‹ Hippolyte Bellangé et son œuvreChapitre 16 sur 84 · I. F. Wev · texte numérisé non relu

I. F. Wev

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la ligne; présentons armes au plus vaillant, au plus spirituel des peintres, au meilleur des hommes, au doux, au malin, au bel Hippolyte.

Et il signait : » Votre vieux contemporain », en lui demandant pardon de l'injure.

Cette lettre, familière et humoristique, s'adressait d'ailleurs à un homme qui, lui aussi, savait écrire de petits billets spirituels et amusants. Telles sont, par exemple , ces simples lignes , adressées à un de ses amis, M. Davin *, auquel il envoyait « un petit bout de drogue bousillé à la hâte et quelques douceurs pour les petits polissons des deux sexes quand ils seront sages » , dans lesquelles on reconnaît le digne émule de Charlet.

Le tableau des Z)^«a: ^w/s ne resta pas en France, malgré le vœu de l'artiste qui désirait le voir prendre place dans une collection publique, et le duc d'Hamilton s'en rendit acquéreur.

L'amateur fit là un excellent choix et l'artiste qui, dit-on, regretta le départ pour l'Angleterre de son tableau, aurait dû s'en consoler. Dans une collection publique, on n'est pas toujours sûr d'être honora-

I. M. Daviu qui fut un ami intime de Bellangé était chef de division des Beaux-Arts sous Louis-Philippe (direction de Cailleux).

blement placé, même quand Fœuvre le mérite. Et, d'un autre côté, on a tant vu de nos jours de prétendues collections dont les tableaux ont fait plusieurs fois le voyage de THôtel des Ventes — aller et retour — et non sans avaries et sans dépréciation, qu'il est préférable de voir ses œuvres un peu éloignées peut-être du sol natal, mais au moins conservées religieusement et à l'abri de ces tribulations de toute sorte non moins préjudiciables aux œuvres qu'à la réputation des artistes eux-mêmes.

Au Salon de 1863, l'envoi de Bellangé était peutêtre encore plus remarquable. Il semble qu'àlaiin de sa carrière, l'artiste, ranimé par ses derniers succès, ait voulu prouver au public que les œuvres nombreuses produites jusqu'à cette époque étaient loin de l'avoir épuisé et que si Dieu lui prêtait vie, il se sentait encore la vigueur nécessaire pour mettre au joiu* de nouveaux chefs-d'œuvre.

La Revue sous l'Empire et la Retraite de Russie étaient encore deux épisodes de grognards, l'un gai et l'autre triste , tous deux aussi intéressants l'un que Taiitre et tous deux plus que remarquablement traités.

La Revue sous V Empire, c'est la lithographie in-

. .Lit '

Fac-similc

des croquis originaux de H. Bellaiisô pour la Revue sous l'Empire (Salon de iSûjV Études pour le Tambour-Major. — A Eugène Bellangè.

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titillée Retour de campagne, revue et parachevée si faire se peut. La première scène se passe près de l'Arc de Triomphe du Carrousel et la seconde se passait près de la porte Saint-Denis. Voilà toute la différence. Mais les types sont les mêmes, bien que groupés et agencés différemment, plus étudiés cependant dans le tableau, tandis que la lithographie nous les montre simplement esquissés en diminutif.

Familiers comme ils l'étaient à Bellangé, ces types caractéristiques sont devenus sous son pinceau tout simplement épiques, et ses gamins, dansant, chantant, faisant la roue, ses écoliers débraillés, le carton au dos, toiu'billonnant autour d'un superbe tamboiu-major, sont tout simplement admirables.

Ce tambour-major, splendide et éblouissant dans sa grande tenue, dominant de sa haute taille les modestes tapins, c'est là le grand attrait du défilé. Ce fut peut-être la trop grande préoccupation d'une époque : broderies d'or, soutaches et chamarrures, on en rêva trop longtemps. On rêva trop aussi de ces soldats de parade dont les évolutions de cannes, dignes de saltimbanques, n'avaient rien de guerrier, et nous avons eu besoin de bien dures leçons pour renoncer à l'amour des frivolités et du panache, — que nous n'avons pas perdu.

La foule, les horizons pleins de monde, l'étatmajor napoléonien qui se détache sur un fond d'architecture d'im rendu très précis, font de ce tableau une œuvre d'im mérite incontestable. La Revue au Carrousel figura longtemps au Luxembourg; elle eut même l'honneur, si nos souvenirs sont exacts, de

prendre place dans la nouvelle galerie du Louvre, salon d'attente de la postérité, un peu haut placé, il faut en convenir, et installation provisoire, il faut l'espérer, dont l'accès n'est pas digne de nos richesses nationales. Puis un beau joiu* la place ût défaut et, au lieu de déplacer un classique banal, on préféra exiler à Versailles le tableau anecdotique qui ne tenait pourtant pas grand^place.

11 faut cependant ne pas se le dissimuler, la Rej'iie au Carrousel du Salon de 1863 , et le Retour de campagne, cette lithographie de i83o, dont nous le rapprochons, sont les deux précurseurs du célèbre Régiment qui passe de Détaille. Qui oserait contester l'intérêt de cette dernière toile? Personne assurément. Au point de vue historique, cette toile de Bellangé est donc précieuse, elle a de plus le mérite d'ime œuvre d'art et nous espérons que les nouvelles galeries du Louvre lui offriront l'asile auquel elle a des droits incontestables.

UEpisode de la retraite de Russie est peut-être plus intéressant 'encore que la Revue au Carrousel, en tant qu'œuvre d'art. Mais le sujet est triste, il rappelait au second Empire une époque néfaste, on lui préféra la reproduction exacte des jours heureux et

LA RRTRA

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