‹ Hippolyte Bellangé et son œuvreChapitre 18 sur 84 · DE WATERLOO · texte numérisé non relu

DE WATERLOO

ppartenant à M. Eugène Bellangc-

l'Horace Vernet du petit tableau de bataille. Il y a dans les jolies esquisses de Bellangé, continuait-il, tout l'entrain et tout le diable au corps qui animait les toiles gigantesques du maître.

Nous ne voulons pas dans ce volume consacré à Bellangé prendre à tâche de déprécier les œuvres de Vernet — ce serait puéril. — Mais s'il faut Pavouer, nous ne sommes pas g-rand enthousiaste des toiles gigantesques de Vernet, devant lesquelles se pâmait jadis une foule bourgeoise ne quittant ses énormes compositions théâtrales et boursouflées que pour admirer les sujets larmoyants de Paul Delaroche. 11 nous a toujours semblé, au contraire, que l'une des meilleures œuvres de Vernet était ce délicieux petit tableau de la Défense de la barrière Clichj ; et à ce point de vue la différence de popularité ne devrait pas être si grande entre les deux peintres, car cette toile offre de nombreuses analogies avec quelques-uns des meilleurs tableaux de Bellangé.

Ceci dit, sans prétention aucune, nous arrivons à ce dernier Salon de 1866 où l'artiste prit part avec une de ses œuvres qui suffiraient à elles seules à consacrer une réputation.

« Il n'y a que le génie d'un peintre mourant, disait Charles Blanc % pour trouver l'expression de ces grenadiers qui, à bout de cartouches et debout sur des cadavres comme les dernières colonnes d'un monument écroulé, regardent venir la mort en désespérés qui la méprisent et la désirent.

(( Hippolyte Bellangé a été et restera un artiste supérieur dans un genre qui, en lui-même, a quelque chose de faux : la bataille. Je dis faux, parce que la bataille moderne, avec ses uniformes obligés et ses vérités officielles, est inintelligible et impossible à rendre dans la grandeur de ses mouvements en masse, et qu'elle cesse d'être imposante lorsqu'elle est fragmentée en épisodes.

« Personne encore au Salon n'est à la hauteiu* de Bellangé, concluait en terminant M. Charles Blanc, dans son compte rendu du Salon de 1866.

« Et nous devions à l'ombre de Bellangé, disait-il, d'écrire ici ce que nous lui avions dit à son lit de mort, que nous avions versé des larmes en voyant son esquisse sublime de Waterloo : la Garde meurt. »

T. Galette des Beaux-Arts. t. XXI.

HIPPOLYTE BELLANGE ET SON (KUVRE. 65

Ernest Chesneau n'était pas moins enthousiaste :

Bellangé, disait-il, a mis dans la Garde meurt l'émotion consommée et la science acquise par une longue suite d'études; il y a certes dans ses œuvres des tableaux plus parfaits, il n'en a aucun où il soit maître au même point.

Ce devait être là, hélas, le dernier tableau de cet artiste fécond qui ne pouvait se reposer que dans la mort. Harcelé par les songes fiévreux, l'artiste eut encore la force de prendre la palette des mains de son iils, et sans esquisser même au fusain une composition d'ensemble, il se mit à peindre un ciel orageux empourpré de lueurs fauves, car une vapeur de sang semble envelopper les héroïques guerriers dont la fière silhouette émerge d'un monceau de cadavres et qui «mouraient debout dans cette fournaise de la dernière heure* ». La dernière touche était à peine posée que la mort vint glacer la main du peintre ; elle semblait avoir voulu laisser au moribond le temps d'exprimer sa dernière pensée, et le 10 avril 1866 Hippolyte Bellangé s'éteignait au milieu des siens, entre les bras de son iîls.

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