leur bonnet, qu'on met sur le ventre de la femme, en disant, ou à peu près, que de l'homme est provenue cette enflure de ventre comme s'il avait la pointe venimeuse et que son bonnet mis sur le ventre serve de contre-venin et fasse passer l'enflure*

Mais je trouve bien plus raisonnable que ce soit lui-même qui, de son ventre, couvre le ventre de sa femme non pas tant pour la tiède chaleur revigorante qui en résulte que pour les bienfaits de la copulation accoutu-

mée^ car la femme en se remuant tant soit peu^ ébranle doucement et plaisamment le croupion et la semence du mari rend le passage glissant^ beaucoup mieux que ne font les eaux* Je sais personnes qui en usent ainsi dont leurs femmes se trouvent fort bien et ont aisée délivrance*

C'est chose de grande importance de faire que la femme se délivre heureusement^ vu le danger auquel elle et son enfant sont exposés^ quand il y a quelque difficulté* Donc à bon droit nomme-t-on sages-femmes les matrones ou levandières^ car il faut qu'elles soient bien prudentes et avisées^ surtout quand il y a deux ou trois enfants à sortir* Que sera-ce quand il s'en rencontre neuf^ comme j'ai déjà écrit qu'il advint à M^^^ de Beauville^ à celle d'Arles, à Padoue?

J'entends qu'en la maison de Stourneau, en Périgord, arriva un fait semblable, il y a plus de trois cents ans* La dame fit neuf enfants mâles d'une ventrée et en voulut exposer les huit qui furent heureusement préservés (par la grâce de Dieu) de la rencontre de leur père*

Tous les neuf vécurent et furent pourvus de grands états : quatre en l'Église et cinq au monde* Des ecclésiastiques, l'un fut évêque de Périgueux et abbé de Brantôme, l'autre évêque de Pamiers, le troisième abbé de

Grandselve^ et le quatrième de Casedieu* De ceux du monde^ Tun fut lieutenant du roi à La Réole contre les Anglais^ l'autre eut un gouvernement en Bourgogne, les trois autres furent en grand crédit auprès du roi Henri, troisième de ce nom auquel Dieu doit très bonne vie et longue*

DE FAIRE BONNE MESURE AUX GARÇONS ET NON AUX FILLES ET COMMENT IL FAUT GOUVERNER LA VÉDILLE ET SI CELLE DES FILLES SERT A LEUR FAIRE

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