I02 II IP FOL VTA
Ah ! ma beauté, miroir de toute la beauté, Doux visage, si pur qu'il fait pleurer les anges
En regret de Thumanité, Quand ils quittent, la nuit, leurs divines phalanges
Pour venir épier ta face de clarté !..
Le psaume de Tancienne ivresse en moi se lève ! Voici tes bras, tes beaux bras nus Dont j'étais fasciné sans trêve, Tes bras blancs, tes bras ingénus,
Si chauds à mon désir et si frais à mo» rêve.
Voici ton fin visage au front impérieux, Et ta douce poitrine et ton sein radieux Dans un jaillissement de sève liliale I Chair diaphane ! Elle surgit devant mes yeux, Tel un nénufar svclte érigeant vers les cieux, Sur la nappe des eaux, sa èoupe végétale...
Et voilà que soudain, Tamour me trahissant.
Un incarnat de rose blanche,
Léger, subtil, trahit ton sang, Et que toute ton âme en tes regards se penche,
Dans son jeune émoi frémissant...
Doux battements des yeux, par où Tâme respire, Que ne livrez-vous d'EUe à mon désir fervent ! Que ne révélez-vous de ce cœur décevant
Où d'un bonheur inespéré m'attire.
Ce soir, le vertige vivant î.^
IIIPPOL YT A
Libre fleur de vie, ô lumière heureuse !
Hippolyta, prudente et sincère candeur î
Si la douleur avait fait ma foi ténébreuse, Ta seule vue, amére E)nsorceleuse, Réveille de l'ancienne ardeur Toute U flamme généreuse,
Claire face d'amour où s'exalte mon cœur î
lo.| HiPPOLYfA
Oh î ce doux vertige grisant Où se voit sombrer Tâme lasse, Aux sons épars du vent qui passe Dans le soleil agonisant !
Cette langueur qui sent le gouffre, Dont le ciel même est en émoi, Qui fait qu*on soupire et qu'on souffre, Qu'on pleure, sans savoir pourquoi!...
Pourquoi faut-il qu'elle me hante Aujourd'hui si profondément, Et que mon trouble s'épouvante Aux délices de son tourment?...
Quel mal retient l'âme abîmée Dans telle insondable douleur?...
Ne quitteras-tu pas mon cœur, O ma cruelle bien-aimée !...
HTPPOLYTA 105
Chasse les tourments où s'use ta vie, Eloigne de toi Tatroce langueur ; Demande à Torgueil, humble et tendre cœur, Fût-ce à Tégoïsme, un peu d'énergie.
Lorsque tout vivant lutte avec le sort, Trop longue douleur est bientôt faiblesse.
Une lâcheté naît de la détresse...
Et le soir s'avance et voici la mort.
lo6 HIFIMM. VTA
Console ta douleur dans la Beauté qui dure, Ta douleur passagère, âme ivre d'infini !
Celle-là dont tu meurs, ta chère créature, Plus qu'à toi-même encore échappe à la nature : Ton rêve à son Image est à jamais uni.
Le bien qui te la fit si chère entre les femmes, Sa suprême beauté, ce bien demeure en toi :
C'est de l'aimant d'amour que rayonnent les âmes Dans le rythme des corps à qui va notre foi, — Mystique aimant nourri d'un échange de flammes!
Toute beauté qui naît porte un espoir d'amour ; Amour, même de songe, est aurore de vie ; Toute vie, au bonheur, tend d'un cœur sans détour, Kt le bonheur sincère, ignorant toute envie.
Pur comme la beauté, vit de joie et de jour î
HIPPOLYT A
Hélas I combien de soucis inutiles, D'ardents désirs bientôt reconnus vains!...
Mon àme, à quoi bon tant de soins serviles Et toutes ces douleurs, et ces cris trop humains ?...
Sans profit pour ta patience — Toute douleur n'étant pas la science — Et sans faire trêve un seul jour, Elles t'aigrisst'nt, te meurtrissent Dans ta foi qu'elles affaiblissent, Dans ta rancune envers toi-même et ton amour...
Ah ! souffrir sans bienfait pour la vertu, misère î Douter, douter du vrai, dans une âme sincère...
Ces vains tourments qu'un offre à Dieu, ce sombre deuU,
Les reçoit-il de notre âme d'orçueil.
Même humble et franche dans sa plainte?...
L'orgueil?... Mais la santé du cœur fait l'àme sainte,
Puisqu'en toute saine beauté
Une âme veille, une àme de fierté.
L'amour n'est point vaine faiblesse Si c'est de charité qu'il peut s'abandonner.
Et j'ai senti surgir en mon cerveau l'ivresse D'une bonté suprême ivre de pardonner.
1m8 hippolvta
— JtE vous ai bien aimée et je vous aime encore De vous savoir souffrir, vous qui ne m'aimez pas. Kt vous souffrez d'un autre... et maintenant, hélas I C'est dans son désespoir que mon cœur vous adore.
Ahl n'ayant pour tout bien que ma fidélité, Apaisé par la nuit sublime du silence, Kt grisant ma douleur d'héroïque bonté, Puissé-je à cet orgueil devoir la patience :
Lui seul me gardera jusqu*à mon dernier jour li^t ce cœur d'espérance et cette âme d'amour !
On n'est jaloux que de ses pairs,..
Ne penseï^ donc pas, mon amiey Que celle qui s'' égare en vous A la poursuite misérable De ce que faiy sans vain orgueil.
Dédaigné même de connaître, Que celle-là puisse faire souffrir Une âme éprise de votre âme,
Cest Vautre Vous, ma chère amour,
Votre Vous profond, immuable,
Image éternelle cTun rive
Inséparable de mon Moi,
Cest vouSf Hippolyta, vous seule
En qui s'agite le problème
De ma tristesse et de ma joie ^
Qui d'un affront, d*un dédain, d'un oubli
De votre beauté charitable,
Pouve:( martyriser un Hre de désir.
Eperdu de trouble et de crainte,
— Ou Vemparadiser dans V amour injini,,,
no HIPPOLYTA